Typologie d’un stage de PMY

Alors que les PMY découvrent avec une joie enfantine la business school la plus européenne d’Europe, les tout nouveaux M1 regagnent pour leur part les bancs de l’école avec une lueur différente dans les yeux : cet été fut marquant pour beaucoup. Grâce aux nombreux Spritz sirotés en bord de plage au mois d’août ? Que nenni ! Encore PMY il y a peu, ils ont fait leur entrée dans le monde du travail il y a quelques mois et sont maintenant presque des grands.

Debrief.

Le stage de 7 semaines et 4 jours ou comment se faire exploiter : jeune et naïf prémaster attendant les vacances d’été comme le Graal – il est vrai que cette année de dur labeur a été éprouvante – tu n’as pas hésité à signer pour le stage le plus court possible. Quelle ne fut pas ta surprise lorsque tu as compris que derrière cette promesse de vacances aussi longues que la queue de la cantine un lundi à 11h30, se cachait un salaire égal à zéro. Adieu afterworks sur des rooftops hors de prix et week-ends à la mer, ce stage aura participé à creuser le trou de ton découvert. Tu as néanmoins pu savourer le pouvoir de narguer tes potes encore au bureau quand, dès fin juin, tu leur as envoyé des tonnes de snaps au bord de la piscine. Entre argent et plaisir, il faut parfois savoir choisir.

Le stage en start up ou l’esclavage moderne : tu rêvais d’être disruptif et innovateur, l’idée de participer à une grande aventure entrepreneuriale faisait battre ton cœur un peu plus vite ? Bercé de ces douces illusions, tu t’es engagé sans hésiter à devenir pour quelques mois bras droit du CEO – manager multifonctions – bizdev tout terrain, grisé à l’idée d’endosser des responsabilités en si peu de temps. Tu as rapidement compris que sous couvert de babyfoot, tutoiement généralisé et autres animations corpo, ta proactivité se mesurerait surtout au nombre d’heures effectuées, avec une préférence pour les 45 à 50h par semaine. Tu jongles entre brainstos, meetings et side projects, et struggle à caler ce call ultra important dans ta to do surchargée. Ta rémunération ne dépassant pas le minimum légal, tu maintiens que cela est largement compensé par « l’incroyable aventure humaine » que tu as vécu ces quelques mois. Exploité certes, mais tous en chœur : après de longues semaines d’exploitation sauvage, tu quittes ta start up la larme à l’œil, et ton cœur se serre en abandonnant ta team si bien teambuildée.

Le stage en m&a ou le piston à l’état pur : Ça y est. Si ambitieux et pourtant si jeune, tu l’as fait. Tu as décroché ton stage en m&a, d’une durée de 8 semaines et payé plus d’un SMIC. Tu es fier de dire que ce n’est pas grâce à ton papa et que tu as passé un entretien et envoyé une lettre de motivation pour te faire engager. Etrangement tu gardes pour toi le fait que le PDG possède le chalet voisin du tien à Méribel, on ne sait jamais, les gens pourraient douter de ta légitimité. Te voilà donc à prendre le métro tous les matins en costume cravate parmi la plèbe transpirante, te jurant que tu pourrais te permettre des uber quotidiens dès ton premier CDI. Si tu te sens au sommet de l’échelle sociale dans les transports en communs, tu déchantes vite arrivé dans ta prison dorée. Larbin parmi les larbins, tu as pour mission de photocopier, apporter du café, photocopier et encore photocopier. Fort des compétences acquises au cours de cette première expérience dans le monde du travail, tu trépignes à l’idée de les mettre en œuvre à l’ESCP Europe Library dès le mois de septembre. D’autres larbins plus chanceux ont eut l’honneur de pouvoir passer des journées de 12h sur Excel avec en prime des devoirs à faire le week-end pour le Monday Meeting à 9h pétantes. Dégoûté par l’absence de vie sociale de tes supérieurs et en même temps énivré par leurs salaires mirobolants, tu as traversé cet été une crise existentielle te faisant hésiter à te reconvertir en prof de surf à Hossegor.

Le stage en fonction publique ou la découverte de l’art de ne rien faire : travailler pour l’intérêt général et mettre tes compétences au service de ton pays te semblaient indispensables pour trouver du sens dans son activité professionnelle. Et puis il y a eu ce stage. Ce stage où l’oisiveté t’as donné l’envie de travailler comme jamais cela ne t’était arrivé, même à deux jours des maths HEC. Les 35h et pas une de plus qui t’avaient parues si complaisantes le premier jour sont vite devenues des heures d’ennui. Entre pauses café toute la matinée et urgence impérative de ton boss d’aller faire les soldes avant la pause déjeuner, tu t’es mis à rêver de ces jours de prépa maintenant si lointains où le travail était de mise à toute heure de la journée. Sorti du bureau à 18h, épuisé d’avoir passé tes deux dernières heures à perfectionner ton niveau au solitaire, tu tournes en rond en attendant que tes amis du secteur privé soient libérés selon le bon vouloir de leur patron. Avantage de ton inoccupation professionnelle, tu vas à la salle de sport tous les jours pour prolonger d’une heure ta pause déjeuner car aucun de tes collègues cgtistes n’oserait entraver ta liberté individuelle et t’interdire de prendre soin de toi. A l’heure de quitter ce doux cocon éloigné de toute forme de stress, tu as la joie de faire encore des nouvelles rencontres, dans la mesure où nombre de tes collègues étaient en arrêt maladie durant tout ton stage. Malgré tout tu es heureux de pouvoir écrire « ministère » ou « ambassade » sur ton CV, tout sera dans l’art de revendre ton périple au prochain entretien.

Le voyage humanitaire ou la survalorisation des soft skills : s’enfermer pendant deux mois au moins dans des bureaux parisiens ? Très peu pour toi. Aventurier au grand cœur, tu préfères t’envoler à l’autre bout du monde pour faire profiter des Népalais défavorisés de tes compétences en menuiserie. Avantage certain de cette activité estivale : l’éradication de ce satané bide à bière sournoisement apparu en cours d’année, à coup de dalh bat et transit intestinal accéléré. Pour les accros aux réseaux sociaux, pas de panique ! Partir en voyage humanitaire ne signifie pas abandonner sa communauté de followers, au contraire : pour quelques jours sans wifi ni 4G, vous gagnerez une foule d’abonnés autochtones assidus et investis qui n’hésiteront pas à liker et commenter toutes vos photos voire à ajouter sur Facebook tous vos amis parisiens avec qui vous acceptez de partager votre célébrité nouvelle – sharing is your new moto. Au delà de ces aspects très matériels, nous savons que nos Mohammed Yunus en herbe sont revenus transformés de cette expérience et, du fond de notre open space de stagiaire, les envions un petit peu. Alors faisons taire les rageux égoïstes qui les accusent de vouloir uniquement humaniser leur CV, bien que cette ligne sera assurément très jolie face aux recruteurs, entre option Excel VBA et spécialisation finance.

Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.

Guide pour conversations de comptoirs à l’usage des honnêtes gens

  • La météo

Comme chacun sait, la météo est le sujet de conversation de la dernière chance ; c’est un classique qui ne dupe personne. N’y ayez recourt qu’en cas désespéré, ou si vous n’avez qu’une faible estime de la personne qui se trouve en face de vous. La météo est aveu d’échec, badinage par excellence : lorsqu’on parle de « pluie et de beau temps », c’est qu’il n’y a plus rien à faire. En revanche, l’emphase est permise et l’intérêt facile à simuler. Commencez par un « étrange ce temps tout de même. On passe du chaud au froid, au chaud … ». L’on vous répondra « c’est cela, les giboulées de Mars » et vous serez parfaitement d’accord. Une légère dispute sur le temps qu’il fait réellement en Bretagne et l’on sera proche du sans-faute.

Durée estimée : dix bonnes minutes, ou huit stations, c’est selon.

  • Les « amis en commun »

Lorsqu’on fait une nouvelle connaissance, c’est un incontournable. Très facile à lancer, cette conversation peut néanmoins s’avérer décevante lorsque votre interlocuteur ne connaît pas l’ami que vous venez de lui citer. Mais si elle le connaît, permettez-vous un « le monde est vraiment petit … » avec un regard vague par-dessus son épaule. Vous pouvez alors en rester là, et vous demander si chaque ami d’ami d’ami ne vous relie pas, en quelque sorte, aux individus du monde entier.

  • Les trajets de métropolitain

Très prisé des Parisiens, ce sujet est pourtant d’une très faible originalité. Tout le monde devrait se foutre du trajet que vous faites le matin et pourtant, chacun se creuse les méninges pour vérifier que vous optimisez au mieux votre temps en empruntant telle ligne plutôt qu’une autre. Ainsi, n’oubliez pas de dire où vous effectuez vos changements, quelles lignes vous empruntez ainsi que votre temps de transport très exact (porte à porte de préférence). Si la station Chatelet est fermée pour cause de travaux, mentionnez-le absolument : cette perturbation sera du meilleur effet et vous permettra même d’opérer une dérive sur les défauts de la RATP. Si vous n’avez pas à passer par les voies sous-terraines pour vous rendre sur votre lieu de travail, abstenez-vous et trouvez en urgence un autre sujet de conversation.

Durée estimée : 2 à 3 minutes. Si plus longtemps, inquiétez-vous.

  • Les voyages

Les « globetrotters » auront cet avantage en matière de conversations de comptoirs, qu’ils pourront se poser en spécialistes de tous les pays, de toutes les cultures et religions. Si vous baragouinez quelques mots d’hindi, énoncez-les fièrement. Dites bien que « les différences sont autant de chances ». Si vous avez fait de l’humanitaire, soyez sans concession : c’était la plus belle expérience de votre vie.

  • La musique

Novices s’abstenir ; ne commencez surtout pas par les tubes de l’été mais plutôt par un timide « j’écoute de tout ». Sachez que le rap est à la mode : risquez, par exemple, une théorie sur ce genre « temple de la nouvelle poésie » ou « terre de contestations ». Si votre interlocuteur n’est pas réceptif, s’il vous contredit ou s’y connaît mieux que vous, dites encore que vous aimez la house techno en mentionnant par-dessus tout les quais de la Rapée. Vous aurez l’air à la page. Pour rehausser le tout, glissez que vous aimez bien le classique : vous ferez l’unanimité en plus du côté chic. Si vous pouvez citer d’autres artistes que Schubert ou Beethoven, effet bœuf assuré. Enfin, soyez ouvert aux suggestions d’autrui et n’oubliez jamais que la musique est affaire de goûts et de couleurs.

Durée estimée : un blablacar Paris-Biarritz

  • Les enfants

Ce sujet est recommandé pour ceux qui ont déjà connu la joie d’être parents ; mais comme ces derniers adorent parler de leurs enfants sans aucune considération pour l’intérêt qu’ils suscitent chez leur interlocuteur, chacun pourra se sentir concerné par cette section. C’est un véritable puits sans fond qu’il faut avoir la sagesse de contourner parfois, en particulier lorsque la personne en face de vous appartient à la catégorie « jeune mère ». Un fait intéressant, ces dernières abandonnent toute pudeur dès qu’il s’agit de leur progéniture. Ne soyez donc pas surpris si la conversation s’abaisse à des considérations telles que caca, pipi, couches et tireuses mammaires.

Durée estimée : un début de babysitting, plusieurs heures

Ces quelques pistes ne sont pas exhaustives. Elles vous éviteront peut-être de mauvaises orientations avec ces personnes que vous ne connaissez pas trop bien, comme la cause féministe ou le conflit israélo-palestinien. Enfin, sachez qu’elles sont parfois les amorces de phénomènes inexpliqués que d’aucuns attribuent aux « atomes crochus » ; parfois, nul ne sait pourquoi, la météo n’est qu’une ouverture vers des conversations bien plus profondes que l’on voudrait voir se poursuivre pour l’éternité, et qui vous font sourire après-coup. Vous pourrez alors poursuivre votre route en espérant vous être fait un nouvel ami. Ces phénomènes demeurent rares alors ne les laissez pas passer !

Flash info : Une nouvelle association identitaire à l’ESCP Europe

C’est une information capitale qui vient de nous être délivrée aujourd’hui : les trois pauvres étudiants d’origine bretonne, toutes promos confondues, ont décidé de lancer leur association (bien évidemment non reconnue par l’administration) ESCPlouc : reportage.

C’est au détour de la gare Montparnasse que Brieuc nous donne rendez-vous. Dans ce quartier où la galette est reine, il nous en dit un peu plus sur ce projet associatif. « C’est un lieu très important pour moi, c’est là où se sont installés mes ancêtres en arrivant à Paris. Je ne rêve que d’une chose, pendant ma scolarité : étudier sur le campus de Montparnasse pour être au plus près de mes racines ».

Détrompez-vous, le terme plouc n’a pas été choisi pour décrire des ivrognes paysans (à ne pas confondre avec les étudiants de l’EDHEC), mais est bien un terme historique désignant les bretons immigrés à Paris à la fin du 19ème   siècle.  ESCPlouc lance dès la fin de la semaine son événement « Save the Date : petit déjeuner » durant lequel vous pourrez goûter des galettes délicieuses, contrairement à celles que vous lâchez en soirée. « Notre objectif pour les prochains mois est d’organiser un voyage en Bretagne, sur le site du dernier WEI de l’histoire de l’ESCP. Pour cela, nous avons commencé à récolter des fonds, notamment par l’intermédiaire de concerts de cornemuse dans le métro » nous explique Brieuc. Face au succès plus que probable de son association, il se projette vers l’avenir et nous en dit plus quant au futur de l’association : « Notre modèle de développement sur le long terme est d’atteindre voire de dépasser l’inactivité d’ESCP Liban ». Une tâche qui s’annonce bien difficile.

La rédaction souhaite bon courage à ces trois andouilles pour la réalisation de ce projet moderne, ambitieux et qualitatif. Kénavo.

Rayan Cherche Aly et Maela Dausse

Dans les coulisses d’ArtManiac

Dimanche 25 mars – 14h30 – 79 avenue de la République.

J’ai aujourd’hui l’immense privilège d’assister à la répétition générale d’Art Maniac. Les 22 comédiens s’apprêtent à jouer une adaptation du Bal des voleurs, une pièce de Jean Anouilh datant de 1938, et relatant la rencontre entre la riche famille de Lady Hurf et trois voleurs déterminés à la dépouiller de ses richesses. C’est au Quatter qu’a lieu la répétition, un lieu qui m’est plutôt familier après six mois passés à y enchaîner les bières. Pourtant, une fois le seuil de l’antre franchi, je ne sais plus où je suis. Dans une ambiance noire rehaussée de quelques faisceaux lumineux, de grands draps suspendus au plafond segmentent la pièce en plusieurs zones mystérieuses. Comédiens, régisseur, metteur en scène s’affairent à régler les derniers détails pour la pièce ; pendant que certains fixent leur moustache, d’autres noircissent leurs joues au charbon, ajustent un projecteur ou relisent quelques notes. Leur metteur en scène, Ronan, ancien Art Maniac diplômé de l’ESCP il y a deux ans, travaille avec eux depuis le mois de novembre à un rythme acharné. Répétition des scènes, exercices de prosodie, de décomposition des gestes ou d’élargissement des intentions, le théâtre ça ne s’invente pas. Ils ont également dû travailler sur les décors, le maquillage et les costumes, un travail de longue haleine pour lequel la créativité de Lulu, une ancienne de l’asso ayant créé Rollet Couture, fût d’une aide précieuse.

Mais s’il est une difficulté encore plus grande à laquelle la troupe a dû se confronter, c’est celle du secret. Art Maniac, ce sont des visages camouflés par un masque blanc, un local aux mille mystères dans lequel peu d’élus peuvent pénétrer, des esquives permanentes pour ne pas dévoiler ne serait-ce qu’à ses amis les plus proches le moindre détail sur la pièce. Et ce secret, ils le partagent ensemble, ce que tous reconnaissent comme étant d’une efficacité redoutable pour souder des énergies autour d’un projet et renforcer les confiances mutuelles. Ce secret, ils l’étoffent pour la dernière fois cet après-midi devant moi.

Tiraillement entre devoirs et sentiments, nostalgie d’une vie sans flammes, complexité de l’adolescence, conflit d’identité, amour désabusé, il n’est pas étonnant que Ronan ait choisi ce texte d’une grande richesse pour la troupe. Dans ce bal mêlant une farandole de comédiens à un rythme délirant, on ne sait plus très bien qui joue et qui ne joue pas.

Quel personnage que cette Lady Hurf. La peau décrépie, un regard en perdition marqué de cernes creusées par la fatigue et l’ennui, cette sexagénaire semble usée par la vie. Mais en dépit de son apparente fragilité, c’est elle la femme forte qui régente la pièce et dont l’aura capte tous les regards. Même noyée sur scène au milieu de dix autres personnages, l’amplitude de ses gestes, l’exubérance de ses fourrures et l’autorité émanant de sa voix lui confèrent une place à part.  C’est à en oublier la comédienne qui l’incarne, dont les vingt ans ont été effacés par quelques habiles traits de pinceau.

J’ai davantage l’impression de découvrir un bout de la personnalité cachée de chacun.

Et Eva, n’était-elle pas encore une personne toute douce et timide il y a une heure ? Où est-elle allée puiser cette voix forte et violente, ce regard séducteur et cette posture sensuelle ? J’ai beau vouloir croire à des métamorphoses ponctuelles, celles du comédien qui plonge dans son rôle puis le quitte en même temps que son costume, j’ai davantage l’impression de découvrir un bout de la personnalité cachée de chacun.

Subjugués par le jeu des comédiens, on oublierait presque la mise en scène millimétrée avec laquelle ils évoluent. Les décors se succèdent à un rythme effréné sans ne laisser aucun détail au hasard. Dans cette pièce où le voleur peut se transformer en fleur, une table peut se faire cachette et un même canapé peut accueillir querelles, confidences, amour, déchirements.

Vous repartirez sûrement du passage vers les étoiles songeurs. Songeurs quant à vos rêves de jeunesse, qui ne sont vus par vos aînés que comme les désillusions d’une vie passée. Songeurs quant à l’inégal accès au bonheur, réservé aux amoureux naïfs mais confisqué aux plus sceptiques et pragmatiques. Songeurs quant à l’absurdité de la vie, des perles et des bijoux. Songeurs quant à notre addiction à l’oubli ou à son synonyme qu’est le divertissement.

Et si vous ne comprenez rien au sens de mes songes obscures, dépêchez-vous d’aller les voir, il n’est pas trop tard.

224 étudiants en PMY à ESCP EUROPE découvrent la bibliothèque de leur campus

Samuel de Champlain découvrit les terres de Québec en 1608, le commandant Cousteau n’eut cesse d’explorer les fonds sous-marins et Théophile Gautier les mers de sable infinies du Sahara. Marchant dans les pas de ces géants, l’élite de la nation, la jeunesse française en grande école poursuit cette œuvre.

En ce lundi 5 mars, à l’aube de l’après midi alors même que le stand grillade du self fermait, un équipage de 224 étudiants a mis les pieds sur des terres qui leurs étaient encore inconnues : la bibliothèque du 79 avenue de la République. Les vents de rattrapages soufflés par le midterm de finance qui les attendait à 17h00 y sont-ils pour quelque chose ? Nul ne peut le dire.

Aucun risque de colonialisme cependant, interrogée Madame Anne-So-Le. monarque de ces territoires encore inexplorés confirme : « Nous avons déjà vécu à de multiples reprises de tels raids, malheureusement l’intérêt des barbares pour les richesses de nos terres dépasse rarement une semaine, il repartiront comme ils sont venus d’ici peu… »

Leaders de demain, vraiment ?

Jour de la rentrée pour les premières années. Succession de discours par une pléthore de professeurs émérites et de brillants PDG. Un seul mot d’ordre : vous êtes l’élite et les leaders de demain.
Après deux années de classes préparatoires durant lesquelles son estime de soi a souvent été malmenée, l’étudiant savoure cette douce mélodie. L’avenir lui appartient, tout est désormais possible, le monde est à ses pieds.

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Moi. Ivre. Survivre.

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 16/01/2018

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Et puis, au détour d’un dîner, des pizzas entre amies, rien de plus banal vraiment, on en parle. Discrètement, ce sujet fait sa place à table, tel un matou qui sort de l’ombre, la démarche lascive, et vient se lover sur le canapé l’air de rien. Les langues se délient, cela fait désormais trop longtemps que l’on a enterré le secret dans l’abîme de sa mémoire. Le monstre est devenu docile mais parfois, lorsque certains mots le réveillent au loin, ce n’est que souffrance et tourment qu’il propage dans le cœur. Il rugît, il veut revoir la lumière du jour. Mais pour quel accueil ?

Les mots, quels mots ? Tout part d’un nom et, par association, on prononce les mots « viol », « consentement » et « alcool », noyés parmi d’autres noms communs bien autrement communs à notre langage de tous les jours. « Alcool », me direz-vous, n’a rien d’un mot étranger. Prononcé au moins hebdomadairement, lu d’autant plus régulièrement sous sa forme anglaise dans les memes que nous consommons chaque jour frénétiquement, il ne nous affecte désormais guère en tant que simple mot.

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