Regarde, mâche et avale

Une tartiflette dégoulinante de reblochon AOP, de pommes de terre bio, le tout dans un contenant en jambon de bayonne cuit au four pour le rendre solide : tel est donc l’idéal culinaire des millenials ?

Recettes étudiantes, Tasty et même les marques de l’agro-alimentaire : tous se sont mis à produire des vidéos de recettes de cuisine facile. Véritables assistants culinaires ou bien simples murs de tags facebook accompagnés d’un sobre “faut trop qu’on teste ça [emoji coeur] [emoji hallucinant] [emoji visage qui fait un bisou avec un coeur]”, ces vidéos continuent d’envahir notre territoire digital et d’user les batteries de nos GSM. Un principe : la simplicité. Une minute, un plan en point-de-vue, des sous-titres et puis une monstruosité culinaire née du chef-d’oeuvre d’un apprenti cuisinier-CommunityManager-producteur. Il faut quand même avouer une chose, ces vidéos ont le mérite de vous éviter votre hectogramme de pâtes trop cuites baignant dans le pesto genovese Barilla.

Mais quitte à faire une initiation à la cuisine, autant la faire à fond non ? Matty Matheson, chef canadien habitué de ​Munchies ou ​Eater,​ commentait chez ​Bon Appetit un tuto ​Buzzfeed (​You need this pizza dip in your life pour les curieux) : “Regarder ce genre de vidéo me montre à quel point l’industrie de la bouffe est indécente […] on ne peut pas apprendre à cuisiner ainsi, on te donne les ingrédients et on te dit de les mettre dans un bol alors qu’il y a beaucoup plus de paramètres qui rentrent en compte : la façon dont on mélange, dont on incorpore. On survole tout mais bon, c’est une des vidéos les plus vues donc je sais pas, y’a beaucoup de personnes qui likent, je vais pas les insulter pour ça”. On pointe ici un problème phare : on occulte la dimension didactique au profit de la finalité esthétique du produit.

Parce qu’il n’y que cela qui compte : le foodporn. Vous comme moi, affamés à 1h43 au fond de votre lit, prenez parfois un plaisir masochiste à parcourir les clichés de ces bombes caloriques dégoulinantes de fromage ou de nutella. Et forcément, à l’ère du ​zapping (salut les “djeuns”), il faut être ​catchy​ (lol).

D’ailleurs, certaines enseignes ont basé leur stratégie de communication uniquement dessus. Le gigatacos (qui aurait peut-être sa place dans une réécriture 2k18 des ​Mythologies​) est d’ailleurs à l’origine du succès de la chaîne O’Tacos : 2,5kg d’une orgie de viande, de frites et de sauce fromagère emballée dans des tortillas de blé. Au-delà de la simple critique sur l’indécence de ce plat (je veux bien qu’on se pète le bide mais …), il convient de remarquer que c’est justement ça qui fait son attrait esthétique : plus de viande, plus de fromage, plus de frites pour que ça coule partout. C’est monstrueux, énorme et ça fera du like. Sauf qu’on occulte le plus important : le goût. (Alors pour mon expérience personnelle qui date de 4 ans : sauce fromagère lourde et insipide et frites molles ne jouant que le rôle d’ingrédient bourratif).

Car là se trouve la bataille : sur les terrains du goût et des produits. O’Tacos ou les nouveaux fast-food du même type misent sur des quantités gargantuesques et la possibilité d’allier de la merguez avec du Saint-Morêt. Vous me répondrez sûrement que la qualité des produits y est médiocre, certes, mais on peut remarquer que le foodporn a créé une vague de recettes et d’aliments tendances qui tournent au n’importe-quoi. Au-delà des dégâts écologiques provoqués par sa culture (je vous fais déjà la morale tout le long de l’article, on va s’arrêter au volet bouffe sinon on s’en sort plus), l’avocat est absolument partout. Il va sans dire que le guacamole est une création géniale, mais il n’y absolument aucune cohérence dans le fait de mettre de l’avocat à frire (les Américains ont vraiment un problème avec le “​deep-frying​”) . De même, la saison des raclettes et des tartiflettes est prompt à nous livrer un florilège de recettes chaotiques. Quelqu’un peut-il m’expliquer la démarche de mouler du jambon de Bayonne IGP en bol et de le foutre au four pour en faire un contenant du reblochon fondu et des pommes de terre ? Pourquoi diable cuit-on des pâtes pour ensuite en faire un “gâteau” ou une “tourte” recouverte de Mont-d’Or fondu ?

Si ma démarche n’est pas de me faire l’ayatollah de la cuisine, ni d’autoriser par décret impérial ou non la pizza hawaïenne (c’est un débat autre), je pense que, sans brider toute créativité, il faudrait retrouver un peu de cohérence. L’exemple de la pizza margherita est une bonne illustration : une bonne pâte fine et aérée, de la sauce tomate pas trop sucrée et un peu acide qui contrebalance le sel et le gras du fromage. Dans un tout autre registre, plus créatif, on peut s’intéresser à la cuisine de Virgilio Martinez, chef péruvien du ​Central Restaurante​, qui honore la biodiversité de son pays en créant des plats basés sur l’altitude. Des légumes, des plantes oubliées, des échantillons d’écosystèmes dans une assiette : les plats sont les produits d’un laboratoire de recherche, issus d’une conception novatrice mais surtout cohérente de la cuisine. La cuisine qu’elle soit populaire ou bien expérimentale ne se soustrait pas d’une cohérence, cohérence qui n’est pas antagoniste à la liberté de création.

Pour en revenir à la dimension didactique : elle a été occultée non pas uniquement à cause d’une focalisation sur l’esthétique, mais pour que la vidéo soit adaptée aux réseaux sociaux. Des vidéos courtes, rapides, faciles à comprendre. Et le temps est peut-être la plus grande menace qui plane sur la bouffe de nos jours. Si vous n’habitez pas à Béning-lès-Saint-Avold, vous avez sûrement croisé la route de ​Feed.,​ start-up chapeautée par le discret Thierry Marx qui entend révolutionner les repas sous forme de boissons ou barres. Au-delà de la critique productiviste qui a déjà pu être faite par nombres d’articles, c’est une véritable déconnexion à la nourriture et au repas qui est faite. Bien entendu, ces produits ne sont pas destinés à être consommé à tous les repas et peuvent être bien utiles. Cependant, une tendance est déjà tracée quant à la “nourriture du futur” : une déconnexion au goût, à la texture, à toutes ces sensations qui excitent notre palais. Ce ne serait que le coup ultime porté au consommateur, après la déconnexion à la terre, la déconnexion même à la nourriture. Espérons que l’élan pris par la société vers plus de traçabilité puisse ramener le consommateur vers une consommation active et avertie.

S’il fallait y voir une cohérence dans cette logorrhée réactionnaire, elle s’y trouverait dans la déconnexion progressive vis-à-vis de la nourriture. L’abondance des produits due à l’importation, l’implantation des fast-food, l’avènement du foodporn : ces trois phénomènes n’ont fait qu’éreinter notre culture culinaire. La méconnaissance de la saisonnalité des fruits et légumes (qui me concerne également) est un bel exemple de cette régression. Bien que l’article ait pu être compris comme un guide des bonnes ou mauvaises pratiques au fourneau, mon propos n’est qu’une invitation à comprendre le pourquoi et le comment de notre assiette. Afin de rester original, je m’abstiendrai de citer Joël Robuchon et me contenterai d’un “​requiescat in pace ».

Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.

Guide pour conversations de comptoirs à l’usage des honnêtes gens

  • La météo

Comme chacun sait, la météo est le sujet de conversation de la dernière chance ; c’est un classique qui ne dupe personne. N’y ayez recourt qu’en cas désespéré, ou si vous n’avez qu’une faible estime de la personne qui se trouve en face de vous. La météo est aveu d’échec, badinage par excellence : lorsqu’on parle de « pluie et de beau temps », c’est qu’il n’y a plus rien à faire. En revanche, l’emphase est permise et l’intérêt facile à simuler. Commencez par un « étrange ce temps tout de même. On passe du chaud au froid, au chaud … ». L’on vous répondra « c’est cela, les giboulées de Mars » et vous serez parfaitement d’accord. Une légère dispute sur le temps qu’il fait réellement en Bretagne et l’on sera proche du sans-faute.

Durée estimée : dix bonnes minutes, ou huit stations, c’est selon.

  • Les « amis en commun »

Lorsqu’on fait une nouvelle connaissance, c’est un incontournable. Très facile à lancer, cette conversation peut néanmoins s’avérer décevante lorsque votre interlocuteur ne connaît pas l’ami que vous venez de lui citer. Mais si elle le connaît, permettez-vous un « le monde est vraiment petit … » avec un regard vague par-dessus son épaule. Vous pouvez alors en rester là, et vous demander si chaque ami d’ami d’ami ne vous relie pas, en quelque sorte, aux individus du monde entier.

  • Les trajets de métropolitain

Très prisé des Parisiens, ce sujet est pourtant d’une très faible originalité. Tout le monde devrait se foutre du trajet que vous faites le matin et pourtant, chacun se creuse les méninges pour vérifier que vous optimisez au mieux votre temps en empruntant telle ligne plutôt qu’une autre. Ainsi, n’oubliez pas de dire où vous effectuez vos changements, quelles lignes vous empruntez ainsi que votre temps de transport très exact (porte à porte de préférence). Si la station Chatelet est fermée pour cause de travaux, mentionnez-le absolument : cette perturbation sera du meilleur effet et vous permettra même d’opérer une dérive sur les défauts de la RATP. Si vous n’avez pas à passer par les voies sous-terraines pour vous rendre sur votre lieu de travail, abstenez-vous et trouvez en urgence un autre sujet de conversation.

Durée estimée : 2 à 3 minutes. Si plus longtemps, inquiétez-vous.

  • Les voyages

Les « globetrotters » auront cet avantage en matière de conversations de comptoirs, qu’ils pourront se poser en spécialistes de tous les pays, de toutes les cultures et religions. Si vous baragouinez quelques mots d’hindi, énoncez-les fièrement. Dites bien que « les différences sont autant de chances ». Si vous avez fait de l’humanitaire, soyez sans concession : c’était la plus belle expérience de votre vie.

  • La musique

Novices s’abstenir ; ne commencez surtout pas par les tubes de l’été mais plutôt par un timide « j’écoute de tout ». Sachez que le rap est à la mode : risquez, par exemple, une théorie sur ce genre « temple de la nouvelle poésie » ou « terre de contestations ». Si votre interlocuteur n’est pas réceptif, s’il vous contredit ou s’y connaît mieux que vous, dites encore que vous aimez la house techno en mentionnant par-dessus tout les quais de la Rapée. Vous aurez l’air à la page. Pour rehausser le tout, glissez que vous aimez bien le classique : vous ferez l’unanimité en plus du côté chic. Si vous pouvez citer d’autres artistes que Schubert ou Beethoven, effet bœuf assuré. Enfin, soyez ouvert aux suggestions d’autrui et n’oubliez jamais que la musique est affaire de goûts et de couleurs.

Durée estimée : un blablacar Paris-Biarritz

  • Les enfants

Ce sujet est recommandé pour ceux qui ont déjà connu la joie d’être parents ; mais comme ces derniers adorent parler de leurs enfants sans aucune considération pour l’intérêt qu’ils suscitent chez leur interlocuteur, chacun pourra se sentir concerné par cette section. C’est un véritable puits sans fond qu’il faut avoir la sagesse de contourner parfois, en particulier lorsque la personne en face de vous appartient à la catégorie « jeune mère ». Un fait intéressant, ces dernières abandonnent toute pudeur dès qu’il s’agit de leur progéniture. Ne soyez donc pas surpris si la conversation s’abaisse à des considérations telles que caca, pipi, couches et tireuses mammaires.

Durée estimée : un début de babysitting, plusieurs heures

Ces quelques pistes ne sont pas exhaustives. Elles vous éviteront peut-être de mauvaises orientations avec ces personnes que vous ne connaissez pas trop bien, comme la cause féministe ou le conflit israélo-palestinien. Enfin, sachez qu’elles sont parfois les amorces de phénomènes inexpliqués que d’aucuns attribuent aux « atomes crochus » ; parfois, nul ne sait pourquoi, la météo n’est qu’une ouverture vers des conversations bien plus profondes que l’on voudrait voir se poursuivre pour l’éternité, et qui vous font sourire après-coup. Vous pourrez alors poursuivre votre route en espérant vous être fait un nouvel ami. Ces phénomènes demeurent rares alors ne les laissez pas passer !

La chambre de bonne

Eldorado des étudiants provinciaux migrant vers la capitale, mine d’or pour les investisseurs profitant de la hausse de l’immobilier parisien, tous se disputent aujourd’hui la chambre de bonne.

Omniprésentes au sein des immeubles haussmanniens, ces petites tanières apparaissent dans les années 1830 et cristallisent la hiérarchie des riches bourgeois en bas et des domestiques en haut.
En 2018, la vie perchée sous les toits n’est plus le propre des serviteurs : de la jeunesse va-nu-pieds en passant par la famille d’immigrés entassée, jusqu’au couple bobo ou à l’artiste marginal, nul ne sait quels visages se cachent derrière les portes fines et grinçantes du 6e étage.

Si les toilettes sur le palier sont restées la norme (il serait dommage de se priver de nos petites joies du matin lorsque l’on découvre que notre voisin n’a toujours pas progressé dans son art de viser la cuvette), les gouvernements ont quand même pris des mesures pour assurer la décence des quelques 114 000 chambres parisiennes parfois trop insalubres et exiguës. En 2002 leur est imposée une surface légale minimum de 9m² et une hauteur de 2,2m, divisant par près de deux les ventes réalisées sur ce marché par rapport à 1999. Un système d’alimentation en eau potable et un dispositif d’évacuation des eaux ménagères sont également devenus impératifs. (Il fallait bien en finir avec les jets de pots-de-chambre par la fenêtre).

Pour ce qui concerne leur prix souvent exorbitant, l’encadrement des loyers a décrété que toutes les chambres en-dessous des 14m² et louées plus de 41,64€/m² seraient susceptibles de payer une taxe sur les micro-logements. Peu percutante, cette taxe concerne la grande majorité des propriétaires qui choisissent rationnellement de la payer plutôt que de baisser leurs prix de loyer. Les chiffres sont en ce sens éloquents : le coût des chambres de bonnes a monté de 84% depuis 1990.

En connaissez-vous beaucoup, des logements dans lesquels on peut passer toute une journée sans ressentir le besoin de bouger ?

Mais un tel prix n’est-il finalement pas justifié ? En connaissez-vous beaucoup, des logements dans lesquels on peut passer toute une journée sans ressentir le besoin de bouger, et où tendre le bras suffit à toutes les besognes ? Qu’il est agréable de se préparer le matin en 10 minutes, de pouvoir prendre une douche tout en préparant son café-belvita et en relisant son cours de finance pour le midterm de 8h30. En plus de devenir maîtres du temps, nous devenons maîtres de l’espace. Oui, l’espace de ces 10m² nous appartient et nous en exploitons chaque millimètre. Dans un magnifique bordel ordonné, nous parvenons à entasser les tupperware rapportés du week-end chez maman à la manière d’un Tetrice substantiel, et à stocker un minimum vital de 5 pots de pesto dans le fond d’un tiroir.

Fini le fantasme de la chambre d’hôtel, place à celui de la chambre de bonne

Et puis la chambre de bonne, c’est la simplicité, l’authenticité, la proximité. Quel bonheur de croiser le regard de son voisin quarantenaire fumant sa clope en caleçon dès qu’on s’avance sur son balcon. Combien de belles soirées avons-nous passé avec nos amis, enivrés, délivrant des confidences et joignant nos rires dans l’exiguïté de ce refuge isolée ? Fini le fantasme de la chambre d’hôtel, place à celui de la chambre de bonne. Du haut de ce mirador énigmatique et silencieux, une myriade d’inconnus se sont aimées, ont pleuré, dansé, crié, avant de croiser le regard complice du voisin le lendemain matin.

La prochaine fois que vous monterez vos 6 étages à pieds, essoufflés au beau milieu de l’escalier de service, repensez donc à la chance que vous avez de vivre dans cet univers poétique. Aussi, n’oubliez pas de sourire à la nouvelle voisine traversant le couloir papier-toilette à la main, peut-être acceptera-t-elle de vous livrer son précieux code wifi.

 

Le clown démasqué

Par Angélique Massiani 

« C’est de cette tragédie dont il s’agit : vivre à tout jamais comme une blague à deux pattes. Le rire du spectateur, symptôme de cette tragi comédie, est à la fois la nourriture du clown et son drame. » (Yann Frisch, magicien et clown)

Un soir, j’aperçois un vieil homme, un baroudeur qui arpente les rues berlinoises et déploie des bulles géantes dans l’air sous les yeux ébahis des passants. Il est tard, il fait nuit et plus personne pour l’admirer. Il vient me demander une clope puis commence à me parler. Léger souci, il ne parle qu’allemand. Ok je me mets en état de concentration maximale. Outre les nombreuses critiques contre les jeunes qui boivent trop, Facebook qui nous surveille et nous espionne comme la Stasi au temps de Berlin-Est, l’homme me confie qu’il a fait du théâtre mais du théâtre classique. Et puis là il évoque le clown, son visage se crispe et le venin s’écoule : « le clown ce n’est pas de l’art, c’est de la merde ». Dans ma tête défilent les dizaines de clowns qui ont coloré mes dimanches après-midi de petite fille. Je me remémore le spectacle auquel j’ai assisté la semaine précédente. Deux femmes : une trapéziste et une clown-acrobate, une force de la nature qui déclenchait le rire ou les larmes du public en un clin d’œil. Sa démarche, sa souplesse…non le clown, ce n’est pas de la merde.

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L’Amérique Latine: quelle place pour la droite?

Sebastian Pinera lors de son investiture le 11 Mars 2018, succédant à la socialiste Michelle Bachelet

Sebastian Pinera lors de son investiture le 11 Mars 2018, succédant à la socialiste Michelle Bachelet

A l’occasion du prochain « Café-Diplo » qui se tiendra le 27 mars en compagnie de Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) spécialiste de l’Amérique Latine, sur le thème « Les droites en Amérique Latine », Streams vous propose un volet de deux articles consacrés au thème de la conférence.

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Lecture libre

Par Clara Guillerm

Été 2017. Petite fouille dans les antiques placards de mamie Jeanine afin d’assouvir ma soif de lecture. Ma main s’arrête allègrement sur plusieurs tomes après avoir rapidement parcouru les 4e de couverture. Une pile bancale commence à prendre forme sur la table, sous le regard inquisiteur de mamie qui ne se garde pas d’effectuer quelques commentaires sur ces livres qu’on lui a un jour offerts. Celui-là est pas mal. Celui-ci ennuyeux à mourir. Tombe alors la remarque fatidique. « Un Musso ? Tu es trop intelligente pour lire ça ! ». J’encaisse le coup et préfère le silence à la pique. Nous en sommes donc encore là aujourd’hui, la lecture continue à être considérée comme une pratique culturelle distinctive, ni plus ni moins. Pourtant quel mal y a-t-il à trouver un Musso, un Khadra et un Camus sur la même étagère ?

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« Tu l’avais bien cherché »

Été 2013. Parce que ces histoires ne concernent pas toujours que les étudiants de ces grandes écoles de commerce si décriées dont la vie semble souvent se résumer à une succession de soirées plus ou moins alcoolisés, plutôt plus que moins d’ailleurs.

Au début je ne savais pas comment aborder le sujet. Et puis malheureusement, comme je me suis rendue compte que je ne pourrais probablement jamais me débarrasser des souvenirs sordides de cette nuit-là, j’ai fini par poser des mots dessus :

« Viol »

« Je ne voulais pas »

« J’ai dit non »

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Leaders de demain, vraiment ?

Jour de la rentrée pour les premières années. Succession de discours par une pléthore de professeurs émérites et de brillants PDG. Un seul mot d’ordre : vous êtes l’élite et les leaders de demain.
Après deux années de classes préparatoires durant lesquelles son estime de soi a souvent été malmenée, l’étudiant savoure cette douce mélodie. L’avenir lui appartient, tout est désormais possible, le monde est à ses pieds.

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