47 400 euros, vraiment ?

47 400 euros. Soit 15 800 euros multipliés par 3 pour le prémaster, le M1 puis le M2. Ce sont bien les prix d’un Master in Management à l’ESCP Europe, deuxième école aux tarifs les plus élevés après l’EM Lyon depuis la rentrée 2018.

Et oui, les écoles de commerce sont onéreuses et leur prix monte d’autant plus que l’on se rapproche du haut du classement. Aucun préparationnaire excédé de deux années d’acharnement ne renoncerait à une école du top 3 pour économiser 2000 euros, chose dont les établissements sont conscients : le prestige passe en premier, quel qu’en soit le coût. Si bien que le prix annuel moyen d’une école du top 5 s’élève à 15 000 euros, là où celui d’une école au-delà du top 10 revient plutôt à 10 000 euros. Et la tendance ne fait que progresser d’année en année : les frais de scolarité des écoles de commerce ont augmenté de 15 à 20% en 4 ans et ont été multipliés par 2,5 en 20 ans selon Les Echos.

Mais qu’est-ce qui explique une telle hausse des frais de scolarité ?

Au risque de vous décevoir, cela n’est pas lié à une amélioration de la qualité des cours ou des infrastructures, ni à l’ajout d’une croisière aux Caraïbes dans votre emploi du temps. Les principales raisons sont en réalité une baisse des dotations des chambres de commerce et d’industrie (CCI) ainsi qu’un impératif de développement à l’international.

En effet, les CCI baissent d’années en années leurs subventions aux écoles de commerce. Cela s’est empiré de nouveau cette année suite à la décision de Bercy de réduire les financements alloués aux CCI, limitant donc leurs moyens pour financer les écoles. Or, de nombreuses grandes écoles de commerce comme HEC, l’ESSEC, l’ESCP Europe ou Toulouse Business School étaient jusqu’alors dépendantes des CCI. En 2007, la subvention versée par la chambre à ESCP Europe représentait 24% du budget global de l’école. Dix ans après, celle-ci n’en constituait plus que 10%. En 2020, elle aura atteint les 0%. D’où la nécessité pour les écoles de développer ses fonds propres. Pour faire face à cette baisse de moyens, certaines d’entre elles dont l’ESCP ont décidé de revoir leur statut en devenant des établissements d’enseignement supérieur consulaire (EESC), une sorte de société anonyme dont les actionnaires ne reçoivent pas de dividendes et dont la CCI doit détenir au moins 51% du capital. « Notre finalité n’est évidemment pas d’engranger des bénéfices mais une école à l’ambition telle que la nôtre doit avoir de la visibilité à moyen terme pour investir et se développer. Les statuts de l’EESC sont, de ce point de vue, particulièrement bien conçus en interdisant la distribution des dividendes. » confirme Léon Laulusa, directeur général adjoint de l’école.

Aussi, afin de figurer au top des classements internationaux de Business School et d’étendre leur public, les écoles de commerce ont opté pour une stratégie d’internationalisation. Cela passe par l’implantation de campus à l’étranger (comme l’ESSEC et Skema à Singapour, l’EM Lyon en Chine ou l’ESCP avec ses 6 campus européens), par l’intégration d’étrangers dans les promos (à l’ESCP, 55% des diplômés du Master in Management sont non français), par l’instauration de partenariats avec des universités étrangères ou par l’imposition de stages à réaliser à l’étranger. Vous l’aurez compris, tout cela a un prix, impactant directement les frais de scolarité.

Vous devez toujours vous demander pourquoi l’ESCP est la deuxième école de commerce la plus chère pour un programme de Master In Management

La direction justifie ces frais record par le coût élevé de l’entretien des 6 campus ainsi que des deux sites présents dans Paris intramuros. Par ailleurs, la scolarité d’un élève de pré-master comprend 450 heures de cours quand celle d’un élève d’HEC en comprendrait moins de 300. Et oui, ça coûte cher de bosser. Enfin, le ratio étudiants/professeurs d’ESCP Europe est l’un des plus importants des écoles du top 10. Tous ces éléments font que le coût annuel moyen d’un élève à ESCP Europe est de 20 000€ pour un budget global de 100 Millions d’euros. En comparaison à l’université française, un étudiant coûte 14 000 euros par an. La seule différence, c’est que dans un cas les frais sont payés par l’étudiant, dans l’autre ils sont assumés par l’Etat.

Stop aux médisances !

Alors que dire de ces prix exorbitants ? Discrimination financière, entrave à la mixité sociale ? Non. Des solutions pour payer son école sans rogner sur l’épargne retraite de ses parents ni sans contracter une dette à l’américaine existent. Première solution, les bourses. Sur l’année scolaire 2017-2018, 196 étudiants de l’ESCP ont eu une bourse sur critères sociaux et parmi eux, 66 étudiants ont eu une exonération à 100% de leur frais de scolarité. Pas mal pour un cursus de « gosses de riches », d’autant plus que des organismes parallèles, tels que le Crous, peuvent également attribuer des bourses en complément.

Seconde issue, les prêts étudiants. Les banques se disputent le marché estudiantin et s’adonnent à une surenchère de taux avantageux pour leur proposer des prêts. Or, si on prend le salaire moyen d’un étudiant à la sortie de l’école, on peut calculer qu’il gagnera en 10,5 mois l’équivalent de la totalité de ses frais de scolarité.

Troisième possibilité, l’alternance. Environ 150 étudiants ont opté pour cette voie en 2018, leur permettant d’étudier aux frais d’entreprises comme Accenture, IBM, la Caisse des Dépôts ou Wavestone tout en gagnant un salaire et en embellissant leur CV.

Contrainte géographique des provinciaux ? Biais d’information entre étudiants de grands et petits lycées ? Autocensure de ceux dont la famille est étrangère à ce milieu ? Si les frais de scolarité ne sont pas la cause de l’homogénéité sociale en école, on peut envisager d’autres pistes.

Enquête sur le sandwich parisien

Mardi 5 juin 2018, XIème arrondissement de Paris. Nombreux sont les fins gourmets à faire la queue afin d’acquérir les tout premiers sandwichs de la ville, au grand dam de notre actuelle Ministre de la Santé résolument loin d’être fan de ce genre de mets. Les premiers dites-vous ? Tout amateur de sandwichs sait bien qu’il n’en est rien, si bien qu’un modeste guide issu d’expériences diverses et variées semble s’imposer afin de sensibiliser les néophytes fraîchement débarqués dans la capitale.

En cas de petit creux s’offrent à vous deux possibilités : s’aventurer dans les plus beaux coins de la ville et de ses alentours, ou pour les plus flemmards recevoir une livraison directement chez soi. Attardons-nous un instant sur la première option, retenue par les plus courageux d’entre nous. D’aucuns me répondront qu’il ne s’agit pas de courage mais simplement d’une admiration pour l’architecture des gares du nord de la ville ou des magnifiques tours des villes voisines aux confins des lignes de métro, notamment de la ligne 3. Si vous optez pour ce voyage, veillez à ne pas vous prénommer Jean-Philibert, ni être fan d’Eddy de Pretto, ni dans le cas contraire à ressembler à une personne combinant ces deux caractéristiques au risque de revenir à poil de votre odyssée, la baguette entre les jambes à défaut de sandwich.

La deuxième option est la plus fréquemment choisie, du moins pour les glandeurs comme vous et moi. Cette aventure commence par réussir à dénicher un numéro qui vous permettra d’entrer en contact avec un boulanger des alentours. Comment l’ob    tenir ? Baladez-vous sur les quais ou canaux de la ville et attendez d’être approché par des apprentis boulangers, généralement assez facilement reconnaissables. Ou tournez-vous vers vos amis déjà initiés à la quête de sandwichs dans la capitale. Deuxième étape : le premier contact. Vous n’avez en aucun cas besoin de travailler la formulation du message puisque vous n’obtiendrez en réponse qu’un simple « Adresse stp ». Dès lors s’entame une attente qui peut parfois s’avérer longue, très longue, très très longue (un record de 4h30 pour ma part). En effet, les boulangers, forts de leur formation technique, délaissent généralement la partie logistique de leur activité, à tort. Il n’est pas rare de devoir attendre plusieurs heures, rythmées par vos relances et les réponses du boulanger à la tête du réseau, au français bien léché. Les boulangers semblent apprécier nous mener à la baguette et sont très inventifs lorsqu’il s’agit de trouver des excuses. Le fameux « j’ai un imprévu » annonce souvent le pire. Voici quelques exemples, preuves de leur ingéniosité, dont vous pourrez allégrement vous inspirer pour faire patienter votre pote qui vous attend déjà depuis 30 minutes à la scep.

 

 

Votre livreur utilise un panel de moyens de transport assez large : la voiture pour les mieux organisés, le métro pour les amoureux des bains de foule, le bus pour les nostalgiques du collège, ou encore le train (« Désolé c’était la merde à cause de la grève » s’exclama d’ailleurs un livreur en fin d’année dernière lorsqu’il arriva enfin à mon adresse). A présent penchons-nous sur le profil du livreur. Peu importe le quartier dans lequel vous vivez, vous le reconnaîtrez généralement assez vite. Par ailleurs, vous pourrez être témoin du non-respect d’un des principes fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail dans la mesure où votre livreur est susceptible d’avoir le même âge que votre petit frère alors en classe de 4ème. Mais bon, vous vous en battez les couilles parce que vous avez la dalle, que vous êtes un gros enculé ou que vous estimez que Macron a raison lorsqu’il insiste sur la nécessité d’une refonte de la filière apprentissage en France.

Dans le cas où vous seriez mécontents de la qualité ou de la taille du sandwich, résignez-vous, vous n’avez aucun recours. Vous pourrez toujours tenter de gratter sournoisement quelques graines de sésame à votre livreur, mais vous comprendrez vite que vous feriez mieux d’aller vous faire foutre car selon lui : « Vous êtes tous pareils, nous on vous demande d’être compréhensifs ». Il a raison. Allez habiter en province ou attendez Madrid. En revanche, il faut savoir que si la logistique n’est pas la tasse de thé des boulangers, ils excellent dans le marketing. Une fois votre transaction effectuée, vous serez en effet pris en charge par le service client de votre boulanger qui cherchera à vous fidéliser à l’aide de relances toujours plus innovantes qui n’ont rien à envier aux services marketing des plus grandes sociétés, et qui ne manqueront pas de vous faire sourire.

 

 

Ainsi s’achève cette enquête sur le sandwich parisien. Elle ne cherche en aucun cas à le promouvoir ni à inciter à sa consommation. Pour votre santé mangez 5 fruits et légumes par jour et évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé.

Bonus :

L’ESCP au XIXe siècle : Vie sur le campus et associations (3)

PARTIE 3 : LA VIE SUR LE CAMPUS : BATIMENTS, ASSOCIATIONS ET VIE PARISIENNE

Les associations: La toute première, l’Association Amicale des Anciens Elèves, fut créée en 1872. Voici à quoi ressemblaient les premiers présidents. En somme, plus de pilosité faciale, de testostérone et de nœuds papillons qu’aujourd’hui.

Le rôle de l’association était de publier un Annuaire, d’organiser un banquet annuel et de rédiger un Bulletin trimestriel dans lequel étaient exposées les décisions du bureau, les communications d’intérêt général, ainsi que les offres et demandes d’emplois. C’était donc l’ancêtre de… l’Intranet. Ils publiaient aussi des rapports sur les Expositions universelles.

Déjà à l’époque, les associations était au centre de la vie sociale des étudiants : « Autour d’une petite table, une réunion de quelques amis, où l’on parlait du présent et surtout du passé, de l’Ecole, de l’enseignement, des intérêts de notre Association […] Nous formions une grande famille »

Puis, l’Association Amicale des Anciens Elèves décida de monter une sous-association, sous le nom de Conférence Adolphe Blanqui, qui serait chargée d’organiser des conférences économiques. L’embryon de Tribunes était né. Leur ambition était de « Créer un centre où les jeunes gens sortant des écoles commerciales pourraient s’exercer à la parole, où les hommes faits pourraient discuter les questions tenant à leurs intérêts ou à leurs travaux, où tous pourraient développer les idées qu’ils croiraient bonnes et utiles ». Cependant, toute discussion d’un caractère politique ou religieux était formellement interdite. Voici quelques exemples de conférences qui eurent effectivement lieu :

En février avait lieu ce qui pourrait s’apparenter à nos weekends de « passation » :

« un punch est offert annuellement par les anciens aux nouveaux. La connaissance s’y fait plus intime, on y scelle en quelque sorte une union indélébile, et la réunion se clôture généralement par un speech bien senti du président des anciens ».

La vie dans le quartier de l’Ecole :

« Il alla s’installer à la terrasse d’un grand café. C’était l’heure de l’apéritif et les buveurs, envahissant les tables, semblaient venus là pour assister à la migration de tout un peuple. Sur les trottoirs, une foule noire et compacte s’agitait ».

Ce témoignage aurait pu tout aussi bien être celui d’un étudiant deux siècles plus tard.

 

La nourriture à l’Ecole : L’auteur se souvient :

« Dans la cour des élèves, la baraque de la marchande de gâteaux évoqua la puérilité du temps où ils se croyaient des hommes. Les paris venaient se trancher là : on payait d’un gâteau, d’une groseille ou d’un cassis le tort qu’on avait eu à propos d’un problème. On s’offrait, pour satisfaire d’insatiables appétits, les petits croissants chauds dans lesquels on piquait deux tablettes de chocolat ».

On apprend aussi que les élèves disposaient déjà d’un stand grillade ! : « Dans la cuisine, voyez, il y a un appareil pour faire les viandes grillées ».

 

 

La cour intérieure : La cour comportait une fontaine, et les jeunes gens s’y retrouvaient souvent pour fumer bien que cela était interdit.

« Je pense souvent à nos fumeries à l’Ecole. Te souviens-tu comme on se cachait dans l’encoignure du préau ? […] Le nuage de fumée qui planait sur nous nous trahissait assez ».

 

Clôturons ce voyage dans le passé par ces quelques mots de l’auteur :

« Ici, c’était un palais dont les hôtes étaient traités comme des princes […] Qu’on les gâte, pourvu qu’ils travaillent ! Cela les rendra exigeants, ils voudront devenir millionnaires… Quand on veut, on peut : ils seront les princes du commerce et de l’industrie »

Macroniste avant l’heure.

L’ESCP au XIXe siècle : Contexte politique, projets de groupe et intégration (2)

PARTIE 2 : CONTEXTE POLITIQUE, PROJETS DE GROUPE ET INTEGRATION 

Le directeur de l’Ecole : Le Franck Bournois de l’époque s’appelait Adolphe Blanqui et était professeur d’économie politique et d’histoire du commerce à l’Ecole, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, mais aussi député. Si l’on avait publié dans le journal de l’époque « Le même portrait d’Adolphe Blanqui tous les jours », voici quelques extraits que l’on aurait pu retrouver:

 

LE MEME PORTRAIT D’ADOLPHE BLANQUI TOUS LES JOURS

Le contexte politique : En juillet 1869, lorsque la France déclare la guerre contre la Prusse, les élèves français sont appelés sous les drapeaux et l’Ecole est abandonnée. Les membres de la Chambre de Commerce transforment les bâtiments de l’Ecole en ambulance et y installent des dortoirs à disposition des hôpitaux militaires. De nombreux blessés ou malades militaires y trouvent alors asile.

Si aujourd’hui l’infirmière a pour principale occupation de faire passer des examens médicaux obligatoires à de jeunes étudiants après les avoir harcelés par email pour les interroger sur le nombre de pintes de bière qu’ils consomment par semaine –par jour ?- le médecin de l’époque venait, lui, visiter et panser les malades de la guerre.

Lorsque la Commune de Paris est proclamée en 1870, le quartier devient le théâtre d’un combat des plus meurtriers. Les élèves présents à l’Ecole passèrent à l’abri cinq jours dans les caves pendant que les obus et les balles passaient au-dessus de l’Ecole, éclataient dans la cour et traversaient les dortoirs. La capitale était en pleine guerre civile.

Le parallèle avec le contexte actuel à Paris est facile à établir, et des plus pertinents. La grève des cheminots de la SNCF fut évidemment l’équivalent de la guerre franco-prussienne, quant au blocage des facultés par les détracteurs de la Sélection à l’université, il n’est que la continuité logique de la Commune de Paris.

 Les projets de groupe : Chaque jeudi, les étudiants en troisième année réalisaient une promenade industrielle, durant laquelle ils visitaient les manufactures et les usines les plus importantes de Paris et de ses environs. Ils devaient ensuite rédiger des rapports sur « le prix d’achat des matières premières, le prix de revient et de vente des produits manufacturés, et la part affectée aux frais généraux ». De plus, la Chambre de Commerce accordait une bourse de voyage de 1 000 francs à celui des élèves qui rédigerait le meilleur rapport sur les usines visitées dans l’année. En somme, une sorte d’alliage entre un projet de Coûts et Décisions, Projet OPEN et Projet de Marketing, à la seule différence qu’au lieu de gagner une bourse de voyage pour découvrir le monde on offre aujourd’hui un appareil à raclette en Tefal à revêtement antiadhésif dernière génération thermostat réglable puissance 1100 Watts plaque amovible avec douze poêlons fournis garantis douze mois sous réserve des places disponibles l’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération les produits laitiers sont nos amis pour la vie fumer tue celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas. Le rapport était envoyé à la bibliothèque de la Banque de France et faisait le plus grand honneur à l’enseignement de l’Ecole.

L’équivalent du Séminaire Moderne Qualitatif et Ambitieux : Les étudiants visitaient une fois dans l’année une mine de charbon. Ils quittaient la ville dès quatre heures du matin et, après avoir parcouru à travers champs sept à huit kilomètres, arrivaient à Mons. Les élèves devaient revêtir le costume du mineur et descendaient, une lampe de sûreté à la main, serrés et allongés dans les bannes, à 520 mètres au-dessous du sol. Ils y restaient huit heures. L’expérience était, sans aucun doute, moderne, qualitative et ambitieuse.

Les métiers les plus représentés chez les Alumni : En s’intéressant aux statistiques compilées dans l’ouvrage, on constate qu’à la sortie de l’Ecole, les métiers les plus pratiqués étaient ceux de Banquier, Distillateur, Négociant en grains et farines, Propriétaire et rentiers, et Négociant en laines.

 

 

L’ESCP au XIXe siècle : Immersion dans les archives de l’école (1)

1898, Paris. Le nouvel hôtel de l’Ecole est inauguré au 79 avenue de la République. A cette occasion, deux étudiants, Maurice Bouchet et Alfred Renouard, publient L’histoire de l’Ecole supérieure de commerce de Paris.

2018, Paris, cent vingt ans ont passé. Je retrouve l’ouvrage, conservé dans la Bibliothèque nationale de France.

Un fabuleux saut dans le passé commence alors ; je me surprends à plonger la tête la première dans les arcanes de la toute première école de commerce du monde. Bribes de paroles, dialogues d’étudiants, témoignages et autres dessins d’époque redonnent vie à ces personnages qui peuplent le passé de notre parisienne. Plus d’un siècle nous sépare, et pourtant, les souvenirs intimes d’anciens étudiants illustrés par des dessins de l’époque nous rappellent que, comme vous et moi, ils ont fréquenté les bancs de l’ESCP.

PARTIE 1 : ETRE ETUDIANT A L’ESCP AU XIXE SIECLE

L’accoutrement des élèves : On apprend que jusqu’en 1829, « les élèves portaient l’épée, le tricorne, l’habit bleu avec pantalon à bande blanche, et leurs mouvements s’effectuaient au son du tambour ». Cela ne doit pas paraître si étranger aux sportifs les plus aguerris ayant participé aux OJO dans le pittoresque bourg de Roubaix. Des élèves habillés de bleu et blanc, un couvre-chef aux couleurs de l’Ecole, une marche saccadée au rythme de tambours. Si de tels jeux omnisports avaient existé au XIXe siècle, l’ESCP aurait de toute évidence pu prétendre au si convoité « prix de l’ambiance », chapardé chaque année par nos frères de l’Audence et d’Ecully. Malheureusement, puisqu’aucune autre école de commerce n’existait alors -ni en France ni dans le monde- l’intérêt des OJO aurait été considérablement limité.

L’enseignement : Il était beaucoup plus scientifique qu’aujourd’hui, n’en déplaise à nos amis tout droit sortis de classes préparatoires littéraires qui ont fait le choix d’abandonner l’étude de « L’Influence du jansénisme dans la littérature post-balzacienne en Hollande-septentrionale » pour avoir l’immense privilège de participer aux rattrapages de Finance.

L’école disposait d’un laboratoire de chimie et d’un cabinet de physique très complet. Si parmi les matières étudiées on trouvait la tenue des livres, l’étude des changes et arbitrages, la correspondance commerciale, l’étude des matières premières du commerce, le droit commercial, l’histoire du commerce géographie commerciale, les langues étrangères, l’arithmétique appliquée, l’écriture, on y enseignait aussi une partie essentiellement industrielle comprenant la géométrie, la mécanique, le dessin, la physique appliquée à l’industrie, la chimie minérale et organique et la technologie. Il y avait également la possibilité de suivre des cours libres parmi lesquels un cours d’économie politique professé par Jean-Baptiste Say, grand économiste de l’époque… le Jean Marc Daniel de l’époque ?

Les épreuves finales : Lors des premières cérémonies de fin d’année, moins d’une dizaine d’élèves recevaient leur diplôme. La grande difficulté des épreuves était volontaire, les examens finaux étant corrigés par des grands spécialistes de la science et du commerce. En outre, chaque année, le premier et le second diplômé du troisième comptoir -troisième année- avaient droit à un prix d’honneur accordé par le prince Napoléon. Aujourd’hui, le seul avantage à exceller dans une matière serait sans doute d’avoir son premier choix de campus pour le premier semestre de l’année suivante. Ah non en fait, puisque l’algorithme en charge de l’affectation des campus semble avoir été réalisé par Léo, sept ans, en classe de CE1 à l’école primaire des Mimosas.

 



Quand le spectateur devient comédien

Jeudi dernier, 21 heures, devant une ancienne usine du Vème arrondissement. Les derniers retardataires se pressent à la porte du théâtre Le Secret. Ils ont rendez-vous avec Hamlet, Horatio, Ophélie et les autres habitants du château d’Helsingor, où se déroule la célèbre pièce de Shakespeare. Ce soir néanmoins, pas question d’écouter passivement les tirades du grand dramaturge. « Chaussures confortables recommandées » précisait le billet.

 

Les spectateurs embarquent donc dans un voyage dans le temps et se retrouvent projetés au Danemark en pleine tragédie shakespearienne. Libres d’évoluer à leur guise dans les différentes pièces du château, ils tombent nez à nez avec Ophélie folle amoureuse, interceptent un complot ou se font alpaguer par Hamlet en furie. Les groupes d’amis étant intentionnellement séparés dès leur arrivée au théâtre et les portables confisqués, chacun est immédiatement plongé dans l’univers d’Helsingor, loin de la trépidante vie parisienne.

 

Si ce concept est particulièrement inédit à Paris, le théâtre immersif connaît un franc succès à Londres depuis plusieurs années, où la compagnie Punchdrunk a par exemple créé l’événement dans le monde théâtral avec sa création The Drowned Man qui réunissait 40 acteurs durant trois heures dans plusieurs milliers de mètres carrés. La prolongation d’Helsingor à Paris et les succès londoniens parlent d’eux-mêmes, le théâtre immersif a de beaux jours devant lui. Alors que le théâtre est parfois perçu comme élitiste, voire ésotérique, ce nouveau genre attire un public jeune pas forcément littéraire mais surtout en quête de nouvelles sensations.

 

Dans un entretien avec L’Express, le metteur en scène d’Helsingor inscrit le théâtre immersif dans la lignée de l’escape game, soit deux activités culturelles où le joueur/spectateur participe et devient acteur de son divertissement. Le théâtre prend vie sous ses yeux et l’incite à prendre des initiatives pour vivre la pièce à sa façon. De la sorte, personne ne ressort du théâtre avec la même expérience en tête, puisque chacun choisit de suivre certains personnages et pas d’autres ou de quitter une salle pour revenir dans une autre.

Finalement, ce nouveau genre rejoint peut-être la tendance qu’a notre génération à tout personnaliser, ici pour obtenir un théâtre sur-mesure.

 

 

Jusqu’au 31 octobre, vous pouvez aller voir Helsingor au théâtre Le Secret, 18 rue Larrey, 75005.

Salut vieille branche

 

Salut salut, je suis venu vous dire salut. Et puis merci d’être venus. Simone, Jean-Philippe alias Johnny (un nom d’artiste qui ne ressemble pas à un pseudonyme de jeuxvideo.com), Jean, France (de son vrai prénom Isabelle), Charles (même si Shahnourh son prénom arménien est un joli prénom également), vous nous avez quittés ces mois derniers. Vieux chênes millénaires d’un autre siècle, vous aviez gardé votre sève de jeune pousse. Pourtant le XXème siècle s’était clôturé en mai 2004 avec le dernier épisode de Friends. Vous aviez daigné accomplir un bout de chemin supplémentaire avec nous. Alors merci. Et puis, en guise d’épitaphe, salut.

 

J’aurais été Bouvard, j’aurais salué Serge Dassault. Mais je ne m’appelle pas Philippe, et de toute façon, les étudiants des écoles de commerce ne lisent plus les pages blanches du Figaro. En revanche ils lisent les mémoires des personnalités politiques. Les deux candidats du second tour de 2002 ont publié les leurs, car ils savent que c’est Giscard qui les enterra tous.

 

Cet article aurait pu s’intituler « Éloge d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître ». Mais plutôt que d’être réactionnaire à 20 ans, contentons-nous de célébrer la simplicité de ces grandes figures. La force de caractère de madame Veil, la constance de monsieur Smet, la malice de monsieur d’Ormesson, la discrétion de madame Berger-Gall, la passion de monsieur Aznavour. Leur longue présence dans les paysages politiques, culturels et artistiques de nos grands-parents, preuve que pour exister il faut savoir durer, il faut désirer demeurer. Nul besoin de comparer avec nos contemporains, les générations à venir seront plus aptes à juger. La génération du poste de télévision a bien vécu, observons vivre celle du téléphone élégant (smartphone, forçons en refusant de pêcher par anglicisme dans un billet d’humeur franco-français). « Ne parle jamais d’un arbre avant d’avoir vu les fruits qu’il rapporte » (proverbe persan, n’est pas franco-français qui veut).

 

Salut parce que c’est tout ce que vous méritez. Un tout qui représente beaucoup. Les honneurs qui sont codifiés par le salut militaire. La baisse du rideau qui se fait attendre parce que la troupe ne peut se résoudre à rejoindre les coulisses. Le respect dont témoignent mutuellement les combattants avant de d’affronter sur le tatami. Salve, spes notra, salve.

 

Salut parce que c’est tout ce qu’on vous souhaite. La promesse divine de l’éternité. Vous y avez déjà goûté au buffet de la gloire médiatique. Votre postérité est un fruit plein de saveur qui n’est pas près de perdre son goût. Et lorsque le fruit est consommé, les graines sont prêtes à être plantées. Puisse la lumière de vos œuvres enclencher une photosynthèse excitante. Si la lumière est captée par les feuilles, l’eau est absorbée par les racines. Un réseau de racines suffisamment dense pour se nourrir des idées de la terre. Astucieuse combinaison qui permet de fleurir avec son temps, où le passé s’efface sans disparaître pour laisser la modernité s’épanouir.

Merci d’avoir été passionnément français !

Passé, solide tuteur sans lequel la jeune pousse se tord, tu es toi-même la branche d’un arbre qui a déjà bourgeonné. Passéisme, vieux bois sec et fissuré sur lequel le vieillard en personne ne peut s’appuyer. Progressisme, jeune roseau qui ne rompt pas mais plie au gré des vents. A chaque arbre vient son heure, autant porter du fruit avant qu’il ne meure. Arrêtons-nous ici avant un éloge du conservatisme, arbre fruitier qui connaît l’importance des saisons. La fin de l’histoire, si tant est que nous y sommes, ne sera pas synonyme de fin de la culture, parce que les hommes de culture ne rendent pas les armes, parce qu’ils maîtrisent l’art de la fertilité.

 

Merci d’avoir été passionnément français ! Nous n’oublierons pas le témoignage saisissant des yeux de Simone Veil, la gorge infatigable de Johnny Halliday, le sourire espiègle de Jean d’Ormesson, la voix chaude de France Gall, le regard nostalgique de Charles Aznavour. Nous n’oublierons pas vos discours, vos livres et vos chansons. Le Panthéon ne peut pas tous vous accueillir. Les cimetières de village où s’ouvre et se ferme le ban aux morts sont tout aussi agréables pour jouir du repos éternel. Et puis on peut y déposer des bouquets de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Alors, merci. Adieu jusqu’à la prochaine fois.

Regarde, mâche et avale

Une tartiflette dégoulinante de reblochon AOP, de pommes de terre bio, le tout dans un contenant en jambon de bayonne cuit au four pour le rendre solide : tel est donc l’idéal culinaire des millenials ?

Recettes étudiantes, Tasty et même les marques de l’agro-alimentaire : tous se sont mis à produire des vidéos de recettes de cuisine facile. Véritables assistants culinaires ou bien simples murs de tags facebook accompagnés d’un sobre “faut trop qu’on teste ça [emoji coeur] [emoji hallucinant] [emoji visage qui fait un bisou avec un coeur]”, ces vidéos continuent d’envahir notre territoire digital et d’user les batteries de nos GSM. Un principe : la simplicité. Une minute, un plan en point-de-vue, des sous-titres et puis une monstruosité culinaire née du chef-d’oeuvre d’un apprenti cuisinier-CommunityManager-producteur. Il faut quand même avouer une chose, ces vidéos ont le mérite de vous éviter votre hectogramme de pâtes trop cuites baignant dans le pesto genovese Barilla.

Mais quitte à faire une initiation à la cuisine, autant la faire à fond non ? Matty Matheson, chef canadien habitué de ​Munchies ou ​Eater,​ commentait chez ​Bon Appetit un tuto ​Buzzfeed (​You need this pizza dip in your life pour les curieux) : “Regarder ce genre de vidéo me montre à quel point l’industrie de la bouffe est indécente […] on ne peut pas apprendre à cuisiner ainsi, on te donne les ingrédients et on te dit de les mettre dans un bol alors qu’il y a beaucoup plus de paramètres qui rentrent en compte : la façon dont on mélange, dont on incorpore. On survole tout mais bon, c’est une des vidéos les plus vues donc je sais pas, y’a beaucoup de personnes qui likent, je vais pas les insulter pour ça”. On pointe ici un problème phare : on occulte la dimension didactique au profit de la finalité esthétique du produit.

Parce qu’il n’y que cela qui compte : le foodporn. Vous comme moi, affamés à 1h43 au fond de votre lit, prenez parfois un plaisir masochiste à parcourir les clichés de ces bombes caloriques dégoulinantes de fromage ou de nutella. Et forcément, à l’ère du ​zapping (salut les “djeuns”), il faut être ​catchy​ (lol).

D’ailleurs, certaines enseignes ont basé leur stratégie de communication uniquement dessus. Le gigatacos (qui aurait peut-être sa place dans une réécriture 2k18 des ​Mythologies​) est d’ailleurs à l’origine du succès de la chaîne O’Tacos : 2,5kg d’une orgie de viande, de frites et de sauce fromagère emballée dans des tortillas de blé. Au-delà de la simple critique sur l’indécence de ce plat (je veux bien qu’on se pète le bide mais …), il convient de remarquer que c’est justement ça qui fait son attrait esthétique : plus de viande, plus de fromage, plus de frites pour que ça coule partout. C’est monstrueux, énorme et ça fera du like. Sauf qu’on occulte le plus important : le goût. (Alors pour mon expérience personnelle qui date de 4 ans : sauce fromagère lourde et insipide et frites molles ne jouant que le rôle d’ingrédient bourratif).

Car là se trouve la bataille : sur les terrains du goût et des produits. O’Tacos ou les nouveaux fast-food du même type misent sur des quantités gargantuesques et la possibilité d’allier de la merguez avec du Saint-Morêt. Vous me répondrez sûrement que la qualité des produits y est médiocre, certes, mais on peut remarquer que le foodporn a créé une vague de recettes et d’aliments tendances qui tournent au n’importe-quoi. Au-delà des dégâts écologiques provoqués par sa culture (je vous fais déjà la morale tout le long de l’article, on va s’arrêter au volet bouffe sinon on s’en sort plus), l’avocat est absolument partout. Il va sans dire que le guacamole est une création géniale, mais il n’y absolument aucune cohérence dans le fait de mettre de l’avocat à frire (les Américains ont vraiment un problème avec le “​deep-frying​”) . De même, la saison des raclettes et des tartiflettes est prompt à nous livrer un florilège de recettes chaotiques. Quelqu’un peut-il m’expliquer la démarche de mouler du jambon de Bayonne IGP en bol et de le foutre au four pour en faire un contenant du reblochon fondu et des pommes de terre ? Pourquoi diable cuit-on des pâtes pour ensuite en faire un “gâteau” ou une “tourte” recouverte de Mont-d’Or fondu ?

Si ma démarche n’est pas de me faire l’ayatollah de la cuisine, ni d’autoriser par décret impérial ou non la pizza hawaïenne (c’est un débat autre), je pense que, sans brider toute créativité, il faudrait retrouver un peu de cohérence. L’exemple de la pizza margherita est une bonne illustration : une bonne pâte fine et aérée, de la sauce tomate pas trop sucrée et un peu acide qui contrebalance le sel et le gras du fromage. Dans un tout autre registre, plus créatif, on peut s’intéresser à la cuisine de Virgilio Martinez, chef péruvien du ​Central Restaurante​, qui honore la biodiversité de son pays en créant des plats basés sur l’altitude. Des légumes, des plantes oubliées, des échantillons d’écosystèmes dans une assiette : les plats sont les produits d’un laboratoire de recherche, issus d’une conception novatrice mais surtout cohérente de la cuisine. La cuisine qu’elle soit populaire ou bien expérimentale ne se soustrait pas d’une cohérence, cohérence qui n’est pas antagoniste à la liberté de création.

Pour en revenir à la dimension didactique : elle a été occultée non pas uniquement à cause d’une focalisation sur l’esthétique, mais pour que la vidéo soit adaptée aux réseaux sociaux. Des vidéos courtes, rapides, faciles à comprendre. Et le temps est peut-être la plus grande menace qui plane sur la bouffe de nos jours. Si vous n’habitez pas à Béning-lès-Saint-Avold, vous avez sûrement croisé la route de ​Feed.,​ start-up chapeautée par le discret Thierry Marx qui entend révolutionner les repas sous forme de boissons ou barres. Au-delà de la critique productiviste qui a déjà pu être faite par nombres d’articles, c’est une véritable déconnexion à la nourriture et au repas qui est faite. Bien entendu, ces produits ne sont pas destinés à être consommé à tous les repas et peuvent être bien utiles. Cependant, une tendance est déjà tracée quant à la “nourriture du futur” : une déconnexion au goût, à la texture, à toutes ces sensations qui excitent notre palais. Ce ne serait que le coup ultime porté au consommateur, après la déconnexion à la terre, la déconnexion même à la nourriture. Espérons que l’élan pris par la société vers plus de traçabilité puisse ramener le consommateur vers une consommation active et avertie.

S’il fallait y voir une cohérence dans cette logorrhée réactionnaire, elle s’y trouverait dans la déconnexion progressive vis-à-vis de la nourriture. L’abondance des produits due à l’importation, l’implantation des fast-food, l’avènement du foodporn : ces trois phénomènes n’ont fait qu’éreinter notre culture culinaire. La méconnaissance de la saisonnalité des fruits et légumes (qui me concerne également) est un bel exemple de cette régression. Bien que l’article ait pu être compris comme un guide des bonnes ou mauvaises pratiques au fourneau, mon propos n’est qu’une invitation à comprendre le pourquoi et le comment de notre assiette. Afin de rester original, je m’abstiendrai de citer Joël Robuchon et me contenterai d’un “​requiescat in pace ».

Less and less topless

« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir »

Symbole de la libération de la femme dans les années 60 où il apparaît, pratique usuelle et banalisée dans les années 80 face au culte du corps bronzé, le topless semblerait être tombé en désuétude aujourd’hui.  Selon une étude de l’IFOP, le nombre de femmes françaises pratiquant le monokini au bord de la mer a baissé de moitié en l’espace de trente ans, de quoi en décevoir plus d’un. Pourquoi la femme du 21e siècle qui se dévoile de plus en plus sur Instagram tend au contraire à se rhabiller sur la plage ?

Pionnières en matière de topless, les françaises s’affichent dès 1964 sur les plages de Côte-d’Azur sans leur haut de maillot avec comme icône Brigitte Bardot. A cette époque, ce n’est pas pour dorer leur poitrine qu’elles agissent ainsi mais davantage pour affirmer leur émancipation de la tutelle masculine et leur droit à disposer pleinement de leur corps. La nudité se démocratise et investit l’espace public par le biais de la publicité, comme sur cette affiche emblématique d’Avenir.

 

 

 

 

« Sea, Sex and Sun, le soleil au zénith » chante Gainsbourg en 1977, annonçant l’euphorie des vingt années à venir pour l’exposition intensive au soleil. La consommation de monoï  explose et les cabines à UV permettant de garder son teint hâlé toute l’année connaissent un succès fulgurant. Solution pour optimiser son bronzage, le topless est à son apogée et la culotte s’amincit même pour devenir tanga.

“Le propre des apothéoses est, hélas, de déboucher sur le déclin”. Le topless ne fait pas exception à cette règle de Roger Martin puisque, dès les années 2000, il s’efface progressivement en France. Pourtant, cette tendance a suivi des chemins très différents en fonction des pays. Selon des chiffres de l’IFOP, plus de 40% des allemandes pratiquent encore le topless sur la plage l’été,  en tant que pays aux racines protestantes où la nature est traditionnellement mythifiée, contre seulement 11% pour les américaines qui afficheraient une plus grande pudeur du fait du poids encore conséquent des traditions religieuses dans certains états. Les françaises, quant à elles, se situent dans un entre-deux avec 29%.

Selon des chiffres de l’IFOP, plus de 40% des allemandes pratiquent encore le topless sur la plage l’été,  en tant que pays aux racines protestantes où la nature est traditionnellement mythifiée

Mais alors pourquoi la profusion de poitrines dénudées a-t-elle décliné en France ?  Les femmes considèrent-elles avoir déjà fait leurs preuves en achevant leur émancipation physique ? La pudeur renaît-elle du fait des canons esthétiques véhiculés massivement sur Instagram produisant une génération complexée qui considère que si des seins ne sont pas irréprochables, ils ne doivent pas être exposés sur la plage ? La sonnette d’alarme tirée par les dermatologues a-t-elle marqué les consciences ? Ou encore, la phobie des smartphones susceptibles de surgir à chaque coin de rue pour prendre un cliché joue-t-elle à l’encontre de l’exposition des corps ?

Quoi qu’il en soit, rassurons-nous, la même tendance est suivie par les hommes qui ne cessent de rajouter des centimètres à leurs maillots de bain. Eux ont toujours pratiqué le topless, certes. Mais alors que dans les années 1950, la mode était au fameux « moule-tout », les années 1980 voient apparaître le maillot short mi-cuisse, qui se prolonge dans les années 2000 jusqu’au haut du genou. Il est donc temps d’arrêter de jeter la pierre sur les 2000 et les nouvelles générations pseudo-dévergondées, la vraie nouveauté se trouve peut-être dans nos perceptions de plus en plus pudiques et complexées…

 

 

 

Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.