Le dernier jour d’un confiné

30 septembre 2020

Cela fait maintenant 3 jours que je suis en détention préventive dans mon studio parisien de 20m². Mon seul crime est d’avoir des symptômes, imperceptibles qui plus est. Il ne faudrait pas risquer de contaminer d’autres personnes.  C’est en tout cas ce que soutiennent les autorités pour justifier de mon enfermement. Où est la présomption d’innocence si chère à notre pays ? Pourquoi traiter tous les suspects comme de vulgaires criminels ?

Je divague. La solitude commence à se faire ressentir. Même les cours généreusement distillés par l’ESCP via Blackboard ne parviennent pas à atténuer mon ennui.

Ô vie sociale, quand me reviendras-tu ?

1 octobre 2020

J’ai perdu le goût de vivre (littéralement).  Mon bourreau, LA Covid-19, m’aura finalement tout pris. Ménage, Homework MyFinanceLab… j’ai même fini toutes les tâches de ma To-do list. Que faire ? Seuls les débats virulents à propos de l’écriture inclusive sur les groupes de promo viennent égayer mon quotidien fade et sans saveur.

2 Octobre 2020

Le verdict est tombé. Mon test PCR est positif. Une « covidée », voilà ce que je suis devenue. Condamnée à l’isolement.

Il me faut maintenant l’annoncer aux autres. Déclarer une myriade de « cas contacts » qui seront eux aussi isolés par ma faute. Qui devront eux aussi subir le jugement implacable du test, ressentir la honte, cette peur terrible d’être jugé malade.

15h, je reçois un appel assassin de ma mère : « Bravo, ma fille. La seule chose à ne pas faire. Je t’avais bien dit de ne pas continuer à sortir et d’être prudente. Les jeunes, tous des inconscients. Ne m’approche plus tant que t’es contaminée. ».

18h : Les réponses de mon entourage affluent, tantôt teintées de moquerie, tantôt d’une inquiétude mal dissimulée. Je ne peux leur en vouloir. Le mal qui m’atteint fait peur. Cela fait après tout 6 mois qu’on essaye de le contenir et de le combattre. En vain. Et j’en suis la victime.

5 octobre 2020

Une semaine enfermée.

La vie d’avant me manque. La sensation de marcher plus de 500 pas par jour m’est désormais bien étrangère. Je ne prends pas goût à ma nouvelle condition, même si je m’y habitue peu à peu. Se lever 5 min avant le début des cours en ligne. Ne pas avoir à supporter la bruine parisienne. Mais j’ai conscience qu’à ma libération, plus rien ne sera comme avant : fermeture des bars, séparation alphabétique des élèves…

8 octobre 2020

Premier pas en extérieur depuis 10 jours. A travers mon masque chirurgical, l’air parisien saturé de pollution me caresse doucement les narines. Je n’aurais jamais cru que cette senteur puisse tant me manquer.

La liberté a un goût exquis.

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