Heureux qui comme Ulysse s’est confiné à Ithaque

Heureux qui comme Ulysse s’est confiné à Ithaque. Mais si Joachim du Bellay possède son Liré, tous n’ont pas la bonne heure d’un petit village où fume la cheminée. Aux fenêtres de blêmes HLM, sous les bas plafonds de trous de souris, ou entre les quatre murs branlants d’une maison qu’on n’a toujours pas fini de payer, le confinement n’a rien de regrets bucoliques. Alors, que votre confort soit spartiate ou des plus printaniers, l’épreuve résidera surtout dans l’appréciation de votre propre compagnie.

Se réfugier dans son for intérieur dépasse pour nombre de confinés agités leur commune mesure. Comment mobiliser ses rares points de quotient intellectuel pour égrainer de longues heures ? N’est pas bijectif qui veut. L’algébriste rend ici la parole à l’humaniste. Pascal, qui était les deux à la fois et même bien plus : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ». Petit kaléidoscope du confiné, à qui on souhaite tout le bonheur du monde.

Les belliqueux se parent des oripeaux de l’union sacrée, mais que savent-ils vraiment de l’état de siège ? La cinquième colonne cherche simplement à s’essuyer le postérieur, mais m’est avis qu’il lui faut bien plus qu’une fessée. N’a pas lu Camus qui savait lire hélas. Les badauds badins ne sont plus en âge d’être concernés par l’enseignement à distance du ministère de l’Éducation nationale. On ne saurait pour autant s’empêcher de leur recommander un MOOC aristotélicien pour raison garder, avant de leur annoncer que leur confinement de princesse s’achèvera par le baiser d’un prince masqué. Et qui ne les emmènera pas au bal.

Le nomade mondialiste se résout à la mise en sourdine du mouvement perpétuel, en espérant que tout ça n’est qu’éphémère. Habitat attaliste ou demeure à la Bellamy ? Je crains que le confinement ne soit pas hors-sol. Le lit d’olivier d’Ulysse n’est-il pas de souche ? N’est pas disciple d’Héraclite qui veut. Les casaniers à défaut de crouler sous le poids du ménage de printemps lisent le leur en livres. L’hibernation hivernale est seulement prolongée. Le misanthrope lui est tout autant rachitique qu’illettré, aussi proposez de lui livrer ses courses. Soit, la cigale attendra la prochaine fête des voisins. Nulle pirouette pour la fourmi qui échappera cette fois à la lamentation du parasite. Cette année la bise vient du levant, le grain lui ne s’achète toujours pas à crédit, alors si vous ne touchez pas le chômage technique dansez ! Le cycliste, lui, faute de rouler en danseuse, ronge son frein contre un État empêcheur de tourner en rond. Mais dites-moi, les municipales se tiendront-elles en même temps que le Tour de France ? Si Hidalgo gagne en Vélib’ c’est peut-être qu’elle se dope dans ses salles de shoot parisiennes. La boucle clientéliste est bouclée, pour la Grande on attendra qu’elle batte le pavé des Champs Élysées.

L’internaute revêt par-dessus son plaid l’aube de thuriféraire de la fibre tant et si bien que cette dernière suffoque. Allez dire aux geeks que la 5G accélère la contagion, ils arrêteront leurs chinoiseries sur les réseaux sociaux. Le banquier insatisfait du CAC se fait embabouiner par le viager. Le confinement outre-tombe est un produit financier comme les autres après tout. Les fidèles d’Hippocrate dirigent tant bien que mal le régime des malades à leur avantage, sans rationner leurs efforts. Un petit salaire est compatible avec un grand engagement on le savait depuis longtemps, mais il sera bientôt temps de récompenser les serviteurs de l’État autrement qu’avec des tickets restaurants. Shitty job à défaut d’être bullshit. En attendant merci à tous les carabins qui font bloc.

Le libertaire a troqué sa pancarte contre une perfusion maison de lacrymo. Une commercialisation tout aussi prometteuse que celle du cannabis en ces temps de disette de violences policières. Le libertin se confine dans tous les sens à limite de l’imaginable qu’on est en droit d’exiger en tout bien tout honneur une attestation. Mais un serment n’a pas de valeur pour ce genre de baroud.

Le survivaliste a oublié que dans confinement il y a finesse. Si la faim justifie les moyens, ceux qui stockent des conserves discount n’ont pas de compte à rendre. Et j’espère ne pas en avoir avec ceux qui en font des cibles dans leurs caves pour du 9mm. En réalité ils ont juste oublié que dans confinement il y a finement. Pour conclure une chronique non-exhaustive, l’auteur, lui, a volontairement omis qu’il y a con. N’est pas Homère qui veut.

Par Ange Santoni

illustrateur : QLV

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