« C’est grâce à l’expérience de la création de Star Trekk’ que je me suis ‘‘découvert’’ entrepreneur »

interview de Matthieu Dardaillon, auteur, conférencier et cofondateur de Ticket for Change

Bonjour Matthieu, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 30 ans. J’ai fini l’ESCP en 2014. Tout de suite à la sortie, j’ai cofondé Ticket for Change, une association dont la mission est d’activer des talents pour accélérer la transition écologique et sociale. En 6 ans, nous avons accompagné 70 000 personnes dans le but de les aider à trouver ou créer un job utile à la société, via différents programmes et outils : événements, podcasts, MOOC, formations… On a la chance d’avoir accompagné des projets incroyables comme Yuka, Meet my Mama, La Vie est Belt, les Petites Cantines, Vendredi, Le Drive tout Nu (jetez-y un oeil si vous ne connaissez pas) et plein d’autres !

 

J’ai écrit deux livres autour des sujets d’entrepreneuriat social. Le premier, co-écrit avec Jonas Guyot pendant notre dernière année à l’ESCP, “A la rencontre des entrepreneurs qui changent le monde”, récit de notre exploration durant notre deuxième année de césure. Le second, “Activez vos talents, ils peuvent changer le monde !”, est un guide pratique pour s’engager dans une carrière à impact. A mes heures perdues, j’invente des jeux de société.

 

Tu expliques dans ton livre Activez vos talents, ils peuvent changer le monde ! que Star Trekk’ a fait suite à ta découverte de l’entrepreneuriat. Quelle était pour toi le but initial du projet ?

Oui, pour être plus précis, c’est plutôt grâce à l’expérience de la création du Star Trekk’ que je me suis “découvert” entrepreneur. Il faut savoir qu’il y a 10 ans (déjà 10 ans… !), on ne parlait pas du tout autant d’entrepreneuriat : il n’y avait pas toute la mode autour des start-ups qu’il peut y avoir aujourd’hui. C’est donc un peu par hasard, “en faisant”, que j’ai découvert l’entrepreneuriat. En créant l’asso, il nous a fallu apprendre à structurer un projet, recruter et gérer une équipe répartie sur quatre campus, trouver des financements, coordonner des activités, communiquer… C’est grâce à cette expérience que j’ai découvert un domaine que j’aimais et dans lequel j’étais plutôt à l’aise : initier des projets en partant de 0.

 

Le but initial était double je dirais : d’un côté, vivre une aventure avec des amis autour d’un projet qui nous faisait vibrer ; de l’autre, créer un événement sportif qui puisse permettre de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux environnementaux. Aujourd’hui, on pourrait dire que Star Trekk’ propose en quelque sorte une expérience de “deep ecology”. Par l’expérience du grand air, il permet de (re)prendre conscience de la beauté de la nature et de l’importance de sa préservation.

 

Considères-tu l’expérience Star Trekk comme l’étape initiatique de la quête de sens dont tu parles dans ton livre ?

Ca en fait clairement partie ! Mais c’est une étape, comme il y en a eu d’autres. Par exemple les lectures des livres 80 hommes pour changer le monde ou Vers un nouveau capitalisme, qui m’ont beaucoup inspiré durant mes études. Ou ce jour où en cours à Londres, en plein coeur de la crise des subprimes, où le prof de finance nous a répété plusieurs fois – et sans la moindre remise en question –  que “le but d’une entreprise est de maximiser les profits à court terme pour les actionnaires”… Ou encore, le Jagriti Yatra, “voyage-éveil” de 8000 km en train en Inde, que j’ai eu la chance de vivre, à la rencontre d’acteurs de changement extraordinaires, me prouvant que “l’impossible était temporaire”. C’est un ensemble de “déclics” qui m’ont nourris, comme il doit y en avoir un certain nombre d’autres que je n’ai pas forcément conscientisés.

 

Tu te décris comme un “Changemaker” : peux-tu nous expliquer ce que tu entends exactement par-là ?

C’est plus ce que j’aspire à être que comment je me décris 🙂 Par Changemaker, j’entends faire bouger les règles du jeu. Plutôt que de se plaindre de quelque chose qui dysfonctionne, ou pointer du doigt un potentiel coupable, chercher à apporter une solution avec ses atouts propres. On se plaint souvent que si les choses ne tournent pas rond, ce serait de “de la faute du système”, mais chacun à la capacité d’influencer le système par son comportement ! Mon terrain de jeu à moi, dans mes engagements avec Ticket for Change, c’est de contribuer à rendre désirable et démocratiser les carrières à impact, pour que cela devienne la norme de pouvoir mettre ses talents et son temps de travail au service de grands enjeux de société.

 

Si l’on essayait de dresser un bilan de tout ce que tu as accompli aujourd’hui, quelles seraient tes plus belles réussites et quels seraient tes échecs ?

Ma plus grande fierté je pense c’est d’avoir réussi à créer le job dont je rêvais. Avec des personnes qui partagent les mêmes valeurs et me donnent de l’énergie au quotidien. Ca a vraiment une valeur inestimable. Le reste des autres réussites est rendu possible par ça.

 

Mes échecs : avoir raté 3 fois le permis, qu’une partie de ma famille ne comprenne toujours pas ce que je fais dans mon job, et de ne toujours pas avoir réussi à commercialiser un de mes jeux de société 🙂

 

Quels conseils donnerais-tu à de jeunes Scepiens cherchant à donner du sens à leur vie ?

D’abord, se demander “c’est quoi réussir ma vie ?” pour vous. Pas la définition de vos parents, de vos profs ou de vos potes. Non, la vôtre. Qu’est-ce qui vous rendra fier de ce que vous aurez fait ou vécu ? Et faîtes vos choix d’orientation en fonction. Trop souvent, les gens se réveillent à 40 ou 60 ans, en regrettant de ne pas s’être posé la question à 20 ans…

 

Ensuite, trouver un carnet qui vous inspire et toujours le garder sur vous. Cela parait basique comme conseil, mais c’est le meilleur qu’on m’ait donné il y a quelques années.  Y noter vos inspirations, aspirations, frustrations, ce que vous aimez faire, ce en quoi vous êtes bons… Inscrivez-y vos rêves et vos projets, revenez-y souvent, nourrissez-le un peu chaque jour… Et vous verrez quelques années plus tard que vos rêves d’alors pourraient bien être devenus votre réalité du moment !

 

Enfin, ne pas hésiter à explorer, à sortir des chemins battus, à oser prendre des chemins de traverse, à suivre son intuition ! L’intuition nous permet bien souvent de nous dire ce qui est bon pour nous…

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