Fleur de bitume provoque une épidémie de dépression

14 février – jour de la Saint Valentin – le chiffre d’affaire des fleuristes atteint son apothéose.
Indéfectible contributeur à cette euphorie annuelle, l’association de conseil solidaire Fleur de Bitume a décidé de jouer les cupidons en proposant aux étudiants d’offrir des roses rouges aux élus de leur cœur pour le modeste prix de deux euros, car bien que l’amour n’ait pas de prix, en école de commerce rien n’est gratuit.

Quelle louable attention me direz-vous avec un sourire niais. Mais vous ne savez pas quelles conséquences désastreuses cette manifestation romantique recèle !
900 étudiants sur le campus ce 14 février, 250 roses livrées, 650 étudiants délaissés se sentant mal-aimés. Face aux entrées magistrales des envoyés d’apollon dans chaque classe, scandant le nom d’un heureux élu avant de lui tendre la fleur symbolisant l’affection de l’être aimant, nombre d’élèves ont développé un profond trouble de leur estime personnelle.

Comment supporter de ne pas recevoir de fleurs dans un tel contexte de course à la popularité et de de quête d’attention ? L’isolement social et affectif ressenti par une frange des scepiens s’est traduit par une importante fragilisation psychique. Nombre d’entre eux ont voulu se consoler en rendant visite à cette chère Justine Malbec à l’infirmerie mais pas de chance, celle-ci s’en est allée faire sa vie en dehors de l’ESCP en choisissant comme successeuse Eva Maille, dont les horaires d’ouvertures ne se sont pas améliorés entre temps.

Une source nous dit même que le célèbre économiste Emile Durkheim aurait revu sa théorie sur le suicide : il le considérait autrefois comme un élément saisonnier, gagnant en fréquence l’été du fait des liens sociaux plus intenses stigmatisant davantage les exclus. Cette semaine, en exclusivité, il vient d’admettre qu’un pic puisse également survenir durant l’hiver, à la date précise du 14 février.

L’administration est en pleine réflexion pour déterminer si elle autorisera ou non Fleur de Bitume à renouveler son projet l’an prochain.

Le changement, tant désiré, si peu réalisé

« Le changement c’est maintenant » disait un certain candidat à l’élection présidentielle de 2012. Les politiciens l’ont compris, le changement est vendeur. Chacun de nous est sensible à cet appel tant notre société peut sembler insatisfaisante. Néanmoins, les réalisations peinent à suivre, alors même que certains sujets font consensus.

           La grande majorité d’entre nous ne serait pas contre une société plus juste, plus démocratique et plus respectueuse de l’environnement. De même, nombreux sont ceux qui souhaiteraient plus d’égalité, ou plutôt moins d’inégalités, car ils ne comprennent pas comment il se peut que certains accumulent des millions pendant que d’autres vivent misérablement. Il ne s’agit pas forcément de désirer des changements radicaux mais simplement d’espérer atteindre un écart de richesse -et donc de pouvoir- raisonnable. Alors pourquoi toutes ces colères n’ont elles pas motivé des actions concrètes ? Certainement parce que nous participons tous de près ou de loin à cette situation, et que nous ne sommes pas forcément prêts à changer nos façons de faire. Ainsi, œuvrer pour la préservation de l’environnement exigerait de nous beaucoup de choses, à commencer par une consommation plus responsable : acheter moins mais mieux, ce qui en plus d’être pénible à première vue, n’est pas à la portée de tous. Il faudrait en effet se tourner vers des produits qui ont occasionné peu de nuisances pour l’environnement, c’est-à-dire vers des produits à faible consommation énergétique, faits en France afin de limiter la pollution générée par le transport ou encore vers des produits dont la production mobilise peu de ressources. Il faudrait aussi revoir notre style de vie en mangeant moins de viandes ou en limitant nos déchets par exemple. Autant de choses difficiles à réaliser, étant donné que tout nous incite à faire autrement. Surtout, nous avons tendance à éprouver ce sentiment que notre action reste négligeable et qu’il ne revient pas à nous seul de faire ces efforts. Prenons un autre exemple significatif, celui du secteur du spectacle et plus précisément du football. Qu’il s’agisse des salaires des joueurs de football, des sommes mises en jeu par les clubs ou de la corruption au sein de la FIFA, beaucoup de choses sont révoltantes, y compris pour les premiers passionnés de ce sport.

                Mais, encore une fois, comment faire pour limiter tous ces excès ? Finalement, notre seul pouvoir serait de ne pas participer à cette entreprise : ne pas aller au stade, ne pas acheter de maillots de foot, ne pas acheter FIFA 18, ne pas s’abonner à BeIN. Autrement dit, demander presque l’impossible à un vrai passionné de foot. C’est pour cela que le changement est si difficile à réaliser : il nous oblige à faire des sacrifices que nous ne sommes pas forcément prêts à assumer, surtout si aucun changement n’est garanti à la clef. Enfin, par notre consommation uniforme, nous contribuons au développement sans fin des plus grandes entreprises dont nous pouvons douter de la philanthropie. Ces entreprises ont acquis un pouvoir tel qu’elles peuvent se permettre d’avoir des pratiques abusives, ce qui accentue encore plus leur domination. Parmi ces pratiques répandues, il y a notamment la fraude fiscale. Même si nous ne serons jamais tous d’accord sur le taux d’imposition idéal, nous serons presque unanimes pour dénoncer la fraude fiscale, estimant qu’il est légitime qu’une entreprise qui exerce ses activités dans un pays paie les impôts de ce pays. On connaît tous le cas d’Apple qui a profité d’un traitement favorable par l’Irlande en ce qui concerne son imposition. Ainsi, pendant de longues années Apple n’a presque pas payé d’impôts en Europe. Ce n’est que récemment, avec la pression exercée par la Commission Européenne que l’Irlande a mis fin à ce montage financier et qu’Apple s’est mise à payer des impôts – même si l’entreprise continue à avoir recours à l’optimisation fiscale. La fraude fiscale n’est pas la seule pratique abusive : on aurait pu parler de l’obsolescence programmé ou du lobbying. Si nous dénonçons ces pratiques, cela ne nous a pas empêché de continuer à acheter le dernier Iphone ou le dernier Mac book. Nous gardons nos habitudes de consommation certainement parce que ces pratiques abusives sont rarement clairement avérées. En effet, la plupart du temps nous n’avons que des soupçons. Ainsi, nous accordons à ces informations moins de crédit qu’il en faudrait et nous avons tendance à penser que la situation est moins grave qu’on nous l’a présenté. Surtout, il est difficile de se passer des produits de ces grandes entreprises tant elles sont bien ancrées dans le paysage. Finalement avons-nous vraiment intérêt à changer les choses si cela demande tant de sacrifices ? Cela nous fait aboutir à ce paradoxe : si nous sommes désireux de changement, nous sommes aussi conservateurs par nos actes.

                Ainsi, Léon Tolstoï, auteur russe, écrivait : « tout le monde pense le changement, mais personne ne pense à se changer soi-même ». Nous optons pour une position attentiste car nous avons tendance à concevoir le changement au regard de ses coûts plutôt qu’au regard de l’objectif atteint. Pourtant, il serait illusoire de penser que le changement viendrait de lui-même : il a besoin d’acteurs. Cela suppose de mesurer notre volonté car, comme nous l’avons vu, le changement implique des sacrifices – plus ou moins grands selon son avancement – si bien qu’il ne peut pas être motivé par un intérêt mais par des valeurs. Ainsi, vouloir le changement, c’est agir conformément à ses valeurs, aussi difficile que cela puisse être. Alors, ce changement ne sera plus un vague désir mais un espoir au coin de sa tête, et qui sait, peut-être qu’il finira par devenir une réalité.

Témoignage.

-T’es inconsciente ?

-Oui, laisse moi tranquille s’il te plaît.

Il glisse sa main sous son legging, puis dans sa culotte.

-Non arrête s’il te plaît..

Elle enlève sa main. Il l’embrasse. Elle tourne la tête mais il la retient.

-Non, non …

Elle s’endort.

Il met sa main dans son soutien-gorge et lui attrape les seins.

-Arrête vraiment…laisse moi tranquille…

Elle se débat faiblement et essaie de retirer ses mains qui courent partout sur son corps. Cet effort l’épuise, elle est beaucoup trop saoule et s’endort à nouveau. Elle est réveillée par des caresses qui se font de plus en plus violentes, elle lutte. Il continue sans relâche. L’obscurité du bus du WEI lui permet d’agir en toute impunité. Tout le monde est saoul, personne ne voit, ils dorment. Même elle pense faire un cauchemar.

-Ne t’inquiète pas, moi aussi j’ai une copine.

[…]

4 mois plus tard, après la semaine ski.

-Il a recommencé.

-Alors je ne peux plus me taire.

Elle(s)

A wind of change in the Berlin campus

 

« Milton Friedman’s famous claim that the purpose of a company is to maximize profits is completely has been. » By opening with those words the first conference day of an annual business seminar, Andreas Kaplan, Dean of ESCP Europe Berlin, both surprised his audience and delighted numerous students. Two of them propose a personal look back at the event.

By Amélie Galin and Pauline Deydier

Allianz Forum, Berlin, January 10th. The 200 students of the programme “Master in Management” attached to the Berlin campus have been invited to an annual seminar called the “Global Career Week” and whose subject for the 2018 edition focuses on the seventeen “Sustainable Development Goals” (SDGs) initiated by the United Nations Development Programme (UNDP) two years ago.

For the students who just arrived in Berlin, the opening speech of M. Kaplan may have sounded insane. The Dean of the campus tried to redefine the educational role of business schools, arguing that they were facing an increasing demand for courses on business ethics, sustainability, moral decision making …

« To systematically address environmental and societal issues is not only necessary, but also will deliver better return on investments in the long run. Short term maximization of profits and return on shareholders will not be sufficient (…) »

He then invited every student “not to forget about [their] initial aspiration when sitting on all these finance, marketing or strategy courses” and rather think of “making a difference in this world”. A couple of sentences all the more meaningful if one remembers the open letter sent by a group of students and alumni to the Director of the school last December – and which still remains unanswered.

No “alternative management” at ESCP?

On the 8th of November 2017, in the French newspaper Le Monde, Frank Bournois, Dean of ESCP Europe, declared: “We won’t have any specialized master in alternative management within the next 50 years because I never had such a demand from any CEO.” According to the 250 signatories of the letter, this quotation “sends a negative image of an aging school lacking vision and denying the existence of widely-applicated practices, as well as the students and teachers who have already caught up with those topics”. What is currently happening on the Berlin campus shows the inanity of such a phrase.

For any student who already studied on the Berlin campus before, the “Global Career Week” was actually no big surprise. It comes in the wake of a number of previous initiatives, such as, last semester, the film screenings of “Tomorrow” and “The true cost” – two reports that shed light upon the dangers of a too globalized and unsustainable economy. Usually, this kind of events are organized by the students of the “Master in International Sustainability Management” – who also have a dynamic research chair on the Berlin campus. The same team has created a German branch of “Oikos”, an international student-driven organization focused on those subjects. They are currently organizing the second edition of the “Parigo green” festival in Paris and were the co-organizers of the “Global Career Week”.

MiM students with Andreas Kaplan and the organizers of the event in front of the Brandenburg Gate. © Photo : ESCP Europe Berlin Campus.

You said “sustainability”?

Organised every year, the “Global Career week” aims at taking time to better know oneself, thanks to workshops and alumni interventions, and find what kind of jobs each student could be made for. But it is kind of always the same companies working in consulting, finance or audit … And if you want to do something else, you are likely to feel stucked, without anyone to answer your interrogations, ending up doing the same things as everybody else in every business school.

We are not saying consulting has no advantages; but sometimes those kinds of events are lacking diversity. And that is precisely where the campus of Berlin is being innovative, focusing this year on the UN Sustainable Development Goals (SDGs).

Those 17 goals were set up in 2015 by the member States of the United Nations in order to eradicate poverty, protect the planet and guaranty prosperity for all. It could be argued that we, as a business school, don’t have anything to do with this. But that is the contrary: those SDGs are the future, all those issues are real. Even if people don’t want to admit it, the reality is going to catch us before we realize it. And the business world, although it is mostly reluctant to those issues for the moment, will have, one day or another, to face them.

“You can change the world”

Did you know that half of the food bought in Europe is wasted? “SirPlus” is an alternative supermarket that sells out-of-date products at low prices.
Did you know you could drink healthy and responsible IceTea? “LemonAid” and “ChariTea” drinks are made with organic and fair trade products; and for each bottle you drink, some money goes to charities.
Did you know that more than one billion people do not have access to electricity? “Mobisol” sells affordable systems to provide solar energy in isolated villages in East Africa.

These are just examples among many. Finally, what we will remember from this week is not only a better knowledge of ourselves, but also the fact that, as future leaders, managers, influencers, citizens of this world, we do have a responsibility and a role to play in this process. The event showed how both successful, rich and happy we could be as CEO, start-upper, civil servant, minister, member of a NGO … Whatever, as long as we pay attention to the social and environmental costs engaged!

We have the cards in hands, let’s play by our own rules!

Because, guess what, sustainable and business are not opposed terms; they can be used together very successfully.

Nevertheless, we can wonder why Berlin is the only campus to draw our attention on these changes. This is not only a matter of location (the city is often seen as a “sustainable eldorado”) but also a question of general mindset: the administration there is the only one to consider a larger vision of what management will mean in a few years, and to dare tackling the issue and raising awareness. May this islet in the ocean become, in the future, a model all over the campuses of the school.

Intox by Streams : 19 copies d’Humanités et Management perdues, enquête exclusive

Les jours passent et les erreurs s’amassent. Nouveau rebondissement dans la vie de débauche d’ESCP EUROPE (Merci mon BDE !). En ce vendredi 2 février, 19 étudiants ont eu la joie de recevoir un mail les informant que leurs copies d’Humanités et Management avaient été égarées. Ces heureux élus repasseront l’épreuve le 14 février dans des conditions d’examen parfaites.

Comment en est-on arrivé là ? Retour 3 semaines et demie en arrière. Vendredi 12 janvier précisément. Il est 15h, sur les 19 élèves présents en salle 2410, 18 ont déjà fini de composer depuis 45 minutes. Un dernier polard attaque sa troisième partie, il regarde son chronomètre, pas sûr d’avoir le temps de conclure. Dommage ça sera pas sa meilleure dissert, il fera mieux la prochaine fois. Mme. Micheline, 62 ans ancienne employée de la CCI, à la retraite depuis maintenant 15 ans, maquillée comme une voiture volée et aussi odorante qu’un magasin Sephora guette le décompte de l’horloge atomique. Neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un… Et c’est fini ! Notre polard rend sa copie, Mme. Micheline les range dans la belle enveloppe craft, qui crisse de manière si agréable quand elle l’ouvre.

Bond de 4h, l’enveloppe est dans le casier d’un homme. A cet instant, toutes les copies sont encore regroupées. Rien d’anormal. Rien à signaler. Elles attendent tranquillement l’heure de la correction, l’heure de la sentence, l’heure de la morsure du stylo rouge, celle de la flagellation lorsque la page sera barrée.  Mais le drame n’a pas encore eu lieu. La perte fut-elle donc ultérieure ? Poursuivons.

Lundi 29 janvier. Il est temps de commencer à corriger. Certes il aurait été plus judicieux de s’y mettre dès la fin de l’examen mais bon, comme personne ne travaille dans cette école, pas de raison que les correcteurs échappent à la règle. Nos paquets de copies sont toujours regroupés, suspens. Toujours pas de perte. La correction commence. Sans surprise cela va vite : on lit en diagonale, on écrit de manière illisible une annotation quelconque, on pioche un jeton dans le sac du HASARD et on écrit sur la copie le numéro tiré. (Que toutes les personnes ayant eu des notes comme 23, 35, 42 ne s’étonnent pas, c’est un sac de loto donc c’est numéroté jusqu’à 49…)

Lundi 29 janvier. La correction est enfin finie. C’était pas facile. 334 copies en une demie journée. (Les petits malin matheux qui feraient le calcul et me diraient que 355 moins 19 fait 336 ont oublié que 2 personnes en PMY sont à Turin) Et là c’est le drame. Alors que le calvaire de la correction est terminé, un paquet de copies fait son apparition, il était caché par La Philosophie pour les Nuls. C’est le nôtre. Le paquet disparu…

Que faire quand la flemme vous prend et que vos obligations vous frappent ? La fuite. Et voilà l’erreur, l’instant de la disparition. Alors, notre correcteur s’empare du paquet et s’approche du brasero au fond de son salon. Celui qui repose sur l’autel à Aristote et Milton Friedmann. L’autel sacrificiel du manager philosophe. Et dans un élan de folie il embrase les copies, la fumée qui s’en échappe enlace les idoles et le travail des élèves de la salle 2410 part en cendres.

L’énigme est donc résolue. Les copies ne seront pas retrouvées. Mais si cela peut leur servir de consolation elles ont nourri la réflexion sur l’inter discipline. Elles sont la chaleur qui alimente la pensée anachronique de concepts du XXème siècle appliqués à l’Antiquité. Plus d’inquiétude cependant ! Devant un tel fiasco la décision a été prise de supprimer la matière l’année prochaine, elle sera remplacée par le « Bullshit & Management » nom jugé plus adéquat puisqu’il s’agit d’aider les étudiants à raconter n’importe quoi en se faisant croire qu’ils utilisent leur intellect.

PS : Si la majeure partie de ce récit est inventée (charge à votre personne d’en démêler le vrai du faux), ces copies ont bel et bien été perdues. Les 19 chanceux repasseront l’épreuve le 14 février de 18h30 à 19h30. N’attendez donc pas vos résultats de partiels avant cette date.

ENTRE LES LIGNES: ce qui vous a échappé dans la conférence de Manuel Valls

Macron – Valls : Un échec mal digéré, une animosité mal dissimulée

 

L’ancien Premier Ministre, alors même qu’il était encore une des personnalités politiques françaises les plus appréciées il y a un an et demi, s’est-il fait doubler par l’ancien banquier inexpérimenté en politique. Féru de la langue de bois, il nous faut lire entre les lignes pour mieux comprendre la relation qui lie Manuel Valls à Emmanuel Macron.

 

Manuel Valls analyse sa défaite face à l’actuel Président avec une grille de lecture partiellement inexacte.

Dans un premier temps, il souligne la bonne communication d’Emmanuel Macron durant la campagne, ainsi que sa possibilité d’incarner une figure de rupture tout en constituant une alternative à l’extrémisme. C’est juste. Pour ce faire, Emmanuel Macron a porté avec habileté une rhétorique qu’on qualifie « d’extrême centre », caractérisée par l’apologie du libéralisme économique, le rejet équivalent des populismes de gauche comme de droite, la mise à l’écart du pouvoir populaire au profit d’un gouvernement de « technocrates » (William Henry Smyth, 1919). Cette rhétorique consensuelle s’est révélée efficace mais est loin d’être nouvelle. Elle remonte à l’année 1794, date où les partisans de Robespierre ont été exécutés et remplacés à la tête de l’État par les Thermidoriens. « Il s’agissait alors de mettre un terme à la radicalité de la Révolution de 1789 sans pour autant revenir à l’Ancien Régime ; aux orties le pouvoir populaire et le pouvoir monarchique, les sans-culottes et les culottes dorées : place aux modérés. » (Gauthier Boucly, LVSL)

 

Si Manuel Valls souligne avec raison la stratégie audacieuse d’Emmanuel Macron et un contexte favorable avec la chute de François Fillon, il justifie également son échec de manière plus discutable.

« Macron n’était pas soumis à l’usure du pouvoir. » Faux prétexte : l’usure du pouvoir ne dépend pas du temps passé au sommet des institutions – comme semble l’entendre Manuel Valls – mais des engagements non tenus, des promesses reniées, des égarements malhabiles. Sinon, comment expliquer les 12 ans de Jacques Chirac à l’Élysée, ou les 36 années de Christian Poncelet au Sénat ? L’usure du pouvoir n’est pas une altération nécessaire de la popularité en fonction du temps, mais une mémoire collective des erreurs individuelles des politiques.

« Le PS me tirait vers le bas, et la primaire a été organisée pour me faire perdre. » Dans ce cas, pourquoi avoir signé la charte éthique de ces primaires ? Question d’autant plus intéressante quand on sait que Manuel Valls a renié un des engagements qu’elle contenait, à savoir soutenir le candidat sortant par la suite. Des reniements… qui provoquent justement l’usure du pouvoir précédemment abordée, Monsieur Valls.

 

La défaite de Manuel Valls face à Emmanuel Macron s’explique donc par les actes de ce premier, ce que le maire d’Évry sait mais peine à avouer. Plus généralement, on constate une ambiguïté certaine dans le regard que porte Manuel Valls au Président. Comment ne pas éprouver d’animosité envers celui qui réalise, à votre place, votre vœu le plus cher ?

 

En 1980, déjà, Manuel Valls déclarait vouloir créer une grande « maison des progressistes ». Plus récemment, il n’excluait pas une coalition entre le Parti Socialiste et Les Républicains pour l’élection présidentielle de 2017. Fasciné par Tony Blair, proche idéologiquement de Matteo Renzi, l’ancien Premier Ministre est comme eux un partisan d’une collaboration entre les forces du « cercle de la raison », pour reprendre les termes du politologue Fabien Escalona. À l’évidence, c’est bien Emmanuel Macron qui a exaucé ce vœu, et en quelques mois seulement.

 

Si Manuel Valls reconnaît « l’audace » de son meilleur ennemi, certains détails trahissent une vision plus acerbe. « Le quinquennat est un échec, à moins qu’on se dise ‘Génial, on a fait élire Macron’ » finit par lâcher l’ancien Premier Ministre, non sans ironie. D’ailleurs, il souhaite le succès « de son pays » et non celui de l’énarque. On perçoit le cynisme de ses propos, justement relevé par l’intervieweuse Marie Giard. Alors, admiration subie ou animosité envieuse ? Et si les deux ne s’excluaient pas ? « Il n’y a pas d’amour sans jalousie » disait Georges Sand…

 

 

Valls : une personnalité meurtrie

 

Auparavant en tête des personnalités politiques les plus appréciées (ou les moins détestées) des français, promis à un avenir politique brillant, Manuel Valls ne semble plus n’être que l’ombre de lui-même depuis sa défaite face à Benoît Hamon. Lisons entre les lignes pour découvrir comment le natif de Barcelone vit vraiment cette situation.

 

Les difficultés de Manuel Valls à se remettre en question étaient déjà perceptibles, nous l’avons vu, au moment d’expliquer les raisons de son échec face à Emmanuel Macron. Il attribuait en effet cet échec à plusieurs causes externes alors qu’elles sont à chercher dans son action même à la tête du gouvernement. D’autres détails pendant la conférence montrent la difficulté de l’ancien Premier Ministre à avouer ses fautes, à l’image de son analyse sur l’utilisation du 49-3 pour faire passer en force la loi El-Khomri. « Les français étaient pour la réforme, mais la communication fut mauvaise. »  C’est faux. Selon un sondage Odoxa – Le Parisien publié le 24 mars 2016, 71% des français étaient opposés à la loi travail. Pire encore, Manuel Valls était au courant de ce rejet massif puisqu’il déclarait 2 mois plus tard au même journal que son rôle « n’est pas de suivre les sondages » mais de mener la réforme à son terme. On vérifie ici une théorie politique bien connue : se référer à une mauvaise communication – plutôt qu’à une erreur plus grave sur l’action menée même – est une astuce classique des dirigeants pour expliquer l’échec de leur projet.

 

Plus tard, Manuel Valls se décharge de sa responsabilité en attribuant une nouvelle fois à un facteur externe les raisons de son échec. Et en s’arrangeant, ici aussi, avec la réalité. « Je fus entravé par les Frondeurs, qui étaient présents avant mon arrivée ». C’est partiellement faux. S’il est indéniable que la soixantaine de députés socialistes s’opposant à la politique du gouvernement ait pu nuire à l’efficacité des réformes engagées, il est inexact de dire qu’ils étaient présents avant sa prise de fonctions. En réalité, les Frondeurs se regroupent réellement autour d’un texte baptisé l’Appel des 100 en juin 2014, soit après le discours de politique générale de Manuel Valls. Si son action fut donc rendue plus difficile, ce n’est pas due à une cause externe (les Frondeurs), mais bien car la politique qu’il a menée était différente de celle annoncée par François Hollande lors du discours phare du Bourget, en 2012.

 

Au-delà de sa difficile remise en question, on perçoit dans la personnalité de Manuel Valls une blessure d’égo. C’est un homme meurtri, qui exige qu’on change une description de l’événement qui le taquine un peu trop. Un homme sans doute marqué, aussi, par les deux agressions, certes symboliques, dont il fut victime pendant la campagne (un jet de farine à Strasbourg et une gifle pendant un déplacement à Lamballe). Il se vexe qu’on n’envisage pas de lui demander s’il a encore de l’ambition : « vous ne m’avez pas posé la question, donc je la pose. Et la réponse est oui. » Souvent moqué, l’ancien Premier Ministre assure « prendre pour tout le monde ». « Mais j’aime ça », dit-il avec amertume.

À la réflexion, toutefois, on ne peut lui enlever son abnégation. Il faut se rapprocher de l’homme, remarquer ses traits appuyés, croiser son regard déterminé, écouter sa voix rauque pour comprendre que derrière le personnage public modéré se cache une hargne rare et une détermination sans faille, propres aux grands politiciens. Cette volonté, il l’exprime notamment en rappelant une phrase de Clémenceau : « Je suis aujourd’hui ce que j’étais hier, ce que je serai demain : un républicain de bataille au premier rang pour recevoir les coups et pour en donner. »

 

 

Valls : une obsession identitaire mal dissimulée

 

Nous éviterons de traiter cette question de manière caricaturale, comme l’a fait un étudiant de l’ESCP pendant la séance des questions-réponses avec le public. Cédant à une agressivité facile, il a interpellé l’ancien Premier Ministre en lui demandant « un tuto en 6 points sur la manière d’être un bon musulman ». Le fond de la question est intéressant, la forme témoigne d’une position bornée qui rend le débat difficile. Manuel Valls a su réagir calmement, nouvelle preuve de ses qualités de politicien.

 

Il est vrai que la question identitaire suscite des tensions, d’autant plus quand elle tourne à l’obsession chez une personnalité pourtant de gauche. Pour preuve, quand il est interrogé sur la question des frondeurs, Manuel Valls parvient à répondre en parlant du départ de 30 personnes pour faire le djihad en Syrie en 2012. Ce qu’on lui reproche souvent, c’est l’asymétrie entre son engagement contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie. Il déclare en 2012 faire de la lutte contre les agressions antisémites un « combat personnel », s’engage publiquement contre Dieudonné, présente un projet de loi contre l’antisémitisme en 2015 (bien qu’il contienne aussi des dispositions sur le racisme en général). Pourtant, il s’est engagé plusieurs fois en faveur de la cause palestinienne avant 2010, en dénonçant notamment « la colonisation qui viole le droit international ». Certains voient dans ce revirement l’influence de sa femme juive, Anne Gravoin, avec qui il s’est marié la même année. Dans tous les cas, on perçoit désormais chez Manuel Valls la même préoccupation disproportionnée pour la question juive que chez Yann Moix. Ce qui pose problème, c’est que là où le chroniqueur équilibre cette position par un souci marqué pour les discriminations à l’égard des musulmans, l’ancien Ministre de l’Intérieur concentre ses attaques sur les atteintes à la laïcité de cette religion.

 

Si la forme est donc discutable, on ne peut que reconnaître la cohérence de son discours sur le fond. « L’Islam est confronté à des convulsions profondes au niveau mondial, qui ne sont pas conjoncturelles mais inhérentes à l’idéologie de cette religion. Si nous sommes très exigeants à l’égard de l’Islam, c’est car on lui demande de faire le travail que les autres religions ont accompli en plusieurs décennies. » Une analyse pertinente, qui souligne à juste titre que dans leur interprétation littérale, toutes les religions monothéistes (et pas seulement l’Islam) ont une propension dominatrice incompatible avec les lois de la République.

 

Quoiqu’il en soit, la question identitaire chez Manuel Valls reste ambivalente. S’il s’élève contre la republication brute des propos antisémites de Louis-Ferdinand Céline, pourquoi accepte-t-il sans broncher la publication d’ouvrages et de unes ouvertement islamophobes ? Il serait plus logique que tout soit publiable (et publié), y compris les livres les plus polémiques de l’Histoire – l’exemple à placer ici est connu de tous. Libre à chacun de se faire son propre avis à partir de son propre esprit critique. S’opposer à cela, Monsieur Valls, n’est-ce pas remettre en cause l’intelligence de vos concitoyens ?

 

 

EN BREF

 

Le(s) tacle(s) : Le changement par rapport au quinquennat précédent n’est pas dans la politique menée, similaire, mais « dans l’incarnation, la restauration de la fonction présidentielle ». François fafu Hollande appréciera. Ce quinquennat n’a pas non plus commencé, comme le précédent, par deux années « désastreuses ». François fafu Hollande appréciera (bis).

 

Le moment de faiblesse : Questionné sur son refus de soutenir Benoît Hamon malgré l’engagement qu’il avait pris, il demande : « Essayons de ne pas s’en tenir aux phrases que j’ai prononcées… ». Surréaliste.

 

La confidence : « On va mettre pépère sur l’étagère » aurait dit Arnaud Montebourg en parlant de François Hollande.

 

La citation : « Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines. »

 

Le portrait : particulièrement bien écrit, avec quelques piques savoureuses de Pierre… enfin pardon Nicolas (« Vous n’oubliez pas d’augmenter la pression fiscale sur les ménages », « Vous serez dépassé par Benoît Hamon, sacré performance »). On espère juste que notre portraitiste talentueux a réussi à reprendre son souffle après cet exercice éprouvant.

 

Les questions : « On aimerait des journalistes comme vous » selon Valls. On a effectivement apprécié les « j’aimerai rebondir » d’Amaury et la spontanéité de Marie (notamment son « Sans cynisme… »).

 

La veste : elle est tombée quand il a fallu parler de l’indépendantisme.

 

Le style : Manuel valse avec les questions pour mieux les contourner. Chaque réponse commence par une grande circonvolution sur un thème général et abstrait, pour éviter de répondre précisément, et termine par… Ne termine pas en fait. La concision n’est clairement pas le fort de cet invité. Finalement, c’est une langue de bois comme une autre.

 

La ponctualité : Manu avait autant de retard qu’à la primaire de la gauche. C’est dire.

 

Compte-rendu de conférence Tribunes: le Général Castres

C’est « un honneur » pour Tribunes d’accueillir au sein de l’ESCP le Général cinq étoiles Castres, Saint-Cyrien aux états de services impressionnants, autrefois Marsouin émérite et aujourd’hui conseiller de l’Élysée.

Le Général, pour qui un chef doit être « une éponge à incertitudes » à la clarté sans failles, livre systématiquement des exposés à la structure impeccable – à commencer par celui des forces de l’armée française.   « Quatre maillons » les caractérisent : une armée polyvalente à haut niveau technologique capable d’intervenir là où aucune autre ne pourrait la suivre, une « culture expéditionnaire » qui nous offre une capacité d’initiative rare, une « maîtrise de la force employée » – dont nous reparleront plus tard, et une plus grande facilité à aller au contact des populations. Ce sont les reliquats de notre histoire et de nos « habitudes » militaires.

Mais la situation n’est pas rose pour autant. Qui monterait par exemple dans une voiture ou un avion de plus de 40 ans ? C’est ce que font quotidiennement nos soldats, qui combinent des outils de pointe et des armes obsolètes. Assez contre intuitivement, l’absence de la France dans la seconde guerre d’Irak fut un autre handicap. Elle l’a mise en retard dans sa compréhension de la guerre moderne, celle contre des groupes terroristes, contre un ennemi diffus qui se cache dans la population sur des territoires immenses. D’autant que la France a du mal à travailler en coalition. C’est là une conséquence des habitudes interventionnistes françaises dans ce qui fut considéré comme son « pré carré » anciennement colonial. C’est un choix politique constant : maintenir l’autonomie de l’armée française. Mais ce choix a un prix économique et opérationnel.

Evidemment, une interview donnée par les organisateurs de la « journée de l’Europe » ne peut s’éloigner trop longtemps de ce thème. Le général acquiesce lorsqu’on lui demande si la France possède la première armée d’Europe. C’est selon lui une « puissance globale », qui rassemble trois capacités rares : « willing, fighting, funding ». Dans ce contexte, une Europe de la défense paraît improbable. La structure existe certes déjà depuis Lisbonne, mais les obstacles à son utilisation sont trop nombreux. Ne se sentant pas concernés par les mêmes enjeux stratégiques, les pays européens n’ont pas de « peur commune » suffisamment forte pour les unir. Tirant les « dividendes de la paix », l’union pacifiste préfère jouir du bouclier américain plutôt que de gaspiller de l’argent dans le développement de ses armées.

Il faut dire qu’une armée coûte cher. Le simple rétablissement de l’ancien service militaire – opérationnellement inutile selon le Général – coûterait 45 milliards d’euros ne serait-ce que pour reconvertir les infrastructures. Mais le budget n’est pas la seule « tyrannie » à prendre en compte. La nécessité d’une industrie de l’armement autonome et performante oblige parfois à certains choix douloureux. Demeurent aussi les conservatismes militaires : « on préfère construire l’armée du 14 juillet que l’armée de Chamal ou de Barkhane », avoue le général. L’état-major refuse toutefois de réduire ses cibles : il faut faire plus avec moins.

Il est parfois difficile pour un civil de comprendre ce qui peut pousser un soldat à s’engager, ou ce qui peut lui plaire dans l’armée. Le Général fut d’abord motivé par l’amour de la camaraderie, puis par la passion du commandement. Le récit de ses missions illustre l’admiration qu’il porte à ses hommes, mais aussi les vertus qu’il attribue à l’institution : on y apprend à vivre, on y apprend à se commander soi-même et à commander les autres. Si le général affirme « qu’il n’y a pas une seule année qu’[il] regrette », sa passion n’est pas partagée par tous ses soldats – en particulier ceux de Sentinelle. Il rejette, à vrai dire, cet emploi de l’armée : selon lui « nous ne sommes pas en guerre », et il s’agit là « d’une réponse politique et non opérationnelle ». Sentinelle « modifie l’ADN de l’armée », car les profils recrutés ne sont plus les mêmes, et les tâches qu’on lui attribue ne correspondent pas à sa fonction.

D’ailleurs le général affirme que « l’armée a la côte ». Certes, chaque faute est relayée massivement et « il y en a plein les blogs ». Mais le général attribue cette critique à une minorité de commentateurs qui chercheraient à véhiculer un message idéologique. Il nie même le conflit entre politiques et militaires : selon lui les deux corps ont des natures différentes, parfois contradictoires – le premier ayant toujours le pouvoir décisionnaire.

Pourtant l’armée aussi peut véhiculer une idéologie. Les tribunards soulèvent un détail intéressant : pourquoi appelle-t-on aujourd’hui la « guerre » de la « gestion de crise » ? Le Général justifie ce vocabulaire par son aspect juridique. Une guerre ça se vote, et ça se déclare contre un État. Le terme fut selon lui dévoyé, utilisé à toutes les sauces, et il a perdu de son sens. Or avec les Nations Unies est apparue une nouvelle utopie : celle-ci serait une institution de maintien de la paix – de règlement des conflits. C’est-à-dire qu’aujourd’hui une intervention militaire n’est plus une guerre, c’est « une opération de police internationale ». DAESH illustre une forme de « mondialisation des conflits », dont l’enjeu fondamental demeure la violence, alimentée par des problèmes « de gouvernance, de justice, de développement ou de frustration ». Alors, « ce sont des crises qu’il faut résoudre plutôt que des guerres qu’il faut remporter ».

Ajoutons à cela que de nouveaux champs de bataille ont vu le jour : l’espace, le cyber espace, et la sphère informationnelle. Il s’agit de paralyser l’ennemi et ses satellites, d’éliminer « le DRH de DAESH » qui recrute sur le web, et de convaincre les populations de la légitimité de l’action conduite et de la paix. « Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’envahir un pays pour le priver de sa souveraineté » affirme le général cinq étoiles.

Sharks invétérés de la seule vraie école parisienne, nos sympathiques tribunards ne perdent pas le nord et demandent en conclusion quelques conseils pour les managers de demain que nous sommes. « Nous on ne manage pas, on commande » rappelle froidement le général. Fidèle à ses habitudes, il va définir le concept de chef en trois formules. « Le chef, c’est un producteur de clarté sur les objectifs à atteindre », qui, « éponge à incertitudes », « gère l’incertitude » : c’est celui qui a la vision la plus large des problématiques et des enjeux. Il est ensuite « libérateur de créativité et d’innovation », mais surtout il est « celui qui décide vite et est capable de prendre des risques », car « sans risque, on ne perd pas mais on ne gagne jamais ».

Après la brève séquence du « fast and curious », dont l’intérêt ne fut pas réellement compris par notre invité de marque, viennent les questions du public. Nous sommes « des somnambules qui ne veulent pas voir », affirme le général lorsque l’on compare la France d’aujourd’hui et celle de 1914 ou de 1939. Nous sacrifions nos budgets de défense alors que le monde entier fait l’inverse. La raison est que nous n’avons pas assez peur, car nous nous savons protégés par l’interventionnisme et la volonté hégémonique américaine. Cette confiance est une erreur, si l’on en croit le Général.

Des remèdes peuvent être apportés à la grande muette. Dans des zones d’intervention très grandes, dans lesquelles l’ennemi se cache, il s’agit de développer une capacité d’ubiquité. Mieux, une capacité de « foudroyance » : frapper dès que l’ennemi commet une faute. Alors, nous pourrons inverser le rapport de force avec celui qui a pour le moment toujours un temps d’avance sur nous. Cela vaut pour les interventions sur le terrain, mais aussi, et c’est là un des grands chantiers actuels, pour tous les conflits immatériels que l’armée mène.

Arrive finalement la question ultime que tout civil pose à tout militaire : « avez-vous déjà eu à obéir à un ordre contraire à vos convictions » ? Celui qui nous affirmait tout à l’heure que la France maîtrisait sa force, cite maintenant quelques massacres inutiles, comme les bombardements massifs qui ont fait suite aux attentats du Bataclan. Néanmoins il l’affirme : « on a tous la liberté de dire non : ça ne correspond pas aux règes et à mes convictions ». Or selon lui ces « règles d’engagement » sont particulièrement strictes en France. L’armée procède par évaluation des « Dommages Collatéraux Potentiels » : plus ceux-ci sont élevés, plus la décision de frapper revient à un échelon supérieur de la hiérarchie. Beau système, mais qui ne répond pas à la question posée : qu’en est-il du soldat qui se doit d’exécuter un ordre extrêmement risqué, avec lequel il est personnellement en désaccord ? Après tout, c’est lui qui a le doigt sur la détente, or si l’ordre est conforme aux règles il n’a plus le choix. Il faut croire que diluer la responsabilité parvient encore de nos jours à résoudre les cas de conscience.

 

Gentille pinte à la clef

Avec 355 étudiants en Pré-Master, 160 en Master 1, si l’on est bien loin des 600 étudiants par promo de certaines écoles de commerce, difficile de dire que le campus de République ne voit pas passer de nombreuses têtes. Combinez à cela la loi des Grands Nombres, la loi de Murphy et une tendance marquée à la consommation d’alcool et vous vous retrouverez avec une dose quotidienne d’appel à l’aide lancés sur les groupes de promo.

« Perdu sac Eastpack noir en salle 4210, une pinte pour l’âme charitable qui me le ramène »

« Quelqu’un aurait vu un chargeur de Mac en salle de compta ce matin ? Pinte et reconnaissance éternelle à celui ou celle qui l’a retrouvé ! »

Ainsi du chargeur oublié en amphi au sac égaré dans le couloir des assos en passant par la veste négligemment abandonnée sur un canapé du Quatter, les objets perdus et heureusement retrouvés sont légions. A tel point que l’on est parfois en droit de se demander si « ESCP Promo 2020 » ne s’appellerait pas mieux « Objets trouvés ESCP Paris République ».

De cette multitude de cris de détresse se détache un phénomène qui, s’il peut paraître motivé par de louables intentions, ne manquera pas d’éveiller l’intérêt. Il s’agit vous l’avez compris et sans aucun doute déjà remarqué du « Gentille pinte à la clé ». Combien de messages parmi tous ceux postés dans le court laps de temps des 4 premiers mois de cours ne le mentionnaient pas ? Il semblerait que la norme de l’appel à l’aide nécessite désormais la spécification de la récompense à l’arrivée : la fameuse pinte.

Rien de répréhensible à manifester sa gratitude envers la personne qui vous ramènera votre Eastpack noir me direz-vous ? (Bien que l’enchaînement de posts au sujet de la perte de ce-dit sac porte à croire que 3 personnes se font tourner le même sac justifiant par là-même l’offre réciproque de pinte. Mais ceci est une autre histoire, nos journalistes d’investigation sont sur le coup.) Non bien entendu, et les plus sharks d’entre nous irons même jusqu’à dire que toute peine méritant salaire, il est normal que ceux prenant la peine de s’occuper de retrouver le possesseur de l’objet perdu s’en voient récompensés. Mais en est-on vraiment certain ? Certes les écoles de commerce n’ont pas vocation à faire de nous des humanistes, même si Frank Bournois se plaît à nous rappeler l’engagement RSE de la sienne. Mais tout de même, nous parlons ici de rendre service, d’effectuer un geste tout à fait normal envers l’une ou l’un de nos congénères. N’en arrive-t-on pas à un niveau de marchandisation des relations sociales du quotidien inquiétant ? Prenez garde ! La pente est glissante et au rythme actuel le Doliprane en lendemain d’OB pourrait bientôt être coté… Que dire alors de la signature pour vos 5 camarades n’ayant pas eu la force de se déplacer en statistiques ?

Cessez-donc de mentionner à chaque appel à l’aide que vous offrez une pinte à l’âme charitable qui nous rendra service. L’âme charitable n’attend pas de récompense, le seul plaisir d’avoir pu vous soutenir dans un moment difficile la comble déjà. Quid du bon moment passé avec votre bienfaiteur alors ? Offrez-lui tout de même la pinte sans l’avoir spécifié : vous verrez qu’elle n’en sera que meilleure dès lors que vous n’aurez pas l’impression de payer une récompense.

Aidez-vous les uns les autres, buvez de la bière mais faites-le par envie de partager d’agréables moments avec entre camarades. (Rappelons au passage que payer pour des moments de plaisir avec d’autres personnes est illégal)

PS : Voici un exemple de ce que vous deviendrez si ça continue. Et croyez moi devoir promettre un an de bière gratuite à des élèves quand on est enseignant chercheur dans une institution triplement accréditée c’est pas joli joli comme état d’esprit.

PPS : N’hésitez pas à imprimer le bon cadeau en image de cet article et à le donner à la personne dont vous êtes redevables.

[INTOX BY STREAMS] Le coin à lécher des copies d’examen déclaré cancérigène par l’OMS

Coup de tonnerre dans le monde des études supérieures. Le Ministère de la Santé a relayé aujourd’hui une des publications de l’OMS. Son objet ? Une étude menée par une équipe de scientifiques de l’Université de Paris V sur les colles à lécher. Vous avez forcément déjà expérimenté ce délicat léché de timbre, d’enveloppe ou de copie dans votre vie, mais savez-vous vraiment de quoi est faite cette colle ?

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