La France peut-elle se convertir à l’agriculture biologique ?

Le modèle d’agriculture conventionnelle est à bout de souffle : pression croissante exercée sur l’environnement, agriculteurs qui manquent de reconnaissance, fertilité des sols en péril faisant craindre une baisse généralisée des rendements, impact néfaste sur la santé… Le constat suivant s’impose : nous devons modifier notre approche de l’agriculture. Il existe différentes possibilités que ce soit la nourriture de synthèse ou bien encore l’agriculture hors sol. Nous allons étudier ici la viabilité de celle qui parait la plus simple à appliquer à grande échelle dans un futur proche : l’agriculture biologique.

Tout d’abord, il existe bien des opportunités de conversion dans la mesure où le Bio séduit de plus en plus de consommateurs en France. Ce marché est en pleine expansion on observe ainsi une progression constante du chiffre d’affaires de la filière depuis plus de 20 ans.

Une fois les opportunités de transition mises en évidence intéressons-nous aux rendements. Sont-ils aussi élevés en agriculture biologique, agroforesterie et permaculture que dans l’agriculture conventionnelle ? La réponse est en général non. La conséquence d’une utilisation moindre des pesticides mais surtout des engrais de synthèse est une diminution du rendement à court terme qui se chiffre aux alentours de 15% en moyenne. Il existe certes des cas dans les pays développés où les rendements post transition sont supérieurs, mais ces cas restent très isolés. Cependant, les techniques d’agroforesterie reposent, non pas sur des actions et traitements standardisés, mais sur une observation du milieu et sur la création d’un équilibre. Ainsi les rendements vont progressivement augmenter pour se rapprocher, voire dépasser les rendements en agriculture conventionnelle, qui eux stagnent et sont désormais attendus à la baisse du fait notamment de l’épuisement des sols. Et il semble que l’on n’a pas encore exploité à grande échelle toutes les possibilités offertes par la nature. Par exemple, à la ferme du Bec-hellouin, pionnière de la permaculture en France, sur un hectare on produit autant que sur 10 en agriculture conventionnelle. Au-delà des rendements potentiels inimaginables, leur stabilité  est plus importante. Tout d’abord parce que le sol est durablement fertile, mais surtout parce que le nombre d’espèces cultivées permet de réduire la vulnérabilité de la récolte face à un nuisible qui ciblerait une espèce en particulier.

Mais l’analyse des rendements ne mène à rien si l’on ne s’intéresse pas à la rentabilité. Or de manière générale, la réduction des charges liées à l’achat et à l’utilisation de pesticides et d’engrais de synthèse compensent et même surcompensent la diminution des rendements. Ainsi selon une étude de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), en prenant en compte la marge brute et la marge directe d’exploitation de divers secteurs (céréalier intensif mixte du sud de la France, laitier, élevage bovin, viticulture…), on remarque des résultats post transition allant de +2% à + 5900%. Cela s’explique par des charges opérationnelles moins importantes mais aussi par des prix de ventes plus élevés dans le Bio. Cependant, ces résultats ne s’appliquent pas aux cultures très dépendantes en produits phytosanitaires et en engrais chimiques. Par exemple, les exploitations céréalières enregistrent des diminutions d’un tiers de leur excèdent brut d’exploitation et de leur la marge brute suite à leur conversion. Une transition généralisée n’est donc pas envisageable dans tous les secteurs agricoles.

Un des principaux enjeux de l’agriculture française est aussi la santé mentale des agriculteurs et leur reconnaissance sociale. Or malgré la charge de travail accrue, les agriculteurs sont bien plus satisfaits en travaillant dans une exploitation biologique. Cela découle d’une reconnaissance matérielle, du fait de l’absence de perte de revenu suite à la transition (rentabilité économique au moins similaire). Mais c’est surtout une reconnaissance symbolique, sociale et une autonomie de pensée qui permet cette satisfaction accrue.

Le troisième défi se situe au niveau environnemental. Il est assez évident que l’agriculture biologique exerce moins de pression sur les écosystèmes que l’agriculture conventionnelle. On note dans les champs une biodiversité plus élevée, notamment grâce à la présence de couvert végétal qui nourrit la terre pendant les inter-cultures, grâce à la rotation des cultures qui empêchent son appauvrissement, grâce à̀ une présence plus élevée de prairies, de haies…On observe même une symbiose dans les exploitations biologiques, notamment de permaculture, entre la faune et l’homme. Par exemple, planter du sureau qui fleurit tôt dans l’année permet d’attirer les syrphes et coccinelles qui, une fois dans l’exploitation, se nourriront des pucerons présents sur les cultures, limitant de fait l’usage de pesticides. C’est donc une approche totalement différente de l’agriculture conventionnelle: la nature est un allié qu’il faut utiliser. Sur le long terme cette symbiose n’épuise pas les sols et garantit des rendements stables et élevés.

Pour faire face aux enjeux de ce siècle, les performances de l’agriculture ne devront pas qu’être orientées vers la production aux détriments des aspects sociaux et environnementaux. Cependant, la transition vers des formes d’agricultures biologiques peut être difficile et longue. Et les rendements plus faibles à très court terme peuvent décourager les agriculteurs. Cette transition à grande échelle peut donc, à certains égards, paraître audacieuse, voire même utopique. Mais elle semble avant tout nécessaire. Alors, rien n’empêche que les techniques utilisées dans l’agriculture biologique (rotation des cultures, association d’espèces…) remplacent progressivement dans l’agriculture conventionnelle, et ce en y augmentant les rendements de long terme, des pratiques obsolètes héritées de l’après-guerre.

 

Cet article vous est proposé par Victor Nouvel, membre de Streams.

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