Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.

Dans les coulisses d’ArtManiac

Dimanche 25 mars – 14h30 – 79 avenue de la République.

J’ai aujourd’hui l’immense privilège d’assister à la répétition générale d’Art Maniac. Les 22 comédiens s’apprêtent à jouer une adaptation du Bal des voleurs, une pièce de Jean Anouilh datant de 1938, et relatant la rencontre entre la riche famille de Lady Hurf et trois voleurs déterminés à la dépouiller de ses richesses. C’est au Quatter qu’a lieu la répétition, un lieu qui m’est plutôt familier après six mois passés à y enchaîner les bières. Pourtant, une fois le seuil de l’antre franchi, je ne sais plus où je suis. Dans une ambiance noire rehaussée de quelques faisceaux lumineux, de grands draps suspendus au plafond segmentent la pièce en plusieurs zones mystérieuses. Comédiens, régisseur, metteur en scène s’affairent à régler les derniers détails pour la pièce ; pendant que certains fixent leur moustache, d’autres noircissent leurs joues au charbon, ajustent un projecteur ou relisent quelques notes. Leur metteur en scène, Ronan, ancien Art Maniac diplômé de l’ESCP il y a deux ans, travaille avec eux depuis le mois de novembre à un rythme acharné. Répétition des scènes, exercices de prosodie, de décomposition des gestes ou d’élargissement des intentions, le théâtre ça ne s’invente pas. Ils ont également dû travailler sur les décors, le maquillage et les costumes, un travail de longue haleine pour lequel la créativité de Lulu, une ancienne de l’asso ayant créé Rollet Couture, fût d’une aide précieuse.

Mais s’il est une difficulté encore plus grande à laquelle la troupe a dû se confronter, c’est celle du secret. Art Maniac, ce sont des visages camouflés par un masque blanc, un local aux mille mystères dans lequel peu d’élus peuvent pénétrer, des esquives permanentes pour ne pas dévoiler ne serait-ce qu’à ses amis les plus proches le moindre détail sur la pièce. Et ce secret, ils le partagent ensemble, ce que tous reconnaissent comme étant d’une efficacité redoutable pour souder des énergies autour d’un projet et renforcer les confiances mutuelles. Ce secret, ils l’étoffent pour la dernière fois cet après-midi devant moi.

Tiraillement entre devoirs et sentiments, nostalgie d’une vie sans flammes, complexité de l’adolescence, conflit d’identité, amour désabusé, il n’est pas étonnant que Ronan ait choisi ce texte d’une grande richesse pour la troupe. Dans ce bal mêlant une farandole de comédiens à un rythme délirant, on ne sait plus très bien qui joue et qui ne joue pas.

Quel personnage que cette Lady Hurf. La peau décrépie, un regard en perdition marqué de cernes creusées par la fatigue et l’ennui, cette sexagénaire semble usée par la vie. Mais en dépit de son apparente fragilité, c’est elle la femme forte qui régente la pièce et dont l’aura capte tous les regards. Même noyée sur scène au milieu de dix autres personnages, l’amplitude de ses gestes, l’exubérance de ses fourrures et l’autorité émanant de sa voix lui confèrent une place à part.  C’est à en oublier la comédienne qui l’incarne, dont les vingt ans ont été effacés par quelques habiles traits de pinceau.

J’ai davantage l’impression de découvrir un bout de la personnalité cachée de chacun.

Et Eva, n’était-elle pas encore une personne toute douce et timide il y a une heure ? Où est-elle allée puiser cette voix forte et violente, ce regard séducteur et cette posture sensuelle ? J’ai beau vouloir croire à des métamorphoses ponctuelles, celles du comédien qui plonge dans son rôle puis le quitte en même temps que son costume, j’ai davantage l’impression de découvrir un bout de la personnalité cachée de chacun.

Subjugués par le jeu des comédiens, on oublierait presque la mise en scène millimétrée avec laquelle ils évoluent. Les décors se succèdent à un rythme effréné sans ne laisser aucun détail au hasard. Dans cette pièce où le voleur peut se transformer en fleur, une table peut se faire cachette et un même canapé peut accueillir querelles, confidences, amour, déchirements.

Vous repartirez sûrement du passage vers les étoiles songeurs. Songeurs quant à vos rêves de jeunesse, qui ne sont vus par vos aînés que comme les désillusions d’une vie passée. Songeurs quant à l’inégal accès au bonheur, réservé aux amoureux naïfs mais confisqué aux plus sceptiques et pragmatiques. Songeurs quant à l’absurdité de la vie, des perles et des bijoux. Songeurs quant à notre addiction à l’oubli ou à son synonyme qu’est le divertissement.

Et si vous ne comprenez rien au sens de mes songes obscures, dépêchez-vous d’aller les voir, il n’est pas trop tard.

Marche des fiertés 2017 : un anniversaire en demi-teinte

Par Pauline Deydier

Ce samedi 24 juin, l’Inter-LGBT* célébrait 40 ans de luttes, à l’occasion de l’édition 2017 de la Marche des fiertés, à Paris. Un anniversaire que les utilisateurs de Facebook n’ont pas pu oublier, puisque le réseau social proposait un like « arc-en-ciel » pour l’occasion. Si malgré tout vous êtes passé à côté de l’évènement, séance de rattrapages avec les reporters de Streams qui se sont rendus sur place.

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Non, François Fillon ne cèdera pas… et Nuit Debout non plus !

Par Pauline Deydier

En cette période d’élections, les dimanches après-midi sont décidemment bien mouvementés. Il y a pile un mois, Streams allait à la rencontre des militants de « La France insoumise », à l’occasion du meeting de Jean-Luc Mélenchon, à Aubervilliers. Cette semaine, c’était au tour de François Fillon de rassembler les foules sur la place du Trocadéro, à Paris. Une manifestation inédite pour le candidat de la droite, qui tenait à réaffirmer sa détermination… tandis qu’au même moment, place de la République, des militants « anti-corruption » décidaient eux aussi de donner de la voix. Treize arrêts de métros séparaient ces deux fiefs d’irréductibles, que tout semblait opposer, et pourtant… N’y a-t-il vraiment rien qui les rapproche ?

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Is the Flore toujours the Flore ?

Par Alexandre Glaser et Anne-Charlotte Peltier

Dessins de Louise Hourcade

Lieu mythique qu’on ne présente plus , le Café de Flore fêtera, d’après Wikipedia, ses 140 printemps cette année, et reste l’un des clichés les plus carte postale de la ville lumière. En plein cœur de Saint-Germain, il a été le lieu de rendez-vous de grands noms de la littérature qui y avaient leurs habitudes. Le couple le plus emblématique et le plus fascinant reste sans doute Simone et Jean-Paul, qui s’y sentaient à la maison.

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Le crime féminin

Par Anne-Charlotte Peltier

     L’exposition « Présumées coupables » aux Archives Nationales retrace l’histoire des procès-verbaux intentés aux femmes, du Moyen-âge à la Libération. C’est l’occasion de s’interroger sur la femme et l’évolution de sa représentation tant dans l’imaginaire collectif que dans la réalité juridique, et surtout de relire six siècles d’histoire avec un œil différent.

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L’expo « Vivre !! agnès b. »

Par Anne-Charlotte Peltier

     A la différence d’une exposition centrée sur un artiste ou sur une thématique, l’exposition d’une collection d’œuvres privée a ceci de déroutant que la cohésion de l’ensemble ne tient qu’en ce qu’elle existe. En effet, comment expliquer la réunion d’œuvres d’art, amassées au cours d’une vie au rythme des coups de cœur et de hasard autrement que comme une subjectivité laissant son empreinte ?

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