Moi. Ivre. Survivre.

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 16/01/2018

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Et puis, au détour d’un dîner, des pizzas entre amies, rien de plus banal vraiment, on en parle. Discrètement, ce sujet fait sa place à table, tel un matou qui sort de l’ombre, la démarche lascive, et vient se lover sur le canapé l’air de rien. Les langues se délient, cela fait désormais trop longtemps que l’on a enterré le secret dans l’abîme de sa mémoire. Le monstre est devenu docile mais parfois, lorsque certains mots le réveillent au loin, ce n’est que souffrance et tourment qu’il propage dans le cœur. Il rugît, il veut revoir la lumière du jour. Mais pour quel accueil ?

Les mots, quels mots ? Tout part d’un nom et, par association, on prononce les mots « viol », « consentement » et « alcool », noyés parmi d’autres noms communs bien autrement communs à notre langage de tous les jours. « Alcool », me direz-vous, n’a rien d’un mot étranger. Prononcé au moins hebdomadairement, lu d’autant plus régulièrement sous sa forme anglaise dans les memes que nous consommons chaque jour frénétiquement, il ne nous affecte désormais guère en tant que simple mot.

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Le lynchage des réseaux sociaux : balancer ou vouer aux gémonies ?

Par Ange Santoni

Le like n’est ni l’épée de Damoclès, encore moins celle du Roi Salomon. Rangez votre arme au fourreau.

Emily Ratajkowski sommée de présenter ses excuses pour avoir fait l’apologie de la beauté de la chevelure féminine. Griezmann taxé de raciste pour avoir célébré le Meadowlark Lemon des Harlem Globetrotters. Tariq Ramadan (enfin) désavoué pour ne plus représenter cette figure de l’Islam modéré qu’on avait voulu voir en lui – n’est pas petit-fils du fondateur des Frères Musulmans qui veut. A l’inverse, la pacifique et rayonnante Mennel victime du combat au rabais contre l’islamisme alors qu’elle chante une Palestine « terre du Salaam et de Yom Kippour ». Après les procès de Moscou, les autodafés nazis ou encore les tontes de la Libération, place à la justice de spectacle des réseaux sociaux.

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Compte-rendu de conférence Tribunes: le Général Castres

Par Paul De Korvin

C’est « un honneur » pour Tribunes d’accueillir au sein de l’ESCP le Général cinq étoiles Castres, Saint-Cyrien aux états de services impressionnants, autrefois Marsouin émérite et aujourd’hui conseiller de l’Élysée.

Le Général, pour qui un chef doit être « une éponge à incertitudes » à la clarté sans failles, livre systématiquement des exposés à la structure impeccable – à commencer par celui des forces de l’armée française.   « Quatre maillons » les caractérisent : une armée polyvalente à haut niveau technologique capable d’intervenir là où aucune autre ne pourrait la suivre, une « culture expéditionnaire » qui nous offre une capacité d’initiative rare, une « maîtrise de la force employée » – dont nous reparleront plus tard, et une plus grande facilité à aller au contact des populations. Ce sont les reliquats de notre histoire et de nos « habitudes » militaires.

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Quand la morale s’immisce en politique

Par Julie Deshayes

Tous se sont attirés les foudres de l’opinion publique. Nicolas Sarkozy fustigé suite à l’affaire Bygmalion impliquant de fausses factures réalisées par l’UMP, François Fillon critiqué face à l’emploi de son épouse comme assistante parlementaire, Richard Ferrand contraint à démissionner pour avoir profité d’un montage immobilier ou encore Edouard Philippe raillé pour l’utilisation d’un vol privé à un prix démesuré. Nombreuses sont les affaires morales qui se sont récemment immiscées dans la sphère politique, faisant hurler au scandale les médias et commérer les Français. Alors que Machiavel séparait les sphères politiques et morales en estimant que l’homme de pouvoir ne doit pas nécessairement posséder la vertu mais seulement feindre de l’avoir afin de trouver sa légitimité auprès du peuple, nous avons emprunté le chemin opposé en fusionnant ces deux éléments au point d’institutionnaliser l’exemplarité et l’éthique des hommes de pouvoir dans une loi de moralisation de la vie publique.

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Sale histoire

Par Alix Letalenet

Qui n’a jamais entendu parler de la Belle au Bois dormant, cette princesse aussi belle qu’impersonnelle, stéréotypée au possible mais dont les boucles blondes, les dons de « beauté et d’intelligence » ont ravi des générations de petits et de grands ? L’histoire, qui plane dans un univers manichéen fait de cueillettes de fleurs et de murailles de ronces, avait tout, à l’époque, pour indiquer sans ambiguité aux enfants que nous étions les chemins du Bien et du Mal. Remercions monsieur Walt Disney qui, sans le savoir peut-être, a largement contribué à notre passage de l’enfance à une adolescence, voire à un âge adulte « en bonne et due forme ». À une époque où l’identité se trouve confrontée à une redéfinition sans précédent, la non-identité de la charmante princesse (toujours perçue au travers d’attributs extérieurs tels que la beauté, la voix, la jeunesse) était peut-être une dernière et douce illusion de simplicité (de simplisme ?), avant la douloureuse déconstruction de nos idéaux sur l’amour, sur l’amitié, sur la marche du monde en général. Car les parents ne s’aiment pas toujours, et les bougies n’arrêtent pas les Méchants.

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Ce qu’on ne nous a pas dit sur les Roms

Par Lucie Renard

Satu Mare, ville moyenne du Nord-Ouest de la Roumanie. La foule s’agglutine devant le cinéma. Dracula Untold, le dernier blockbuster américain, vient de sortir et rencontre un franc succès dans la région d’origine du vampire. Je séjourne à ce moment-là dans une association visant à la réinsertion des Roms de la ville. Nous avons décidé d’organiser à cette occasion une sortie avec un groupe de bénéficiaires de l’association, enchantés de découvrir cette nouvelle version de la légende roumaine. Notre arrivée devant le cinéma provoque des regards désapprobateurs, le départ de certains et surtout l’arrivée immédiate de la sécurité. Rien d’étonnant si l’on se réfère à la réputation avilissante des Roms en Europe et particulièrement en Roumanie.

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Le divertissement comme enseignement de la sagesse

Par Rémi Curly

À la doxa l’on concède volontiers comme définition du divertissement une activité visant à l’amusement et au plaisir permettant de se détourner de préoccupations quelconques. Le divertissement, en l’occurrence, n’est semble-t-il pas une préoccupation pour les philosophes. Hormis Pascal, peu ont évoqué dans leurs écrits ce sujet certes convenu mais couvrant des enjeux dignes d’intérêt.

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Le supermarché de la rencontre

Par Julie Deshayes

Alors que la ménagère des années 60 était exaltée à l’idée d’arpenter les rayons des grands magasins pour choisir son liquide vaisselle parmi un éventail de produits chaque jour plus vaste et renouvelé, l’étudiant.e du 21e siècle semble déjà blasé de faire défiler des profils Tinder à courtiser depuis son canapé parmi un éventail de produits chaque jour plus photoshopé et conformisé. Plus rien n’échappe à la loi de l’offre et de la demande, pas même la rencontre amoureuse, « la marchandisation gagnant tout, jusqu’à l’homme lui-même » comme le souligne Jacques Attali dans La voie humaine. Regardons comment la génération 4.0 fait de l’amour un bien de consommation comme un autre avec la théorie microéconomique standard.

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L’Emoji : non-sens ou perte d’intérêt ?

Par Kévin Tran

« Émoji couteau, hashtag tass-pé, nude sur le darknet, émoji abricot, émoji gouttes d’eau, hashtag tar-pé ».
Bien qu’aucun émoji n’ait été utilisé, nous venons tous de nous les projeter mentalement. Nul besoin de rappeler que l’émoji a pris depuis ces dernières années une importance considérable sur notre manière de converser.

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