Management, mon amour

Le management, s’appuie avant tout sur des interactions humaines, afin de les organiser dans le but d’augmenter la productivité de l’entreprise (le constat est sans appel en cette fin de l’an 2018, quand l’objectif final d’une action exécutée en ce bas monde n’est pas le sexe, c’est de faire de l’argent – l’un n’excluant pas l’autre – enfilez vos gilets jaunes).

 

Du capital érotique de la relation hiérarchique

 

 

Passons outre le cliché évident du patron qui fantasme sur sa secrétaire, ou de l’assistante secrètement amoureuse de son boss : toute relation hiérarchique, inhérente à l’entreprise, comprend une logique de pouvoir et de domination qui confère en moyenne 23% de charisme supplémentaire à son n+1 (et chaque appellation « stagiaire » inclue dans l’adresse mail en retire environ 34%).

Incarnation directe d’une forme de surmoi paternel en costume cravate (ou en petite jupe Claudie Pierlot), la figure du manager attire magnétiquement toutes les étincelles de désir de l’individu au complexe d’Œdipe mal réglé.

 

Incarnation directe d’une forme de surmoi paternel en costume cravate (ou en petite jupe Claudie Pierlot), la figure du manager attire magnétiquement toutes les étincelles de désir de l’individu au complexe d’Œdipe mal réglé. D’après l’institut de sondage Yougov, 25% des Français âgés de 24 à 35 ans confessent avoir déjà fait un rêve érotique à propos de leur supérieur hiérarchique.

 

Résultat ? Un inexplicable besoin de lui plaire, ou au contraire, un rejet de son autorité rappelant les méandres d’une adolescence tourmentée (symptômes : soupir dès qu’il nous donne une tâche à faire, point d’honneur mis à le trouver nul, imitation dans son dos, jurement que jamais on ne sera comme lui et que sa vie nous dégoûte).

 

Après tuer le père, tuer son boss ?

 

Evidemment, la séduction intervient avant tout pendant le recrutement et appelle à toutes les ruses sournoises des plus grands fuck boys : jouer à suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis avec la RH (« je suis dispo, mais plus pour longtemps, je suis en process avec X ») et si se faire désirer même lorsqu’on désespère de trouver un stage semble être la norme, ce qui semble être déterminant, une fois le screen des CV passés et le premier entretien expédié, c’est la rencontre avec le manager.

 

La clef du management repose sur une bonne entente entre le manager et son n-1 : une relation personnelle qui respecte subtilement la frontière entre vie professionnelle et vie privée, ou mieux, qui oscille gentiment entre ces deux univers, censés être bien distincts (à retenir : lorsqu’on te demandera ce que tu as fait ce week end, tu citeras exclusivement une expo ou une pizzeria du IIème arrondissement). Cependant, la limite se brouille souvent, au risque de causer désarroi et tristesse chez l’individu qui crush inconsciemment sur son manager. En effet, le revers de médaille d’un management axé sur la séduction narcissique de l’individu est une exagération du sentiment de faute individuelle en cas d’erreur ou de reproche.

Exemple typique, le point de mi-stage, ce date entre le manager et son partenaire attitré, son assistant, présenté comme l’occasion de faire « le point » à moitié de leur relation : « déjà trois mois que nous sommes ensemble, essayons de voir où nous en sommes chacun de notre côté, et laisse-moi te conter tes axes d’amélioration », bilan faussement réciproque. Comme dans toute relation amoureuse, l’asymétrie est de mise, mais c’est rarement le stagiaire qui tient les rênes. A ceux qui dont le cœur s’est brisé lorsqu’on leur a reproché leur manque de pro-activité, il est temps de se désenvoûter de l’emprise qu’exerce leur manager, et de ne pas perdre espoir : un jour, ils rencontreront l’unique et marcheront en symbiose, d’égal à égal, dans une relation de confiance et de respect mutuel (ou se mettront à leur compte). Une astuce efficace avant d’en appeler au professeur Cissé serait d’observer son manager dans ses rapports à son propre n+1 : décristallisation immédiate garantie.