L’ESCP au XIXe siècle : immersion dans les archives de l’école (2)

PARTIE 2 : CONTEXTE POLITIQUE, PROJETS DE GROUPE ET INTEGRATION 

Le directeur de l’Ecole : Le Franck Bournois de l’époque s’appelait Adolphe Blanqui et était professeur d’économie politique et d’histoire du commerce à l’Ecole, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, mais aussi député. Si l’on avait publié dans le journal de l’époque « Le même portrait d’Adolphe Blanqui tous les jours », voici quelques extraits que l’on aurait pu retrouver:

 

LE MEME PORTRAIT D’ADOLPHE BLANQUI TOUS LES JOURS

Le contexte politique : En juillet 1869, lorsque la France déclare la guerre contre la Prusse, les élèves français sont appelés sous les drapeaux et l’Ecole est abandonnée. Les membres de la Chambre de Commerce transforment les bâtiments de l’Ecole en ambulance et y installent des dortoirs à disposition des hôpitaux militaires. De nombreux blessés ou malades militaires y trouvent alors asile.

Si aujourd’hui l’infirmière a pour principale occupation de faire passer des examens médicaux obligatoires à de jeunes étudiants après les avoir harcelés par email pour les interroger sur le nombre de pintes de bière qu’ils consomment par semaine –par jour ?- le médecin de l’époque venait, lui, visiter et panser les malades de la guerre.

Lorsque la Commune de Paris est proclamée en 1870, le quartier devient le théâtre d’un combat des plus meurtriers. Les élèves présents à l’Ecole passèrent à l’abri cinq jours dans les caves pendant que les obus et les balles passaient au-dessus de l’Ecole, éclataient dans la cour et traversaient les dortoirs. La capitale était en pleine guerre civile.

Le parallèle avec le contexte actuel à Paris est facile à établir, et des plus pertinents. La grève des cheminots de la SNCF fut évidemment l’équivalent de la guerre franco-prussienne, quant au blocage des facultés par les détracteurs de la Sélection à l’université, il n’est que la continuité logique de la Commune de Paris.

 Les projets de groupe : Chaque jeudi, les étudiants en troisième année réalisaient une promenade industrielle, durant laquelle ils visitaient les manufactures et les usines les plus importantes de Paris et de ses environs. Ils devaient ensuite rédiger des rapports sur « le prix d’achat des matières premières, le prix de revient et de vente des produits manufacturés, et la part affectée aux frais généraux ». De plus, la Chambre de Commerce accordait une bourse de voyage de 1 000 francs à celui des élèves qui rédigerait le meilleur rapport sur les usines visitées dans l’année. En somme, une sorte d’alliage entre un projet de Coûts et Décisions, Projet OPEN et Projet de Marketing, à la seule différence qu’au lieu de gagner une bourse de voyage pour découvrir le monde on offre aujourd’hui un appareil à raclette en Tefal à revêtement antiadhésif dernière génération thermostat réglable puissance 1100 Watts plaque amovible avec douze poêlons fournis garantis douze mois sous réserve des places disponibles l’alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération les produits laitiers sont nos amis pour la vie fumer tue celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas. Le rapport était envoyé à la bibliothèque de la Banque de France et faisait le plus grand honneur à l’enseignement de l’Ecole.

L’équivalent du Séminaire Moderne Qualitatif et Ambitieux : Les étudiants visitaient une fois dans l’année une mine de charbon. Ils quittaient la ville dès quatre heures du matin et, après avoir parcouru à travers champs sept à huit kilomètres, arrivaient à Mons. Les élèves devaient revêtir le costume du mineur et descendaient, une lampe de sûreté à la main, serrés et allongés dans les bannes, à 520 mètres au-dessous du sol. Ils y restaient huit heures. L’expérience était, sans aucun doute, moderne, qualitative et ambitieuse.

Les métiers les plus représentés chez les Alumni : En s’intéressant aux statistiques compilées dans l’ouvrage, on constate qu’à la sortie de l’Ecole, les métiers les plus pratiqués étaient ceux de Banquier, Distillateur, Négociant en grains et farines, Propriétaire et rentiers, et Négociant en laines.

 

 

L’ESCP au XIXe siècle : immersion dans les archives de l’école (1)

1898, Paris. Le nouvel hôtel de l’Ecole est inauguré au 79 avenue de la République. A cette occasion, deux étudiants, Maurice Bouchet et Alfred Renouard, publient L’histoire de l’Ecole supérieure de commerce de Paris.

2018, Paris, cent vingt ans ont passé. Je retrouve l’ouvrage, conservé dans la Bibliothèque nationale de France.

Un fabuleux saut dans le passé commence alors ; je me surprends à plonger la tête la première dans les arcanes de la toute première école de commerce du monde. Bribes de paroles, dialogues d’étudiants, témoignages et autres dessins d’époque redonnent vie à ces personnages qui peuplent le passé de notre parisienne. Plus d’un siècle nous sépare, et pourtant, les souvenirs intimes d’anciens étudiants illustrés par des dessins de l’époque nous rappellent que, comme vous et moi, ils ont fréquenté les bancs de l’ESCP.

PARTIE 1 : ETRE ETUDIANT A L’ESCP AU XIXE SIECLE

L’accoutrement des élèves : On apprend que jusqu’en 1829, « les élèves portaient l’épée, le tricorne, l’habit bleu avec pantalon à bande blanche, et leurs mouvements s’effectuaient au son du tambour ». Cela ne doit pas paraître si étranger aux sportifs les plus aguerris ayant participé aux OJO dans le pittoresque bourg de Roubaix. Des élèves habillés de bleu et blanc, un couvre-chef aux couleurs de l’Ecole, une marche saccadée au rythme de tambours. Si de tels jeux omnisports avaient existé au XIXe siècle, l’ESCP aurait de toute évidence pu prétendre au si convoité « prix de l’ambiance », chapardé chaque année par nos frères de l’Audence et d’Ecully. Malheureusement, puisqu’aucune autre école de commerce n’existait alors -ni en France ni dans le monde- l’intérêt des OJO aurait été considérablement limité.

L’enseignement : Il était beaucoup plus scientifique qu’aujourd’hui, n’en déplaise à nos amis tout droit sortis de classes préparatoires littéraires qui ont fait le choix d’abandonner l’étude de « L’Influence du jansénisme dans la littérature post-balzacienne en Hollande-septentrionale » pour avoir l’immense privilège de participer aux rattrapages de Finance.

L’école disposait d’un laboratoire de chimie et d’un cabinet de physique très complet. Si parmi les matières étudiées on trouvait la tenue des livres, l’étude des changes et arbitrages, la correspondance commerciale, l’étude des matières premières du commerce, le droit commercial, l’histoire du commerce géographie commerciale, les langues étrangères, l’arithmétique appliquée, l’écriture, on y enseignait aussi une partie essentiellement industrielle comprenant la géométrie, la mécanique, le dessin, la physique appliquée à l’industrie, la chimie minérale et organique et la technologie. Il y avait également la possibilité de suivre des cours libres parmi lesquels un cours d’économie politique professé par Jean-Baptiste Say, grand économiste de l’époque… le Jean Marc Daniel de l’époque ?

Les épreuves finales : Lors des premières cérémonies de fin d’année, moins d’une dizaine d’élèves recevaient leur diplôme. La grande difficulté des épreuves était volontaire, les examens finaux étant corrigés par des grands spécialistes de la science et du commerce. En outre, chaque année, le premier et le second diplômé du troisième comptoir -troisième année- avaient droit à un prix d’honneur accordé par le prince Napoléon. Aujourd’hui, le seul avantage à exceller dans une matière serait sans doute d’avoir son premier choix de campus pour le premier semestre de l’année suivante. Ah non en fait, puisque l’algorithme en charge de l’affectation des campus semble avoir été réalisé par Léo, sept ans, en classe de CE1 à l’école primaire des Mimosas.

 



Intox by Streams : Jacques Cheminade s’autoproclame président de l’Agora

C’est dans un climat de tension qu’ont été hier annoncés les résultats des élections de l’Agora. Et c’est avec une surprise immense que les étudiants ont découvert Jacques Cheminade à sa présidence. Retour sur cet événement extraordinaire et décryptage des mécanismes de pouvoir à l’œuvre.

Battu nettement par son adversaire, que le plébiscite populaire voulait porter au sommet, Jacques Cheminade s’est enfermé quelques jours avec tous ses amis pour refaire l’élection dans son coin. A l’issue d’une délibération unilatérale, il a été décidé qu’il présiderait donc l’assemblée des étudiants. Ravi, il prend la parole : « C’est avec une joie immense et beaucoup d’espérance que j’entends représenter l’ensemble des étudiants de cette école. Je les remercie de la confiance qu’ils m’ont accordé et je remercie également Nathalie Artaud, Philippe Poutou, et Nicolas Dupont-Aignan, qui à eux tous me permettent de constituer un bloc fort et unanime contre la critique. »

Charles-Antoine, analyste politique du PMU de Ménilmontant, nous livre son analyse : « La démocratie c’est d’la merde. Ils nous la mettent tous par derrière et j’en ai encore des courbatures. Moi j’vous l’dit si l’Agora était le cœur de la démocratie athénienne, Périclès y a effectué 13 mandats alors on va pas m’faire croire que c’t’une surprise».

« Tout a commencé le jour où un pote du Quatter m’a parlé d’un canard de foot alternatif en train de se lancer, So Foot… »

En plein pic de canicule, Aly Streams est parti à la rencontre de Brieux Férot, ancien étudiant de l’ESCP et actuel directeur du développement du groupe SO PRESS.

Créateur des magazines So Foot, Society, So Film, Dada, Pédale, Tampon, Doolittle, The Running Heroes Society, mais aussi du pôle de production audiovisuel AllSo, d’un label de musique et d’une régie publicitaire, ce média indépendant n’a cessé de se diversifier depuis son lancement en 2002. Le groupe pèse aujourd’hui 18 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Qui a dit que les scepiens étaient prédestinés aux grandes boîtes de marketing, de finance ou de conseil ? Brieux nous montre qu’avec un peu de folie et d’ambition, on peut faire d’une passion sa profession.

 

  •  Etudiant à l’ESCP, aviez-vous déjà l’envie de travailler pour un média ?

Non, je suis entré en prépa puis en école de commerce car je ne savais pas précisément quoi faire comme métier, et que je ne voulais me fermer aucune porte. Une formation généraliste associant chiffres et lettres pouvant déboucher sur à peu près tout, c’est ce qu’il me fallait.

Venant d’un lycée de banlieue et d’une famille où presque personne n’avait son bac, la classe préparatoire à Paris, puis l’ESCP m’ont plongé dans univers complètement nouveau. J’ai pu constater les codes de la vie sociale parisienne et les aspirations qui y étaient liées. « Moi je veux bosser chez Mac Kinsey », me disaient des potes de première année. J’étais fasciné, ne sachant même pas ce qu’était Mac Kinsey et ne comprenant pas comment on pouvait avoir tant de convictions à vingt ans sur un métier qu’ils étaient incapables de m’expliquer dans le détail.

Président du BDS, membre de l’asso de photo Déclic et membre du BDE pendant ma dernière année, je me suis beaucoup investi dans la vie associative. Mon goût pour l’écriture, les médias, les histoires, étaient déjà bien présent et j’ai décidé de crée un magazine BDS, dans lequel on demandait aux chefs d’équipe de nous raconter leurs matchs pour en faire des compte-rendus, pleins d’humour et de mauvaise foi ! On avait aussi créé une société de production de court-métrage. Ce qui est marrant, c’est que la plupart des membres travaillent toujours dans le monde du cinéma aujourd’hui ! Quand on est étudiant, il faut se faire confiance sur ses aspirations, même si ça paraît être tout naze pour les autres !

 

  • Comment avez-vous eu l’idée de vous investir pour So Foot alors que vous n’étiez encore qu’étudiant ?

Un jour, un pote du Quatter m’a parlé d’un canard de foot alternatif en train de se lancer, So Foot. Ils organisaient des premières réunions pour échanger des idées autour du lancement d’un magazine et comme j’étais footeux et que j’aimais écrire, je me suis dit pourquoi pas. Je me suis donc retrouvé dans cette salle de 30m² où étaient réunis 50 personnes, de 19 à 50 ans et aux profils très différents. Parmi eux l’auteur Maylis de Kerangal ou encore l’écrivain et scénariste François Bégaudeau. C’était une ambiance très meute, assez rude, où chacun se levait pour balancer ses idées en essayant de convaincre et de parler le plus fort possible. Après cette rencontre entre bières et pizzas, j’ai décidé d’adhérer et de contribuer régulièrement, sur des petits formats d’une demi-page tous les mois.

Mon intérêt pour le sport, les arts, la société, la politique, a donné du sens à mes études à l’ESCP. Quand j’étais en cours d’Isaac Getz sur le management des idées et de la créativité, je visualisais toute l’organisation des équipes, de sport pro ou de tournage de film. En cours sur les options et produits dérivés, je me demandais alors si les joueurs allaient eux-mêmes devenir des produits dérivés, en statistiques, j’essayais de comprendre sur quels critères les clubs recrutaient. J’ai enfin obtenu la traduction concrète de tout ce qu’on me racontait.

J’ai fait ensuite un Master 2 à l’école des mines en parallèle de l’ESCP puis quand est venu le moment de bosser, je suis parti en conseil en finances et organisations publiques pendant 7 ans. Le soir, le week-end et la nuit, je rédigeais des articles pour So Foot. Je bossais aussi dans une boite de production de documentaire que j’avais créé avec un autre scepien, Simon Rey.

 

  • Quelle était la ligne directrice de So Foot lorsque vous avez commencé à y rédiger des articles ?

La philosophie So Foot, c’était de parler de toutes les histoires autour du foot qui n’étaient racontées par personne d’autre. On a établi a posteriori une règle, celle des 3 H : Humain, Histoire, Humour. On pouvait aussi bien proposer une interview de Platini – encore fallait-il réussir à rentrer en contact avec lui – qu’un dossier sur la seule équipe d’albinos d’Afrique, faire un reportage à Guantanamo ou suivre les femmes de footballeurs de Châteauroux. On racontait des histoires de société qu’on pouvait retrouver dans des magazines de société, si bien que le fan de foot, le non-fan de foot, l’amoureux de culture et le scientifique s’y retrouvaient.

 

  • En tant que journal naissant, le démarrage n’a pas été trop dur ?

Pendant 7 ans, seulement quelques personnes vivaient de So Foot. Tous les autres, nous étions payés à la pige, et avions d’autres boulots à côté. Un imprimeur nous a fait confiance très tôt, nous proposant une avance de 6 mois, avec pour deal « si ça marche je reste votre imprimeur à vie ». C’est ce qui s’est passé. Puis, une dynamique s’est rapidement crée : nous avions d’excellentes plumes, et d’autres qui apprenaient à écrire par le travail à plusieurs, l’entraide, nous produisions des articles à  4-5 personnes, réalisions des études de fond en réunissant parfois les témoignages de 60 joueurs pour un seul article. Le magazine était en kiosques dès le départ ou presque, et nous gagnions environ 4000 nouveaux lecteurs par Coupe du monde et par Euro, si bien qu’en 12 ans, on a atteint les 50 000. Un petit miracle !

 

  • Qu’est-ce qui vous a fait franchir le pas pour travailler à temps plein chez SO PRESS ?

En 2015, on a beaucoup discuté de l’avenir avec Franck Annese, le fondateur de SO PRESS. On était sur le point de créer Society, ce qui allait nous faire passer de 4 à 45 salariés dont je faisais partie. C’était le moment de tous se mobiliser pour passer la vitesse supérieure : de nouveaux titres, un nouveau modèle économique pour le digital, la production audiovisuelle, l’événementielle, l’édition…

On n’a jamais cherché des profils de postes très précis, les gens sont venus d’eux-mêmes vers nous. Des autodidactes pouvaient arriver de l’autre bout de la France sans savoir où dormir mais regorgeant d’envie. On leur répondait « ok dors sur le canapé, écris et on verra ce qui se passe après ».

Pour augmenter les effectifs, il a fallu trouver des financements. Une partie reposait jusqu’alors principalement sur les annonceurs, puis le brand content, des annonceurs nous demandaient de produire des vidéos, des publicités, des séries-fictions, etc.  Mais il nous fallait désormais plus. Nous avions besoin d’investir environ 1,5 millions pour se lancer, avec le risque que tout puisse d’arrêter au bout de six mois. On a donc levé environ la moitié grâce à la BPI, et trouvé l’autre moitié grâce à de nouveaux actionnaires. Ces actionnaires étaient d’un genre nouveau, ils ne recherchaient pas le retour sur investissement mais investit par plaisir aussi : des footballeurs comme Édouard Cissé et Vikash Dhorasoo, Serge Papin (patron de Super U), Patrice Haddad (président du Red Star à Saint-Ouen), ou encore Robin Leproux (ancien patron du PSG). Notre projet, celui d’un média de société avec des journalistes plus jeunes, aux profils très divers, et en phase direct avec le réel a pu se concrétiser. Nous préférions avoir des gens véritablement intéressés par l’aventure que gens blindés mais parfois avec ce que les américains appellent du stupid money, qu’on trouve parfois parmi les héritiers et les rentiers. Comme ça, on restait un média à taille humaine.

 

  • En quoi le modèle de So Press se démarque-t-il de celui des journaux traditionnels ?

D’abord pas la structure hiérarchique, où les idées partent du bas. Nous fonctionnons en moyenne avec deux rédacteurs en chef par canard, et les journalistes écrivent pour le magazine qu’ils veulent. Ils peuvent donc passer de Doolittle à So Foot ou Dada selon leurs envies. Chacun propose ses sujets d’article, on parle et on frictionne beaucoup, mais les projets qui ressortent sont rares, uniques, et parfois géniaux. Lire un exemplaire de Society, c’est quand même une expérience d’information assez unique, très sincèrement. Faites-le test ! Dans les média plus traditionnels à l’organisation verticale, ce sont trop souvent les rédacteurs en chef, plus trop jeunes, qui distribuent les sujets.

Aussi, comme nous ne sommes pas un quotidien, nous n’avons pas l’obligation d’être exhaustifs et ne sommes pas contraints par l’instantanéité de l’info. Dans un quotidien, si la page Politique a besoin d’un article de 2635 signes, il faut se conformer.  Chez SO PRESS, si un jour il y a plus à raconter sur l’économie que sur la culture, on adapte la taille des rubriques. La maquette est revue à chaque numéro.

 

  • Pourquoi continuer à produire sur du journal papier alors qu’on sait tous que celui-ci est en crise ?

Nous ne faisons pas que du papier. Depuis 3 ans on s’est beaucoup développés dans le digital, avec sofoot.com qui propose des articles gratuits, notre page facebook qui a atteint 1,6 millions de likes, nos 200 000 followers twitter mais aussi avec Society toutes les semaines sur Snapshat Discover. La chaîne réunit plus de 900 000 visiteurs par story, c’est un succès.

Mais si nous n’avons pas renversé la table, c’est parce que le papier marche encore. Personne n’est prêt à payer beaucoup pour bénéficier d’un média en ligne aujourd’hui, et c’est pour l’instant assez rare, alors que pour détenir un bel objet, oui. Nos magazines se lisent et se relisent, ils peuvent rester posés aux toilettes et se feuilleter dix fois. Chacun de nos magazines papier est rentable individuellement. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne lutte pas pour défendre la liberté d’information accessible à tous : on a une offre à 9,90€ / mois pour avoir accès à tous les magasines du groupe en digital !

 

  • La couverture du So Foot post coupe du monde a été visible sur tous les abribus cet été. Quelle place accordez-vous à l’image dans vos magazines ?

Bien sûr qu’on y accorde de l’importance. Le kiosque, le Relay, le vendeur de journaux, c’est grâce à lui qu’on a pu grandir. On choisit souvent des photos très humaines : des joueurs en situation d’échec, ou affichant des têtes marrantes, humains, quoi. De la vie ! Jamais on ne choisit de représentation trop glorifiées ou statutaires, comme on peut en trouver dans les autres journaux ou à la télé. L’échec et le ridicule, on le partage tous, et cela rapproche donc le lecteur du joueur. Ce qui a fait la singularité de SoFoot, c’est aussi cet équilibre entre informations très pointues et très bien racontées, et les petites légendes humoristiques sur nos photos, qui permettent de voir le sens de cette grande fête populaire vraiment différemment. Ce n’est qu’un jeu !

 

  • Pour terminer, avez-vous quelques conseils pour les étudiants de l’ESCP qui vous lisent ?

Sortez, discutez, intéressez-vous à tout et surtout à ce que vous n’aimez pas ou qui ne vous intéresse pas a priori. Ne vous mettez pas en position d’être pris à défaut quel que soit le sujet. Et ça ne dépend que de vous ! Et puis, surtout, allez en soirée, très tard, ne négligez personne et aucune conversation, même anodine aux toilettes. Rencontrez du monde et n’ayez pas peur de parler avec des profils différents des vôtres. Donc, là, privilégiez les soirées d’ingénieurs, d’écoles d’arts, les soirées d’universités de sciences humaines aussi, un monde d’avenir pour l’entreprise et pour la société ! Et même si vous ne comprenez rien à ce que vos interlocuteurs vous racontent au bout de 5 minutes, ce sont ce sont ces discussions qui peuvent laisser passer la lumière, et qui feront ressortir avec des idées et qui vous permettront d’avancer lorsque vous serez bloqués dans vos envies, vos projets, vos désirs.

 

Typologie d’un stage de PMY

Alors que les PMY découvrent avec une joie enfantine la business school la plus européenne d’Europe, les tout nouveaux M1 regagnent pour leur part les bancs de l’école avec une lueur différente dans les yeux : cet été fut marquant pour beaucoup. Grâce aux nombreux Spritz sirotés en bord de plage au mois d’août ? Que nenni ! Encore PMY il y a peu, ils ont fait leur entrée dans le monde du travail il y a quelques mois et sont maintenant presque des grands.

Debrief.

Le stage de 7 semaines et 4 jours ou comment se faire exploiter : jeune et naïf prémaster attendant les vacances d’été comme le Graal – il est vrai que cette année de dur labeur a été éprouvante – tu n’as pas hésité à signer pour le stage le plus court possible. Quelle ne fut pas ta surprise lorsque tu as compris que derrière cette promesse de vacances aussi longues que la queue de la cantine un lundi à 11h30, se cachait un salaire égal à zéro. Adieu afterworks sur des rooftops hors de prix et week-ends à la mer, ce stage aura participé à creuser le trou de ton découvert. Tu as néanmoins pu savourer le pouvoir de narguer tes potes encore au bureau quand, dès fin juin, tu leur as envoyé des tonnes de snaps au bord de la piscine. Entre argent et plaisir, il faut parfois savoir choisir.

Le stage en start up ou l’esclavage moderne : tu rêvais d’être disruptif et innovateur, l’idée de participer à une grande aventure entrepreneuriale faisait battre ton cœur un peu plus vite ? Bercé de ces douces illusions, tu t’es engagé sans hésiter à devenir pour quelques mois bras droit du CEO – manager multifonctions – bizdev tout terrain, grisé à l’idée d’endosser des responsabilités en si peu de temps. Tu as rapidement compris que sous couvert de babyfoot, tutoiement généralisé et autres animations corpo, ta proactivité se mesurerait surtout au nombre d’heures effectuées, avec une préférence pour les 45 à 50h par semaine. Tu jongles entre brainstos, meetings et side projects, et struggle à caler ce call ultra important dans ta to do surchargée. Ta rémunération ne dépassant pas le minimum légal, tu maintiens que cela est largement compensé par « l’incroyable aventure humaine » que tu as vécu ces quelques mois. Exploité certes, mais tous en chœur : après de longues semaines d’exploitation sauvage, tu quittes ta start up la larme à l’œil, et ton cœur se serre en abandonnant ta team si bien teambuildée.

Le stage en m&a ou le piston à l’état pur : Ça y est. Si ambitieux et pourtant si jeune, tu l’as fait. Tu as décroché ton stage en m&a, d’une durée de 8 semaines et payé plus d’un SMIC. Tu es fier de dire que ce n’est pas grâce à ton papa et que tu as passé un entretien et envoyé une lettre de motivation pour te faire engager. Etrangement tu gardes pour toi le fait que le PDG possède le chalet voisin du tien à Méribel, on ne sait jamais, les gens pourraient douter de ta légitimité. Te voilà donc à prendre le métro tous les matins en costume cravate parmi la plèbe transpirante, te jurant que tu pourrais te permettre des uber quotidiens dès ton premier CDI. Si tu te sens au sommet de l’échelle sociale dans les transports en communs, tu déchantes vite arrivé dans ta prison dorée. Larbin parmi les larbins, tu as pour mission de photocopier, apporter du café, photocopier et encore photocopier. Fort des compétences acquises au cours de cette première expérience dans le monde du travail, tu trépignes à l’idée de les mettre en œuvre à l’ESCP Europe Library dès le mois de septembre. D’autres larbins plus chanceux ont eut l’honneur de pouvoir passer des journées de 12h sur Excel avec en prime des devoirs à faire le week-end pour le Monday Meeting à 9h pétantes. Dégoûté par l’absence de vie sociale de tes supérieurs et en même temps énivré par leurs salaires mirobolants, tu as traversé cet été une crise existentielle te faisant hésiter à te reconvertir en prof de surf à Hossegor.

Le stage en fonction publique ou la découverte de l’art de ne rien faire : travailler pour l’intérêt général et mettre tes compétences au service de ton pays te semblaient indispensables pour trouver du sens dans son activité professionnelle. Et puis il y a eu ce stage. Ce stage où l’oisiveté t’as donné l’envie de travailler comme jamais cela ne t’était arrivé, même à deux jours des maths HEC. Les 35h et pas une de plus qui t’avaient parues si complaisantes le premier jour sont vite devenues des heures d’ennui. Entre pauses café toute la matinée et urgence impérative de ton boss d’aller faire les soldes avant la pause déjeuner, tu t’es mis à rêver de ces jours de prépa maintenant si lointains où le travail était de mise à toute heure de la journée. Sorti du bureau à 18h, épuisé d’avoir passé tes deux dernières heures à perfectionner ton niveau au solitaire, tu tournes en rond en attendant que tes amis du secteur privé soient libérés selon le bon vouloir de leur patron. Avantage de ton inoccupation professionnelle, tu vas à la salle de sport tous les jours pour prolonger d’une heure ta pause déjeuner car aucun de tes collègues cgtistes n’oserait entraver ta liberté individuelle et t’interdire de prendre soin de toi. A l’heure de quitter ce doux cocon éloigné de toute forme de stress, tu as la joie de faire encore des nouvelles rencontres, dans la mesure où nombre de tes collègues étaient en arrêt maladie durant tout ton stage. Malgré tout tu es heureux de pouvoir écrire « ministère » ou « ambassade » sur ton CV, tout sera dans l’art de revendre ton périple au prochain entretien.

Le voyage humanitaire ou la survalorisation des soft skills : s’enfermer pendant deux mois au moins dans des bureaux parisiens ? Très peu pour toi. Aventurier au grand cœur, tu préfères t’envoler à l’autre bout du monde pour faire profiter des Népalais défavorisés de tes compétences en menuiserie. Avantage certain de cette activité estivale : l’éradication de ce satané bide à bière sournoisement apparu en cours d’année, à coup de dalh bat et transit intestinal accéléré. Pour les accros aux réseaux sociaux, pas de panique ! Partir en voyage humanitaire ne signifie pas abandonner sa communauté de followers, au contraire : pour quelques jours sans wifi ni 4G, vous gagnerez une foule d’abonnés autochtones assidus et investis qui n’hésiteront pas à liker et commenter toutes vos photos voire à ajouter sur Facebook tous vos amis parisiens avec qui vous acceptez de partager votre célébrité nouvelle – sharing is your new moto. Au delà de ces aspects très matériels, nous savons que nos Mohammed Yunus en herbe sont revenus transformés de cette expérience et, du fond de notre open space de stagiaire, les envions un petit peu. Alors faisons taire les rageux égoïstes qui les accusent de vouloir uniquement humaniser leur CV, bien que cette ligne sera assurément très jolie face aux recruteurs, entre option Excel VBA et spécialisation finance.

Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.

Guide pour conversations de comptoirs à l’usage des honnêtes gens

  • La météo

Comme chacun sait, la météo est le sujet de conversation de la dernière chance ; c’est un classique qui ne dupe personne. N’y ayez recourt qu’en cas désespéré, ou si vous n’avez qu’une faible estime de la personne qui se trouve en face de vous. La météo est aveu d’échec, badinage par excellence : lorsqu’on parle de « pluie et de beau temps », c’est qu’il n’y a plus rien à faire. En revanche, l’emphase est permise et l’intérêt facile à simuler. Commencez par un « étrange ce temps tout de même. On passe du chaud au froid, au chaud … ». L’on vous répondra « c’est cela, les giboulées de Mars » et vous serez parfaitement d’accord. Une légère dispute sur le temps qu’il fait réellement en Bretagne et l’on sera proche du sans-faute.

Durée estimée : dix bonnes minutes, ou huit stations, c’est selon.

  • Les « amis en commun »

Lorsqu’on fait une nouvelle connaissance, c’est un incontournable. Très facile à lancer, cette conversation peut néanmoins s’avérer décevante lorsque votre interlocuteur ne connaît pas l’ami que vous venez de lui citer. Mais si elle le connaît, permettez-vous un « le monde est vraiment petit … » avec un regard vague par-dessus son épaule. Vous pouvez alors en rester là, et vous demander si chaque ami d’ami d’ami ne vous relie pas, en quelque sorte, aux individus du monde entier.

  • Les trajets de métropolitain

Très prisé des Parisiens, ce sujet est pourtant d’une très faible originalité. Tout le monde devrait se foutre du trajet que vous faites le matin et pourtant, chacun se creuse les méninges pour vérifier que vous optimisez au mieux votre temps en empruntant telle ligne plutôt qu’une autre. Ainsi, n’oubliez pas de dire où vous effectuez vos changements, quelles lignes vous empruntez ainsi que votre temps de transport très exact (porte à porte de préférence). Si la station Chatelet est fermée pour cause de travaux, mentionnez-le absolument : cette perturbation sera du meilleur effet et vous permettra même d’opérer une dérive sur les défauts de la RATP. Si vous n’avez pas à passer par les voies sous-terraines pour vous rendre sur votre lieu de travail, abstenez-vous et trouvez en urgence un autre sujet de conversation.

Durée estimée : 2 à 3 minutes. Si plus longtemps, inquiétez-vous.

  • Les voyages

Les « globetrotters » auront cet avantage en matière de conversations de comptoirs, qu’ils pourront se poser en spécialistes de tous les pays, de toutes les cultures et religions. Si vous baragouinez quelques mots d’hindi, énoncez-les fièrement. Dites bien que « les différences sont autant de chances ». Si vous avez fait de l’humanitaire, soyez sans concession : c’était la plus belle expérience de votre vie.

  • La musique

Novices s’abstenir ; ne commencez surtout pas par les tubes de l’été mais plutôt par un timide « j’écoute de tout ». Sachez que le rap est à la mode : risquez, par exemple, une théorie sur ce genre « temple de la nouvelle poésie » ou « terre de contestations ». Si votre interlocuteur n’est pas réceptif, s’il vous contredit ou s’y connaît mieux que vous, dites encore que vous aimez la house techno en mentionnant par-dessus tout les quais de la Rapée. Vous aurez l’air à la page. Pour rehausser le tout, glissez que vous aimez bien le classique : vous ferez l’unanimité en plus du côté chic. Si vous pouvez citer d’autres artistes que Schubert ou Beethoven, effet bœuf assuré. Enfin, soyez ouvert aux suggestions d’autrui et n’oubliez jamais que la musique est affaire de goûts et de couleurs.

Durée estimée : un blablacar Paris-Biarritz

  • Les enfants

Ce sujet est recommandé pour ceux qui ont déjà connu la joie d’être parents ; mais comme ces derniers adorent parler de leurs enfants sans aucune considération pour l’intérêt qu’ils suscitent chez leur interlocuteur, chacun pourra se sentir concerné par cette section. C’est un véritable puits sans fond qu’il faut avoir la sagesse de contourner parfois, en particulier lorsque la personne en face de vous appartient à la catégorie « jeune mère ». Un fait intéressant, ces dernières abandonnent toute pudeur dès qu’il s’agit de leur progéniture. Ne soyez donc pas surpris si la conversation s’abaisse à des considérations telles que caca, pipi, couches et tireuses mammaires.

Durée estimée : un début de babysitting, plusieurs heures

Ces quelques pistes ne sont pas exhaustives. Elles vous éviteront peut-être de mauvaises orientations avec ces personnes que vous ne connaissez pas trop bien, comme la cause féministe ou le conflit israélo-palestinien. Enfin, sachez qu’elles sont parfois les amorces de phénomènes inexpliqués que d’aucuns attribuent aux « atomes crochus » ; parfois, nul ne sait pourquoi, la météo n’est qu’une ouverture vers des conversations bien plus profondes que l’on voudrait voir se poursuivre pour l’éternité, et qui vous font sourire après-coup. Vous pourrez alors poursuivre votre route en espérant vous être fait un nouvel ami. Ces phénomènes demeurent rares alors ne les laissez pas passer !