L’administration accepte de remplacer la surveillance vidéo par une attestation sur l’honneur

C’est avec un enthousiasme très mal dissimulé que notre promotion a accueilli la fermeture du campus République. C’est cependant avec un enthousiasme bien plus habilement dissimulé que notre promotion a accueilli la nouvelle organisation orwellienne des épreuves terminales. Les nouvelles vont vite, et un test du logiciel mardi après-midi faisant foi, chacun d’entre nous a pu réaliser l’ampleur du dispositif policier mis en place pour garantir une notation équitable entre les étudiants honnêtes et les quatre-vingt-dix-neuf pourcents restants de la promo. L’auteur, à l’instar de chacun d’entre vous, a donc été contraint de révéler, en vidéo et à de potentiels observateurs, les conséquences du mode de vie déplorable qu’il a choisi depuis le début des procédures de confinement – c’est donc un étudiant mal rasé, l’air perdu et plutôt dégueulasse, que j’ai eu la surprise de découvrir sur mon écran.

Streams, chantre de la liberté, a donc décidé de saisir la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) afin de défendre nos dignités. Il est en effet moralement inacceptable que des examinateurs puissent voir leur notation être biaisée par le manque d’hygiène de nos étudiants. À l’issue d’une bataille juridique homérique, l’administration fut déclarée vainqueur : les vérifications vidéo seraient maintenues. Triste seconde expérience juridique pour l’auteur, déjà refusé du DD avec la Sorbonne.

Que faire, alors ? Jeter un pot de peinture sur la porte du BDA ? Se délecter de la nouvelle bataille entre nos deux débiteurs de boisson préférés ? Oublier ces histoires de partiels et candidater comme chef d’équipe au SMAQ, au risque de se faire attribuer la couleur fraise écrasée ou cerise Hollywood ? Une parole d’Adolphe Blanqui, fondateur de notre école en 1830, me revint alors : “La grande erreur de ce temps, c’est de croire que le gouvernement, quel qu’il soit, peut tout, et de le rendre responsable du sort de chacun, comme s’il pouvait donner plus qu’il ne reçoit, et faire plus pour tous les citoyens réunis que chaque citoyen pour lui-même”. La réponse était limpide : la surveillance des épreuves devait être effectuée par les élèves, pour les élèves, afin de soulager notre administration déjà bien occupée avec tous les bouleversements liés au coronavirus. Un simple coup d’œil vers nos collègues en Province acheva de nous convaincre : les étudiants n’auront qu’à remplir une attestation sur l’honneur, certifiant leur bonne foi.

C’est alors avec espoir que, magnanimes, nous nous tournâmes à nouveau vers la CNIL pour un second dialogue avec l’administration, délaissant les arguments liés au manque d’estime, d’hygiène et d’amour propre de nos étudiants confinés au profit de la révélation qu’il venait de nous apparaître. À l’issue de pourparlers qui ne furent pas sans rappeler l’appel du 18 juin 1940, c’est une administration en larmes, fière de ses étudiants et de ses étudiantes, qui accepta d’annuler la surveillance vidéo et de confisquer les flashballs nouvellement confiés aux personnels de sécurité.

Le couperet était tombé : vous alliez pouvoir tricher tranquillement toute la semaine.

Je précise que l’auteur – se définissant lui-même comme un oracle – a pris quelques libertés avec la vérité.

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