Procès de la finance

Si jamais quelqu’un vous demandait s’il existe un domaine où l’on peut gagner des sommes astronomiques au dépend de millions de personnes, et parfois sans avoir à en craindre personnellement les conséquences monétaires ou judiciaires, que répondriez-vous ? Bon d’accord, sûrement la finance ; déformation d’étudiants en école de commerce. Le bon sens lui, nous rirait au nez.

 

Oui, sauf que les marchés financiers n’ont que faire du bon sens, l’argent règne seul. En théorie, cela ne pose pas problème. Une main invisible devrait faire converger intérêt particulier et intérêt du plus grand nombre. Si bien que certains devraientpo gagner des millions tout en faisant gagner les autres. Mais, si les théories économiques décrivaient parfaitement la réalité, le monde serait bien ennuyant…

Prenons par exemple le cas d’Enron, au cœur d’un des plus grands scandales financiers de l’histoire en 2001. Grâce à d’habiles manipulations comptables Enron a, pendant de long mois, réussi à faire croire à des bénéfices en anticipant des revenus futurs hypothétiques qui s’avéraient inventés ou bien largement surestimés… De plus, pour augmenter leur chiffre d’affaire, ils ont profité d’une dérégulation du marché de l’électricité et n’ont pas hésité à couper l’électricité de milliers de foyers californiens. Par ce procédé ils diminuaient l’offre et créaient un pic de demande (on observe ainsi entre mai et décembre 2000 une augmentation de 800% des prix de l’électricité). Ils revendaient alors l’électricité qu’ils avaient précédemment acquis à bas coût lors de ces pics.

Bien que conscient des manipulations sur les profits, le PDG d’Enron encourageait ses employés à placer leur épargne dans des actions du groupe prétendant que la diminution récente du cours en bourse ne serait que passagère.  Lui a préféré quitter le navire avant qu’il ne s’échoue, vendant ses actions et quittant son poste tout en bénéficiant d’un énorme bonus. Une fois le pot aux roses découvert, 27 000 des 28 000 employés d’Enron ont perdu leur travail ainsi que les économies de toute une vie (1,2 milliards de dollars au total). De même, des milliers d’Américains ayant investi via des fonds de pension ont perdu près de 2 milliards de dollars. Les dirigeants ont été condamné à plusieurs années de prison, mais cela ne se passe pas tout le temps comme ça…

Nul besoin de vous refaire l’histoire de la crise de 2008 et des conséquences désastreuses engendrées par des manipulations financières qui ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté. Eh bien, quasiment aucune personne n’a été inculpé pour leurs manipulations frauduleuses. De nombreuses banques ont certes reçu d’énormes amendes pour leur rôle dans la crise. Cependant, ces dernières sont absolument ridicules quand on les compare aux pertes qu’aurait générées la crise financière. Il semble que lors de cette crise la justice ait fait le choix d’attaquer des personnes morales plutôt que des personnes physiques. Mais cela encourage les individus à exploiter la moindre faille dans les réglementations pour réaliser un maximum de profit, toucher d’importants bonus et cela bien trop souvent en se moquant ou en ignorant les conséquences de leurs actes. Par exemple, les anciens dirigeants de Lehman Brothers voulaient en 2018 se réunir pour « fêter » les dix ans de la fin de « leur époque Lehman ». Ainsi le pire des cas pour un dirigeant serait de se faire renvoyer, mais quand on a précédemment gagné des millions cette menace paraît dérisoire. D’autant plus que les dirigeants en poste en 2008 ont pour la plupart rapidement repris du service à Wall-Street…

L’idée n’est pas ici de pointer la finance du doigt comme créatrice de tous nos maux. Il est bon de rappeler que la finance est un domaine essentiel à toute activité économique, à la bonne allocation de l’épargne, à la rencontre optimale entre demandeur et apporteur de fonds… Mais pour que les activités financières ne s’accompagnent pas de crises de plus en plus graves et récurrentes, comme c’est le cas depuis la dérégulation des années 80, il faut encadrer les activités financières et ne pas attendre qu’une crise plonge le monde dans une récession pour ensuite songer à mettre en place des réglementations. Et ce, d’autant plus que le risque pour une banque de ne pas être sauvée en cas d’insolvabilité est quasiment inexistant. Comme l’a montré la crise de 2008, les prêts interbancaires sont aujourd’hui d’une telle importance que l’on ne peut laisser une banque faire faillite sans menacer l’ensemble du système financier. Se pose alors un vrai problème puisque cela peut encourager les banques à prendre des risques excessifs.

Mais donc que faire ? Mettre en place des régulations très contraignantes ? Même cela ne semble pas être la bonne solution. Ainsi, les leçons tirées de la crise de 2008 et les réglementations mises en place suite à cette crise ne semblent toujours pas être suffisantes. Les stress test et les institutions (mécanisme de résolution unique, mécanisme de supervision unique…) mises en place à l’échelle européenne ont une efficacité douteuse. Ainsi en 2017, une banque toscane ainsi que deux banques vénitiennes ont fait faillite et sont sauvées en grande partie grâce à l’État italien (grâce à environ 24 milliards d’euros) alors qu’elles avaient réussi les stress test. Dans le même temps les banques américaines continuent de prêter à des agents insolvables et à créer des nouvelles bulles (prêts étudiants, prêts automobiles…). On observe même le retour de la titrisation de prêts hypothécaires à des agents à la solvabilité douteuse. Les réglementations mises en place ne semblent donc pas assez dissuasives et les agences de notations continuent d’accorder de très bonnes notes à ces titres…  Cela n’est pas nouveau, historiquement la finance a toujours trouvé un moyen de contourner les réglementations. Que ce soit par exemple pour s’affranchir des restrictions imposées par les États-Unis sur l’émission de dollars à l’étranger avec les euros-dollars ou bien encore avec la titrisation qui a permis aux banques de contourner les ratios micro-prudentiels de Bâle II… Tout se passe comme si toute innovation financière n’était finalement rien d’autre que le contournement d’une réglementation existante.

Une fois établi que les crises font partie inhérente de l’activité financière et que les réglementations sont d’une utilité discutable, il semble que l’une des solutions serait de responsabiliser davantage les entreprises financières ainsi que leurs dirigeants. Et ce, pour que les États et les contribuables ne soient pas les seuls à supporter les coûts engendrés par les prises de risques de ces établissements. De plus, pour limiter les asymétries d’informations, qui rendent opaques l’activité des grandes banques, on devrait pouvoir compter sur les agences de notations. Cependant, elles sont clientes des institutions qu’elles notent et pourraient ainsi hésiter à leur accorder de mauvaises notes. Si l’on rajoute un conflit d’intérêt à une évaluation déjà très difficile, il semble alors impossible pour les pouvoirs publics de disposer des bonnes informations pour limiter les conséquences d’une crise. Il faudrait donc songer à des systèmes d’évaluations alternatifs où celui qui note n’est pas financièrement dépendant de celui qui est noté.

 

On pourrait proposer de nombreuses autres réformes et réglementations, mais l’évaluation des risques étant si difficile à réaliser, les réglementations étant sans cesse contournées et parce qu’il semble impossible de couvrir tous les risques liés à l’activité financière, il faut plutôt compter sur une « moralisation », une responsabilisation de la finance. Car, en effet, il semble que toute crise financière soit aussi une crise morale durant laquelle l’éthique et la déontologie ne prennent que trop peu de place.

 

 

Cet article vous est proposé par Victor Nouvel, membre de Streams.

“Oui, monsieur le député, on a du talent dans le privé !”

Vous l’avez peut-être manqué et pourtant cela a fait couler l’encre : Politico et Le Canard Enchaîné ont révélé début janvier l’importante participation du géant cabinet de conseil McKinsey & Company à l’élaboration et à la mise en place de la stratégie de vaccination française. Et comme à chaque fois qu’un cabinet de conseil se porte au secours de l’Etat, cela fait polémique. Pourtant les exemples sous l’ère Macron sont nombreux : Commission Attali, rédaction du programme présidentiel, gestion de la crise sanitaire, McKinsey n’est pas à son coup d’essai dans le domaine public. Le Monde écrit même « McKinsey, un cabinet dans les pas d’Emmanuel Macron ».

Cet enchevêtrement entre public et privé dérange et ce pour plusieurs raisons.

D’abord parce que ce recours à des cabinets privés semble manquer de transparence. McKinsey intervient dans le cadre du marché géant de la Direction Interministérielle de la Transformation Publique (DITP), un accord-cadre dispensant l’Etat de publier les détails de chaque commande, ministère par ministère, cabinet par cabinet. Depuis le début de la crise, le Ministère des Solidarités et de la Santé aurait fait appel à plus de sept cabinets pour un total de plus de 11 millions d’euros. Mais ces chiffres ne sont que des estimations car aucun montant n’a été publiquement évoqué. A ce jour, le seul cabinet du secteur ayant publiquement travaillé pour un parti politique reste le Boston Consulting Group qui avait gagné un appel d’offres lancé par l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire) en 2006.

Ensuite parce que cela remet en question la capacité même du système public à gérer et à assumer ses fonctions stratégiques. C’est d’ailleurs sur cet argument que s’est appuyé Pierre Darhéville, député du groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine, pour questionner Olivier Véran quant à la sous-traitance de McKinsey dans la logistique du plan de vaccination lors d’une séance de question à l’Assemblée Nationale le 9 février : « On aimerait savoir pourquoi on ne s’appuie pas sur les ressources de la fonction publique ? » L’influence du privé est-elle la preuve d’une défaillance du public ? Lors de l’épisode de grippe H1N1 le gouvernement n’avait pas eu recours à des cabinets de conseils pour la stratégie vaccinale, constat que l’opposition n’hésite pas à souligner. Pourtant, les consultants n’ont pas attendu la crise due au Covid-19 pour intervenir dans les dossiers sensibles de l’Etat. Par exemple, lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, McKinsey et sa filiale lyonnaise Orphoz ont conseillé le ministère de l’Identité Nationale, très controversé, à propos de l’« optimisation du processus de naturalisation ».

Plus largement, la pratique du recours au privé a commencé dans les années 1990 sous Michel Rocard dans le cadre de la modernisation de l’administration publique. Ce mouvement qui vise à moderniser l’Etat prend appui sur le principe selon lequel le privé est celui qui génère le profit. Ainsi, il serait profitable au public de se servir de l’expertise du privé. En réalité, la mise à disposition de conseillers pour le « bien public » est un classique des grands cabinets de conseil : ce sont les missions dites « pro bono ». Ces missions « pro bono » doivent être bénévoles et sont souvent analysées comme une façon pour les cabinets de conseil de dorer leur image et ainsi améliorer leur réputation. Cette pratique est courante, y compris avec les clients privés, lorsque la thématique du service offert est alignée avec les valeurs de l’entreprise.

D’un point de vue économique et en s’appuyant sur la théorie des organisations, il paraît bon pour un décideur de faire appel à des sources d’informations extérieures, à des avis extérieurs lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. En effet, c’est un classique dans le privé d’avoir recours aux cabinets de conseil alors pourquoi pas dans le public en situation de crise ? Surtout que la position du ministère des Solidarités et de la Santé est un peu particulière étant, déjà avant la crise, l’une des administrations les plus fragiles. Faut-il prendre le cas de ce ministère pour une généralité ? Certes Olivier Véran l’a rappelé : « Il n’a pas été rare du tout que les ministères, pas que la santé d’ailleurs, d’autres ministères fassent appel à des sociétés privées de conseil. » et ce quel que soit le gouvernement en place. Olivier Véran ajoute, en réponse à Pierre Darhéville, que : « Oui, monsieur le député, on a du talent dans le privé ! ». Alors pourquoi s’en priver ?

Ce qui peut rendre sceptique c’est le degré de pouvoir conféré aux cabinets. S’agit-il d’une simple sous-traitance ou sont-ils des donneurs d’ordre ? Comme l’a révélé Le Monde, le ministère de la Santé n’a pas fait appel à un, mais à quatre cabinets privés pour l’assister dans l’élaboration et la conduite de son plan de vaccination. Aucun, selon la Direction Générale de la Santé, n’interviendrait dans les choix médicaux ou politiques. McKinsey serait chargé de la définition du cadrage logistique, du benchmarking et de la coordination opérationnelle. N’y voyons donc pas là une prise des commandes du pouvoir par McKinsey. Néanmoins, ce dossier, aussi délicat soit-il, ouvre la réflexion sur une possible perte de compétence de l’Etat. Celle-ci est-elle la conséquence de l’éclatement des donneurs d’ordre via la multitude d’agences créées à la fin des années 90 ?

 

Cet article vous est proposé par Victoria Chantron, membre de Streams.

Interview Nicolas Bouzou, économiste

Bonjour Monsieur Bouzou, avant tout merci beaucoup d’accorder cette interview à Streams, le journal de l’ESCP. Économiste, auteur, entrepreneur, essayiste, vous n’êtes plus à présenter : vous qui avez de multiples casquettes, dans quel domaine pensez-vous que le Covid aura les conséquences les plus importantes ?

Alors le Covid aura des conséquences dans tous les domaines, c’est une facilité intellectuelle d’isoler les domaines. C’est comme ça que notre enseignement supérieur est construit  par exemple, avec des enseignements par matière. C’est aussi ainsi que l’État est construit, avec des silos de compétence entre les ministères. Pourtant les choses ne fonctionnent pas de cette manière, tout est inter-relié. Mais le domaine dans lequel il y a le plus de changement avec cette crise sanitaire c’est le domaine de l’innovation dans la santé. Un an après le début de l’épidémie, qu’on ait des vaccins, efficaces, sûrs, et qu’on soit capable de les déployer aussi vite est une prouesse. Ces technologies [sur lesquelles on a fait de fortes avancées] vont pouvoir être utilisées dans d’autres domaines. Le premier domaine qui change beaucoup avec cette crise c’est le domaine sanitaire, mais les implications sont évidemment dans tous les domaines.

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Interview Amine El-Khatmi

Amine El-Khatmi, président du printemps Républicain. Interview assurément politique 

Bonjour Monsieur El-Khatmi, avant tout merci infiniment de donner cette interview à Streams en qualité de président du Printemps Républicain. Pour les lecteurs qui ne vous connaitraient pas, qu’est-ce que le Printemps Républicain ?

Le Printemps Républicain est un mouvement fondé en 2016 par un certain nombre de personnalités issues de la gauche, principalement du PS. Initialement, le Printemps Républicain avait une forme associative, il a publié à ses débuts un manifeste – signé par des personnalités comme Élisabeth Badinter ou Marcel Gauchet – qui avait pour objectif de porter une parole républicaine forte entre autres sur la laïcité, la défense du commun ou la lutte pour la liberté d’expression, des combats que l’on considérait comme insuffisamment menés au sein de la gauche, ou souvent teintés de relativisme. 

Par exemple, après Charlie, Médiapart a publié un article intitulé « l’enfance misérable des frères Kouachis » [Article sorti 9 jours après les attentats de Charlie Hebdo visant à relativiser leur responsabilité dans les crimes commis, ndlr], c’était une des illustrations qu’une partie de la gauche était en train de dériver. 

Quand on sait d’où vient la gauche au départ, et où elle en est arrivée aujourd’hui, on ne peut que parler d’une gauche à la dérive.

On a alors fait la bellevilloise [réunion de fondation du mouvement, ndlr], qui a réuni plus de 700 personnes, et face au succès on a décidé de continuer. On est alors devenu une association, et nous nous dirigeons vers un mouvement plus politique. 

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9 infos pour briller à l’ESCP

  1. Pendant la 1ère guerre mondiale, l’école a été transformée en hôpital

De 1914 à 1918, l’école participe à l’effort de guerre et se convertit en hôpital. Dès 1914, l’ensemble des locaux a été adapté pour accueillir jusqu’à 400 lits. Les étudiants ont donc dû déménager pour poursuivre leurs études dans les locaux d’HEC. Ce n’est qu’en 1917 qu’ils pourront retourner dans une partie seulement de l’école, l’aile gauche du bâtiment étant toujours réservée aux soldats blessés.

  1. L’école a changé beaucoup de fois de nom

L’école est fondée sous le nom d’École Spéciale de Commerce et d’Industrie. Par la suite, elle prend successivement le nom d’École Spéciale de Commerce, d’Ecole Supérieure Pratique de commerce et d’industrie de Paris et d’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP).  Après la fusion avec l’EAP en 1998, l’ESCP devient ESCP-EAP. Puis ESCP Europe à partir de 2009, afin d’intégrer la dimension internationale de l’école. Enfin, à l’occasion de son bicentenaire, ESCP Europe devient ESCP Business School. De quoi en perdre plus d’un.

1819/1821 : Ecole Spéciale de commerce et d’industrie
1821/1852 : Ecole Spéciale de Commerce
1852/1905 : Ecole Supérieure Pratique de commerce et d’industrie de Paris
1905/1928 : Ecole Supérieure de Commerce de Paris
1928/1964 : Ecole Supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises de Paris (ESCAE)
1964/1969 : Ecole Supérieure de Commerce de Paris
1969/1980 : Groupe ESCP
1980/1999 : ESCP-EAP
1999 / 2019 : ESCP Europe
2019 /…. : ESCP BS

Quel sera le prochain à votre avis ?

  1. Les matières enseignées au XIXème siècle étaient en grande partie scientifiques

Comme dit précédemment, en 1819, on parle d’école de commerce mais aussi d’industrie. C’est pourquoi le programme comprend une partie exclusivement industrielle. On y retrouve des cours de géométrie, de mécanique, de dessin, de physique appliquée à l’industrie, de chimie minérale et organique et de technologie. Ainsi, l’école disposait d’un laboratoire de chimie et d’un cabinet de physique très complet. On est loin des cours de LV2 sur BlackBoard.

  1. Un prof ancien Premier Ministre

Eh oui ! À tout moment, JP Raffarin peut débarquer en 2310 alors que t’attends sagement ton prof. Bon après, tu te doutes bien qu’il ne vient pas pour un cours de compta en prémaster. Petit tip : si jamais tu veux le croiser, il faut que tu choisisses le cours Law Economics & Humanities.

  1. L’école a eu dans ses rangs la première étudiantE en grande école de commerce parisienne

Après le bac, Joëlle Le Vourc’h étudie deux ans à l’université Paris Descartes en pharmacie. Mais ça ne l’intéresse pas vraiment: elle aime le marketing (option enseignée dans son cursus) et est attirée par la société américaine. Le coût des universités aux Etats-Unis étant trop élevé, elle se décide alors à intégrer une business school en France. En 1970, elle devient donc la première étudiante femme à intégrer l’ESCP. En vrai, c’était pas top. Genre c’était la seule femme de la promo, ses profs lui disaient qu’elle prenait la place d’un garçon et elle avait pas le droit de faire du sport.

  1. En 1987, une liste 100% féminine se lance dans la campagne BDE

Dans la catégorie place des femmes à l’ESCP, on peut aussi mentionner la fameuse campagne BDE de 1987. L’idée part d’une coloc entièrement féminine qui veut casser les codes. La liste n’est pas élue, mais elle a le mérite d’avoir réussi à marquer les esprits. (Si le sujet t’intéresse, retrouve l’interview de Sophie Rufin, présidente de la liste).

  1. Un uniforme à la scep ?

Jusqu’en 1829, les élèves portaient l’épée, le tricorne, l’habit bleu avec pantalon à bande blanche, et leurs mouvements s’effectuaient au son du tambour. C’était plus l’armée quoi. A côté, tu ne peux pas te plaindre pour les masques et le gel.

  1. Le Quatter est à l’origine une liste BDE

Le Quatter a été fondé en 1996 par une liste BDE perdante qui voulait pimenter un peu la vie de l’école. Après plusieurs déménagements, le Quatter est définitivement installé dans ses locaux actuels dans le couloir des assos. Tu sais le couloir où toi, jeune préma, tu n’es jamais allé.

  1. Une étudiante Miss

Alors qu’elle était en dernière année à l’ESCP, Alice Querette a été élue Miss Île-de-France 2018. Elle a même représenté la région au concours Miss France 2019. A 4 ans près, tu avais une miss dans ta classe. Pas de bol.

La loi Avia, fausse bonne idée ?

Article d’opinion

Les faits

Le président de la République avait annoncé le 16 mars dernier la suspension de toutes les réformes, dans le contexte de la crise sanitaire à laquelle nous faisons face. Cependant, le 13 mai, l’Assemblée Nationale a officiellement adopté la loi Avia, loi contre les contenus haineux sur Internet. Le résultat des votes n’était pas unanime : 355 pour (LREM, MoDem et UDI-Agir) et 150 contre (Les Républicains, la France insoumise et le Rassemblement National) et les socialistes qui s’abstiennent : cela annonçait déjà les débats qu’elle allait engendrer.

La loi tient son nom de la députée de Paris Laetitia Avia (LREM), qui l’a déposée le 20 mars 2019. Elle s’était fortement inspirée de nos voisins allemands et de leur loi Netzwerkdurchsetzungsgezetz (NetzDG pour les intimes). En 2019, Laetitia Avia avait déclaré : « Il nous faut affirmer que nous ne pouvons plus tolérer sur Internet ce que nous n’accepterions jamais dans un bus, dans un restaurant ou dans l’espace public. »

En bref, le but de la loi Avia est de retirer les contenus terroristes et pédopornographiques de n’importe quel site une heure après leur signalement, et les contenus « manifestement haineux » (racisme, antisémitisme, homophobie, violence, incitation au crime, harcèlement sexuel) des principaux réseaux sociaux, plateformes collaboratives (Le Bon Coin, TripAdvisor…) et moteurs de recherche sous 24h.

Les opérateurs des sites doivent donc mettre en place un dispositif accessible, lisible et simple d’utilisation permettant à n’importe quel utilisateur de signaler un contenu illicite. Si le site Internet refuse de supprimer le contenu ou s’il ne respecte pas les délais, il risque une amende de 250 000 euros, ainsi qu’une sanction à hauteur de 4% de son chiffre d’affaires de la part du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). Le signalement abusif est, quant à lui, puni de 15 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement. La loi ne concerne pas vraiment les auteurs des messages haineux, si ce n’est à travers la mise en place d’un parquet spécialisé afin de les juger.

Controverses et liberté d’expression

Cette loi a pour objectif premier de protéger de la haine qui se manifeste à travers les insultes, nul ne peut en critiquer le dessein. Mais beaucoup y voient une atteinte à la liberté d’expression, comme les Républicains qui ont déposé le 18 mai 2020, un recours auprès du Conseil constitutionnel contre la proposition de loi, au nom de la défense de la liberté d’expression. Douze ONG ont également signé un appel en signalant que « en contournant les prérogatives du juge judiciaire, la loi Avia porte atteinte aux garanties qui nous permettent aujourd’hui de préserver l’équilibre de nos droits et libertés fondamentales »

La haine n’a pas de définition dans le droit français (elle peut simplement être le motif de crime ou de délit mais elle n’est pas une infraction en soi). Si, en théorie, cette loi visant à éradiquer la haine d’Internet semble être une bénédiction pour quiconque aimerait surfer dans un environnement sain et bienveillant, la pratique est toute autre. Très simplement : comment identifier, à coup sûr, des propos haineux, quand le mot haine n’a pas de définition légale ? Très fréquents sont les exemples de controverses ayant trait à des tentatives d’humour, jugées hilarantes pour certains et s’apparentant à de la haine gratuite pour d’autres. En témoignent les tristement célèbres caricatures du prophète Mahomet du journal satirique Charlie Hebdo, dont la publication -rendue populaire par les attentats ayant touché les locaux du journal en janvier 2015- a suscité de violents débats sur la liberté d’expression. Parce que bien sûr, le problème sous-jacent des controverses liées à cette loi est la liberté d’expression. Je ne vous ferai pas l’affront de vous citer la célébrissime phrase de Pierre Desproges « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde », puisque d’une part, personne ne sait exactement ce qu’elle signifie, et d’autre part, ce qui est posté sur Internet est, par structure, destiné à précisément tout le monde. Cependant, le problème est là : sommes-nous assez naïfs pour croire que des algorithmes seront capables de discerner le second degré dans les tweets ? Comment protéger la liberté d’expression tout en bannissant la haine ?

De plus, remettre la décision de ce qui est haineux ou non entre les mains du CSA et en dessaisir l’institution judiciaire pose question. En effet, le CSA est une « autorité administrative indépendante » mais dont les membres sont nommés par le président de la République et les Assemblées, c’est-à-dire par les pouvoirs exécutif et législatif. Il est également important de noter que les membres du CSA reflètent l’orientation politique du gouvernement, et que le « politiquement correct » d’E. Macron diffère probablement beaucoup de celui de M. Le Pen. Avec les réseaux sociaux, il faut agir vite, c’est pourquoi cette loi impose un délai très court aux plateformes. Il serait humainement impossible de faire intervenir un juge pour chaque commentaire, c’est pourquoi on donne le rôle aux plateformes elles-mêmes, de créer des algorithmes. Ce délai d’une heure est critiqué par certains comme étant contraire à la Constitution, car une mesure restreignant un droit fondamental (ici, la liberté d’expression) ne peut être conforme à la Constitution que si elle “n’excède pas ce qui est nécessaire à la réalisation de l’objectif suivi”. Or, pour la loi Avia, on peut d’abord distinguer un défaut d’adéquation car le délai est impossible à respecter pour les plateformes. A titre d’exemple, Facebook n’a pas réussi à supprimer en 24h l’intégralité des vidéos de la tuerie de Christchurch le 15 mars dernier. Si le géant des réseaux sociaux n’a pas su le faire en 24h avec ses algorithmes de pointe, il paraît inenvisageable que les autres sites soient capables de le faire dans les mêmes délais. On constate également un défaut de proportionnalité. Pour ne prendre aucun risque, les réseaux sociaux vont créer des algorithmes larges qui préféreront en enlever trop que pas assez pour ne pas être sanctionnés financièrement. Ainsi, tous les contenus qui ne seront pas suffisamment politiquement corrects seront retirés et on éteindra toute sorte de débat sur les réseaux sociaux.

Le 18 mai, le #sijétaitjuif (sic) a été propulsé en première place des tendances Twitter du jour. Le contenu des tweets reprenant ce hashtag était puant d’un antisémitisme digne des années 30, c’est donc typiquement pour ce genre de situations que la loi a été pensée. Cependant, bon nombre de personnes, indignées par ce comportement, ont repris le hashtag pour le dénoncer. Un algorithme aurait probablement supprimé tous les tweets le contenant, sans distinction aucune entre ceux l’utilisant dans un objectif de haine, et ceux dans un objectif de dénonciation… De la même manière, il arrive que des auteurs qui cherchent à dénoncer des propos ou certaines injustices de la société choisissent d’utiliser les mêmes formes de rhétorique que ceux qu’ils dénoncent pour être plus percutants : leurs textes seront-ils supprimés également ? En outre, les signalements abusifs seront, d’après la loi, punis d’une amende : comment juger la bonne foi d’une personne qui peut avoir été heurtée par un message que d’autres trouveront normal ou humoristique ?

Dans l’intention, cette loi semble être une bonne initiative pour stopper la haine sur Internet qui devient un espace public comme un autre. Mais n’étant pas la préoccupation majeure actuellement, elle a été expédiée un peu précipitamment. Dans les faits, cette loi va donc placer entre les mains des GAFA étrangers le droit d’apprécier le concept extrêmement flou de ce qui est haineux ou non à grand renfort d’algorithmes et de risques de sur-censure, tandis que le pouvoir judiciaire national – pourtant garant des libertés individuels – sera court-circuité.  En somme, c’est bien la liberté d’expression qui risque de payer le prix de cette tentative de purification du net. Le Conseil constitutionnel a été saisi, il avalisera ou bien retoquera le texte s’il ne le juge pas proportionné.

Artistes et confinement

Bien que cet article paraisse dans le premier SCEBDO déconfiné, on parle toujours du confinement… mais cette fois d’un point de vue artistique. Cet article est le premier d’une série de trois articles dans lesquels nous avons interrogé des artistes sur l’impact que le confinement avait eu dans leur processus de création. Cette première édition met à l’honneur des talents musicaux, notamment ReVeR (aka Arthur) que vous avez peut-être eu la chance de croiser dans les couloirs de la SCEP ! Bonne lecture et n’hésitez pas à les suivre sur les réseaux sociaux pour écouter leurs douces mélodies.

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Qui payera ?

Qui payera ?

Depuis quelques jours les milliards pleuvent. Envolés les problèmes de déficit public, la sacro-sainte règle maastrichtienne des 3%, l’équilibre budgétaire. Tout ça c’était le monde d’avant. La santé, et la sauvegarde des entreprises passent avant tout. Aux Etats-Unis, en Europe, en Chine les plans de relance pour éviter l’effondrement de pans entiers de l’économie se multiplient. En France, alors même que nous ne sommes qu’au début de la crise, on estime que le recul de l’activité combiné aux mesures exceptionnelles annoncées par le gouvernement pourrait faire bondir le déficit de 99% à 115% du PIB. La question que vous vous posez peut-être est qui payera ? Qui payera le plan du gouvernement à 100 milliards, qui payera la relance européenne à 1000 milliards ? Vous avez pu (ou non) constater la hausse massive des impôts intervenue après 2008. Doit-on s’attendre à une hausse au carré une fois le plus dur (et les élections) passés ?

Les dettes qui sont en train d’être accumulés sont impayables

            Le montant des dettes accumulées est tellement colossal qu’il est fort probable qu’elles ne soient jamais remboursées. Bien sûr cela dépend en partie des pays, pour l’Allemagne ou les Pays-Bas il n’y a pas beaucoup d’inquiétudes à avoir. Mais qu’en est-il pour des pays plus fragiles et qui ne sont pas parvenus à se désendetter significativement depuis 2008 ? Ce sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne et même la France. Pour rembourser cette dette, il n’y a globalement que trois leviers conventionnels pour un Etat : la croissance économique, l’augmentation des impôts et la baisse des dépenses. La première solution est exclue, peuples vieillissants, productivité stationnaire, la croissance est grippée et aucun élément ne pourrait vraisemblablement la ranimer dans les prochaines années. La solution de l’austérité est possible mais paraît hautement déraisonnable. Outre que cela grèverait une partie de la croissance (et donc annulerait l’effet souhaité), l’effet social serait dévastateur. La crise des gilets jaunes a été le marqueur d’un trop d’impôt en France, et le signe d’une véritable gronde sociale latente. Par ailleurs, la crise sanitaire a rappelé l’impérieuse nécessité d’investir dans les systèmes de santé et de protection. En Italie, en Espagne ou en Grèce austérité et paupérisation ont laissé des traces profondes et des ressentiments tenaces. D’autant que tout cela aurait été en fin de compte … pour rien. Dans nos démocraties déjà fragilisées, toute nouvelle cure d’austérité agirait comme une bombe sociale à même de menacer gravement nos systèmes politiques voire à même de faire exploser nos démocraties.

Et pourquoi ne pas faire payer les riches ?

Pourquoi tout simplement ne pas faire payer les riches, les millionnaires, les milliardaires ? ceux qui se sont considérablement enrichis avec la mondialisation. Un impôt exceptionnel de solidarité serait parfaitement légitime et aurait le double avantage de se parer de justice sociale. Ce refrain on l’entend souvent ces derniers temps et au fond, comparativement à l’austérité, il s’agit d’une solution plus raisonnable. Le problème est que la plupart du temps faire payer les riches ne paie pas, ou peu. Le symbolique impôt sur la fortune supprimé par Macron ne rapportait que le montant dérisoire de 4 milliards d’euros. Pour compenser l’envolée du déficit il faudrait donc créer 44 ISF. Le seul moyen efficace reviendrait à se saisir directement d’une partie de leur fortune, à prendre un certain % directement sur leurs épargnes et leurs biens. Or en France comme dans d’autres démocraties, les impôts confiscatoires sont interdits par la constitution. Par ailleurs, une telle mesure confiscatoire nécessiterait la mise en place d’un contrôle des changes pour empêcher une fuite des capitaux. A cela s’ajoute le fait que les riches sont aussi rattrapés à leur manière par la crise, Bernard Arnault aurait perdu au moins 10 milliards d’euros depuis le début de la crise.

Ne pas rembourser ?

            On entend beaucoup ces derniers temps que nous ne sommes pas responsables de la dette, rien ne nous engage à la rembourser. Les créanciers n’ont qu’à bien se tenir. En paraphrasant Staline « Les créanciers, combien d’armées » ? On oublie souvent que se ne sont pas que les grandes fortunes qui détiennent les obligations d’Etat. Par exemple, les assurances et les banques détiennent environ 30% de la dette française, et à travers elles c’est vous. Plus précisément, il s’agit des assurances-vie et des épargnes retraites. Ne pas rembourser revient donc à euthanasier une partie des épargnants. A supprimer toute ou partie de la retraite de milliers de personnes. Toute dette n’est jamais que l’épargne de quelqu’un d’autre, ne pas payer – faire défaut – c’est donc faire payer l’autre : ruiner l’épargnant. Cette hypothèse a d’ores et déjà été exclue par le gouvernement.

La solution par défaut

            Paradoxalement, aujourd’hui alors que l’ampleur de la crise se précise un peu plus chaque jour, les Etats européens ne rencontrent aucun problème pour lever des fonds et emprunter. Plus encore, les Etats empruntent à des taux d’intérêt très faibles. Cela est la résultante d’une politique volontariste de la banque centrale européenne qui a tranquillisé les marchés en annonçant un plan d’action à coup de centaines de milliards. En achetant massivement la dette des pays européens sur les marchés secondaires, la BCE a apporté une garantie aux investisseurs, et stabilisé les taux d’intérêt. La BCE s’est d’ailleurs autorisée à posséder jusqu’à 33% de la dette d’un pays européen. De fait, les Etats européens ne souffrent d’aucun manque de liquidité (cash pour faire face aux échéances), c’est davantage leur soutenabilité (capacité d’un Etat à contenir sa dette) qui est interrogée dans les prochaines années et donc leur solvabilité (capacité d’un Etat à ne pas faire défaut) à moyen-long terme.

Or, en montant en puissance dans la dette des Etats, et pour ne pas alourdir les échéances des Etats, il est probable que la BCE neutralise ses créances, c’est-à-dire que leur maturité soit étendue sur une très longue durée, et cela avec des taux d’intérêt proche de 0. Autrement dit, en étalant massivement la période de remboursement d’une dette la pression sur les Etats devient minime. Et comme on le sait à votre différence (oui oui vous devrez rembourser votre prêt étudiant) un Etat a le bon goût d’être possiblement immortel. La dette devient en quelque sorte perpétuelle.

Le tabou de la planche à billet

            Vous l’aurez compris sans austérité ni augmentation des impôts, sans probable forte croissance dans les prochaines années, et sans problèmes de liquidités la dette des Etats devient perpétuelle. Or, il y aurait une solution – et le débat fait rage chez les économistes – il s’agit de la planche à billet et de l’inflation. Qu’est-ce que l’argent ? C’est un bout de papier (ou une valeur numérique) auquel on attribue de la valeur comme intermédiaire d’échange. Et bien nous n’avons qu’à faire tourner la fameuse planche à billet, c’est-à-dire imprimer, créer autant d’argent et de billets que nécessaire. Aussi surprenant que cela paraisse c’est aussi simple que ça.

Et c’est ce que l’on fait actuellement de façon insidieuse ; mais cela pourrait être fait de façon beaucoup plus massive. La banque centrale européenne créerait massivement des liquidités, plusieurs centaines de milliards ex nihilo, et financerait directement les Etats et surtout ferait repartir l’inflation grâce au fameux hélicoptère monnaie (scénario où de l’argent serait directement crédité sur votre compte). Non ce n’est pas de la science-fiction mais bien une hypothèse très sérieuse débattue et qui constitue un recours en cas d’aggravation de la situation.  

D’aucuns questionneront la valeur du travail, « chaque écu doit se suer » disait effectivement le père Grandet ; ces arguties techniques sont immorales et contre les principes économiques fondamentaux. Ils n’auraient pas tout à fait tort, attention à trop faire marcher la planche à billets, le risque est d’affaiblir la valeur que nous attribuons à la monnaie et de perdre totalement le contrôle de l’inflation. Refusant catégoriquement ce saut dans l’inconnu (la BCE), la dette des Etats est bien partie pour être reléguée de générations en générations à moins qu’un événement imprévue ne précipite un nouveau scénario catastrophe.