Interview de Bertrand SWIDERSKI, directeur RSE de Carrefour

 

 

Les grandes surfaces et le développement durable : le début d’une histoire

             Le développement durable est devenu un enjeu de taille pour les grandes surfaces. En effet, le changement de mentalité des consommateurs, concernant l’environnement et les questions sociales, oblige les grandes enseignes de distribution à changer leurs méthodes, pourtant ancrées depuis un certain temps. Il est vrai que, pendant les Trente Glorieuses, les innovations (boîtes de conserve, plastique…) ont permis de développer le côté pratique du mode de consommation, et les grandes surfaces de distribution ont axé tous leurs efforts sur cet aspect pratique pour répondre aux demandes des consommateurs. Aujourd’hui, les demandes des consommateurs sont axées sur l’aspect durable de leur consommation. C’est pourquoi nous observons déjà des démarches prometteuses en matière de développement durable au niveau des surfaces de distribution.

 

Les grandes surfaces de distribution ont déjà fait des efforts remarquables pour limiter l’impact négatif de la société de consommation. Nous nous sommes particulièrement intéressés à l’enseigne CARREFOUR. En effet, Carrefour s’est lancé très tôt dans son programme de transition alimentaire. Tout commence en 1992 lorsque Gabriel BINETTI (ancien patron de Carrefour Pontault-Combault) lance boule de pain Bio Carrefour. Puis, progressivement des filières de vérification de la qualité se créent (leur rôle est par exemple d’aller voir les agriculteurs et de leur demander de faire des produits sans pesticides exclusivement pour Carrefour). Carrefour est le premier à avoir supprimé le traitement anti-germinatif après récolte des pommes de terre. En 1997 l’enseigne lutte contre les OGM en France (dans l’alimentation animale notamment). Et les efforts continuent jusqu’à s’intensifier en 2013 avec l’arrivée de Bertrand SWIDERSKI au poste de directeur RSE de Carrefour, que nous avons eu la chance de pouvoir interviewer à ce sujet. Il est très engagé, autant sur le plan personnel que professionnel. Selon lui, le changement majeur de la décennie 2010-2020 est la prise en compte du consommateur. Carrefour est donc plus à l’écoute de ses consommateurs, qui réclament plus de pouvoir et de transparence sur ce qu’il consomme : les consommateurs sont passés au premier plan des décisions de l’enseigne. C’est pourquoi, depuis 3 ans, la direction de Carrefour communique sur leur projet de transition alimentaire pour tous, et intensifie ses démarches prometteuses, dont on vous donne quelques exemples :

 

  • « C’est qui le Patron ?! » est une marque qui a été créée il y a 3 ans afin que les consommateurs puissent enfin reprendre le contrôle de leur alimentation en devenant acteur dans la conception d’un produit, de sa production à sa commercialisation. En effet, avant de commercialiser un produit laitier « C’est qui le patron ?! », Carrefour fait un sondage en ligne et propose à ses clients de choisir quelle part du prix du produit est reversée à qui : le pari de l’entrepreneur innovant ayant eu l’idée de ce projet, Nicolas Chabanne, est le suivant : “est-ce que les consommateurs sont prêts à payer 12 centimes plus cher pour que le producteur soit payé 12 centimes de plus” (la rémunération du producteur de lait est ainsi passé de 22 à 39 centimes pour un litre). Le consommateur se sent donc propriétaire de la marque et maître de son mode de consommation. Cela a été un vrai succès : plus de 200 millions de bouteilles ont été vendues depuis le lancement. Il y a aujourd’hui 14 produits déjà votés par les consommateurs et bientôt 2 nouveaux produits devraient rejoindre les rayons : les sardines et la farine de blé !
  • Concernant le Bio, Carrefour a créé dans ses magasins des rayons ainsi que des aires pour les fruits et légumes réservés au Bio. Cela incite le consommateur à acheter bio. De plus, le plastique des fruits et légumes bio a été complètement supprimé. Carrefour a également lancé les magasins Carrefour Bio. Bertrand Swiderski soulignait que le but de Carrefour est de proposer du bio accessible à tous, et donc de convertir les consommateurs au bio, pour réaliser leur transition alimentaire. Carrefour vient d’ailleurs de racheter l’enseigne Bio c’est bon !
  • Évoquons également le projet « apporte ton contenant ». Les consommateurs peuvent venir avec leur contenant. Il faut inciter les consommateurs à renoncer à l’aspect pratique des sacs en plastique jetables.
  • Le « Projet loop » est un projet dans lequel l’on supprime l’idée de l’emballage. Carrefour s’est associé avec la Startup LOOP. Le concept est le suivant : par exemple, le consommateur achète un paquet biscuit dans une boîte métal puis la boîte est récupérée, nettoyée et re remplie (ce système tourne en circuit fermé). Ce système est seulement disponible en ecommerce.
  • Concernant la consigne des bouteilles en verre, abandonnée dans les années 70 parce que les bouteilles n’avaient plus du tout un format classique étant donné que chaque marque a fait sa propre bouteille pour des raisons marketing, Bertrand Swiderski réfléchit à une machine qui pourrait consigner les bouteilles, peu importe leur format.
  • Carrefour n’hésite pas à utiliser le pouvoir que lui donne son statut d’intermédiaire entre les consommateurs et les producteurs pour faire le choix de commercialiser ou non tel ou tel produit. Par exemple, Carrefour a arrêté de vendre les espèces de poissons en voie d’extinction. Bertrand Swiderski aimerait dans le futur éviter de commercialiser les fruits et légumes qui ne sont pas de saison. Il a essayé d’arrêter la commercialisation de courgettes en hiver, mais cela a malheureusement été un fiasco car les consommateurs sont habitués à manger de tout toute l’année et ne connaissent plus les saisons. Il aimerait également arrêter de commercialiser des fleurs non saisonnières, mais ce n’est pas un combat facile, car cela aurait d’énormes conséquences sur l’économie du Kenya. Bien sûr, le pouvoir de Carrefour a ses limites. Comme le soulignait Bertrand Swiderski « On peut pas exiger…mais on peut les orienter positivement les marques, notamment grâce à notre pacte de transition alimentaire, on les emmène vers le positif ».
  • Concernant les invendus : À J-3 de la date limite de consommation des produits frais, ils sont sortis du rayon et vendus à -30% (50% pour les produits ultra-frais. Carrefour vient d’ailleurs de lancer une plateforme Solidarité Association avec Commerco pour rétablir la chaîne alimentaire des invendus. S’ ils ne sont pas vendus, ils sont donnés (100 millions de repas / an ont ainsi été donnés à Banque alimentaire) ou transformés en biodéchet (et Carrefour fabrique avec cela du biométhane pour faire circuler ses camions : c’est un vrai business model.)
  • Enfin, le dernier projet ayant retenu notre attention est le « projet mimosa », un projet de micro-finance. Le consommateur peut, sur le site internet, financer des micro-projets qui lui tiennent à cœur.  Grâce à ce système de financement anticipé, Carrefour a pu financer 16 projets à 2000€ d’abord sud de la France et maintenant le projet se réalise au niveau national.

 

Tous ces projets novateurs sont voués à prendre de l’essor. En effet, le secteur RSE est très concurrentiel : les projets de Carrefour sont copiés directement par les autres distributeurs. Mais selon Bertrand Swiderski, cette compétition est positive parce que les chaînes de distribution permettent ainsi d’apporter aux produits de la valeur autre que de l’argent.

Cependant, certains points doivent encore changer pour que des projets encore plus poussés voient le jour. En effet, tous ces changements s’accompagnent de beaucoup de complications. Il est par exemple très long de changer les habitudes des consommateurs. En effet aujourd’hui seulement 6% des consommateurs consomment bio, et seulement 3% consommateurs sont engagés, alors qu’il en faudrait au moins 10% pour que les choses changent réellement.

Ainsi, même si CARREFOUR a la volonté de bouger les codes, il faut noter que ce genre de projets novateurs, c’est 60 ans de pratiques remises en cause ! Bertrand Swiderski le soulignait : la plus grande difficulté à laquelle il est confronté est la résistance au changement : « Quand j’étais jeune c’était génial, tout était nouveau et beaucoup plus pratique (arrivée du micro-onde par exemple). Tout était dirigé vers le pratique…et le pratique s’est accompagné de plus de conservateurs et de plastique. On s’est habitué à ça, aux plats déjà cuisinés, aux conserves… et il faut maintenant revenir en arrière. Mais la grande distribution  ne peut pas changer radicalement les choses sans que les gens râlent. Et ceux qui sont à l’origine des initiatives, eux, ne râlent pas, car ils savent que la grande distribution fait les choses bien et que c’est primordial de coopérer avec la grande distribution pour qu’un projet fonctionne. » La grande distribution est un acteur essentiel de la marche vers un monde plus durable : elle apporte du bien, elle soutient les projets et leur donne de l’ampleur !

Cette interview a été réalisée par Victorine Buecher, membre du Noise ESCP, dans le cadre de la première édition de la Semaine étudiante du développement durable.

Récap’ spécial semaine du développement durable

Info eco :
Le Royaume-Uni l’a annoncé, il se mettra à son tour à émettre des “Green Bonds” à partir de l’année prochaine. Ces obligations – à savoir dans le cas présent des obligations d’Etat – serviront à financer des projets en lien avec la transition écologique. Depuis une dizaine d’années, ces Green Bonds sont très prisés des investisseurs qui considèrent que l’écologie sera au centre du monde économique de demain.

Info politique :
Suite à la proposition faite par la convention citoyenne, le délit d’écocide va être reconnu par la loi. Cette loi soutenue par le garde des sceaux et la ministre de la transition écologique permettra de sanctionner les « atteintes les plus graves à la nature ». Les peines encourues, pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 4,5 millions d’euros d’amende, sont bien plus dissuasives que celles déjà présentes dans la loi. Eric Dupond-Moretti assure qu’ainsi polluer ne rimera plus avec gagner mais avec payer. 

Info sport :
Plus que deux ans avant le lancement de la Coupe du Monde de Football ! Longtemps critiqué pour le coût énergétique colossal de ses stades et installations sportives climatisés, le Qatar semble désormais intégrer les enjeux écologiques à ses événements sportifs. Le pays se targue de construire le stade « le plus écologique du monde » ! 100% Made in containers, l’infrastructure provisoire est démontable et réutilisable. Pour autant, quelques zones d’ombres demeurent : la part des énergies renouvelables dans la fourniture d’électricité des stades n’est pas précisée et seul un stade sur 12 -tous climatisés- sera de type réutilisable pour l’instant. Initiative intéressante ou Greenwashing ? à vous de juger.

Info culture :
De Paris à Milan en passant par son Argentine natale, Tomás Saraceno cherche à réveiller les consciences écologiques aux quatre coins du globe. Les œuvres de cet artiste, aussi architecte, déclenchent dans l’œil du spectateur des visions utopiques de structures de transport, d’habitation ou d’autres activités. Sa dernière exposition en date, au Palais de Tokyo, répondait aux défis posés par l’Anthropocène à travers L’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement. Une belle façon d’exprimer que l’art a aussi son rôle à jouer dans la conception du monde de demain. 

Info internationale :
Mercredi 18 novembre, une mine illégale au nord de l’Equateur s’effondre, faisant au moins trois morts et deux disparus. Une catastrophe qui s’ajoute aux nombreux autres cas d’accidents dus aux excavations illégales fréquentes dans le pays. Malgré les problèmes environnementaux et sociaux qui lui sont liés, l’Equateur compte encore sur le secteur minier pour faire croître son PIB. Cet événement rappelle que l’encadrement des activités minières demeure un enjeu majeur du développement durable.

Comment faire de beaux nudes ?    

(illustration : collage de Ut Barley)

Les nudes… Adulés et adorés par certains, craints et méprisés par d’autres… Si cette pratique divise, elle interroge néanmoins. Alors, que l’on se prête au jeu pour soi ou pour partager ses chefs d’œuvre, la question c’est bien : comment fait-on ? Quelles sont les clefs pour réussir à prendre le meilleur cliché, et ainsi peut-être charmer l’élu.e de son cœur ? (avec son consentement bien sûr) Pour le savoir, il te suffit de te munir de ton meilleur moteur de recherche, et de parcourir les dizaines d’articles et vidéos abordant ce sujet (j’ai vérifié pour toi, toutes les informations dont tu as besoin existent. Eh oui, c’est ça le journalisme d’investigation).

Car non, cela n’est pas de ça dont va parler cet article. Pardon pour le titre mensonger, cher lecteur, mais j’avais vraiment besoin que tu cliques. Ce dont je veux te parler aujourd’hui, c’est d’un sujet, certes moins drôle et léger que celui auquel tu t’attendais, mais tellement plus important. Il s’agit d’une maladie. Son petit nom ? L’endométriose.

L’endométriose, késako ? Si tu as bien suivi tes cours de SVT de 4ème, tu dois savoir que l’endomètre, c’est la muqueuse utérine qui sert à accueillir l’embryon s’il y a eu fécondation d’un ovule, et qui donne les règles en se décomposant à la fin de chaque cycle sinon. A chaque fois que cette muqueuse s’épaissit, des cellules se développent hors de l’utérus, mais sont rapidement détruites par le système immunitaire. Chez les femmes* atteintes d’endométriose, ces cellules ne sont pas éliminées, et se fixent au mauvais endroit, sur d’autres organes : principalement les organes génitaux et le péritoine, mais aussi fréquemment les appareils urinaire et digestif, et plus rarement, le diaphragme et les poumons. Les conséquences de cela ? Des douleurs, principalement (survenant au moment des règles ou pas, on peut faire des crises à n’importe quel moment du mois), mais aussi des problèmes digestifs, des kystes à répétition, des difficultés pour concevoir un enfant…

Toi, cher lecteur, qui n’as probablement jamais entendu ne serait-ce que le nom de cette maladie -et tu n’es pas à blâmer pour ça, nous verrons plus tard pourquoi-, à la lecture de cette description et de ces symptômes, tu dois te dire qu’il s’agit d’une maladie très rare, touchant trop peu de personnes pour qu’elle soit connue du grand public, et te demander pourquoi ton journal préféré y consacre un article entier… Laisse-moi te donner quelques chiffres :

  • 7. C’est en moyenne le nombre d’années qu’il faut pour diagnostiquer cette maladie. Quand on sait qu’elle est dégénérative, et que plus on la prend en charge tard, plus elle fait de dégâts irréversibles, il y a de quoi s’alarmer.
  • 10. C’est le pourcentage des femmes en âge de procréer touchées par cette maladie. 10%, 1 femme sur 10, vous vous rendez compte concrètement de ce que ça fait ? En prémaster à l’ESCP, il y a environ 200 filles. En M1, plus de 280 sur le seul campus de Paris. Faites vos calculs… Et on considère que ce chiffre sous-estime largement la réalité (rapport au premier point, la lenteur de diagnostic et la méconnaissance des médecins).
  • 30 à 40% des femmes atteintes ne pourront jamais procréer.
  • 11h, c’est en moyenne le temps de travail perdu par semaine par les personnes atteintes, dû à l’absentéisme ou à une efficacité réduite.

Tu comprends maintenant, cher lecteur, pourquoi nous sommes choqués de la méconnaissance de cette maladie ?

Et parce qu’un témoignage vaut mieux que mille mots théoriques, j’ai eu la chance d’interroger Anaïs Morisset Desmond à ce sujet. Anaïs, @utbarley sur Instagram, est collagiste (elle expose depuis 2012 en France et en Europe), réalisatrice et directrice artistique. Elle a réalisé, avec le photographe Martin Straub, un projet autour de l’endométriose : Les Invisibles.

Merci beaucoup, Anaïs, d’avoir accepté de répondre à mes questions ! Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ce projet, en quoi consiste-t-il ?
Les Invisibles
est une exposition photographique immersive sur l’endométriose et l’adénomyose. Nous sommes allés à la rencontre de 61 femmes entre 17 et 52 ans atteintes de cette maladie.  Cette expo est composée d’une part de photos (le portrait de la femme, qui avait à sa disposition une étole sur laquelle était imprimé un collage créé à partir de clichés d’endomètre vu au microscope, dont elle pouvait se servir pour couvrir les parties de son corps atteintes par la maladie ou juste de manière symbolique. Elle posait sur un fond en collage également, créé à partir de scanners, I.R.M et échographies. Chaque portrait est accompagné d’une photographie, une « nature morte » (en référence aux peintre hollandais du 17ème siècle) visant à illustrer le quotidien de ces femmes à travers des objets en rapport avec la maladie) et d’autre part de leurs témoignages recueillis par la journaliste Marion Lepine (@douceendometriose sur Instagram) que l’on pouvait écouter en scannant un QR code imprimé sur un cartel, qui nous donnait des infos sur les atteintes et la durée réelle qu’il a fallu pour poser un diagnostic.
Nous avons exposé en mars dernier à l’Espace Beaurepaire à Paris lors de la semaine européenne contre l’endométriose. Nous sommes en ce moment en train de réfléchir à la conception du livre d’art/témoignage de l’exposition. En attendant les nouvelles expos, je reste active sur l’Instagram @lesinvisibles_, pour continuer notre combat en faisant de la prévention, de la sensibilisation et en relayant les témoignages que nous recevons.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à ce sujet ?
Pour ma part, j’ai commencé, en 2014, avant d’être moi-même diagnostiquée, à m’intéresser aux règles et aux douleurs qui leur sont liées. J’appartenais au collectif artistique pluridisciplinaire Hic est sanguis meus, ceci est mon sang qui traite du tabou des règles (j’ai réalisé deux films autour de ce sujet et fait une série de collages/polaroïd autour des traditions qui entourent des règles) : on a fait une grosse exposition au 59 Rivoli, et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à travailler sur les douleurs, car je vivais des douleurs atroces depuis mes premières règles, sans connaître l’existence de l’endométriose. Pour moi les règles étaient vraiment synonymes de douleur, donc c’était normal que je prenne cet axe dans mon travail. Je n’ai appris l’existence de cette maladie que plus tard, avant d’être moi-même diagnostiquée. J’ai travaillé sur cette thématique dans certains de mes collages.

Si Martin, quant à lui, a eu envie de faire ce projet, c’est parce qu’il s’est rendu compte qu’il avait plein de femmes autour de lui qui étaient atteintes d’endométriose et qui n’en parlaient pas, à cause du gros tabou qui entoure les règles. Notre but était vraiment de parler de cette maladie et de donner une voix à ces femmes : qu’est-ce qui leur arrive, relater tout leur parcours du « On ne te croit pas », jusqu’au « Tu es diagnostiquée, mais bon on ne te croit pas quand même », puis pour savoir quelles sont les douleurs et comment ces femmes arrivent à pallier le manque de traitement.

Au cours de ce projet, y a-t-il quelque chose qui vous a marqués en particulier ?
Sans hésiter, les violences gynécologiques et obstétricales. Plus de 40 des 61 femmes nous ont confié en avoir subi, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Pour les violences physiques, c’est majoritairement le non-respect du consentement : par exemple il y en a une qui était très jeune (13-14 ans je crois) et on ne lui a pas demandé son consentement avant de de pratiquer une échographie pelvienne. Elle était vierge. C’est dramatique, ça s’apparente clairement à un viol et on ne s’y attendait pas. C’est lié à l’endométriose parce qu’on passe son temps chez les médecins ; on se permet des choses sur le corps des femmes qui sont absurdes. Pour les violences psychologiques, ça va être une minimisation des douleurs qui frôle la non-assistance à personne en danger (« Ouais t’as mal, on te croit mais pas trop, tu dois vivre avec »), une grosse pression concernant leur besoin immédiat à procréer (après c’est trop tard), mais aussi du slutshaming (une médecin m’a dit, ainsi qu’à d’autres : « vous avez des douleurs parce que votre vagin est traumatisé (par la douleur), donc allez consulter un sexologue ». C’est ridicule j’ai mal depuis que j’ai 10 ans), ou encore des réactions d’un autre âge : un des témoignages les plus durs à lire est celui d’une lesbienne qui a été très maltraitée par des médecins -autant femmes qu’hommes- à cause de son homosexualité.

Charmant. Est-ce que tu as reconnu, toi, un peu de ton parcours dans ces témoignages ?
Oui un peu. Je me suis reconnue dans la minimisation des douleurs du corps médical et des familles. Les erreurs de diagnostic aussi. L’isolement pendant les crises…Je pense vraiment que c’est commun à la majorité des femmes atteintes de cette maladie qui souffre depuis enfant.
Un radiologue m’a diagnostiquée il y a 4 ans. Puis de gynécologue en gynécologue plus incompétents les uns que les autres j’ai enfin réussi à obtenir un rendez-vous avec une spécialiste, une des « pontes de l’endométriose ». Elle m’a dit que tout ce qui était écrit sur mon compte rendu était impossible, que c’était faux, que je n’étais pas atteinte d’endométriose et d’adénomyose, et que mon radiologue* était un charlatan.  (*Une vraie référence ce radiologue, il est conférencier et lutte vraiment pour faire de la prévention, que la recherche avance, il nous a aidés sans hésiter sur ce projet). Donc elle m’a fait refaire tous les examens -elle ne voulait les faire qu’avec un seul radiologue-, et effectivement pour ce radiologue je n’avais rien non plus. Pour lui, j’ai peut-être la maladie de Crohn, mais il n’était pas sûr non plus. Je sentais très bien que j’avais de l’endométriose, j’avais réussi à me faire diagnostiquer, qu’on arrête de me prendre pour une chochotte ou une emmerdeuse…et bim retour à la case départ…Après ça j’ai passé quelques années sans trop faire d’examens, car on te prend pour une idiote ou une mythomane à me gaver d’anti douleur et serrer les dents… Puis ça a commencé à se dégrader vraiment, douleur chronique presque partout, donc je suis allée voir une autre spécialiste qui cette fois m’a prise au sérieux et a dû m’opérer. J’en avais jusqu’au diaphragme…ce qui a calmé miraculeusement mes douleurs pendant les premiers mois de la convalescence…Mais maintenant six mois après l’opération les douleurs reprennent de plus belles et la seule solution qui m’est proposée (comme la plupart des femmes d’ailleurs) c’est la pilule, mais même en la prenant j’ai des douleurs et j’en ai testé beaucoup trop en quelques mois. Je reçois des messages de femmes sur le compte Instagram à qui on en a fait essayer plus d’une dizaine en moins d’un an… Maintenant, après toutes ces expériences, je pense réellement qu’il existe des alternatives aux hormones : aromathérapies, lithothérapie, acupuncture, sophrologie, cohérence cardiaque, alimentation anti-inflammatoire, hypnose, yoga… À chacune de trouver son bon traitement contre la douleur. Mais il faut absolument se faire aider, se faire accompagner, ne pas rester seule dans ses doutes et ses douleurs. Bien sûr, il est évident qu’il faut être suivie par un.e gynécologue spécialisé.e pour des contrôles réguliers même si on a perdu confiance en eux.

J’ai l’impression que si l’on a autant de mal à connaître et diagnostiquer cette maladie, c’est en partie à cause du tabou des règles..?
Ah oui c’est clair, c’est pour cela qu’il faudrait peut-être parler différemment de l’endométriose, sans parler forcément uniquement des règles. Alors bien sûr, cela implique les règles, mais il faut dédramatiser tout ça pour que les gens arrivent à comprendre que l’endométriose ne concerne pas seulement la partie génitale des femmes, et les douleurs ne sont pas que pendant les règles. Ce qu’il était important pour nous de montrer avec ce projet, c’est que l’endométriose ce n’est pas des atteintes uniquement aux ovaires et à l’utérus : pour beaucoup c’est sur les ligaments utéro-sacrés, la vessie… Ça peut générer très souvent des gros problèmes digestifs. Le quotidien d’une femme souffrant d’endométriose n’est pas très glamour… Les atteintes peuvent aussi être au diaphragme, au thorax, au foie, aux intestins, au rectum… c’est une toile d’araignée qui prend tes organes et qui peut les coller entre eux. Les médecins ne l’expliquent pas, ils diagnostiquent, mais ne disent rien. « Vous avez de l’endométriose. Point. – Ok, et je fais quoi ? – … ». On reçoit là encore trop de messages de femmes qui nous demandent ce que c’est parce qu’on ne leur a pas expliqué…

Et quand cela concerne donc d’autres parties que les organes génitaux [pour ces derniers c’est ce qui provoque par exemple les violentes crampes d’utérus auxquelles on pense spontanément pour cette maladie, ndlr], comment tu t’en rends compte ?
Ah ça fait très très mal. Moi aujourd’hui je n’en ai plus au niveau du diaphragme (bien sûr ça peut revenir, mais on m’a tout enlevé à ce niveau-là), je ne pouvais pas respirer, j’étais tout le temps essoufflée même quand je parlais, quand j’étais allongée j’avais un poids sur la poitrine. Et on peut tout à fait avoir des crises sans que ce soit lié avec une crise utérine. Une de mes amies n’a mal qu’au foie ; elle a aussi des atteintes sur l’ovaire, mais n’a pas de douleurs parce qu’aucun nerf n’est touché. On peut avoir des douleurs violentes aux jambes, des pressions dans l’estomac, comme de l’électricité dans la fesse…des grosses douleurs aux hanches et aux reins. Un des critères le plus récurrent en pleine crise chez les femmes, c’est le ventre très gonflé, il pousse d’un coup, parfois on ne s’en rend même pas compte. C’est souvent une conséquence de l’inflammation.

Si ça se trouve, énormément de douleurs sont liées à ça alors qu’on ne le sait pas.
Il y a vraiment des clichés de l’endométriose : tu peux réellement avoir des douleurs en dehors de tes règles, toute l’année !

Pendant les rapports sexuels aussi ?
Oui, pas toutes les femmes, mais oui. On appelle ça la dyspareunie. Pour les jeunes filles qui ont leurs premiers rapports sexuels, si elles ont des douleurs ça devrait systématiquement alerter les gynécologues. Alors qu’on les incite plutôt à s’habituer. Là encore elles nous ont confié des paroles de bourreaux ultra culpabilisants venant de la part de leur médecin !

Si tu avais un conseil pour les personnes qui ne sont pas très sûres qu’elles pourraient être atteintes, mais qui en même temps n’osent pas lancer les démarches médicales pour le savoir -le diagnostic est un vrai combat, donc insister pour quelque chose dont on n’est soi-même pas convaincu c’est compliqué.
Totalement ! Mais écoute ton corps ! Personne ne peut juger de ta tolérance à la douleur ! Si tu penses que tu es atteinte, il faut absolument réclamer une échographie, IRM ou scanner, ne sors pas du cabinet avant d’avoir l’ordonnance ! Et si tu as un doute sur le praticien en face de toi, n’hésite pas à aller en voir un autre ! Tu trouveras le bon qui t’écoute et te prend au sérieux. Insiste vraiment pour qu’on te fasse les examens. Si ça se trouve tu n’auras rien, mais si tu es atteinte, au moins tu le sauras et tu pourras trouver des solutions pour mieux vivre.

Il faut demander des explications détaillées et ne pas tout de suite se laisser gaver de pilules, parce que la pilule « ça peut anesthésier les douleurs » (attention je dis ça avec de gros guillemets), tu n’auras plus de règles donc normalement moins de douleurs si tu n’es pas à un stade trop avancé, mais ça n’est pas une solution sur le long terme. Ce qui serait idéal, c’est que les infirmières et infirmiers scolaires soient sensibilisé.e.s à déceler les signes. Je pense que si tout le monde en parle, c’est déjà de la prévention. Si tu vois une copine qui a mal, tu lui dis de se renseigner. Après ça n’est pas forcément l’endométriose, tu peux avoir un syndrome des ovaires polykystiques, ou tu peux ne rien avoir, tu peux avoir quelques douleurs supportables qui passent sans problème avec un doliprane mais ça n’est pas un problème de demander, les médecins sont là pour ça, et pas juste pour te donner une pilule ou te dire de faire des enfants, ou encore te dire que les douleurs c’est normal ! Ce n’est pas normal d’avoir mal.

Ça aussi ça m’a beaucoup choquée, pratiquement toutes nous ont dit que les médecins leur disaient « Il faut faire un enfant, vous avez peu de temps pour faire un enfant ». Tu as une maladie à risque d’infertilité énorme, donc on te conseille de faire des enfants tout de suite ou de congeler tes ovocytes… en partant systématiquement du principe que tu veux des enfants. Ma gynécologue a insisté pendant plusieurs rdv pour que je fasse une préservation d’ovocytes, alors que je lui avais bien dit que je ne voulais pas.

Quid de la rumeur de la grossesse comme façon d’être soulagée voire guérie de cette maladie ?
C’est un gros mythe. Des femmes nous ont dit qu’elles avaient des douleurs encore plus violentes pendant et après leur grossesse. Pour d’autres, elles n’ont pas eu mal pendant des mois, ça dépend de chacune. Non, la grossesse ne guérit donc pas du tout !

Que le grand public ne soit pas au courant de l’existence d’une maladie si courante, c’est terrible et très révélateur, mais cela reste le grand public. Comment cela se passe-t-il du côté des médecins, comment cela se fait-il qu’il y ait tant de difficultés à repérer puis diagnostiquer cette maladie ?
Il y a un cruel manque de connaissances chez les médecins, en particulier chez les généralistes. Chez les gynécologues, ça n’est pas tellement mieux… Mais c’est en train d’évoluer ! L’endométriose va enfin intégrer le programme de deuxième cycle de formation des médecins ! Cela prouve tout de même qu’il y avait un problème, si cela vient juste d’être mis en place… Cela dit il y a même des gynécologues qui l’admettent, et qui te disent qu’ils n’ont aucune connaissance sur cette maladie, en te conseillant d’aller voir tel ou telle spécialiste. Souvent, les femmes qui font de l’endométriose endormie (sans symptôme) ne sont diagnostiquées que quand elles essaient d’avoir des enfants.

Après ce projet vous avez découvert une défiance envers les médecins, un manque de confiance…
Ah oui totalement, il n’y en a pas une seule qui nous a dit avoir confiance en la médecine, moi la première. Même les plus cartésiennes et scientifiques s’en méfient. On s’est aperçu qu’elles allaient beaucoup vers les médecines alternatives, et que cela avait un effet ultra positif sur leur quotidien et leur douleur : il y en a chez qui on a même vu les lésions diminuer voire disparaitre. Par exemple, l’une des Invisibles fait régulièrement des courts jeûnes, qu’elle mélange avec des prises de compléments alimentaires végétaux ou du magnésium, des oméga 3,… : elle a réussi comme ça, avec une hygiène de vie (presque) irréprochable (ne fume pas, ne boit pas, dort convenablement), à amoindrir ses lésions. D’ailleurs Bertille, qui tient le compte Instagram @endholistic, accompagne des femmes en défendant cette idée : il est possible se soigner naturellement de l’endométriose ; elle ne prend pas de pilule et n’a fait aucune chirurgie, et n’a pas de douleur. Elle n’est pas la seule !
Pour parler de ce que je connais l’acupuncture m’aide énormément. L’effet sur mes cicatrices, est impressionnant !
L’alimentation anti-inflammatoire suivie par une naturopathe spécialisée, la cohérence cardiaque, une hygiène de vie ” réglée “, la gestion des émotions et du stress m’aident énormément à vivre plus sereinement. L’idée c’est d’écouter son corps au maximum, d’écouter ses cycles aussi.

Après, chaque corps est différent, moi il y a des choses qui n’ont pas du tout fonctionné comme l’auto-hypnose, alors que ça fonctionne très bien sur d’autres ; franchement il faut tout tenter. C’est pour cela que les réseaux sociaux sont très utiles, ils permettent aux femmes de s’échanger leurs astuces, d’en découvrir de nouvelles, mais également et surtout de se sentir moins seules. @douceendometriose a créé une liste de gynécologues certifié.es par des « endogirls » comme étant safe, disponible sur son compte Instagram. Elle a aussi fait une liste de tous ceux qu’il ne faut pas voir… Mais malheureusement il lui est impossible de la mettre en ligne. [risque d’être attaqué pour diffamation, ndlr]

La recherche est également très en retard ?
Oui, mais la recherche c’est compliqué, parce qu’il n’y a pas une endométriose, il y a une endométriose par femme. En partant de ce constat, il faut avouer que c’est très complexe. Puis il n’y a pas de financement, ou très peu investis c’est aussi le gros souci… Deux associations travaillent beaucoup avec le ministère de la santé et font vraiment tout pour faire avancer la recherche et trouver des fonds : EndoFrance et ENDOmind. Aux États-Unis également, il y a beaucoup d’assos, de médecins qui font avancer les choses, mais bien sûr cela prend du temps… Je vous invite à lire le livre de Marie-Rose Galès, Endométriose, ce que les pays ont à nous apprendre.

Sur un tout autre sujet, pour s’intéresser aux conséquences et réactions de l’entourage : est-ce que tu penses que ton mari a été impacté par tout cela, et déjà a-t-il son mot dire ?
Alors oui, j’ai la chance de vivre avec quelqu’un d’extrêmement bienveillant. Après personnellement je n’ai pas de douleurs pendant les rapports, je ne sais pas si ça aurait pu jouer sur la qualité de mon couple… Mais j’ai des journées très dures pendant lesquelles je ne peux rien faire, et il est incroyable, il va savoir exactement quoi faire pour me soulager, il ne m’a jamais jugée, culpabilisée, il est très patient et à l’écoute. Il est très impliqué surtout !… On a rencontré des femmes qui se sont fait insulter par leur mari, leur conjoint, le père de leur enfant à cause de leur maladie. Moi c’est plutôt « allez on va trouver la solution, voyons ce qu’il se passe », et je pense que ça peut renforcer certains couples. Ça en a carrément brisé d’autres (des femmes nous ont dit qu’elles avaient divorcé à cause de la maladie ou le combat pour avoir des enfants), mais il y en a que cela renforce, parce que se met en place une sorte de collaboration dans et face à la douleur. Il y a une super asso qui s’appelle Femmes Endo & co, qui est une asso qui propose des ateliers de paroles, de sophrologie, de yoga…de bien-être en général pour les femmes atteintes d’endométriose. On y parle beaucoup de sexualité, et dans ces groupes de parole la présidente, Chloé, qui est aussi sexologue, apprend aux femmes à dialoguer de leur maladie avec leur conjoint et à se réapproprier leur corps. Cela ne s’improvise pas naturellement pour certaines, et c’est okay ! Mais on nous apprend toujours à nous écraser en tant que femme…c’est presque un mécanisme que l’on a depuis l’enfance qu’il faut absolument déconstruire !

Vous avez rencontré des mamans aussi ?
Oui. Une par exemple, qui a de grosses atteintes thoraciques, qui nous a raconté qu’elle avait du mal à porter son enfant, qu’au parc par exemple le regard des autres mamans n’était pas forcément simple. Elle a développé toute une technique pour pouvoir lui faire des câlins, ou le porter sur ses genoux par exemple. C’est très dur pour les mamans parce qu’il y a des jours où elles ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants, elles sont trop H.S en pleine crise. Dans ce cas-là, elle trouve des solutions alternatives. C’est pour ça que c’est important que les conjoints ou conjointes prennent le relai. Qu’il faut se faire aider aussi si on est seule. Pour cela, il faut de l’écoute et de la compréhension…

Et il y en avait qui ont des filles assez âgées pour être réglées ? Elles ont un rapport différent au moyen de parler du corps, des règles ?
Totalement. On en avait une dont la fille allait se faire diagnostiquer donc elle avait très peur (réponse négative, ouf!), et une autre dont la fille avait 7 ans au moment du projet : elle lui en parlait beaucoup, la sensibilisait aussi à en parler autour d’elle. Elles sont extrêmement à l’écoute de leur enfant. Une des Invisibles est institutrice, elle nous disait qu’elle en parle à ses élèves de primaire, c’est encourageant ! Je pense vraiment qu’il faut aussi sensibiliser les jeunes garçons car ils sont confrontés eux aussi à cette maladie, leur sœur qui est malade tout le temps, leur copine de classe absente régulièrement, ça peut générer en eux du stress, de l’incompréhension voire de la peur. Et il n’y a rien de pire que la peur pour créer des tabous…

Et les pères dans tout ça ?
Certaines nous ont parlé de leur père en disant que souvent il était plus sympa que la mère. Alors en général, ils ne vont pas s’épancher sur le sujet, mais ils accompagnent aux rendez-vous, ils prennent des nouvelles, ils aident à leur manière. Le mien m’autorisait à ne pas aller en classe quand il voyait que je ne pouvais même pas me lever, mais je ne suis pas certaine qu’il se soit dit que ce n’était pas normal… La plupart des femmes nous racontaient qu’elles avaient une relation chaotique avec leur mère, qui n’apportait pas un soutien extrême, probablement parce qu’elle était démunie ou se projetait trop. Certaines ont même été très dures avec elles.

Moi, je sais que ma mère était démunie. La majorité le sont. On sent que c’est en train de changer, parce que les plus jeunes femmes interrogées pour Les Invisibles (17 ans) avaient des mères très sensibles et à l’écoute. Il semblerait que la prévention et les campagnes de sensibilisation commence à fonctionner comme celles menées par InfoEndométriose. Nous, ados, on n’avait pas accès à Internet pour se renseigner ni à Instagram, alors que maintenant on peut retrouver des témoignages similaires au sien. Les réseaux sociaux peuvent beaucoup aider à se renseigner, à échanger sur sa situation, se sentir moins seule.

De même que des projets comme Les Invisibles, c’est super d’en voir émerger, c’est un bon moyen de faire connaître la maladie et de faire évoluer les choses !
Oui, et il y en a de plus en plus ! L’art est un outil puissant pour faire passer des messages sociaux forts ! Il faut juste laisser les femmes parler, en fait. Nous notre but c’était vraiment de libérer la parole des femmes, qu’elles parlent de leur parcours et de leur quotidien avec cette maladie. C’est pour cela que quand on est arrivé sur le thème des violences, on s’est dit dans un premier temps que ça allait trop loin, que c’était hors-sujet,  que ça n’était pas notre projet, mais en fait c’était lié, si ces femmes en parlent c’est parce qu’elles ont dû aller voir un médecin, parce qu’elles avaient des douleurs, et on rentre dans la boucle de la durée du diagnostic, de la non-écoute…etc.

Merci beaucoup, Anaïs, pour cette entrevue très riche et intéressante, ainsi que pour les illustrations de cet article ! Un grand merci également à Clara Benyamin de nous avoir mises en relation, sans elle cette interview n’aurait jamais vu le jour.


Finalement, ce qu’il faut retenir : l’endométriose est une maladie courante, complexe et encore très méconnue ; elle peut prendre des formes différentes chez chaque personne atteinte, il n’y a pas qu’une endométriose ; en cas de doute, il ne faut pas hésiter à se renseigner et à en parler à son médecin, cela ne concerne pas que les autres… Tout en gardant en tête qu’un certain nombre de praticiens ne connaissent pas ou peu cette maladie, et que les médecines alternatives sont souvent efficaces pour soulager les douleurs.

Quant à vous messieurs, si vous voyez votre amie, votre sœur, votre collègue, se plaindre de violentes douleurs de règles (ou autres symptômes, ils ne sont pas tous physiques), au lieu de vous moquer et de tout de suite minimiser ses plaintes, écoutez et comprenez-la, elle n’exagère pas. Les règles n’ont rien de sale ou de secret (cela concerne après tout près de la moitié de la population mondiale, et c’est grâce à cela que vous existez), et plus on en parlera, plus on les désacralisera, et mieux on traitera les maladies et les douleurs qui leur sont liées.

Pour aller plus loin :

  • des comptes Instagram à suivre autour de ce thème :
    • @infoendometriose
    • @douceendométriose
    • @femmes_endoandco
    • @superendorgirl
    • @balancetonendo
    • @end0uceur
    • @journaldelendométriose qui est à l’origine du podcast Parlons d’Endo !
    • @endholistic
    • @chere.endometriose (compte humoristique)

  • Des livres à lire autour de ce thème
    • Endo & Sexo de Marie-Rose Galès (à l’origine de @superendogirl)
    • Endométriose, ce que les autres pays ont à nous apprendre de Marie-Rose Galès (à l’origine de @superendogirl)
    • Endométriose, un chemin vers l’équilibre, de Peggy Favez (à l’origine de @end0uceur)
    • Femme essentielle – Le guide des huiles essentielles au féminin, d’Aude Maillard
    • L’alimentation anti-endométriose – Les bienfaits de l’alimentation anti-inflammatoire pour vaincre les douleurs, de Fabien Pasco
    • Naturopathie, le guide complet au quotidien, de Marine Le Gouvello
    • En coloc avec l’endométriose, de Fanny Robin (@chere.endometriose)

*dans un souci de clarté, on parlera de femmes, mais cela concerne bien sûr toutes les personnes ayant un utérus, indépendamment de leur genre

Violer une loi

Le 14 octobre 2020, la Cour de Cassation s’est prononcée dans une décision qui départageait viol et agression sexuelle. L’affaire mettait en cause une jeune fille de 19 ans, cible depuis ses 13 ans des attouchements de son beau-père. Celui-ci avait « pris l’habitude de lui imposer de se déshabiller, lui caressant le vagin et les fesses, se frottant contre elle et lui léchant le sexe, sous prétexte de prétendues punitions destinées à la corriger »1. La jeune fille ayant porté plainte contre son beau-père pour agression sexuelle et viol, l’affaire fut renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le droit français dresse une frontière très claire entre un viol et une agression sexuelle. Cette frontière est la pénétration. D’après l’article 222-23 du code pénal, le viol est « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise »2. Le terme « de quelque nature qu’il soit » désignant l’acte de pénétration insiste sur le fait que, qu’elle soit commise avec un doigt, un pénis, une langue, ou un objet, sur un vagin, un anus, ou une bouche, une pénétration forcée est toujours considérée comme un viol. Ce dernier est un crime puni de quinze ans de réclusion criminelle.

De même, depuis la loi Schiappa de 2018, l’agression sexuelle peut être considérée comme un viol, et ce que la personne pénétrée soit la victime ou l’agresseur. Un agresseur qui force la victime à le pénétrer (par exemple avec un objet) est ainsi considéré comme un violeur.

La Cour de Cassation a jugé dans l’affaire de la jeune fille victime de son beau-père que celui-ci, lui ayant léché le vagin de force, ne l’avait pas pénétrée, sa langue étant restée « à l’orée de son vagin » et que le viol n’était ainsi pas caractérisé. Le beau-père est donc inculpé non pas pour viol, mais pour agression sexuelle. Tandis que le viol est un crime, l’agression sexuelle est un délit. Le viol est passible de minimum quinze ans de prison, avec 20 ans à perpétuité dans le cas de circonstances aggravantes. L’agression sexuelle est passible de seulement 5 ans de prison, maximum 7 en cas de circonstances aggravantes.

En l’espèce, la victime étant mineure, la relation incestueuse et l’agresseur ayant autorité sur la victime, les circonstances aggravantes sont très clairement caractérisées. L’agresseur risque donc 7 ans d’incarcération, contre entre 20 ans et la perpétuité si l’acte avait été qualifié comme un viol.

Mais pourquoi un cunnilingus forcé est-il considéré comme une simple agression sexuelle ? Aujourd’hui, les sexualités se libèrent. Le sexe oral fait partie intégrante de l’acte sexuel et la pénétration est incessamment désacralisée. Le fait de ranger des caresses bucco-sexuelles forcées dans la catégorie des agressions sexuelles (qui contiennent pêle-mêle : main aux fesses, embrasser de force, toucher les seins, peloter, etc..) est incessamment remis en question, puisque l’acte fait aujourd’hui partie intégrante d’une relation sexuelle.

Il est logique de penser que mettre en contact sa langue avec la vulve d’une personne n’est pas un acte de la même gravité qu’une main aux fesses ; qu’il s’agit d’un acte hautement intime, un dépassement plus aggravé de la sphère personnelle, et qui fait partie intégrante de l’acte sexuel. Aujourd’hui, un échange de caresses bucco-génitales est une relation sexuelle à part entière.

De plus, avant la loi Schiappa, un jeune garçon ayant reçu une fellation forcée n’aurait pas été considéré comme violé, puisque « le pénétré » aurait ici été l’agresseur. Mais depuis 2018, ce garçon est considéré comme victime d’un viol. Pourquoi une jeune fille recevant une caresse bucco-génitale forcée ne pourrait-elle pas se considérer comme victime d’un viol également ?

Encore une fois, le droit est-il mal proportionné face à la réalité des choses ? Soyons honnêtes : rares sont les jeunes filles qui portent plainte après une main aux fesses. Le délit d’agression sexuelle n’est souvent prononcé que lorsque des actes plus graves ont lieu, mais que le viol en lui-même n’est pas caractérisé. De ce fait, l’agression sexuelle apparaît comme un délit prononcé seulement de manière compensatoire, pour reconnaître l’état de victime à celles et ceux qui n’ont pas réussi à faire constater un viol sur leur personne.

Comme le montre la loi Schiappa, ce qui pouvait être considéré comme une agression sexuelle hier peut aujourd’hui être considéré comme un viol. La question se pose sur la frontière que constitue la pénétration, de plus en plus remise en question par l’évolution des sexualités. Mais cette dernière constitue, de fait, un élément vérifiable sur examen gynécologique, ce que le sexe oral n’est pas. La disparition du critère de pénétration pour faire constater un viol ne risque-t-il ainsi pas d’affaiblir la capacité de la justice à faire reconnaître ledit viol, et ainsi ouvrir le champ des contestations face à des peines aussi lourdes que la prison à perpétuité ?

Depuis l’article 331 du code napoléonien de 18043, volontairement flou, qui ne considérait comme viol que la pénétration forcée et violente du sexe d’une femme par le sexe d’un homme, et seulement dans le cadre hors mariage (pas de viol possible d’un mari sur son épouse); les textes ont énormément évolué. Sensible aux mœurs, le droit évolue sans cesse, s’adaptant aux sociétés qu’il régit. Si le critère de la pénétration est « pratique » pour constater un viol, puisque médicalement vérifiable, il est incessamment remis en question par certains juristes, qui au nom de l’évolution des mœurs et mentalités, demandent sa suppression.

 

 

 

: Source : Cour de cassation, criminelle, Chambre criminelle, 14 octobre 2020, 20-83.273, Inédit. Décision consultable sur https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000042464424?tab_selection=juri&searchField=ALL&query=viol&searchType=ALL&typePagination=DEFAULT&sortValue=DATE_DESC&pageSize=10&page=1&tab_selection=juri

2 : article 222-23 du code pénal à retrouver sur https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000037289535/2018-08-06/

3 : « Quiconque aura commis le crime de viol, ou sera coupable de tout autre attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence contre des individus de l’un ou de l’autre sexe, sera puni de la réclusion »

Octobre Rose édition 2020 à l’ESCP : quel bilan ?

Depuis presque un an, la COVID-19 a une hégémonie médiatique sur le domaine de la santé. Pourtant, il est nécessaire de continuer le combat contre les autres maladies, qui semblent un peu oubliées, ou du moins, qui ont un retentissement moindre face à l’ampleur de la crise sanitaire en France.

Comme le rappelle Ruban Rose, première association en France de la lutte contre le cancer du sein, ce dernier « ne s’est pas mis entre parenthèses » pendant le confinement. Cette année encore, on déplore plus de 12 000 décès.

« Pire », ajoute l’association. « Pendant la pandémie, on sait que beaucoup de personnes malades ont interrompu leur parcours de soins et que moins de dépistages ont été effectués. »

Heureusement, Octobre Rose est un événement à l’ampleur grandissante qui permet de porter l’attention sur cette maladie. En ce début de mois de novembre 2020, il semblait important d’établir un bilan sur son écho dans notre école. Nous avons alors d’abord effectué un sondage, suivi d’une infographie, que nous souhaitions compléter grâce à l’interview de l’association étudiante Cheer Up.

 

1) Pouvez-vous rapidement présenter l’association et nous parler de l’importance d’Octobre Rose pour vous ?

Cheer Up est une association fédérale, où l’ESCP est une des 23 antennes. Notre mission principale consiste à aller dans les hôpitaux pour des visites et rencontrer des jeunes (15-25 ans) atteints de cancer. Le but est de leur faire oublier pendant un temps leur maladie et surtout de les aider à se projeter dans le futur à travers la création de projets qui leur tiennent à cœur, allant du tour de France à vélo à la sortie d’un album de rap. Cela passe également par des activités à l’hôpital le weekend.

En dehors de l’hôpital, Cheer Up organise des évènements de sensibilisation ; c’est le cas d’Octobre Rose. Pour nous c’est un moment phare de l’année, qui nous permet de communiquer sur la maladie pour que les promos en sachent un peu plus sur le cancer et surtout sur son impact. En dehors de la souffrance physique il y a une forte souffrance psychologique consécutive à l’isolement pour les chimios, les traitements, c’est aussi pour cela que la sensibilisation est importante.

 

2) Pouvez-vous également nous présenter votre partenaire Rose Up ? En quoi consiste votre action avec eux ?

Rose Up est une association qui a vu le jour en 2011. Les deux fondatrices ont vécu intimement les conséquences de la maladie. C’est une expérience marquante et difficile. Elles ont alors pensé à l’accompagnement des femmes pour les aider à mieux supporter la maladie à travers la construction d’un magazine gratuit, accessible à toutes, qu’elles pourraient emmener à l’hôpital pour garder espoir et se sentir moins seules. Le but de l’association est de les aider à « voir la vie en rose malgré le cancer ». Par la suite, l’association s’est développée en constituant des maisons roses qui permettaient un accompagnement, tout en soutenant également la recherche.

Notre action consiste davantage dans ce cadre à une levée de fond. La sensibilisation se fait au détour du stand, en discutant et en parlant autour de nous. De même, les photos de mandat vont vers cet objectif de sensibilisation. Ce n’est pas banal de croiser des gens à demi nu sur Facebook, cela interpelle et c’est là l’objectif de notre communication. Un grand nombre de femmes peut subir parfois l’ablation de leur sein malade ; se mettre à nu est un moyen de soutenir la cause en la rendant visible.

 

3) Avez-vous quelque chose à ajouter, un message à faire passer ?

Il y a un chiffre triste mais certain : nous serons tous touchés de près ou de loin par le cancer et particulièrement par le cancer du sein. Chacun doit avoir conscience qu’il peut agir, à toutes les échelles pour apaiser la maladie ou soutenir celles et ceux (car le cancer du sein peut toucher les hommes, même s’il s’agit d’une minorité) qui se battent contre elle.

Enfin nous voulons sincèrement remercier tous ceux qui ont participé à cette collecte. Cela montre à travers cette levée de fonds record que de plus en plus d’étudiants de l’ESCP se sentent concernés par la cause et sont prêts à la soutenir. Cela prouve que notre mission est une réussite et cela renforce notre volonté de sensibiliser et nous battre contre cette saloperie de cancer. Nous espérons que la tendance se poursuivra d’année en année et qu’un nombre croissant d’étudiants se sentira concerné par les enjeux de la cause.

Le Récap’ #10

Info internationale : Le 9 novembre, l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont signé un accord de paix consacrant une victoire des forces azerbaïdjanaises. Cet accord, signé sous l’égide de Moscou, met fin à six semaines de combats meurtriers dans le conflit du Haut-Karabakh. Selon ce texte, l’Azerbaïdjan reconquiert des territoires sous contrôle arménien depuis les années 1990. Les habitants de certains villages du Haut-Karabakh ont préféré incendier leurs maisons plutôt que de les abandonner aux forces azerbaïdjanaises.

Info éco : Le 15 novembre rejoint les grandes dates de l’histoire du commerce international. Quinze pays d’Asie et du pacifique ont en effet signé un immense accord commercial regroupant notamment la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou encore l’Australie et le Vietnam. Au total, c’est près de 30% de population mondiale et 30% du pib ; seul l’Inde fait figure de grande absente. Le RCEP rapproche les normes entre les pays sur des domaines tels que la propriété intellectuelle ou l’investissement.

Info politique/nationale : Depuis le vendredi 13 novembre, les enseignant-chercheurs appellent à une grève en ligne en affichant un “écran noir” pour protester contre la loi de programmation de la recherche qui doit être adoptée ce mardi 17 novembre. Cette grève veut dénoncer la précarisation des chercheurs et l’accroissement de la compétitivité dans le secteur de la recherche. La loi LPR prévoit également de rendre chaque université responsable du recrutement de ses professeurs, remplaçant ainsi l’instance du Conseil National des Universités. Les opposants à cette loi y voient un recrutement favorisant le copinage avec les directeurs d’universités au détriment des compétences.

Info culture: Le Goncourt, prix littéraire le plus prestigieux en France, devait être décerné le 10 novembre dernier et a été reporté à une date indéterminée. Les Académiciens souhaitent marquer leur soutien aux librairies contraintes de fermer à cause du confinement. Ils refusent de le maintenir si c’est pour que cela « bénéficie à d’autres plateformes de vente ».

Info sport : Ça y est. C’est fait : le record absolu de Michael Schumacher, grand pilote de Formule 1, est désormais égalé. Lewis Hamilton remporte ainsi son septième championnat, le 15 novembre, en gagnant le Grand Prix de Turquie. Michael Schumacher a-t-il trouvé son héritier ? Et du côté de la Ligue des nations, les Bleus continuent leur chemin : après un 1 – 0 contre le Portugal, ils accèdent à la phase finale. Affaire à suivre. 

 

Le Récap’ #9

Info culture : Si les bruits courent depuis juillet 2019, c’est désormais officiel : James Bond est remplacé. Le mythique agent secret incarné par une femme ? Oui, c’est possible ! Lashana Lynch devient la première actrice de couleur à reprendre le matricule de 007 ; elle apparaîtra aux côtés de Daniel Craig dans Mourir peut attendre. Mais pas d’inquiétude : 007 ne sera pas moins badass que d’habitude…  

Info sport : Nouvelle semaine cauchemardesque pour les trois clubs français en Ligue des Champions. En effet, si le Stade Rennais et le PSG ont signé leur deuxième défaite en trois matchs face à Chelsea et Leipzig, c’est surtout l’Olympique de Marseille qui déçoit une nouvelle fois en égalant le “record” de douze défaites consécutives dans la compétition. Lille sauve cependant l’honneur du football français en battant le Milan AC trois buts à zéro en Europa League.

Info éco : Lancé par la marque éco-responsable Faguo, le collectif Make Friday Green Again compte plus de 200 entreprises françaises appelant au boycott du Black Friday. Au lieu de casser les prix à outrance pour maximiser leurs ventes, les enseignes membres sont appelées soit à fermer boutique le jour j soit à promouvoir la lutte contre la surconsommation. Certaines vont profiter de cette occasion pour faire l’éloge de la réparation plutôt que le jet, l’achat de seconde main, ou encore le don à des associations lorsque des objets restent bêtement inutilisés dans nos placards.

Info politique :  La proposition de loi pour une « sécurité globale », examinée par les députés depuis mercredi, prévoit à l’article 24 de limiter la diffusion d’images des forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction. La Défenseure des droits, Claire Hédon, s’est dite particulièrement préoccupée par cette disposition qui ne doit pas « entraver ni la liberté de la presse, ni le droit à l’information ».

Info internationale : Le verdict tombe enfin après des élections à rallonge depuis le mardi 3 novembre : le démocrate Joe Biden est élu président des Etats-Unis. Son adversaire républicain Donald Trump ne s’avoue pas vaincu pour autant : il accuse plusieurs Etats de fraude électorale et demande le recomptage des bulletins. Ces recours n’auront cependant pas d’incidence sur le résultat final, d’après la plupart des médias américains.

Le Récap’ #8

Info politique :
Suite à l’attentat islamiste commis à Nice ce jeudi contre des fidèles catholiques, le plan vigipirate a été relevé au niveau “urgence attentat”; ce sont près de 7000 militaires qui seront dédiés à la protection de lieux sensibles. Le gouvernement mis au pied du mur aura fort à faire alors même que l’attentat de Conflans-Saint-Honorine demeure dans tous les esprits. Les appels politiques demandant des réformes radicales se multiplient à droite à l’instar du maire de Nice Christian Estrosi : “Nous ne pouvons plus continuer à anéantir l’islamo-fascisme par les seules lois de la paix”.

Info éco :
Pour faire face au reconfinement, le premier ministre présentera cette semaine un quatrième budget rectificatif pour 2020. Les dispositifs de soutien à l’économie seront durcis et recalibrés pour éviter une vague historique de faillites. Selon l’économiste Olivier Blanchard, les subventions directes seront à privilégier aux garanties et exonérations de charges (mises en place lors de la première vague) “car cela mènerait à des hauts niveaux de dettes et de taux de faillites.” Chaque nouveau mois de confinement devrait représenter un surcoût de 15 milliards d’euros pour les finances publiques.

Info internationale :
Un puissant séisme a frappé ce vendredi, la région d’Izmir en Turquie. Ressenti d’Istanbul à Athènes, ce séisme de magnitude 7 a provoqué un mini-tsunami inondant le littoral et les îles côtières. Le bilan fait d’ores et déjà état d’au moins 70 morts et de plus de 900 blessés. Face à cette catastrophe, la Turquie et la Grèce ont mis de côté leur animosité se disant prêtes à s’entraider.

Info sport :
En battant l’Irlande 35 à 27 samedi soir, le XV de France s’est hissé à la deuxième place du tournois des 6 nations. S’il s’agit de la meilleure performance de l’équipe de France depuis 9 ans, c’est surtout un succès prometteur récompensant les réformes entreprises par Fabien Galthié, sélectionneur depuis janvier. Ce dernier a déclaré en conférence de presse “Ce n’est qu’un début”. C’est tout ce qu’on te souhaite Fabien [Ndlr].

Info culture :
L’acteur écossais Sean Connery est décédé à l’âge de 90 ans en cette fin de semaine. Véritable légende du cinéma britannique, son nom était intimement lié à celui de James Bond dont il avait été le premier à incarner le rôle. Parmi son impressionnante filmographie, on citera également Au nom de la rose ou encore Les Incorruptibles.

Le Récap’ #7

L’info éco :
Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott de produits français se sont multipliés dans les pays musulmans. Ces réactions interviennent dans la foulée du discours d’Emmanuel Macron lors de l’hommage de Samuel Paty et des attaques virulentes d’Erdogan contre Emmanuel Macron et la France.

L’info internationale :
Le tribunal constitutionnel polonais a déclaré illégal l’avortement pour malformation grave du foetus, faisant de la Pologne l’un des pays européens avec le droit à l’IVG le plus restrictif. Des manifestations de grande envergure se déroulent dans les grandes villes polonaises.

L’info géopolitique :
Dans le Haut-Karabagh les combats se sont intensifiés toute la semaine entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie causant de nombreuses victimes. Les forces azerbaïdjanaises soutenues directement par la Turquie auraient gagné du terrain faisant craindre la rupture des voies d’approvisionnement entre le Haut-Karabagh et l’Arménie.

L’info sport:
Khabib Nurmagomedov, champion du monde de MMA en catégorie poids légers a signé samedi soir sa 29ème victoire en autant de combats. Toutefois, le daghestanais a annoncé sa retraite à seulement 32 ans pour tenir la promesse faite à sa mère après le décès de son père (et entraîneur) en juillet dernier.

L’info nationale :
L’épidémie de coronavirus continue de progresser en France. Plus de 50 000 nouveaux cas ont été détectés uniquement ce dimanche. Des mesures plus restrictives comme l’avancement du couvre-feu dans certaines villes ou encore des reconfinements locaux sont à l’étude.

L’info culturelle :
Le groupe IAM se raconte dans un livre intitulé Entre la pierre et la plume. Il s’agit de son premier livre après plus de 30 ans de carrière et des milliers de concerts.

Le Récap’ #6

L’info éco:
Le déficit budgétaire fédéral américain a dépassé les 3000 milliard de dollars soit plus de 3 fois le chiffre des années précédentes. Cette augmentation est évidemment due à la hausse du nombre de chômeurs causée par la délocalisation des élevages de poulets roses du Japon des Etats-Unis vers le Chili.

L’info internationale:
Ersin Tatar, candidat nationaliste soutenu par la Turquie, s’est imposé lors des élections de l’autoproclamée République turque de Chypre-Nord. La victoire de ce candidat hostile à la réunification de l’île est une victoire et un atout pour Ankara dans un contexte de fortes tensions en Méditerranée orientale.

L’info nationale:
Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie a été décapité devant son collège de Conflans par un homme de dix-huit ans. Ce dimanche 18 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées partout en France, notamment place de la République à Paris. Paix à son âme.

L’info culturelle:
Après l’annonce du couvre-feu mercredi dernier, la ministre de la culture Roselyne Bachelot a envisagé une exception pour le secteur culturel. Malgré les difficultés de ce dernier à se relever après le confinement, le Premier Ministre Jean Castex a immédiatement refusé cette proposition.

L’info sportive :
Le Losc s’est imposé avec la manière face à Lens en clôture de la 7ème journée de la Ligue 1. Une performance qui permet à Lille de prendre provisoirement la tête du championnat.

N’oubliez pas la conférence Tribunes du mercredi 21 octobre !