Compte-rendu Café-Diplo #1: Les nouvelles droites en Amérique Latine

Si le sous-continent latino-américain est généralement assez peu connu dans nos pays « occidentaux » et a historiquement été nié dans les relations internationales, il s’affirme depuis quelques années sur la scène géopolitique. En effet, depuis le début des années 2000, un certain intérêt est apparu à l’égard de ces pays qui basculaient alors tour à tour vers des gouvernements de gauche ou centre-gauche, que certains appellent « progressistes » mais qu’il serait plus juste de qualifier de « post-néo-libéraux ». Dès l’élection d’Hugo Chavez au Venezuela en 1998, l’Amérique Latine commençait à écrire une nouvelle page de son histoire. Mais à partir des années 2010, la situation politique se renverse, et plusieurs pays latino-américains voient arriver à la tête de leurs gouvernements une nouvelle droite. Comment s’est construite cette droite, et sous quelle forme se présente-t-elle? Voici un compte-rendu du Café-Diplomatique #1 animé par Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS (Institut des Relations internationales et Stratégiques), spécialiste de l’Amérique latine et journaliste au Monde Diplomatique.

Panorama général de l’Amérique Latine

                L’Amérique Latine est un sous-continent de 45 pays composé de 641 millions d’habitants, soit plus peuplé que l’Union Européenne. De mini pays caribéens au géant Brésilien, les pays latino-américains sont parfois très peu comparables les uns aux autres. Ainsi, contrairement à la situation en Europe, les contrastes peuvent être énormes entre les pays, et donc, à fortiori, les problématiques aussi.  On dit souvent que les douze pays d’Amérique du Sud constituent « la moitié de tout », c’est-à-dire la moitié du sous-continent, tant au niveau de la superficie que de la population et du PIB. Cette région possède cependant une certaine unité du fait d’une histoire commune. L’Amérique Latine, désignée comme la région à partir de laquelle sont exportées des ressources énergétiques nécessaires au développement des pays dits du « Nord » a depuis longtemps une position périphérique dans le système des échanges mondiaux. Sa place est assignée et son modèle de développement économique basé sur les exportations en fait une région extrêmement dépendante de l’extérieur.

La première rupture : l’arrivée des gauches au pouvoir

                Dans les années 80-90, l’Amérique Latine a été le laboratoire des politiques du « Consensus de Washington » (élaboré en 1989). Sous l’influence des Etats-Unis, de nombreux pays comme le Chili de Pinochet acceptent une libéralisation de leurs échanges, un désengagement de l’Etat et des vagues de privatisations. Sous l’effet de ces mesures parfois radicales, la fin des années 90 va être marquée par l’effondrement des sociétés latino-américaines et la discréditation des classes politiques. Vingt années de ces politiques ont eu pour conséquence une déconnection entre les populations et les classes politiques de droite ou de centre gauche alors au pouvoir. C’est précisément à ce moment, lorsque les droites s’effondrent, que la gauche va parvenir à se construire. La rupture a lieu avec l’arrivée d’Hugo Chavez. Ce personnage jusque-là inconnu du grand public et au parcours atypique – il ne venait pas du monde politique mais était un ancien militaire- entreprend, pour rendre la souveraineté à la population vénézuélienne, un coup d’Etat en 1992 qui échoue et conduit à son incarcération. Après sa libération en 1994, il change de discours : le pouvoir doit être conquis par les urnes, et non plus par la force. C’est ainsi qu’il remporte les élections vénézuéliennes en 1998 face à une coalition des partis de droite et de centre-gauche qui maîtrisaient alternativement le pays depuis 50 ans. Après le Venezuela, d’autres pays de la région vont basculer à gauche : en 2002 Lula arrive au pouvoir au Brésil, l’année d’après Nestor Kirchner gagne les élections en Argentine, en 2005 Evo Morales se retrouve à la tête de la Bolivie…

                Quel est le socle commun de tous ces gouvernements de gauche qui arrivent au pouvoir dans les années 2000 ? D’abord, ils partagent tous un rejet des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale, Consensus de Washington…). Pour éponger la dette sociale contractée vingt années plus tôt, quand la droite ou le centre-gauche étaient au pouvoir, ces pays n’hésitent pas à entreprendre des « ajustements constitutionnels » et à augmenter considérablement les dépenses publiques pour réduire les inégalités sociales devenues quasiment insoutenables. Ils se construisent progressivement un Etat social – alors qu’au même moment les pays européens décident de détruire le leur – grâce à des politiques de redistribution, de lutte contre la pauvreté, de programmes d’alphabétisation et d’éducation… La rente issue de l’exploitation des matières premières ne doit plus servir à enrichir les classes oligarchiques locales mais à financer des programmes sociaux. Ensuite, les gauches qui arrivent au pouvoir partagent la conviction que le renforcement de l’intégration régionale est une nécessité pour l’Amérique Latine si elle veut réduire sa dépendance à l’extérieur, en particulier aux États-Unis et à l’Europe. C’est un défi de taille pour une région historiquement très extravertie, puisque sur l’ensemble du sous-continent, les échanges intra zone ne représentaient en 2017 que 16% des échanges globaux de la région – exactement l’inverse de la situation en Europe! Quasiment tout ce qui est produit en Amérique Latine est exporté. L’intégration régionale est alors développée à coups d’investissements massifs dans des infrastructures pour relier les pays entre eux, mais aussi par la création de nouvelles organisations politiques et économiques. L’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques), coordination politique stratégique des pays considérés comme les plus « radicaux », notamment dans leur rejet des États-Unis, est créée en 2004. En 2008, l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) voit le jour dans une tentative de régionalisme économique. Il s’agit à la fois de créer de nouvelles dépendances économiques entre les pays membres par des plans d’infrastructures, une harmonisation douanière et fiscale, mais aussi de donner naissance à un nouveau forum de dialogue, le premier forum latino-américain sans les États-Unis, pour affirmer une souveraineté par rapport à ceux-ci et, secondairement, à l’Europe. L’UNASUR devient une alternative au forum de l’OEA (créé en 1948, en pleine Guerre Froide) dont le siège est à Washington. La CELAC (Communauté des États latino-américains et Caraïbes) est créée en 2010. Cette intégration régionale a donc pour but de permettre aux pays de se déployer au niveau international et relâcher la tutelle des puissances traditionnelles. Pour y parvenir, les États favorisent une diplomatie très active vers l’Asie –en particulier la Chine qui intègre en 2001 l’OMC s’affirmant ainsi comme un nouveau poids lourd de l’économie mondiale -, le Moyen-Orient et l’Afrique, afin de créer une dynamique Sud-Sud. La Chine, qui connaît à l’époque des taux de croissance annuels proches de 17%, devenant de plus en plus gourmande en ressources naturelles, devient un partenaire privilégié de l’Amérique-Latine. Fait inédit dans l’histoire du sous-continent, l’Empire du Milieu devient le premier partenaire commercial de pays comme le Brésil, et sera certainement amené d’ici quelques années à supplanter les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de la région.

 

La deuxième rupture : la crise de 2008

                Lorsque la crise financière internationale de 2008 se transforme en crise économique et provoque la stagnation des pays du Nord et le ralentissement des économies émergentes, l’Amérique-Latine se voit durement touchée, dès 2012-2013. Toujours dépendante de la consommation des marchés occidentaux, le sous-continent connaît une forte récession suite à la baisse de la demande mondiale couplée à un effondrement du cours des matières premières qu’elle ne maîtrise absolument pas (75% de leur valeur des matières premières disparaît). On se doute bien que les conséquences sont alors terribles pour des pays comme le Venezuela pour lequel 95% des devises entrantes proviennent du pétrole. Les gouvernements n’ont pas de « plan B », mais avaient-ils réellement les moyens de faire autrement ? Pouvaient-ils vraiment en moins d’une décennie modifier en profondeur les structures économiques des Etats ? Certainement pas. Dès lors, les pays latino-américains sont subissent de plein fouet une explosion du chômage, l’inflation, le retour de la pauvreté et des inégalités, fléaux qui avaient pourtant partiellement disparus depuis quelques années. La mauvaise gestion de cette crise économique aboutit ensuite à une crise sociale qui elle-même aboutira à une crise politique.

Les gouvernements n’ont pas de « Plan B », mais avaient-ils réellement les moyens de faire autrement? Pouvaient-ils vraiment en moins d’une décennie modifier en profondeur les structures économiques des Etats ? Certainement pas.

Crise politique et montée de nouvelles droites

                La crise politique démarre au Brésil à partir de 2012. Les contestations à l’encontre du gouvernement, émises par une partie de la population bénéficiant paradoxalement des aides de l’État, se mettent à pleuvoir. En effet, la population pauvre vis moins bien mais n’en demeure pas moins exigeante envers l’État en ce qui concerne les infrastructures et le service public. La coupe du monde de football de 2014 eut à cet égard des échos très négatifs puisque cette même population eut l’impression que l’Etat gaspillait son argent dans des projets inutiles. Naît alors de ces revendications une droite, sociale plus que politique, qui accuse le présent gouvernement de mauvaise gestion économique et de corruption. La montée de la droite se poursuit dans d’autres pays, notamment en Argentine avec l’élection surprise de Mauricio Macri en Novembre 2015 et au Venezuela grâce à la victoire de la MUD à l’assemblée nationale. En 2016, l’opposition brésilienne arrive finalement à ses fins en destituant Dilma Roussef grâce à une alliance entre tous les partis du Congrès. Un gouvernement non-élu se substitue alors au précédent et entreprend de défaire tout ce qui a été fait. Sa politique se veut très néolibérale, ce qui ne correspond pas aux attentes du peuple. L’argent n’est plus orienté vers les politiques sociales.

Les trois pays dans lesquels la droite commence à s’affirmer sont ceux qui ont donné naissance au premier cycle de la gauche. Ces droites, plutôt majoritaires, semblent avoir des points communs. En effet, elles sont toutes arrivées au pouvoir suite à un défaut de gestion de la crise économique de la part des gouvernements de gauche. Ce ne sont plus les droites des coups d’État. Au contraire, elles cherchent à maintenir les acquis sociaux tout en gérant plus efficacement les pays. C’est du moins ce qui transparaît dans leurs discours. Elles reposent non pas sur des personnalités politiques mais sur des gestionnaires qui ont travaillés avec les ONG, sur le management et le renouvellement du personnel. En modifiant les cadres qualitativement et quantitativement, elles cherchent à refonder les liens entre États et individus qui avaient été mis à mal par des gauches quelque peu intrusives. Les propositions électorales et politiques visent à pallier une gauche défectueuse, déconnectée du peuple car trop affairée dans la gestion quotidienne de l’État. Ainsi, Mauricio Macri veut par exemple réinsérer son pays dans la normalisation mondiale en revenant au multilatéralisme transatlantique. La gauche est donc en crise de sens et de projet tandis que la droite n’est pas particulièrement plébiscitée non plus, comme le montre la forte impopularité (seulement 6% de soutien) du président brésilien non-élu Temer. Que va-t-il se passer ? La droite ne sait pas trop sur quel pied danser face à la politique protectionniste et migratoire du président Trump. Elle demeure également instable, comme le montre la dégringolade du président péruvien Kuczynski quelques semaines après son arrivée au pouvoir. C’est un défi pour les forces en présence de réinventer des projets afin de s’asseoir dans le paysage politique. Les nouvelles droites augureraient certaines formes que peuvent prendre les droites en Europe, y aurait-il du « Macri dans le Macron » ?

Ces droites sont toutes arrivées au pouvoir suite à un défaut de gestion de la crise économique de la part des gouvernements de gauche. Ce ne sont plus les droites des coups d’Etats. Au contraire, elles cherchent à maintenir les acquis sociaux tout en gérant plus efficacement les pays.

 

 

Le clivage gauche-droite en Amérique Latine: fantasme ou réalité?

Qu’est-ce que la gauche, qu’est-ce que la droite de nos jours ? Si même en France, le clivage gauche-droite semble voler en éclat, ou en tout cas n’apparaît plus évident à certains égards, pourquoi devrait-on appliquer cette grille de lecture au paysage politique latino-américain qui ne connaît la démocratie et l’alternance que depuis un peu plus d’une trentaine d’années ? Etudions ainsi la pertinence de certains facteurs de différenciation potentiels pour distinguer droite et gauche en Amérique Latine.

L’insertion dans la mondialisation ? Jusqu’aux années 70, le sous-continent tout entier militait pour un développement économique autocentré, flirtant avec un protectionnisme censé s’exprimer à travers l’établissement d’appareils industriels nationaux se substituant aux importations. Ce modèle s’est avéré être un échec cuisant révélé par la crise des années 70, et sera vite oublié. Aujourd’hui le Brésil constitue la 8ème puissance économique mondiale et le Mexique la 15ème selon le FMI, grâce à une ouverture et une insertion dans la mondialisation incontestable. Même un pays comme le Venezuela dit de gauche depuis Chavez est profondément inséré dans la mondialisation : le commerce extérieur vénézuélien représentait 53% du PIB en 2016 selon l’OCDE.

Le suivi des politiques libérales du Consensus de Washington ? En effet, traditionnellement les partis de droite ont appliqué ces recommandations à l’instar de Carlos Menem en Argentine pendant les années 90. En revanche il ne faut pas croire que les gouvernements de gauche n’ont pas suivi le mouvement. Certes la Bolivie d’Evo Morales ou le Venezuela de Chavez ont enchainé les nationalisations et réinstauré l’omniprésence de l’Etat, mais le Pérou au contraire a connu le « Fujichoc » (politiques de dérégulation lancées par Alberto Fujimori) alors même que Fujimori avait mené campagne contre Vargas Llosa qui insistait sur la nécessité d’instaurer des politiques libérales.

Les politiques sociales de redistribution des richesses ? La plus connue a été lancée par le leader brésilien de gauche Lula dans les années 2000 sous le nom de Bolsa Familia. Le pays a profité de ses excédents budgétaires conséquents obtenus grâce à l’exportation massive de matières premières dont les cours étaient alors élevés pour réduire la pauvreté et les inégalités. Or, la première politique sociale digne de ce nom a été instaurée en 1997 au Mexique par le dirigeant Ernesto Zedillo (PRI, parti socialiste), et poursuivi par Vicente Fox (PAN, parti conservateur) par la suite sous le nom de Progresa. Ce type de politiques publiques étant aujourd’hui largement recommandé par la Banque Mondiale et le FMI.

L’opposition aux Etats-Unis ? Les pays de l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques) parmi lesquels Cuba, le Venezuela et la Bolivie en premier chef, sont ceux qui s’opposent le plus frontalement à l’hégémonie américaine sur le continent, et sont quasiment tous de gauche. Cependant, il serait faux de croire qu’ils ne sont en aucun cas liés aux Etats-Unis : ces derniers sont par exemple le premier partenaire commercial du Venezuela. De plus, un pays comme le Mexique, fondamentalement lié aux États-Unis économiquement, ne se refuse pas à critiquer son voisin, et ce peu importe les couleurs politiques comme a pu l’expliquer Porfirio Diaz, dirigeant mexicain du début du XXème siècle :

« Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si proche des États-Unis ».

La progression des libertés individuelles ? A l’heure actuelle, les projecteurs sont braqués sur la dérive autoritaire du régime vénézuélien de Nicolas Maduro, héritier de Chavez. Cependant, l’atteinte aux libertés individuelles est un mal qui ronge l’Amérique Latine et n’est absolument pas propre à un camp politique. Le Chili a par exemple connu en parallèle d’un choc libéral dans les années 90 de graves exactions militaires à l’encontre des maoïstes du Sentier Lumineux commises par des groupes paramilitaires protégés par le gouvernement d’Alberto Fujimori pour lesquelles il a été condamné à 25 ans de prison pour « crimes contre l’humanité ».

Il apparaît par conséquent que le clivage traditionnel gauche-droite en Amérique Latine ne saurait se résumer aux aspects économique et social. Il semble plus pertinent, pour ces récentes démocraties, d’utiliser une clé de lecture différente qui mettrait l’accent sur la figure du dirigeant et sa personnalité. En France, nombre de nos politiques ne se revendiquent-ils pas comme gaullistes, et ce peu importe la couleur politique ? De la même manière en Argentine, les gouvernements qui ont succédé à la dictature ont presque tous revendiqué être péronistes (Carlos Menem puis les Kirchner notamment), en souvenir de la figure du Général Péron. En effet, le passé dictatorial et autoritaire post Seconde Guerre Mondiale latino-américain, lui-même issu des figures des caudillos dans la deuxième partie du XIXème siècle, continue à marquer la politique du sous-continent : avant de penser parti politique, nous devrions probablement penser figure politique pour mieux comprendre ces pays, à l’instar de ce que les Occidentaux font avec la Russie de Poutine.

L’Amérique Latine: quelle place pour la droite?

Sebastian Pinera lors de son investiture le 11 Mars 2018, succédant à la socialiste Michelle Bachelet

Sebastian Pinera lors de son investiture le 11 Mars 2018, succédant à la socialiste Michelle Bachelet

A l’occasion du prochain « Café-Diplo » qui se tiendra le 27 mars en compagnie de Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) spécialiste de l’Amérique Latine, sur le thème « Les droites en Amérique Latine », Streams vous propose un volet de deux articles consacrés au thème de la conférence.

Lire la suite

Le lynchage des réseaux sociaux : balancer ou vouer aux gémonies ?

Par Ange Santoni

Le like n’est ni l’épée de Damoclès, encore moins celle du Roi Salomon. Rangez votre arme au fourreau.

Emily Ratajkowski sommée de présenter ses excuses pour avoir fait l’apologie de la beauté de la chevelure féminine. Griezmann taxé de raciste pour avoir célébré le Meadowlark Lemon des Harlem Globetrotters. Tariq Ramadan (enfin) désavoué pour ne plus représenter cette figure de l’Islam modéré qu’on avait voulu voir en lui – n’est pas petit-fils du fondateur des Frères Musulmans qui veut. A l’inverse, la pacifique et rayonnante Mennel victime du combat au rabais contre l’islamisme alors qu’elle chante une Palestine « terre du Salaam et de Yom Kippour ». Après les procès de Moscou, les autodafés nazis ou encore les tontes de la Libération, place à la justice de spectacle des réseaux sociaux.

Lire la suite

ENTRE LES LIGNES: ce qui vous a échappé dans la conférence de Manuel Valls

Par Nicolas Laine

Macron – Valls : Un échec mal digéré, une animosité mal dissimulée

 L’ancien Premier Ministre, alors même qu’il était encore une des personnalités politiques françaises les plus appréciées il y a un an et demi, s’est-il fait doubler par l’ancien banquier inexpérimenté en politique. Féru de la langue de bois, il nous faut lire entre les lignes pour mieux comprendre la relation qui lie Manuel Valls à Emmanuel Macron.

Lire la suite

Compte-rendu de conférence Tribunes: le Général Castres

Par Paul De Korvin

C’est « un honneur » pour Tribunes d’accueillir au sein de l’ESCP le Général cinq étoiles Castres, Saint-Cyrien aux états de services impressionnants, autrefois Marsouin émérite et aujourd’hui conseiller de l’Élysée.

Le Général, pour qui un chef doit être « une éponge à incertitudes » à la clarté sans failles, livre systématiquement des exposés à la structure impeccable – à commencer par celui des forces de l’armée française.   « Quatre maillons » les caractérisent : une armée polyvalente à haut niveau technologique capable d’intervenir là où aucune autre ne pourrait la suivre, une « culture expéditionnaire » qui nous offre une capacité d’initiative rare, une « maîtrise de la force employée » – dont nous reparleront plus tard, et une plus grande facilité à aller au contact des populations. Ce sont les reliquats de notre histoire et de nos « habitudes » militaires.

Lire la suite

Quand la morale s’immisce en politique

Par Julie Deshayes

Tous se sont attirés les foudres de l’opinion publique. Nicolas Sarkozy fustigé suite à l’affaire Bygmalion impliquant de fausses factures réalisées par l’UMP, François Fillon critiqué face à l’emploi de son épouse comme assistante parlementaire, Richard Ferrand contraint à démissionner pour avoir profité d’un montage immobilier ou encore Edouard Philippe raillé pour l’utilisation d’un vol privé à un prix démesuré. Nombreuses sont les affaires morales qui se sont récemment immiscées dans la sphère politique, faisant hurler au scandale les médias et commérer les Français. Alors que Machiavel séparait les sphères politiques et morales en estimant que l’homme de pouvoir ne doit pas nécessairement posséder la vertu mais seulement feindre de l’avoir afin de trouver sa légitimité auprès du peuple, nous avons emprunté le chemin opposé en fusionnant ces deux éléments au point d’institutionnaliser l’exemplarité et l’éthique des hommes de pouvoir dans une loi de moralisation de la vie publique.

Lire la suite

Ce qu’on ne nous a pas dit sur les Roms

Par Lucie Renard

Satu Mare, ville moyenne du Nord-Ouest de la Roumanie. La foule s’agglutine devant le cinéma. Dracula Untold, le dernier blockbuster américain, vient de sortir et rencontre un franc succès dans la région d’origine du vampire. Je séjourne à ce moment-là dans une association visant à la réinsertion des Roms de la ville. Nous avons décidé d’organiser à cette occasion une sortie avec un groupe de bénéficiaires de l’association, enchantés de découvrir cette nouvelle version de la légende roumaine. Notre arrivée devant le cinéma provoque des regards désapprobateurs, le départ de certains et surtout l’arrivée immédiate de la sécurité. Rien d’étonnant si l’on se réfère à la réputation avilissante des Roms en Europe et particulièrement en Roumanie.

Lire la suite

Tout savoir ou protéger la vie privée ?

Par Angélique Massiani

Entre les déboires de la vie amoureuse de François Hollande et les costumes d’une valeur de treize mille euros offerts à François Fillon, on ne sait plus vraiment où donner de la tête. Étions-nous censés être au courant de ces informations ?

Bien sûr, on peut évoquer le droit à l’information, surtout quand il touche la vie politique, mais on peut également demander le respect de la vie privée (ce qu’a fait Emmanuel Macron la semaine dernière, en portant plainte contre un journaliste un peu trop insistant). Ces deux libertés sont fondamentales dans une démocratie et a priori aucune ne prime sur l’autre. Cependant, certaines circonstances exigent que l’on élise une gagnante, notamment lors d’un procès engagé pour diffusion d’informations sans le consentement de la personne touchée. Comment établir un équilibre entre les deux ?

Lire la suite