La loi Avia, fausse bonne idée ?

Article d’opinion

Les faits

Le président de la République avait annoncé le 16 mars dernier la suspension de toutes les réformes, dans le contexte de la crise sanitaire à laquelle nous faisons face. Cependant, le 13 mai, l’Assemblée Nationale a officiellement adopté la loi Avia, loi contre les contenus haineux sur Internet. Le résultat des votes n’était pas unanime : 355 pour (LREM, MoDem et UDI-Agir) et 150 contre (Les Républicains, la France insoumise et le Rassemblement National) et les socialistes qui s’abstiennent : cela annonçait déjà les débats qu’elle allait engendrer.

La loi tient son nom de la députée de Paris Laetitia Avia (LREM), qui l’a déposée le 20 mars 2019. Elle s’était fortement inspirée de nos voisins allemands et de leur loi Netzwerkdurchsetzungsgezetz (NetzDG pour les intimes). En 2019, Laetitia Avia avait déclaré : « Il nous faut affirmer que nous ne pouvons plus tolérer sur Internet ce que nous n’accepterions jamais dans un bus, dans un restaurant ou dans l’espace public. »

En bref, le but de la loi Avia est de retirer les contenus terroristes et pédopornographiques de n’importe quel site une heure après leur signalement, et les contenus « manifestement haineux » (racisme, antisémitisme, homophobie, violence, incitation au crime, harcèlement sexuel) des principaux réseaux sociaux, plateformes collaboratives (Le Bon Coin, TripAdvisor…) et moteurs de recherche sous 24h.

Les opérateurs des sites doivent donc mettre en place un dispositif accessible, lisible et simple d’utilisation permettant à n’importe quel utilisateur de signaler un contenu illicite. Si le site Internet refuse de supprimer le contenu ou s’il ne respecte pas les délais, il risque une amende de 250 000 euros, ainsi qu’une sanction à hauteur de 4% de son chiffre d’affaires de la part du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel). Le signalement abusif est, quant à lui, puni de 15 000 euros d’amende et d’un an d’emprisonnement. La loi ne concerne pas vraiment les auteurs des messages haineux, si ce n’est à travers la mise en place d’un parquet spécialisé afin de les juger.

Controverses et liberté d’expression

Cette loi a pour objectif premier de protéger de la haine qui se manifeste à travers les insultes, nul ne peut en critiquer le dessein. Mais beaucoup y voient une atteinte à la liberté d’expression, comme les Républicains qui ont déposé le 18 mai 2020, un recours auprès du Conseil constitutionnel contre la proposition de loi, au nom de la défense de la liberté d’expression. Douze ONG ont également signé un appel en signalant que « en contournant les prérogatives du juge judiciaire, la loi Avia porte atteinte aux garanties qui nous permettent aujourd’hui de préserver l’équilibre de nos droits et libertés fondamentales »

La haine n’a pas de définition dans le droit français (elle peut simplement être le motif de crime ou de délit mais elle n’est pas une infraction en soi). Si, en théorie, cette loi visant à éradiquer la haine d’Internet semble être une bénédiction pour quiconque aimerait surfer dans un environnement sain et bienveillant, la pratique est toute autre. Très simplement : comment identifier, à coup sûr, des propos haineux, quand le mot haine n’a pas de définition légale ? Très fréquents sont les exemples de controverses ayant trait à des tentatives d’humour, jugées hilarantes pour certains et s’apparentant à de la haine gratuite pour d’autres. En témoignent les tristement célèbres caricatures du prophète Mahomet du journal satirique Charlie Hebdo, dont la publication -rendue populaire par les attentats ayant touché les locaux du journal en janvier 2015- a suscité de violents débats sur la liberté d’expression. Parce que bien sûr, le problème sous-jacent des controverses liées à cette loi est la liberté d’expression. Je ne vous ferai pas l’affront de vous citer la célébrissime phrase de Pierre Desproges « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde », puisque d’une part, personne ne sait exactement ce qu’elle signifie, et d’autre part, ce qui est posté sur Internet est, par structure, destiné à précisément tout le monde. Cependant, le problème est là : sommes-nous assez naïfs pour croire que des algorithmes seront capables de discerner le second degré dans les tweets ? Comment protéger la liberté d’expression tout en bannissant la haine ?

De plus, remettre la décision de ce qui est haineux ou non entre les mains du CSA et en dessaisir l’institution judiciaire pose question. En effet, le CSA est une « autorité administrative indépendante » mais dont les membres sont nommés par le président de la République et les Assemblées, c’est-à-dire par les pouvoirs exécutif et législatif. Il est également important de noter que les membres du CSA reflètent l’orientation politique du gouvernement, et que le « politiquement correct » d’E. Macron diffère probablement beaucoup de celui de M. Le Pen. Avec les réseaux sociaux, il faut agir vite, c’est pourquoi cette loi impose un délai très court aux plateformes. Il serait humainement impossible de faire intervenir un juge pour chaque commentaire, c’est pourquoi on donne le rôle aux plateformes elles-mêmes, de créer des algorithmes. Ce délai d’une heure est critiqué par certains comme étant contraire à la Constitution, car une mesure restreignant un droit fondamental (ici, la liberté d’expression) ne peut être conforme à la Constitution que si elle “n’excède pas ce qui est nécessaire à la réalisation de l’objectif suivi”. Or, pour la loi Avia, on peut d’abord distinguer un défaut d’adéquation car le délai est impossible à respecter pour les plateformes. A titre d’exemple, Facebook n’a pas réussi à supprimer en 24h l’intégralité des vidéos de la tuerie de Christchurch le 15 mars dernier. Si le géant des réseaux sociaux n’a pas su le faire en 24h avec ses algorithmes de pointe, il paraît inenvisageable que les autres sites soient capables de le faire dans les mêmes délais. On constate également un défaut de proportionnalité. Pour ne prendre aucun risque, les réseaux sociaux vont créer des algorithmes larges qui préféreront en enlever trop que pas assez pour ne pas être sanctionnés financièrement. Ainsi, tous les contenus qui ne seront pas suffisamment politiquement corrects seront retirés et on éteindra toute sorte de débat sur les réseaux sociaux.

Le 18 mai, le #sijétaitjuif (sic) a été propulsé en première place des tendances Twitter du jour. Le contenu des tweets reprenant ce hashtag était puant d’un antisémitisme digne des années 30, c’est donc typiquement pour ce genre de situations que la loi a été pensée. Cependant, bon nombre de personnes, indignées par ce comportement, ont repris le hashtag pour le dénoncer. Un algorithme aurait probablement supprimé tous les tweets le contenant, sans distinction aucune entre ceux l’utilisant dans un objectif de haine, et ceux dans un objectif de dénonciation… De la même manière, il arrive que des auteurs qui cherchent à dénoncer des propos ou certaines injustices de la société choisissent d’utiliser les mêmes formes de rhétorique que ceux qu’ils dénoncent pour être plus percutants : leurs textes seront-ils supprimés également ? En outre, les signalements abusifs seront, d’après la loi, punis d’une amende : comment juger la bonne foi d’une personne qui peut avoir été heurtée par un message que d’autres trouveront normal ou humoristique ?

Dans l’intention, cette loi semble être une bonne initiative pour stopper la haine sur Internet qui devient un espace public comme un autre. Mais n’étant pas la préoccupation majeure actuellement, elle a été expédiée un peu précipitamment. Dans les faits, cette loi va donc placer entre les mains des GAFA étrangers le droit d’apprécier le concept extrêmement flou de ce qui est haineux ou non à grand renfort d’algorithmes et de risques de sur-censure, tandis que le pouvoir judiciaire national – pourtant garant des libertés individuels – sera court-circuité.  En somme, c’est bien la liberté d’expression qui risque de payer le prix de cette tentative de purification du net. Le Conseil constitutionnel a été saisi, il avalisera ou bien retoquera le texte s’il ne le juge pas proportionné.

Interview de Sophie Rufin, membre d’une liste BDE 100% féminine en 1987

Bonjour Sophie. Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours en quelques mots ?

Bonjour ! Je fais partie de la promotion 1989. Après mon diplôme, j’ai travaillé pendant 3 ans dans le grand groupe Reckitt. Après cela, je me suis davantage orientée vers les ETI /PME, souvent des entreprises familiales ou dans le secteur de l’agroalimentaire. Je travaillais dans les départements Marketing et de Direction Générale.

Depuis 2019, je travaille dans le Management de transition et je m’apprête à devenir directrice du pôle industrie chez Delville Management.

En 1987, vous étiez membre d’une liste BDE composée uniquement de profils féminins. Pouvez-vous nous raconter votre campagne ?

Tout d’abord, l’idée de former une liste BDE 100% féminine nous est venue car nous habitions dans une « Maison des étudiantes » dans le 17ème arrondissement. Il s’agit d’une sorte de colocation où nous étions que des filles. Cela nous a ensuite inspirées pour constituer notre liste BDE.

Notre volonté première était de casser les codes à l’ESCP. A l’époque, le système des listes était bien différent de ce qu’il peut être aujourd’hui. 6 à 7 listes s’affrontaient et une partie ne listait que pour l’expérience, sans véritablement vouloir être élu.

Pendant la campagne, toute l’équipe était habillée en rose, avec des couettes. On a vraiment nourri l’ESCP ! Lister BDE ,c’est vraiment inoubliable.

Si vous deviez dresser un bilan de cette expérience aujourd’hui, quel serait-il ?

Lister a été ma première expérience de type projet. J’étais en tête de liste (présidente) donc cela me rajoutait encore plus de responsabilités ! J’étais en plus en charge de la gestion des sponsors donc c’était un aspect assez professionnalisant de la campagne.

Mais avant tout, lister, c’est une vraie expérience humaine et managériale, qui m’a également appris la gestion de la fatigue et qui a tissé des liens à vie avec les membres de la liste, dont je suis encore très proche.

Pour finir, quel conseil souhaiteriez-vous donner à un étudiant ESCP pour qu’il optimise son passage à l’école ou même en général ?

Le meilleur conseil que je pourrais vous donner est de vous faire plaisir avant tout. On a trop tendance à penser en termes de carrière et c’est dommage ! Il faut profiter de ces années qui sont uniques.

Il faut aussi garder en tête qu’on aurait plusieurs métiers : votre carrière sera faite de changements et c’est votre capacité d’adaptation qui fera la différence.

Artistes et confinement

Bien que cet article paraisse dans le premier SCEBDO déconfiné, on parle toujours du confinement… mais cette fois d’un point de vue artistique. Cet article est le premier d’une série de trois articles dans lesquels nous avons interrogé des artistes sur l’impact que le confinement avait eu dans leur processus de création. Cette première édition met à l’honneur des talents musicaux, notamment ReVeR (aka Arthur) que vous avez peut-être eu la chance de croiser dans les couloirs de la SCEP ! Bonne lecture et n’hésitez pas à les suivre sur les réseaux sociaux pour écouter leurs douces mélodies.

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Le monde d’après

La situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est inédite. Il se pourrait bien que la pandémie du Covid-19 modifie drastiquement notre perception des relations sociales et du monde.

De toute l’histoire de l’humanité, jamais le mot confinement n’avait été autant employé. La prescription d’une telle distanciation sociale paraît aberrante quand on pense aux valeurs que la société s’est toujours efforcée de nous inculquer : la communication est indispensable, elle est au fondement de toute entreprise et de toute réussite. Bien entendu, les technologies actuelles couplées de notre sens de l’organisation nous permettent de poursuivre nos échanges, même à des centaines de kilomètres les uns des autres. Annoncer que nous assistons à l’abolition de toute forme de communication serait donc précipité, et surtout faux, mais nous ne pouvons pas nier que cette épidémie laissera certainement des traces indélébiles en nous conférant de nouvelles habitudes.

 

Une nouvelle organisation économique va-t-elle voir le jour ?

Premièrement, le réagencement de certaines activités pourrait favoriser l’émergence d’une nouvelle organisation économique. Le monde professionnel, par exemple, subit des modifications considérables, telles que la généralisation du télétravail (du moins dans le secteur tertiaire) ou encore l’assouplissement des règles d’embauche et de remplacement. Les secteurs qui se trouvaient en pleine période d’expansion juste avant cette crise, pour ne pas mentionner le transport aérien et l’éducation, devront s’adapter aux dispositions prises. En effet, les personnes malades ou devant s’absenter pour garder leurs enfants, par exemple, doivent être remplacées au pied-levé sans la possibilité d’un long processus de recrutement. En parallèle, la question de la réouverture de écoles est sur toutes les lèvres. Elle apparait comme une priorité, tant les inégalités se creusent entre les élèves pendant cette période de confinement. Depuis des années, beaucoup se plaignent de classes surchargées, avec un travail qui n’est, par conséquent, pas assez individualisé. Aujourd’hui, de petits effectifs ainsi qu’un suivi des élèves seront de mises pour le retour à l’école, et c’est un changement qui peut amener à repenser de façon positive le système éducatif.

L’irruption du Covid-19 a également su mettre en exergue les fragilités de notre système de santé sur lequel la restriction budgétaire exerce une grande pression. Qui sait, peut-être que les réseaux médicaux et hospitaliers pourront désormais bénéficier d’une marge de manœuvre plus importante pour entreprendre leurs recherches. Les obligations en matière d’hygiène seront sans doute renforcées, et les circuits d’approvisionnement réorganisés de manière à ce qu’ils garantissent davantage de sécurité pour la population. De manière générale, on espère surtout une revalorisation des conditions de travail et des salaires pour les métiers dans les hôpitaux. Depuis des années, le personnel hospitalier manifeste pour l’amélioration de leur situation, il faut donc espérer que la crise sanitaire que nous traversons servira de déclic pour que les mesures gouvernementales en leur faveur se concrétisent.

 

Peut-on parler d’une fin de la mondialisation ?

Il est encore trop tôt pour prétendre une avancée de la production locale, mais une volonté d’indépendance par rapport aux autres pays se profile graduellement. La pénurie de médicaments, en effet, nous a fait prendre conscience de la nécessité d’une telle émancipation. On peut espérer que la mentalité des consommateurs évoluera avec la volonté de consommer local pour aider les producteurs français.

D’autre part, n’oublions pas le tourisme de masse, qui constitue en France l’un des secteurs les plus lucratifs. Avec la fermeture des frontières, la notion d’hypermobilité, autrefois si utilisée, est vouée à disparaître. Dans ces domaines, l’économie est à l’arrêt, ce qui représente un immense problème pour les pays attirant le plus de vacanciers. Il sera donc nécessaire de relancer le tourisme intérieur dans les mois à venir. On entend beaucoup parler d’un futur recul de la mondialisation et d’un possible retour du protectionnisme. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin contre le virus, cette hypothèse persistera longtemps.

 

Vers un nouveau monde ?

C’est notre quotidien entier qui va devoir être repensé. La bise et la poignée de main, gestes si fortement ancrées dans la tradition française, subsisteront-ils suite à ce bouleversement ? Le port du masque deviendra-t-il une banalité, alors même que les industries de notre pays avaient totalement délaissé leur fabrication par manque de rentabilité ?  Notons d’ailleurs qu’un grand nombre de réactions ont été suscitées par la découverte d’une vie dénuée de superflu : pour certains, une journée de travail se révèle plus efficace et moins fatigante, et pour d’autres, c’est l’occasion de devenir moins dépensiers. Puisqu’ils se sont passés de tant d’achats pendant le confinement, s’abstenir encore un peu s’avère tout à fait concevable. La consommation de masse sera donc peut-être remise en cause. Sans parler de la réduction de la circulation et des divers trafics qui permet d’apporter une bouffée d’air frais à notre planète. C’est l’occasion pour tout le monde de prendre du recul et de réduire son impact écologique au quotidien. Alors que bon nombre de français s’impatientent à l’idée de sortir de chez eux, il faut espérer qu’ils réfléchiront tout de même à la portée de de leurs actes et changeront au maximum leurs habitudes pour préserver notre planète.

Ce qui est sûr, c’est que tant qu’une solution valable n’aura pas été apportée, cette crise marquera la séparation entre deux mondes : celui d’avant et celui d’après.

 

 

 

 

Qui payera ?

Qui payera ?

Depuis quelques jours les milliards pleuvent. Envolés les problèmes de déficit public, la sacro-sainte règle maastrichtienne des 3%, l’équilibre budgétaire. Tout ça c’était le monde d’avant. La santé, et la sauvegarde des entreprises passent avant tout. Aux Etats-Unis, en Europe, en Chine les plans de relance pour éviter l’effondrement de pans entiers de l’économie se multiplient. En France, alors même que nous ne sommes qu’au début de la crise, on estime que le recul de l’activité combiné aux mesures exceptionnelles annoncées par le gouvernement pourrait faire bondir le déficit de 99% à 115% du PIB. La question que vous vous posez peut-être est qui payera ? Qui payera le plan du gouvernement à 100 milliards, qui payera la relance européenne à 1000 milliards ? Vous avez pu (ou non) constater la hausse massive des impôts intervenue après 2008. Doit-on s’attendre à une hausse au carré une fois le plus dur (et les élections) passés ?

Les dettes qui sont en train d’être accumulés sont impayables

            Le montant des dettes accumulées est tellement colossal qu’il est fort probable qu’elles ne soient jamais remboursées. Bien sûr cela dépend en partie des pays, pour l’Allemagne ou les Pays-Bas il n’y a pas beaucoup d’inquiétudes à avoir. Mais qu’en est-il pour des pays plus fragiles et qui ne sont pas parvenus à se désendetter significativement depuis 2008 ? Ce sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne et même la France. Pour rembourser cette dette, il n’y a globalement que trois leviers conventionnels pour un Etat : la croissance économique, l’augmentation des impôts et la baisse des dépenses. La première solution est exclue, peuples vieillissants, productivité stationnaire, la croissance est grippée et aucun élément ne pourrait vraisemblablement la ranimer dans les prochaines années. La solution de l’austérité est possible mais paraît hautement déraisonnable. Outre que cela grèverait une partie de la croissance (et donc annulerait l’effet souhaité), l’effet social serait dévastateur. La crise des gilets jaunes a été le marqueur d’un trop d’impôt en France, et le signe d’une véritable gronde sociale latente. Par ailleurs, la crise sanitaire a rappelé l’impérieuse nécessité d’investir dans les systèmes de santé et de protection. En Italie, en Espagne ou en Grèce austérité et paupérisation ont laissé des traces profondes et des ressentiments tenaces. D’autant que tout cela aurait été en fin de compte … pour rien. Dans nos démocraties déjà fragilisées, toute nouvelle cure d’austérité agirait comme une bombe sociale à même de menacer gravement nos systèmes politiques voire à même de faire exploser nos démocraties.

Et pourquoi ne pas faire payer les riches ?

Pourquoi tout simplement ne pas faire payer les riches, les millionnaires, les milliardaires ? ceux qui se sont considérablement enrichis avec la mondialisation. Un impôt exceptionnel de solidarité serait parfaitement légitime et aurait le double avantage de se parer de justice sociale. Ce refrain on l’entend souvent ces derniers temps et au fond, comparativement à l’austérité, il s’agit d’une solution plus raisonnable. Le problème est que la plupart du temps faire payer les riches ne paie pas, ou peu. Le symbolique impôt sur la fortune supprimé par Macron ne rapportait que le montant dérisoire de 4 milliards d’euros. Pour compenser l’envolée du déficit il faudrait donc créer 44 ISF. Le seul moyen efficace reviendrait à se saisir directement d’une partie de leur fortune, à prendre un certain % directement sur leurs épargnes et leurs biens. Or en France comme dans d’autres démocraties, les impôts confiscatoires sont interdits par la constitution. Par ailleurs, une telle mesure confiscatoire nécessiterait la mise en place d’un contrôle des changes pour empêcher une fuite des capitaux. A cela s’ajoute le fait que les riches sont aussi rattrapés à leur manière par la crise, Bernard Arnault aurait perdu au moins 10 milliards d’euros depuis le début de la crise.

Ne pas rembourser ?

            On entend beaucoup ces derniers temps que nous ne sommes pas responsables de la dette, rien ne nous engage à la rembourser. Les créanciers n’ont qu’à bien se tenir. En paraphrasant Staline « Les créanciers, combien d’armées » ? On oublie souvent que se ne sont pas que les grandes fortunes qui détiennent les obligations d’Etat. Par exemple, les assurances et les banques détiennent environ 30% de la dette française, et à travers elles c’est vous. Plus précisément, il s’agit des assurances-vie et des épargnes retraites. Ne pas rembourser revient donc à euthanasier une partie des épargnants. A supprimer toute ou partie de la retraite de milliers de personnes. Toute dette n’est jamais que l’épargne de quelqu’un d’autre, ne pas payer – faire défaut – c’est donc faire payer l’autre : ruiner l’épargnant. Cette hypothèse a d’ores et déjà été exclue par le gouvernement.

La solution par défaut

            Paradoxalement, aujourd’hui alors que l’ampleur de la crise se précise un peu plus chaque jour, les Etats européens ne rencontrent aucun problème pour lever des fonds et emprunter. Plus encore, les Etats empruntent à des taux d’intérêt très faibles. Cela est la résultante d’une politique volontariste de la banque centrale européenne qui a tranquillisé les marchés en annonçant un plan d’action à coup de centaines de milliards. En achetant massivement la dette des pays européens sur les marchés secondaires, la BCE a apporté une garantie aux investisseurs, et stabilisé les taux d’intérêt. La BCE s’est d’ailleurs autorisée à posséder jusqu’à 33% de la dette d’un pays européen. De fait, les Etats européens ne souffrent d’aucun manque de liquidité (cash pour faire face aux échéances), c’est davantage leur soutenabilité (capacité d’un Etat à contenir sa dette) qui est interrogée dans les prochaines années et donc leur solvabilité (capacité d’un Etat à ne pas faire défaut) à moyen-long terme.

Or, en montant en puissance dans la dette des Etats, et pour ne pas alourdir les échéances des Etats, il est probable que la BCE neutralise ses créances, c’est-à-dire que leur maturité soit étendue sur une très longue durée, et cela avec des taux d’intérêt proche de 0. Autrement dit, en étalant massivement la période de remboursement d’une dette la pression sur les Etats devient minime. Et comme on le sait à votre différence (oui oui vous devrez rembourser votre prêt étudiant) un Etat a le bon goût d’être possiblement immortel. La dette devient en quelque sorte perpétuelle.

Le tabou de la planche à billet

            Vous l’aurez compris sans austérité ni augmentation des impôts, sans probable forte croissance dans les prochaines années, et sans problèmes de liquidités la dette des Etats devient perpétuelle. Or, il y aurait une solution – et le débat fait rage chez les économistes – il s’agit de la planche à billet et de l’inflation. Qu’est-ce que l’argent ? C’est un bout de papier (ou une valeur numérique) auquel on attribue de la valeur comme intermédiaire d’échange. Et bien nous n’avons qu’à faire tourner la fameuse planche à billet, c’est-à-dire imprimer, créer autant d’argent et de billets que nécessaire. Aussi surprenant que cela paraisse c’est aussi simple que ça.

Et c’est ce que l’on fait actuellement de façon insidieuse ; mais cela pourrait être fait de façon beaucoup plus massive. La banque centrale européenne créerait massivement des liquidités, plusieurs centaines de milliards ex nihilo, et financerait directement les Etats et surtout ferait repartir l’inflation grâce au fameux hélicoptère monnaie (scénario où de l’argent serait directement crédité sur votre compte). Non ce n’est pas de la science-fiction mais bien une hypothèse très sérieuse débattue et qui constitue un recours en cas d’aggravation de la situation.  

D’aucuns questionneront la valeur du travail, « chaque écu doit se suer » disait effectivement le père Grandet ; ces arguties techniques sont immorales et contre les principes économiques fondamentaux. Ils n’auraient pas tout à fait tort, attention à trop faire marcher la planche à billets, le risque est d’affaiblir la valeur que nous attribuons à la monnaie et de perdre totalement le contrôle de l’inflation. Refusant catégoriquement ce saut dans l’inconnu (la BCE), la dette des Etats est bien partie pour être reléguée de générations en générations à moins qu’un événement imprévue ne précipite un nouveau scénario catastrophe.

Retour en 2015

Certains d’entre vous sont peut-être frappés par la dépression quarantenaire, songeant avec tendresse et nostalgie à leur vie d’avant. C’est avec émotion qu’ils se remémorent les nombreux cours passés et notamment les si fameux cours de Management des Opérations. A travers cette article de 2015, Aly vous propose de revivre l’ambiance si particulière de ces cours et surtout de porter un regard critique sur l’année qui vient de s’écouler.

Par Clément Reuland

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3 idées de podcasts

Il y a 2 semaines, Streams t’avait déjà donné quelques idées pour ne pas sombrer dans l’ennui et la paresse intellectuelle (à lire : Culture et confinement ). Aujourd’hui, on continue en te faisant découvrir 3 podcasts. L’occasion de découvrir des choses, de réfléchir ou de se cultiver de manière différente, sans être devant un écran. Un appétit pour l’information en mobilité a permis aux podcasts de se développer rapidement : les gens aiment écouter des podcasts dans les transport en communs, en voiture ou en marchant dans la rue. Mais les podcasts sans bouger de chez soi c’est bien aussi ! Tu peux faire autre chose en même temps, tu peux faire à manger, ranger, faire un puzzle, dessiner, jouer avec ton chat, bref des activités qui ne demandent pas forcément une extrême concentration, et qui te permettent donc de te concentrer sur autre chose, tu l’auras compris. De plus, le format peut transmettre des émotions assez facilement parce qu’une voix aura souvent plus d’impact sur nous qu’une simple lecture. Alors voici 3 idées de podcasts à écouter !

Les Braqueurs

Les Braqueurs c’est 3 hommes, 3 anciens braqueurs qui racontent leurs histoires. C’est le dessous des braquages, l’organisation du début à la fin mais aussi les arrestations, les années de prison. On vit avec eux minute après minute le déroulement des braquages, et on s’imagine parfaitement les scènes, tant les descriptions sont précises et mises en abîme par des ambiances sonores. Ces hommes expliquent leurs raisons, leurs motivations, leur rapport à leurs proches et leurs doutes. Pascale Pascariello, la journaliste qui a donné la parole aux 3 hommes explique ses intentions : « J’ai voulu revenir sur cette image romanesque du braqueur. Eviter de juger ou d’en faire l’apologie, mais comprendre comment ces hommes en sont arrivés là ». Les braqueurs c’est original, captivant et intimiste.

Disponible ici https://www.arteradio.com/serie/les_braqueurs et sur Deezer

Flicopolis

On change de domaine avec Flicopolis et on change surtout de point de vue. Bienvenue dans l’univers du trafic de drogue en banlieue parisienne où un officier des stups nous décrit anonymement son quotidien. Pendant 8 épisodes de seulement 5min environ, il raconte sans tabou son rapport à son métier et ses relations avec ses collègues et avec les trafiquants. Il aborde des sujets difficiles comme les violences policières mais aussi la difficile acceptation du métier par son entourage. Flicopolis c’est à l’opposé des reportages scénarisés qu’on voit à la télé où on suit des interpellations en caméra caché, avec les ¾ de notre télé floutée. Flicopolis, c’est transparent et honnête, c’est un homme touchant qui aime son métier et qui nous le raconte à cœur ouvert.

Disponible ici https://www.arteradio.com/serie/flicopolis et sur Deezer

Mansplaining

Thomas Messias est un passionné de cinéma et de féminisme. Il a décidé de combiner les deux dans un podcast en interrogeant la pluralité de la masculinité, souvent à travers l’analyse de différents films. Les sujets sont variés : l’adolescence des garçons, le rapport au corps des hommes, l’orientation sexuelle … Dans l’accroche du podcast, l’auteur est ainsi défini : « Trentenaire, blanc, hétéro, cisgenre, marié et père, Thomas Messias est ce genre de personnes qu’on entend déjà beaucoup trop dans les médias, y compris sur des sujets qu’elles ne maîtrisent pas toujours. ». Et c’est justement la voix des hommes pas comme lui que Thomas veut élever. Un podcast original et décomplexant qui fait réfléchir au féminisme au prisme de la masculinité.

Disponible ici http://www.slate.fr/podcasts/, sur Deezer et sur Spotify

L’absurdité conjoncturelle : preuve d’une société infirme

Article d’opinion

Notre époque témoigne de la fleuraison timide d’une conscience écologique. Pourtant, les contradictions ne cessent de s’empiler. D’un côté, l’espoir de voir germer une éco-responsabilité généralisée – entendue comme la mise en place de mesures concrètes et efficaces – est à son maximum.  De l’autre, ce lundi 20 avril, pendant quelques heures, il était possible de gagner de l’argent en achetant du pétrole. Le prix du baril de WIT (West Texas Intermediate), un des pétroles de référence à l’échelle mondiale servant aussi à fixer le prix du pétrole brut, est passé en dessous de zéro dollar. Il fut possible de gagner presque 40$ en achetant de l’énergie non-renouvelable. Mauvaise nouvelle pour l’écologie.

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