Des étiquettes dans nos assiettes

A l’heure où les consciences s’éveillent et où les préoccupations sont à l’avenir de notre planète, les spécialistes semblent s’accorder sur un point : nous ne pouvons continuer à consommer comme nous le faisons à l’heure actuelle. Des années de culture intensive et de productivisme agricole ont aussi bien appauvri la terre et ses exploitants que notre assiette. En un siècle, la standardisation des cultures et leur modification génétique a fait disparaître plus de 75% des espèces cultivables sur la Terre selon la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. La croissance et l’uniformisation de la demande mondiale ont entraîné une disparition importante de la biodiversité, notre alimentation se trouvant désormais principalement constituée de cinq espèces animales et douze espèces végétales.

Si les multinationales de l’agroalimentaire ne semblent pas vouloir changer de modèle de production, les individus, eux, s’orientent de plus en plus vers une consommation responsable.

Consommer est devenu un acte citoyen et une revendication politique, celle d’un monde plus attentif à son environnement.

Mais comment se retrouver au milieu de toutes ces petites étiquettes estampillées sur nos produits ? Voici un petit guide pour vous permettre de savoir ce qu’il y a réellement dans votre assiette.

Avant toutes choses, il faut savoir qu’un label correspond à une certification délivrée par un organisme aussi bien privé que public, garantissant le respect par le produit d’une charte précédemment définie.

De tous les labels, celui de l’agriculture biologique est le plus connu. C’est aussi le seul à répondre à la charte européenne, prescrivant totalement l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques de synthèse au cours de la production. Bien qu’il y ait une tolérance pour les produits transformés concernant les produits non-bios incorporés au cours de la fabrication, ces derniers ne peuvent cependant excéder 5% des ingrédients finaux.

Cette certification est délivrée à tous les producteurs bios en France depuis 1985 au travers du logo AB et depuis 2010 par la fameuse feuille verte dans l’Union Européenne. La création d’un label européen au cahier des charges similaire à celui déjà existant en France a eu pour conséquence de rendre le logo français facultatif, bien que toujours très répandu de par sa popularité auprès des consommateur

Crédits : https://www.bioalaune.com/img/article/2016/34029-1a40a158ddb82e4850a9b63d4cde528b.png

Certains labels, quant à eux, ne garantissent pas un produit biologique mais un mode de production équitable, dans le respect de la terre. C’est notamment le cas du label privé Fairtrade / Max Havelaar certifiant majoritairement les petits producteurs et assurant à ces derniers un revenu décent leur permettant de vivre de leur activité. En effet, aujourd’hui, avec un niveau moyen d’endettement personnel supérieur à 160 000€, les travailleurs agricoles représentent la majorité des personnes souffrant de malnutrition dans le monde.

Si les préoccupations véganes ont connu un réel essor depuis quelques années seulement, ce mode de consommation s’est en réalité développé au cours du XXe siècle. C’est ainsi qu’est né en 1944, au sein de l’organisation « Vegan Society », le tout premier label végan au monde, certifiant l’absence de tout ingrédient d’origine animale dans le produit. Si de nombreux autres labels végans ont vu le jour depuis, aucun d’entre eux ne répond cependant d’une charte publique, les institutions européennes n’ayant à ce jour pas encore édicté de règlementation concernant cette pratique alimentaire.

 

Ces petites inscriptions sont devenues de véritables enjeux marketing pour les entreprises, puisque trois-quarts des français affirment faire confiance aux logos affichés sur les produits au moment de l’achat. Si les labels présentés précédemment sont fiables de par les exigences attendues et la vérification du respect de ces dernières par des organismes indépendants chez les adhérents, ce n’est malheureusement par le cas de tous.

Afin d’attirer l’œil du consommateur candide au cœur des étals débordants de produits d’apparence similaire au milieu desquels il est difficile de se démarquer, les industriels ont alors décidé de mettre en place des « certifications » supposées garantir au client une certaine qualité du produit. C’est là que la supercherie se dessine : l’appellation « Meilleur Produit Bio », par exemple, est décernée non pas par des professionnels, mais par un panel de consommateurs qui doivent attribuer une note supérieure à seize sur vingt au produit afin de le certifier. Mais le réel biais dans ce système est l’absence de concurrence entre les marques, qui doivent payer afin de participer à ce concours qui en réalité n’en est pas un.

Ainsi, consommer est devenu une action militante pour certaines personnes, qui sont à la recherche d’un meilleur mode de vie au travers d’une consommation plus responsable, respectueuse de la planète, des animaux et de leur santé.

Si la pression sociale semble se resserrer sur notre consommation, cristallisant des tensions entre les différents régimes alimentaires qu’il semble impossible de réconcilier à ce jour, il faut cependant laisser le débat ouvert afin de questionner les convictions que nous avons tous, en tant que consommateur.

Faudrait-il alors favoriser une consommation de produits biologiques, pouvant parfois provenir d’exploitations situées de l’autre côté de la planète et générant un impact écologique négatif, au détriment de produits locaux et de saison mais issus d’une agriculture conventionnelle ? Quelles sont nos limites personnelles vis-à-vis de notre engagement pour l’écologie ? Le produit parfait existe-t-il et si oui à quel prix ? De fait, certaines questions restent en suspens car aucun mode de consommation ne semble idéal dans nos sociétés d’hyperconsommation.

 

Léna Agar

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