Typologie d’un stage de PMY

Alors que les PMY découvrent avec une joie enfantine la business school la plus européenne d’Europe, les tout nouveaux M1 regagnent pour leur part les bancs de l’école avec une lueur différente dans les yeux : cet été fut marquant pour beaucoup. Grâce aux nombreux Spritz sirotés en bord de plage au mois d’août ? Que nenni ! Encore PMY il y a peu, ils ont fait leur entrée dans le monde du travail il y a quelques mois et sont maintenant presque des grands.

Debrief.

Le stage de 7 semaines et 4 jours ou comment se faire exploiter : jeune et naïf prémaster attendant les vacances d’été comme le Graal – il est vrai que cette année de dur labeur a été éprouvante – tu n’as pas hésité à signer pour le stage le plus court possible. Quelle ne fut pas ta surprise lorsque tu as compris que derrière cette promesse de vacances aussi longues que la queue de la cantine un lundi à 11h30, se cachait un salaire égal à zéro. Adieu afterworks sur des rooftops hors de prix et week-ends à la mer, ce stage aura participé à creuser le trou de ton découvert. Tu as néanmoins pu savourer le pouvoir de narguer tes potes encore au bureau quand, dès fin juin, tu leur as envoyé des tonnes de snaps au bord de la piscine. Entre argent et plaisir, il faut parfois savoir choisir.

Le stage en start up ou l’esclavage moderne : tu rêvais d’être disruptif et innovateur, l’idée de participer à une grande aventure entrepreneuriale faisait battre ton cœur un peu plus vite ? Bercé de ces douces illusions, tu t’es engagé sans hésiter à devenir pour quelques mois bras droit du CEO – manager multifonctions – bizdev tout terrain, grisé à l’idée d’endosser des responsabilités en si peu de temps. Tu as rapidement compris que sous couvert de babyfoot, tutoiement généralisé et autres animations corpo, ta proactivité se mesurerait surtout au nombre d’heures effectuées, avec une préférence pour les 45 à 50h par semaine. Tu jongles entre brainstos, meetings et side projects, et struggle à caler ce call ultra important dans ta to do surchargée. Ta rémunération ne dépassant pas le minimum légal, tu maintiens que cela est largement compensé par « l’incroyable aventure humaine » que tu as vécu ces quelques mois. Exploité certes, mais tous en chœur : après de longues semaines d’exploitation sauvage, tu quittes ta start up la larme à l’œil, et ton cœur se serre en abandonnant ta team si bien teambuildée.

Le stage en m&a ou le piston à l’état pur : Ça y est. Si ambitieux et pourtant si jeune, tu l’as fait. Tu as décroché ton stage en m&a, d’une durée de 8 semaines et payé plus d’un SMIC. Tu es fier de dire que ce n’est pas grâce à ton papa et que tu as passé un entretien et envoyé une lettre de motivation pour te faire engager. Etrangement tu gardes pour toi le fait que le PDG possède le chalet voisin du tien à Méribel, on ne sait jamais, les gens pourraient douter de ta légitimité. Te voilà donc à prendre le métro tous les matins en costume cravate parmi la plèbe transpirante, te jurant que tu pourrais te permettre des uber quotidiens dès ton premier CDI. Si tu te sens au sommet de l’échelle sociale dans les transports en communs, tu déchantes vite arrivé dans ta prison dorée. Larbin parmi les larbins, tu as pour mission de photocopier, apporter du café, photocopier et encore photocopier. Fort des compétences acquises au cours de cette première expérience dans le monde du travail, tu trépignes à l’idée de les mettre en œuvre à l’ESCP Europe Library dès le mois de septembre. D’autres larbins plus chanceux ont eut l’honneur de pouvoir passer des journées de 12h sur Excel avec en prime des devoirs à faire le week-end pour le Monday Meeting à 9h pétantes. Dégoûté par l’absence de vie sociale de tes supérieurs et en même temps énivré par leurs salaires mirobolants, tu as traversé cet été une crise existentielle te faisant hésiter à te reconvertir en prof de surf à Hossegor.

Le stage en fonction publique ou la découverte de l’art de ne rien faire : travailler pour l’intérêt général et mettre tes compétences au service de ton pays te semblaient indispensables pour trouver du sens dans son activité professionnelle. Et puis il y a eu ce stage. Ce stage où l’oisiveté t’as donné l’envie de travailler comme jamais cela ne t’était arrivé, même à deux jours des maths HEC. Les 35h et pas une de plus qui t’avaient parues si complaisantes le premier jour sont vite devenues des heures d’ennui. Entre pauses café toute la matinée et urgence impérative de ton boss d’aller faire les soldes avant la pause déjeuner, tu t’es mis à rêver de ces jours de prépa maintenant si lointains où le travail était de mise à toute heure de la journée. Sorti du bureau à 18h, épuisé d’avoir passé tes deux dernières heures à perfectionner ton niveau au solitaire, tu tournes en rond en attendant que tes amis du secteur privé soient libérés selon le bon vouloir de leur patron. Avantage de ton inoccupation professionnelle, tu vas à la salle de sport tous les jours pour prolonger d’une heure ta pause déjeuner car aucun de tes collègues cgtistes n’oserait entraver ta liberté individuelle et t’interdire de prendre soin de toi. A l’heure de quitter ce doux cocon éloigné de toute forme de stress, tu as la joie de faire encore des nouvelles rencontres, dans la mesure où nombre de tes collègues étaient en arrêt maladie durant tout ton stage. Malgré tout tu es heureux de pouvoir écrire « ministère » ou « ambassade » sur ton CV, tout sera dans l’art de revendre ton périple au prochain entretien.

Le voyage humanitaire ou la survalorisation des soft skills : s’enfermer pendant deux mois au moins dans des bureaux parisiens ? Très peu pour toi. Aventurier au grand cœur, tu préfères t’envoler à l’autre bout du monde pour faire profiter des Népalais défavorisés de tes compétences en menuiserie. Avantage certain de cette activité estivale : l’éradication de ce satané bide à bière sournoisement apparu en cours d’année, à coup de dalh bat et transit intestinal accéléré. Pour les accros aux réseaux sociaux, pas de panique ! Partir en voyage humanitaire ne signifie pas abandonner sa communauté de followers, au contraire : pour quelques jours sans wifi ni 4G, vous gagnerez une foule d’abonnés autochtones assidus et investis qui n’hésiteront pas à liker et commenter toutes vos photos voire à ajouter sur Facebook tous vos amis parisiens avec qui vous acceptez de partager votre célébrité nouvelle – sharing is your new moto. Au delà de ces aspects très matériels, nous savons que nos Mohammed Yunus en herbe sont revenus transformés de cette expérience et, du fond de notre open space de stagiaire, les envions un petit peu. Alors faisons taire les rageux égoïstes qui les accusent de vouloir uniquement humaniser leur CV, bien que cette ligne sera assurément très jolie face aux recruteurs, entre option Excel VBA et spécialisation finance.

Compte-rendu Café-Diplo #1: Les nouvelles droites en Amérique Latine

Si le sous-continent latino-américain est généralement assez peu connu dans nos pays « occidentaux » et a historiquement été nié dans les relations internationales, il s’affirme depuis quelques années sur la scène géopolitique. En effet, depuis le début des années 2000, un certain intérêt est apparu à l’égard de ces pays qui basculaient alors tour à tour vers des gouvernements de gauche ou centre-gauche, que certains appellent « progressistes » mais qu’il serait plus juste de qualifier de « post-néo-libéraux ». Dès l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela en 1998, l’Amérique Latine commençait à écrire une nouvelle page de son histoire. Mais à partir des années 2010, la situation politique se renverse, et plusieurs pays latino-américains voient arriver à la tête de leurs gouvernements une nouvelle droite. Comment s’est construite cette droite, et sous quelle forme se présente-t-elle? Voici un compte-rendu du Café-Diplomatique #1 animé par Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS (Institut des Relations internationales et Stratégiques), spécialiste de l’Amérique latine et journaliste au Monde Diplomatique.

Panorama général de l’Amérique Latine

                L’Amérique Latine est un sous-continent de 45 pays composé de 641 millions d’habitants, soit plus peuplé que l’Union Européenne. De mini pays caribéens au géant Brésilien, les pays latino-américains sont parfois très peu comparables les uns aux autres. Ainsi, contrairement à la situation en Europe, les contrastes peuvent être énormes entre les pays, et donc, à fortiori, les problématiques aussi.  On dit souvent que les douze pays d’Amérique du Sud constituent « la moitié de tout », c’est-à-dire la moitié du sous-continent, tant au niveau de la superficie que de la population et du PIB. Cette région possède cependant une certaine unité du fait d’une histoire commune. L’Amérique Latine, désignée comme la région à partir de laquelle sont exportées des ressources énergétiques nécessaires au développement des pays dits du « Nord » a depuis longtemps une position périphérique dans le système des échanges mondiaux. Sa place est assignée et son modèle de développement économique basé sur les exportations en fait une région extrêmement dépendante de l’extérieur.

La première rupture : l’arrivée des gauches au pouvoir

                Dans les années 80-90, l’Amérique Latine a été le laboratoire des politiques du « Consensus de Washington » (élaboré en 1989). Sous l’influence des Etats-Unis, de nombreux pays comme le Chili de Pinochet acceptent une libéralisation de leurs échanges, un désengagement de l’Etat et des vagues de privatisations. Sous l’effet de ces mesures parfois radicales, la fin des années 90 va être marquée par l’effondrement des sociétés latino-américaines et la discréditation des classes politiques. Vingt années de ces politiques ont eu pour conséquence une déconnection entre les populations et les classes politiques de droite ou de centre gauche alors au pouvoir. C’est précisément à ce moment, lorsque les droites s’effondrent, que la gauche va parvenir à se construire. La rupture a lieu avec l’arrivée d’Hugo Chavez. Ce personnage jusque-là inconnu du grand public et au parcours atypique – il ne venait pas du monde politique mais était un ancien militaire- entreprend, pour rendre la souveraineté à la population vénézuélienne, un coup d’Etat en 1992 qui échoue et conduit à son incarcération. Après sa libération en 1994, il change de discours : le pouvoir doit être conquis par les urnes, et non plus par la force. C’est ainsi qu’il remporte les élections vénézuéliennes en 1998 face à une coalition des partis de droite et de centre-gauche qui maîtrisaient alternativement le pays depuis 50 ans. Après le Venezuela, d’autres pays de la région vont basculer à gauche : en 2002 Lula arrive au pouvoir au Brésil, l’année d’après Nestor Kirchner gagne les élections en Argentine, en 2005 Evo Morales se retrouve à la tête de la Bolivie…

                Quel est le socle commun de tous ces gouvernements de gauche qui arrivent au pouvoir dans les années 2000 ? D’abord, ils partagent tous un rejet des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale, Consensus de Washington…). Pour éponger la dette sociale contractée vingt années plus tôt, quand la droite ou le centre-gauche étaient au pouvoir, ces pays n’hésitent pas à entreprendre des « ajustements constitutionnels » et à augmenter considérablement les dépenses publiques pour réduire les inégalités sociales devenues quasiment insoutenables. Ils se construisent progressivement un Etat social – alors qu’au même moment les pays européens décident de détruire le leur – grâce à des politiques de redistribution, de lutte contre la pauvreté, de programmes d’alphabétisation et d’éducation… La rente issue de l’exploitation des matières premières ne doit plus servir à enrichir les classes oligarchiques locales mais à financer des programmes sociaux. Ensuite, les gauches qui arrivent au pouvoir partagent la conviction que le renforcement de l’intégration régionale est une nécessité pour l’Amérique Latine si elle veut réduire sa dépendance à l’extérieur, en particulier aux États-Unis et à l’Europe. C’est un défi de taille pour une région historiquement très extravertie, puisque sur l’ensemble du sous-continent, les échanges intra zone ne représentaient en 2017 que 16% des échanges globaux de la région – exactement l’inverse de la situation en Europe! Quasiment tout ce qui est produit en Amérique Latine est exporté. L’intégration régionale est alors développée à coups d’investissements massifs dans des infrastructures pour relier les pays entre eux, mais aussi par la création de nouvelles organisations politiques et économiques. L’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques), coordination politique stratégique des pays considérés comme les plus « radicaux », notamment dans leur rejet des États-Unis, est créée en 2004. En 2008, l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) voit le jour dans une tentative de régionalisme économique. Il s’agit à la fois de créer de nouvelles dépendances économiques entre les pays membres par des plans d’infrastructures, une harmonisation douanière et fiscale, mais aussi de donner naissance à un nouveau forum de dialogue, le premier forum latino-américain sans les États-Unis, pour affirmer une souveraineté par rapport à ceux-ci et, secondairement, à l’Europe. L’UNASUR devient une alternative au forum de l’OEA (créé en 1948, en pleine Guerre Froide) dont le siège est à Washington. La CELAC (Communauté des États latino-américains et Caraïbes) est créée en 2010. Cette intégration régionale a donc pour but de permettre aux pays de se déployer au niveau international et relâcher la tutelle des puissances traditionnelles. Pour y parvenir, les États favorisent une diplomatie très active vers l’Asie –en particulier la Chine qui intègre en 2001 l’OMC s’affirmant ainsi comme un nouveau poids lourd de l’économie mondiale -, le Moyen-Orient et l’Afrique, afin de créer une dynamique Sud-Sud. La Chine, qui connaît à l’époque des taux de croissance annuels proches de 17%, devenant de plus en plus gourmande en ressources naturelles, devient un partenaire privilégié de l’Amérique-Latine. Fait inédit dans l’histoire du sous-continent, l’Empire du Milieu devient le premier partenaire commercial de pays comme le Brésil, et sera certainement amené d’ici quelques années à supplanter les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de la région.

 

La deuxième rupture : la crise de 2008

                Lorsque la crise financière internationale de 2008 se transforme en crise économique et provoque la stagnation des pays du Nord et le ralentissement des économies émergentes, l’Amérique-Latine se voit durement touchée, dès 2012-2013. Toujours dépendante de la consommation des marchés occidentaux, le sous-continent connaît une forte récession suite à la baisse de la demande mondiale couplée à un effondrement du cours des matières premières qu’elle ne maîtrise absolument pas (75% de leur valeur des matières premières disparaît). On se doute bien que les conséquences sont alors terribles pour des pays comme le Venezuela pour lequel 95% des devises entrantes proviennent du pétrole. Les gouvernements n’ont pas de « plan B », mais avaient-ils réellement les moyens de faire autrement ? Pouvaient-ils vraiment en moins d’une décennie modifier en profondeur les structures économiques des Etats ? Certainement pas. Dès lors, les pays latino-américains sont subissent de plein fouet une explosion du chômage, l’inflation, le retour de la pauvreté et des inégalités, fléaux qui avaient pourtant partiellement disparus depuis quelques années. La mauvaise gestion de cette crise économique aboutit ensuite à une crise sociale qui elle-même aboutira à une crise politique.

Les gouvernements n’ont pas de « Plan B », mais avaient-ils réellement les moyens de faire autrement? Pouvaient-ils vraiment en moins d’une décennie modifier en profondeur les structures économiques des Etats ? Certainement pas.

Crise politique et montée de nouvelles droites

                La crise politique démarre au Brésil à partir de 2012. Les contestations à l’encontre du gouvernement, émises par une partie de la population bénéficiant paradoxalement des aides de l’État, se mettent à pleuvoir. En effet, la population pauvre vis moins bien mais n’en demeure pas moins exigeante envers l’État en ce qui concerne les infrastructures et le service public. La coupe du monde de football de 2014 eut à cet égard des échos très négatifs puisque cette même population eut l’impression que l’Etat gaspillait son argent dans des projets inutiles. Naît alors de ces revendications une droite, sociale plus que politique, qui accuse le présent gouvernement de mauvaise gestion économique et de corruption. La montée de la droite se poursuit dans d’autres pays, notamment en Argentine avec l’élection surprise de Mauricio Macri en Novembre 2015 et au Venezuela grâce à la victoire de la MUD à l’assemblée nationale. En 2016, l’opposition brésilienne arrive finalement à ses fins en destituant Dilma Roussef grâce à une alliance entre tous les partis du Congrès. Un gouvernement non-élu se substitue alors au précédent et entreprend de défaire tout ce qui a été fait. Sa politique se veut très néolibérale, ce qui ne correspond pas aux attentes du peuple. L’argent n’est plus orienté vers les politiques sociales.

Les trois pays dans lesquels la droite commence à s’affirmer sont ceux qui ont donné naissance au premier cycle de la gauche. Ces droites, plutôt majoritaires, semblent avoir des points communs. En effet, elles sont toutes arrivées au pouvoir suite à un défaut de gestion de la crise économique de la part des gouvernements de gauche. Ce ne sont plus les droites des coups d’État. Au contraire, elles cherchent à maintenir les acquis sociaux tout en gérant plus efficacement les pays. C’est du moins ce qui transparaît dans leurs discours. Elles reposent non pas sur des personnalités politiques mais sur des gestionnaires qui ont travaillés avec les ONG, sur le management et le renouvellement du personnel. En modifiant les cadres qualitativement et quantitativement, elles cherchent à refonder les liens entre États et individus qui avaient été mis à mal par des gauches quelque peu intrusives. Les propositions électorales et politiques visent à pallier une gauche défectueuse, déconnectée du peuple car trop affairée dans la gestion quotidienne de l’État. Ainsi, Mauricio Macri veut par exemple réinsérer son pays dans la normalisation mondiale en revenant au multilatéralisme transatlantique. La gauche est donc en crise de sens et de projet tandis que la droite n’est pas particulièrement plébiscitée non plus, comme le montre la forte impopularité (seulement 6% de soutien) du président brésilien non-élu Temer. Que va-t-il se passer ? La droite ne sait pas trop sur quel pied danser face à la politique protectionniste et migratoire du président Trump. Elle demeure également instable, comme le montre la dégringolade du président péruvien Kuczynski quelques semaines après son arrivée au pouvoir. C’est un défi pour les forces en présence de réinventer des projets afin de s’asseoir dans le paysage politique. Les nouvelles droites augureraient certaines formes que peuvent prendre les droites en Europe, y aurait-il du « Macri dans le Macron » ?

Ces droites sont toutes arrivées au pouvoir suite à un défaut de gestion de la crise économique de la part des gouvernements de gauche. Ce ne sont plus les droites des coups d’Etats. Au contraire, elles cherchent à maintenir les acquis sociaux tout en gérant plus efficacement les pays.

 

 

Flash info : Une nouvelle association identitaire à l’ESCP Europe

C’est une information capitale qui vient de nous être délivrée aujourd’hui : les trois pauvres étudiants d’origine bretonne, toutes promos confondues, ont décidé de lancer leur association (bien évidemment non reconnue par l’administration) ESCPlouc : reportage.

C’est au détour de la gare Montparnasse que Brieuc nous donne rendez-vous. Dans ce quartier où la galette est reine, il nous en dit un peu plus sur ce projet associatif. « C’est un lieu très important pour moi, c’est là où se sont installés mes ancêtres en arrivant à Paris. Je ne rêve que d’une chose, pendant ma scolarité : étudier sur le campus de Montparnasse pour être au plus près de mes racines ».

Détrompez-vous, le terme plouc n’a pas été choisi pour décrire des ivrognes paysans (à ne pas confondre avec les étudiants de l’EDHEC), mais est bien un terme historique désignant les bretons immigrés à Paris à la fin du 19ème   siècle.  ESCPlouc lance dès la fin de la semaine son événement « Save the Date : petit déjeuner » durant lequel vous pourrez goûter des galettes délicieuses, contrairement à celles que vous lâchez en soirée. « Notre objectif pour les prochains mois est d’organiser un voyage en Bretagne, sur le site du dernier WEI de l’histoire de l’ESCP. Pour cela, nous avons commencé à récolter des fonds, notamment par l’intermédiaire de concerts de cornemuse dans le métro » nous explique Brieuc. Face au succès plus que probable de son association, il se projette vers l’avenir et nous en dit plus quant au futur de l’association : « Notre modèle de développement sur le long terme est d’atteindre voire de dépasser l’inactivité d’ESCP Liban ». Une tâche qui s’annonce bien difficile.

La rédaction souhaite bon courage à ces trois andouilles pour la réalisation de ce projet moderne, ambitieux et qualitatif. Kénavo.

Rayan Cherche Aly et Maela Dausse

Le clivage gauche-droite en Amérique Latine: fantasme ou réalité?

Qu’est-ce que la gauche, qu’est-ce que la droite de nos jours ? Si même en France, le clivage gauche-droite semble voler en éclat, ou en tout cas n’apparaît plus évident à certains égards, pourquoi devrait-on appliquer cette grille de lecture au paysage politique latino-américain qui ne connaît la démocratie et l’alternance que depuis un peu plus d’une trentaine d’années ? Etudions ainsi la pertinence de certains facteurs de différenciation potentiels pour distinguer droite et gauche en Amérique Latine.

L’insertion dans la mondialisation ? Jusqu’aux années 70, le sous-continent tout entier militait pour un développement économique autocentré, flirtant avec un protectionnisme censé s’exprimer à travers l’établissement d’appareils industriels nationaux se substituant aux importations. Ce modèle s’est avéré être un échec cuisant révélé par la crise des années 70, et sera vite oublié. Aujourd’hui le Brésil constitue la 8ème puissance économique mondiale et le Mexique la 15ème selon le FMI, grâce à une ouverture et une insertion dans la mondialisation incontestable. Même un pays comme le Venezuela dit de gauche depuis Chavez est profondément inséré dans la mondialisation : le commerce extérieur vénézuélien représentait 53% du PIB en 2016 selon l’OCDE.

Le suivi des politiques libérales du Consensus de Washington ? En effet, traditionnellement les partis de droite ont appliqué ces recommandations à l’instar de Carlos Menem en Argentine pendant les années 90. En revanche il ne faut pas croire que les gouvernements de gauche n’ont pas suivi le mouvement. Certes la Bolivie d’Evo Morales ou le Venezuela de Chavez ont enchainé les nationalisations et réinstauré l’omniprésence de l’Etat, mais le Pérou au contraire a connu le « Fujichoc » (politiques de dérégulation lancées par Alberto Fujimori) alors même que Fujimori avait mené campagne contre Vargas Llosa qui insistait sur la nécessité d’instaurer des politiques libérales.

Les politiques sociales de redistribution des richesses ? La plus connue a été lancée par le leader brésilien de gauche Lula dans les années 2000 sous le nom de Bolsa Familia. Le pays a profité de ses excédents budgétaires conséquents obtenus grâce à l’exportation massive de matières premières dont les cours étaient alors élevés pour réduire la pauvreté et les inégalités. Or, la première politique sociale digne de ce nom a été instaurée en 1997 au Mexique par le dirigeant Ernesto Zedillo (PRI, parti socialiste), et poursuivi par Vicente Fox (PAN, parti conservateur) par la suite sous le nom de Progresa. Ce type de politiques publiques étant aujourd’hui largement recommandé par la Banque Mondiale et le FMI.

L’opposition aux Etats-Unis ? Les pays de l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques) parmi lesquels Cuba, le Venezuela et la Bolivie en premier chef, sont ceux qui s’opposent le plus frontalement à l’hégémonie américaine sur le continent, et sont quasiment tous de gauche. Cependant, il serait faux de croire qu’ils ne sont en aucun cas liés aux Etats-Unis : ces derniers sont par exemple le premier partenaire commercial du Venezuela. De plus, un pays comme le Mexique, fondamentalement lié aux États-Unis économiquement, ne se refuse pas à critiquer son voisin, et ce peu importe les couleurs politiques comme a pu l’expliquer Porfirio Diaz, dirigeant mexicain du début du XXème siècle :

« Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si proche des États-Unis ».

La progression des libertés individuelles ? A l’heure actuelle, les projecteurs sont braqués sur la dérive autoritaire du régime vénézuélien de Nicolas Maduro, héritier de Chavez. Cependant, l’atteinte aux libertés individuelles est un mal qui ronge l’Amérique Latine et n’est absolument pas propre à un camp politique. Le Chili a par exemple connu en parallèle d’un choc libéral dans les années 90 de graves exactions militaires à l’encontre des maoïstes du Sentier Lumineux commises par des groupes paramilitaires protégés par le gouvernement d’Alberto Fujimori pour lesquelles il a été condamné à 25 ans de prison pour « crimes contre l’humanité ».

Il apparaît par conséquent que le clivage traditionnel gauche-droite en Amérique Latine ne saurait se résumer aux aspects économique et social. Il semble plus pertinent, pour ces récentes démocraties, d’utiliser une clé de lecture différente qui mettrait l’accent sur la figure du dirigeant et sa personnalité. En France, nombre de nos politiques ne se revendiquent-ils pas comme gaullistes, et ce peu importe la couleur politique ? De la même manière en Argentine, les gouvernements qui ont succédé à la dictature ont presque tous revendiqué être péronistes (Carlos Menem puis les Kirchner notamment), en souvenir de la figure du Général Péron. En effet, le passé dictatorial et autoritaire post Seconde Guerre Mondiale latino-américain, lui-même issu des figures des caudillos dans la deuxième partie du XIXème siècle, continue à marquer la politique du sous-continent : avant de penser parti politique, nous devrions probablement penser figure politique pour mieux comprendre ces pays, à l’instar de ce que les Occidentaux font avec la Russie de Poutine.

224 étudiants en PMY à ESCP EUROPE découvrent la bibliothèque de leur campus

Samuel de Champlain découvrit les terres de Québec en 1608, le commandant Cousteau n’eut cesse d’explorer les fonds sous-marins et Théophile Gautier les mers de sable infinies du Sahara. Marchant dans les pas de ces géants, l’élite de la nation, la jeunesse française en grande école poursuit cette œuvre.

En ce lundi 5 mars, à l’aube de l’après midi alors même que le stand grillade du self fermait, un équipage de 224 étudiants a mis les pieds sur des terres qui leurs étaient encore inconnues : la bibliothèque du 79 avenue de la République. Les vents de rattrapages soufflés par le midterm de finance qui les attendait à 17h00 y sont-ils pour quelque chose ? Nul ne peut le dire.

Aucun risque de colonialisme cependant, interrogée Madame Anne-So-Le. monarque de ces territoires encore inexplorés confirme : « Nous avons déjà vécu à de multiples reprises de tels raids, malheureusement l’intérêt des barbares pour les richesses de nos terres dépasse rarement une semaine, il repartiront comme ils sont venus d’ici peu… »

« Tu l’avais bien cherché »

Été 2013. Parce que ces histoires ne concernent pas toujours que les étudiants de ces grandes écoles de commerce si décriées dont la vie semble souvent se résumer à une succession de soirées plus ou moins alcoolisés, plutôt plus que moins d’ailleurs.

Au début je ne savais pas comment aborder le sujet. Et puis malheureusement, comme je me suis rendue compte que je ne pourrais probablement jamais me débarrasser des souvenirs sordides de cette nuit-là, j’ai fini par poser des mots dessus :

« Viol »

« Je ne voulais pas »

« J’ai dit non »

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Leaders de demain, vraiment ?

Jour de la rentrée pour les premières années. Succession de discours par une pléthore de professeurs émérites et de brillants PDG. Un seul mot d’ordre : vous êtes l’élite et les leaders de demain.
Après deux années de classes préparatoires durant lesquelles son estime de soi a souvent été malmenée, l’étudiant savoure cette douce mélodie. L’avenir lui appartient, tout est désormais possible, le monde est à ses pieds.

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HeForShe – L’action étudiante au cœur du changement

“Aujourd’hui nous lançons une campagne nommée HeForShe. […]. Nous voulons mettre fin à l’inégalité de genre, et pour cela la participation de tous est indispensable. […] Nous souhaitons mobiliser autant d’hommes que possible afin qu’ils militent pour l’égalité des sexes. Mais au-delà du discours, nous voulons obtenir des résultats tangibles.” Par ces mots Emma Watson, ambassadrice d’UN Women, initie en 2014 la campagne HeForShe dans le cadre d’un discours au siège des Nations Unies. Année après année le pari est tenu et c’est maintenant plus d’un milliard d’actions engagées dans le monde qui viennent soutenir le mouvement. Par actions entendons des campagnes de sensibilisation, l’organisation d’événements soutenant l’égalité des sexes ou encore l’instauration de simples débats. Quel est le lien entre une campagne mondiale et ce que nous pouvons vivre en études supérieures me direz-vous ? Il semblerait que ce mouvement en inspire plus d’un.e, avec pour même point de départ le constat irrévocable de l’omniprésence du sexisme.

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