Le voisin

Par Angélique Massiani
Illustration : Louise Hourcade

Citadin fraîchement débarqué ou de longue date, tous dans le même panier, tous à la merci de cet être qui respire derrière la cloison. Que sa fenêtre donne sur la tienne ou que vous partagiez un mur qui pourrait tout autant ne pas exister, les problèmes arrivent vite.

Tu déambules dans les rues, il est deux heures du mat, les bars ferment. Un bon pote balance: « Mais on n’est pas très loin de chez toi non? ». D’abord une envie de le frapper. Intérieurement, tes tripes bouillonnent, ton ventre fait mal, ok vivons dangereusement, tu prends le risque, tu as l’impression de te lancer à corps perdu dans un combat perdu d’avance. Te voilà qui ouvres la porte de chez toi. Elle grince, il est deux heures du matin. Tu comptes nerveusement les personnes qui rentrent dans ton appart: un, deux, trois, quatre… Bon ok, expire, ferme les yeux. La gratte, les percu, la bouteille de vin, les potes qui s’enhardissent, toi qui perds la notion de ce qui est raisonnablement fort et ce qui ne l’est pas du tout et, le lendemain, ça ne rate pas: la voisine aigrie. Celle qui décide de passer l’aspirateur à cinq heures du matin et te balance un sceau d’eau dessus à midi. A-t-elle vraiment passé sa matinée, derrière son rideau tacheté de chats gris et noirs, à épier ta venue?

Bon ok , celle-là, c’est un cas particulier. Au bout de son énième appel passé aux flics pour dénoncer les activités suspectes de la voisine du dessus qui invite un homme tous les soirs à la maison, ils l’ont embarquée, aussi épuisés que nous.

Ce voisin peut également être incarné par ce mec pas mal du tout mais qui se réveille tous les matins à cinq heures avec Chérie FM à fond. Le charme s’est envolé… Tu tentes de lui parler mais lui semble craindre toute interaction humaine. Sa porte reste fermée. Quand tu l’aperçois sur le balcon, il rentre aussitôt se terrer dans son antre. Très bien, il ne te laisse pas le choix, il va falloir trafiquer ses ondes.

Et là vient ce jour où tu organises une petite soirée chez toi tranquillou. Tu vas voir tes gentils voisins du dessous et prétextes que c’est ton anniversaire pour les rendre plus compréhensifs, les culpabiliser, leur ôter l’envie de venir râler pour le bruit quoi. Et quand ils montent enfin , excédés, les yeux rougis , implorant de baissser le son mais te souhaitant tout de même un joyeux anniversaire, là, tes potes le regardent hagards: « ah c’est son anniversaire? ». Voilà ta soirée gachée et qu’une envie qui te prend: foutre tout le monde à la porte. Tu te mets à faire la vaisselle frénétiquement et maudis tes idéees pourries qui te laissent entrevoir un avenir sombre et plein d’embûches. La tension qui caractérise les relations de voisinage vient d’atteindre son apogée, tous tes efforts sont détruits pour un simple petit malentendu. Mais que ne trouves-tu pas le lendemain devant ta porte? Une boîte de chocolat assortie d’un mot sobre : « merci d’avoir épargné mes oreilles pour le restant de la nuit ». Et là tu fonds.

Le voisin est une espèce redoutée et redoutable mais qui peut, de temps à autre, révéler un brin d’humanité. Peut-être même est ce quelqu’un avec qui on pourrait échanger plutôt que de trouver un subterfuge à la prochaine soirée, qui sait? On pourrait même l’inviter et omettre ce qu’affirmait Pierre Desproges: « Le voisin est un animal nuisible ».

Laisser un commentaire