Éloge du populisme

Populisme. 9 lettres mises ensemble pour former une des pires insultes politiques de notre époque. A la lecture du mot, les premières images qui vous viennent à l’esprit sont probablement celles d’Orban, Trump, Marine Lepen ou Bolsonaro. Pourtant, que veut dire ce mot ? Etymologiquement, il est basé sur le mot peuple et le suffixe « isme » qui, présent également dans capitalisme, libéralisme, socialisme, stoïcisme ou encore épicurisme, signifie « système de pensées ». Le populisme est donc étymologiquement un système de pensées, une idéologie pourrait-on dire, centré sur le peuple. Rien de bien méchant à priori.

Mais alors, pourquoi ce mot est-il connoté si péjorativement ? Comment expliquer que « populisme » soit aussi péjoratif alors qu’un mot comme « démocratie », à la signification étymologique proche (Demos-Kratos : « le pouvoir du peuple »), est positif ? Les deux mots désignent pourtant tous les deux (étymologiquement) des systèmes, l’un idéologique, l’autre politique, axés autour du peuple. En réalité, l’histoire nous apprend que les deux mots n’ont pas toujours été si éloignés dans leurs connotations ; le mot « démocratie » avait, il y a encore 2 siècles, la même fonction que « populisme » aujourd’hui : celle d’être un épouvantail.

« La France n’est pas et ne peut pas être une démocratie populaire avec ses mouvements tumultueux et incertains » disait Emmanuel-Joseph Sieyes, député du tiers-état et figure essentielle de la révolution française, le 7 septembre 1789, à la tribune de l’Assemblée Nationale. Autre citation : « J’ai toujours été pour une république libre, pas une démocratie qui est un gouvernement arbitraire, tyrannique, sanglant, cruel et intolérable », vous pensez qu’elle est de Napoléon ? Staline ? Hitler ? Perdu, c’est John Adams, l’un des pères fondateurs et 2nd président des Etats-Unis d’Amérique. Mais alors, on ne parlait pas de « démocratie » lors de ces grandes révolutions ? Eh bien non, le mot est peu employé dans les textes de la Révolution Française, et quand il l’est c’est en guise d’épouvantail : être qualifié de « démocrate » à l’époque était une insulte similaire à « anarchiste ».

Comment le mot « démocratie » a-t-il fini par devenir positif ? Grâce à un marketing politique digne des meilleures Business Schools. En 1828, Andrew Jackson est élu 7ème président des Etats-Unis d’Amérique en étant le premier candidat à se proclamer « démocrate » ; c’est d’ailleurs lui qui créera cette même année le parti éponyme. Andrew Jackson se présente alors comme le candidat des petites gens face aux élites (!) et arrive à retourner l’insulte « démocrate » en un mot positif. Si bien que 15 ans plus tard, tous les candidats aux élections des Etats-Unis se disent en faveur de la démocratie… alors même que le système politique n’a pas changé ! Andrew Jackson, une fois président, n’a en effet pris aucune mesure pour instaurer plus de démocratie aux Etats-Unis : ce n’était qu’un coup marketing.

S’il y a une chose à retenir de tout cela, c’est que le mot « populisme » est aujourd’hui utilisé de la même manière que l’était le mot « démocrate » autrefois, à savoir tour à tour comme un épouvantail et une insulte. L’utilisation comme insulte peut être analysée comme un mépris de la classe dirigeante et d’une certaine bourgeoisie intellectuelle pour le peuple qu’ils considèrent « bête » et donc inapte à gérer la cité, et in fine inapte à décider ce qui est bon pour lui-même (d’où l’apparition du « courage politique » pour qualifier le fait de passer une réforme refusée par la majorité du peuple).

L’utilisation comme épouvantail relève quant à elle d’un stratagème politique bien connu pour se maintenir au pouvoir et maintenir le système actuel en place : le fameux faux dilemme « Vous êtes avec moi ou pour le chaos » repeint ici en « vous êtes pour le système politique actuel ou vous êtes des populistes », ce qui vous met dans le même sac que l’extrême droite, Marine Lepen et Bolsonaro.

Ces deux utilisations de « populisme » comme épouvantail et insulte ont des conséquences tragiques : premièrement laisser penser que la seule alternative à la « démocratie représentative » (pour peu que ce ne soit pas un oxymore) actuellement défaillante (abstention, crise de la représentativité, affaires de corruption, conflits d’intérêts etc.) est le nationalisme, ce qui le renforce ; et deuxièmement que donner le pouvoir au peuple c’est avoir le nationalisme au bout, ce qui salit l’idée de démocratie et suggère qu’il faut mieux confier le pouvoir à un petit nombre d’individus sachants qu’au peuple i.e qu’il faut mieux une aristocratie/technocratie qu’une démocratie. Ce sont donc justement ceux qui utilisent le terme « populisme » à tout va, comme insulte/épouvantail pour balayer d’un revers de main des revendications légitimes du peuple, qui risquent de faire advenir en réaction des régimes non démocratiques (d’extrême droite ou technocratiques).

Car mettre en œuvre des idées populaires et approuvées par la majorité du peuple (ce qui revient au même), c’est justement ça la démocratie. Et vouloir redonner au peuple le pouvoir confisqué par des élites quelles qu’elles soient, c’est se battre pour donner le kratos au demos. En revanche, peut-on être démocrate et « en même temps » taxer péjorativement de « populisme » la volonté d’un peuple de reprendre son destin politique en main ? Telle est la question.

Cet article vous est proposé par Florian Werlé, étudiant de l’ESCP.

Journal de bord d’un confiné – Partie 3

Arthur, un de nos fidèles lecteurs, a souhaité nous partager le récit de son confinement particulier. Vous pourrez suivre ses aventures à travers 6 épisodes qui seront diffusés chaque semaine. Si vous avez raté l’épisode 2 cliquez ici -> http://streamsescp.com/nos-lecteurs-ont-du-talent/journal-de-bord-dun-confine-partie-2/

Partie 3 : L’aventure n’est jamais finie

Deux jours avant de repartir, la mort dans l’âme, vers ma chère patrie confinée, deux filles que j’avais rencontré quelques jours auparavant me proposèrent de fuir, une fois de plus, les tentacules du Covid.

Remettons l’évènement dans son contexte : il est 5h du matin, la soirée d’anniversaire de mon cousin arrive à son terme et, tandis que je m’ouvre une dernière bière, je songe à ce beau voyage, tout ce chemin parcouru, qui s’arrêtera dans deux jours. Alors même que l’alcool triste commence à prendre progressivement le contrôle de mon humeur, Agathe, une amie de mon cousin, et Lydia, la meilleure amie d’Agathe, me proposent une idée absurde.

Partir aux Canaries pour aller bosser dans une ferme.

Au début, je crois à un canular. Etant doté d’une naïveté exceptionnelle, je reste sur mes gardes et demeure convaincu qu’elles se foutent de ma gueule.

Mais… non, toujours pas. Elles continuent, sans en démordre !

Je finis donc par les croire, et, très vite, par être emballé par le projet.

La veille de mon départ pour la France, nous avons fait une dernière soirée chez mon cousin. Mon avion étant très tôt, je décidai de ne pas dormir.

Plein de bonnes résolutions, je m’apprêtai à partir avec une bonne marge d’avance, quand je me rendis compte que j’avais perdu mon portefeuille, avec ma carte d’identité dedans. Je me mis alors à le chercher partout, à retourner l’appartement de mon cousin, sans succès.

Je m’imaginai alors, paniqué, devoir rester confiné en Grèce, sans papier d’identité, mes perspectives de voyage s’effondrant tout d’un coup.  Sur les conseils foireux de mon cousin (« j’ai un ami qui a déjà vu un type passer à la douane sans passeport »), je me rendis à l’aéroport, muni d’une simple photo de ma carte.

Par miracle, personne ne me demanda de papiers d’identité jusqu’à l’embarquement, et je me surpris à espérer pouvoir rentrer en France. Quand l’énorme fonctionnaire Grec qui examinait les passeports se mis à froncer les sourcils, et me dit d’attendre sur le côté, les quelques espoirs que j’avais formé s’effondrèrent. Je poireautai jusqu’à ce que tous les passagers soient rentrés dans l’avion, m’imaginant déjà la réaction de mes parents apprenant la nouvelle, jusqu’à voir le douanier, haletant, revenir vers moi et lever le pouce. Hébété, je restai planté devant lui, un sourire niais aux lèvres, jusqu’à ce que je comprenne, grâce aux gestes paniqués qu’il me faisait, que l’avion était sur le point de partir !

De retour en France, je restai une semaine à Paris pour travailler ma musique, et décidai, convaincu par la proposition des filles que j’avais rencontré, de partir aux Canaries.

Muni d’une tente, d’un sac à dos et (cette fois-ci) d’un passeport, je pris l’avion, direction Tenerife.

Journal de bord d’un confiné – partie 2

Arthur, un de nos fidèles lecteurs, a souhaité nous partager le récit de son confinement particulier. Vous pourrez suivre ses aventures à travers 6 épisodes qui seront diffusés chaque semaine. Si vous avez raté l’épisode 1 cliquez ici -> http://streamsescp.com/nos-lecteurs-ont-du-talent/journal-de-bord-dun-confine-partie-1/

Partie 2 : un plan miraculeux

Faisons un état des lieux de la situation du COVID 19 à Athènes le 25 Octobre.

Les musées, bars, restaurants, boîtes de nuit, et autres commerces sont ouverts.

Un couvre-feu est en vigueur de minuit et demi à 5 heures.

En arrivant à Athènes, je fus immédiatement attiré par le grand bordel que m’inspirait cette ville. Un mélange entre des ruines millénaires, des bâtiments résidentiels tous aussi laids les uns que les autres, et des quartiers explosifs d’anarchistes, remplis de squats et de tags multicolores. La ville elle-même est un amas incohérent, surplombé par des collines, qui s’étend à perte de vue sans qu’aucun centre d’affaires vienne gâcher le paysage. Dans les rues, la température est plus que douce, les grecs et les touristes sont, dès 16 heures, attablés sur les terrasses des bars, à siroter du ouzo en grignotant du Tzatzíki. L’ambiance morose et anxiogène qui régnait alors à Paris, son temps gris et pluvieux et son couvre-feu à 21 heures avaient immédiatement disparu de mon quotidien. Je passais mes premières journées dans une sorte de frénésie culturelle et créative : je visitais tous les musées possibles et imaginables, et, en tant que bon touriste Français, allais lire et fumer à la terrasse des cafés, en affichant un air mi-contrarié mi-intéressé.

Dès les premiers jours, mon cousin me fit découvrir un groupe d’expatriés européens qu’il avait rencontré au fur et à mesure du séjour. Il y avait entre autres un DJ coké 24h sur 24 qui vivait au Mexique, une Espagnole en mission humanitaire qui dormait chez des bonnes sœurs, ou plus simplement, une Française qui bossait au SAV d’Apple. Ce groupe ne se serait jamais soudé en France, mais l’expatriation donne des ailes : chaque jour, au détour d’un bar ou d’un restaurant, ou même d’un lavomatique, je rencontrais des nouvelles personnes, toutes animées par cette frénésie sociale symptomatique du traumatisme post-confinement, et du sentiment d’impunité qui nous unissait alors.

Quelques jours plus tard, mon cousin prit deux jours de congés, pour aller sur une île Grecque à une heure d’Athènes. Ces deux jours furent sûrement les plus agréables de mon séjour : le COVID avait alors complètement disparu (personne ne portait de masque sur l’île), la température était parfaite, l’eau était claire et agréable, et les habitants étaient adorables. Le deuxième jour, un petit bateau nous amena sur une île déserte, habitée par des daims et des paons, en compagnie d’un groupe de belges. Une fois arrivés, après une bonne heure d’escalade, en haut de l’île, chacun de nous resta bouche bée, à contempler le paysage sauvage et escarpé, et l’immense étendue d’eau turquoise qui nous entourait. En redescendant, j’eus l’impression de quitter un rêve, de revenir sur terre, mais ma fidèle enceinte parvint à me faire rester quelques temps dans cette bulle paradisiaque, en contemplant les vagues bleues (grosse dédicace à GSLR !).

Ce bouillon de culture, de rencontres, et de découvertes, fut tristement brisé par l’annonce d’un pré-confinement : les musées, bars et restaurants fermèrent du jour au lendemain, et un confinement total était pressenti dans les jours à venir. Je m’étais alors imaginé passer la totalité de la durée du confinement français en Grèce, avais même trouvé une amie avec qui me mettre en colocation, mais mes plans tombèrent du jour au lendemain dans l’eau poisseuse du COVID.

Ce salaud finissait toujours par me rattraper…

Journal de bord d’un confiné – Partie 1

Journal de bord d’un confiné

Arthur, un de nos fidèles lecteurs, a souhaité nous partager le récit de son confinement particulier. Vous pourrez suivre ses aventures à travers 6 épisodes qui seront diffusés chaque semaine. Bonne lecture !

Partie 1 : un plan foireux

Octobre 2020 : au fur et à mesure que les mesures pour ralentir l’épidémie se durcissent, mon moral sombre lentement, et je m’enferme dans une routine de procrastination. Mes cours à l’ESCP, qui m’ont toujours fait profondément chier, sont désormais accessibles en visio, ce qui me permet de rester affalé dans mon lit, d’allumer mon ordi quand le cours commence, et de me rendormir, pour décuver de la cuite ou de l’insomnie de la veille.

Jusqu’ici, rien de très original.

Mais cette routine, lente et insidieuse, s’immisce partout dans ma vie. Ma créativité et ma détermination se mettent également à pâtir de mon manque d’activité physique et intellectuelle.

Eh oui, moi qui m’étais targué, durant le premier confinement, d’avoir une imagination décuplée, moi qui avais passé les six derniers mois à écrire et m’enregistrer sans arrêt, moi qui avais cru guérir définitivement du syndrome de la page blanche, je me retrouvais à m’enliser dans des maquettes inachevées de morceaux que je m’étais promis de sortir en septembre !

Les rumeurs plus que bruyantes d’un nouveau confinement finirent de m’achever : je m’imaginai alors dans quelques mois, avachi dans ma chambre sous un monceau de sacs Uber Eats, en train de binge watcher une énième série Netflix décevante.

Au cours d’une soirée bien arrosée, je me rappelai alors que mon cousin Simon, en stage de 3ème année, travaillait à l’ambassade d’Athènes.

Mieux encore, il m’avait proposé, il y a quelques mois, de venir le rejoindre une semaine. Je l’appelai, et, sans hésiter, pris mes billets pour une semaine, à partir du 25 octobre.

Étant doté d’un karma absolument hors du commun, je me rendis compte, deux jours avant de partir, que mon odorat avait quasiment disparu. Il était trop tard pour me faire tester en France, et la perspective de passer deux semaines confiné dans un hôtel à Athènes ne me réjouissait guère, mais celle de rater une telle opportunité d’évasion me tracassait encore plus. Une infection soudaine des dents de sagesse la veille de mon voyage me décida à quitter la France : j’avais vu selon des sources plus ou moins sûres que la perte d’odorat était un de ses symptômes potentiels, et je me persuadai, en toute mauvaise foi, qu’il était impossible que j’aie le COVID.

Ces vacances commençaient mal, très mal, d’autant plus qu’en arrivant en Grèce, je fis évidemment partie du tiers des voyageurs à me faire dépister. A mon arrivée, j’essayai tant bien que mal de me confiner chez mon cousin, le temps d’avoir les résultats. Ce furent les 24 heures les plus longues de ma vie. A chaque vibration de mon téléphone, je sentais mon petit cœur de hamster frôler la crise cardiaque, redoutant de recevoir un message du gouvernement Grec.

La journée passa et… toujours rien !

J’étais libre.