Le jeu des apparences

Y-a-t-il un meilleur endroit qu’une école de commerce pour observer des phénomènes de comportement social ?

A mon échelle d’amateur en sociologie, la réponse est, non. En arrivant en pré-master, sans qu’on se rende compte, nous sommes rentrés dans une expérience participative. Le petit univers de la scep est un système vivant, une institution qui respire et fonctionne en transmettant ses codes de comportements.

Etre est devenu paraître. Pour se rassurer pendant cette période d’ajustement à un nouveau monde pendant laquelle nous sommes tous plus ou moins perdus, on essaye de donner l’impression qu’on sait ce qu’on fait. Cela crée un effet de multiplication de la pression sociale ; en voyant ce que font les autres, on fait de même. On renvoie la même image de maîtrise de la situation alors qu’on se sent complètement mal à l’aise et cela renforce la pression pour les autres qui nous voient. Un problème se pose : tu ne peux pas être pleinement toi-même alors que c’est le moment crucial de « s’intégrer ». On essaye de se retrouver mais entre temps, il faut présenter une version de nous-mêmes qui serait conforme à l’environnement social qui lui est dicté par le système en place. Le stress de ne pas avoir une asso, l’inertie en cours, la tendance à surcharger son emploi de temps pour occuper l’esprit qui sort de l’isolation académique de la prépa… Ces symptômes apparaissent parce qu’avant de relâcher et trouver réellement ce qui nous plait on est guidé par les apparences qu’affichent nos pairs.

Rétrospectivement, ce qui m’a marquée les premiers mois, c’était la pression que je ressentais à toujours être connectée et communiquer avec les gens. Paradoxalement, tu dois d’abord être objectivement sympa (« giguer », si vous voulez) pour « s’assurer » un groupe de potes au sein duquel tu redeviens authentiquement toi-même. Cela arrive quand le hype se calme, une fois qu’on passe quelques projets de groupe et plusieurs soirées arrosées ensemble

Le premier mois en amphi, nous sommes tous assis à faire autre chose sur nos écrans, à écrire à nos potes, répondre à des messages etc… Dès qu’il y a un temps mort, avant ou après (voire pendant) le cours, notre réflexe est de regarder notre portable, de vérifier nos notifications et de continuer à communiquer en ligne de telle sorte à toujours avoir du contenu nouveau. Étrangement, cela nous est plus naturel que d’entamer une conversation avec les gens autour. Pourquoi attendre les soirées ou les intros en asso pour commencer à découvrir les personnes qui sont désormais nos camarades de promo ? Parce que ce sont les règles du jeu, celui de l’intégration.

Katarina

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