« Ô commissaire, mon commissaire… »

Dans cette Europe qui souffre : « il faudra faire plus »

Par Corentin Jaouen

C’est à la Tribunes de l’amphi Gélis que Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, est Apparu en ce Doubs Mercredi 10 Février. Pour ce gars là si médiatique, les étudiants de l’ESCP Europe sont venus en nombre accompagnés de l’état major scépien et de journalistes de médias prestigieux : Marianne, Libération et Streams étaient notamment représentés. C’est l’occasion pour Tribunes de bouleverser un peu son format en s’appuyant sur une audacieuse communication en Hamon entre vidéo d’indice et sondage thématique. L’accent est désormais placé sur l’interaction. D’Europe technocrate et de Russie il sera question : le peuple scépien a tranché.

La soirée débute par le grand bal des discours, quatre au total, différents par leurs formes et par leurs tons.

Le Directeur Général de l’ESCP est le premier à prendre le micro. L’occasion pour Moscovici d’apprendre que Franck Bournois porte le nom d’un village de sa circonscription et son école celui d’un continent.

C’est ensuite à Loic, maitre de cérémonie, de remercier l’invité, d’expliquer la mue tribunarde et de louer le timing d’une conférence au crépuscule de la semaine bruxelloise des M1. Sans oublier au passage de mettre la pression sur notre Pierre à nous. C’est l’heure du portrait.

Un Genin tervenant qui relève le défi avec brio : Il déclame avec humour le CV long comme le bras de cet invité au bras long, réussit l’audacieux pari d’une fable convaincante, surfe sur l’homonymie, cherche la petite bête. Moscovici encaisse, la moue amusée, le public acquiesce et applaudit.

C’est donc Moscovici qui succède à Pierre auteur d’un discours qui n’a pas laissé le commissaire de marbre. Notre invité invite à ne pas pousser trop loin le parallèle avec DSK et rend un hommage sincère à Lionel Jospin son véritable maitre en politique.

Intime, Pierre Moscovici met en abyme sa propre rime dans la crise des réfugiés, la découverte de la carte de réfugié de son roumain de père que les chemins n’ont pas mené à rom mais en France. Contre la fermeture des frontières, il prône l’ouverture du débat. Le commissaire salue également le combat de Merkel qui a su prendre ses responsabilités face à ce marasme. On devine aisément dans la trajectoire familiale de notre invité les racines de son attachement à une certaine idée de l’Europe.

Moscovici nous peint le tableau d’une Europe qui agit et sait se montrer offensive, comme sur le thème explosif des armes à feu. Mais sa foi ne l’aveugle pas, il reconnaît le schisme d’une Union qui peine à séduire sous le drapeau d’un projet commun. Pour lui, l’architecture européenne titube sous la tendance des gouvernements à se décharger sur les autres.

Mais il l’assure, l’avenir de l’Europe c’est l’euro, pomme de discorde économique mais fruit de l’intérêt général. Inquiet mais pas résigné, Sénèque mais pas cinique : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Notre homme est lassé d’entendre les diatribes eurosceptiques se répandre sur toutes les tribunes médiatiques. Ça tombe bien Tribunes reçoit un européen convaincu. Voilà déjà l’heure du débat.

Ô commissaire, mon commissaire, quel est votre métier ? Pierre Moscovici prend d’abord le temps de détailler le paysage institutionnel européen, se rappelant au bon souvenir des lointaines connaissances d’ESH. Le membre de la commission européenne décrit son poste entre contrôle et action. Il loue les bienfaits d’un temps européen loin de l’urgence des horloges politiques nationales, en profite pour saluer le travail de fond de la commission sur la fraude fiscale, renvoyant à une actualité brulante. Pour résoudre les crises européennes, Moscovici évoque à plusieurs reprises l’importance du plan Juncker dont les 375 milliards d’euros ont eu le mérite d’arracher les yeux de Bournois et Lederman de leurs écrans respectifs. Ce plan, en favorisant des projets européens sur le long terme, sera très bénéfique pour la France, ce mauvais élève fiscal dont il nuance le portrait et croit en le respect futur des engagements européens.

A l’heure d’aborder la désunion européenne, il monte sur le ring : pour lui ce ne sera jamais simple dans cette Europe babélienne qui a plus que jamais besoin d’une direction politique forte mais, il l’assure, les institutions sont sur la bonne voie. Quand un esprit averti du public lui lance les critiques de Patrick Artus sur la folie des Banques Centrales, il fait front derrière Mario Draghi qui fait un travail formidable et tacle l’économiste de Natixis, cet « esprit inventif ». Il ne se défile pas, juge utile et efficace les sanctions contre la Russie mais appelle l’Europe à regarder vers l’Est et à construire une relation durable avec Moscou.

Notre homme sait aussi esquiver habilement les coups : Etre de gauche sous Juncker ? Juncker est un type formidable. Une commission peu démocratique lui demande Léa ? C’est toujours mieux qu’avant : En 1997, l’UE n’était que lobbys. Veni, vidi, Moscovici.

 

L’Europe à 28 est une force et son hétérogénéité doit être une fierté brandie contre les tenants d’une Europe altérophobe. Le commissaire appelle à faire face par les actes à la montée des autoritarismes dans une allusion à peine voilée à la situation polonaise. Quand à la faiblesse du sentiment européen et ses répercutions électorales notamment en France, 42% de vote front national dans sa circonscription, Pierre Moscovici souligne le faible vote d’adhésion à ce parti de contradictions et répond que son souci n’est pas de bâtir plus d’Europe mais une meilleure Europe.

Le Fast and Curious, nouveauté tribunarde, est un franc succès car il est rapide et intéressant, valeurs qui se perdent chez les politiques diront les mauvaises langues. C’est l’occasion d’apprendre tout le bien qu’il pense de l’oignon (le vrai), de Paris, de Juncker et du ski, tout le mal qu’il pense des primaires à gauche (« pas la meilleure forme de démocratie ») et tout le rien qu’il pense de Tinder.

A l’ultime question sur les réfugiés d’un éternel étudiant, Moscovici conclue cette belle soirée par un constat qui résonne particulièrement dans cette Europe qui souffre : « Il faudra faire plus ». Elle est là sa fameuse révolution copernicienne.