« Le foot c’est essentiel, mais c’est facultatif »

par Louis Vendel

19/11/2015, Poules de qualification pour le championnat de France, 3e journée

Dauphine 0-0 ESCP Europe


Comme face à l’ENS Cachan il y a deux semaines, c’est sobre, et avec beaucoup de sérieux, que le Clubfoot ESCP Europe s’est présenté face à Dauphine pour le compte de la 3e journée des phases de poules qualificatives pour le championnat de France universitaire.

Et comme il y a deux semaines, les joueurs du CF avaient bien fait de ne pas se saouler comme des matelots la veille de la rencontre : pour la première fois de la saison, le CF a trouvé en face de lui non pas 11 peintres, mais 11 joueurs de foot. Et ce n’était pas une surprise. Avec pas loin de 10 000 étudiants, Dauphine dispose d’un important vivier de tâteurs de cuir qui lui permet chaque année de figurer parmi les meilleures équipes d’Ile-de-France. Une équipe que l’on redoutait, on va pas se mentir. D’autant que le CF déploraient de nombreux absents, notamment ses deux chauves – Charles et Aurel – et son maître à jouer Flav Richardinho. Le CF était diminué. Et pour preuve, Naly Ravelonanananana était dans le groupe ! Le Malgache, qui confiait en coulisse ce lundi qu’il avait les genoux qui claquaient à l’idée de figurer, peut-être, dans le groupe de l’équipe une, a feint une douleur à l’aine pour justifier une absence qui en vérité trahit la fragilité du bordel.

En ces conditions les consignes tactiques étaient claires : « pas de discours, des actes ! ». Et si coach Nico avait également demandé à ses joueurs de « prendre du plaisir », ces derniers savaient qu’ils venaient pour subir le jeu. Retour donc sur ce match qui a offert aux quelques supporters présents – Charles, Joris, Zoccola, quelques mecs de Dauphine, et semble-t-il des potes de Rybka – un tout autre spectacle que celui auquel ils s’attendaient.

« Le foot c’est essentiel, mais c’est facultatif »

Comme toujours, le match débute en réalité avant le coup de sifflet de l’arbitre, avec la causerie du vestiaire. Comme toujours, Vendel arrive en retard. Enfin, je suis arrivé en retard. En fait je suis pas Delon, je vais donc éviter de parler de oim à la 3e personne. J’arrive donc en retard, pendant la causerie. Les autres joueurs sont en tenue, classiquement il reste alors un seul maillot dans le sac. Moins classiquement, il s’agit du numéro 10. « Tiens ton numéro 10 Vendel », me lancent Alexandre et Douillet. Je crois alors à une joke, mais nein. Mon nom est bien inscrit sur la compo, juste sous ce numéro qui fait fantasmer tous les amateurs de football. J’attends Reulando qui s’apprête déjà à taper sur son clavier comme il l’a fait pour Peccoux : « un article de Vendel, sur le club de Vendel, liké par Vendel, où Vendel porte le numéro 10 », mais quelque part ferme la, j’avais le numéro 10 putain ! C’est donc la première surprise de ce jeudi après-midi.

C’est sous un temps de merde que se déroule l’échauffement. Mais la pluie battante ne saurait déstabiliser les joueurs du CF. On ne peut pas en dire autant du speech du coach de l’équipe adverse. La procédure d’avant-match est particulière aujourd’hui, près d’une semaine après les attentats du 13 Novembre. Les joueurs des deux équipes sont invités à se mélanger au niveau du rond central pour observer une minute de silence. Mais avant cela, l’entraîneur de Dauphine nous gratifie du discours le plus incohérent qu’aucun être humain n’ait jamais prononcé – ça partait d’une bonne intention, mais le type s’est complètement égaré. Une envie plus que louable de rendre hommage aux victimes qui tourne au fiasco. Le mec trouve le moyen de dire dans la même phrase : « l’important c’est d’être ici et de pouvoir jouer au football, le foot c’est l’essentiel », et « le foot, c’est facultatif ». Gênant. Un peu crispant même, quand on le voit craquer complètement dès la 5e minute, oubliant ainsi son discours pacifiste concocté par son seul neurone, et s’en prendre au juge de ligne puis à coach Nico en vociférant des propos que lui-même ne saisit pas.

Le début de rencontre est à l’avantage du CF. Les bleus ciels se surprennent à dominer franchement les débats. Ca joue vite, juste, le CF c’est le Brésil. La domination scépienne manque d’être récompensée vers la 25e minute. Ben Blandin repique dans l’axe et écarte à l’opposé de son couloir droit vers Seb Rybka, qui se met sur son pied droit pour adresser un centre millimétré à un Ben Blandin infatigable qui suit l’action. L’homme qui a un V6 sous la cage thoracique décroise sa tête mais le portier de Dauphine détourne en corner.

Un 0-0 porteur d’espoir, obtenu dans la souffrance

La « routourne tourne » (merci Franck Ribéry) après la demie-heure de jeu. Le CF accuse le coup physiquement après avoir pressé relativement haut en début de match, et Dauphine en profite. Plusieurs situations dangereuses initiées côté droit manque de payer pour les oranges, mais la charnière Gagneux-Lepage est indomptable. A la mi-temps, le CF tient bon, 0-0. Deuxième surprise de ce jeudi après-midi.

Au retour des vestiaires, le CF continue de subir un peu le jeu. Les joueurs de Dauphine semblent avoir plus de jus, et sont plus affutés techniquement. Et pourtant, le gros frisson de cette seconde période nous vient de notre Pastore du Clubfoot : Edoardo Magnato. Le poète du CF. Pas le plus futé de l’équipe balle au pied, il pourrait être son meilleur joueur s’il était un peu moins con. Le talentueux italien, fraîchement entré en jeu, élimine son vis-à-vis côté droit et enroule une superbe frappe qui vient heurter le poteau. Coach Nico est à genoux devant son banc, et se prend la tête à deux mains.

Le CF subit toujours et ne se crée des opportunités qu’en contre. EA3, qui n’a pas oublié son matos de boucher, caché, pas rodave, sous ses protèges, manque de flinguer son match – très solide jusque là – et de se faire virer de l’équipe en foirant un rateau dans son camp qui n’est pas loin de donner l’avantage à Dauphine. Le Golgoth  se rattrape, l’honneur est sauf.

Les 5 dernières minutes sont insoutenables depuis le banc. Le CF, qui aurait volontiers signé pour un 0-0 avant ce match craint de voir le nul lui échapper car les occasions pour Dauphine se multiplient. Mais les hommes de Nicoach peuvent compter sur un « Aleeeeeeex !! » vigilant qui repousse à la 90e un coup-franc au rebond piège que tout le monde voyait au fond.

In fine le Clubfoot reste invaincu, et se qualifie pour la deuxième phase de poules pour la qualification aux championnat de France. Mais surtout, il a prouvé que malgré les départs de plusieurs de ses légendes – Valcke, François&Beyssen, Franzon, Nico Jean, Marcelino Lopes, Chupin, Riki…- il est encore capable de rivaliser avec les meilleures équipes d’Ile-de-France. Il a même fait mieux que l’an passé, puisque la rencontre de l’an dernier s’était soldée par une victoire 2-0 de Dauphine. Un match porteur d’espoir donc, qui fait dire à Cap’tain Gagneux : « peu d’équipes réussiront à ne pas se faire marcher dessus par le CF ». Dauphine, on ne t’a pas marché dessus. Mais ce match restera comme l’un des plus importants de la saison, par son niveau de jeu et par sa symbolique : après s’être défait des peintres en BTP, le CF a réussi son premier test. Une réussite qui mérite l’effroyable caisse qui l’a suivie. Le CF c’est plaisir. Et le plaisir, c’est de rivaliser avec une grosse équipe de Dauphine et de se mettre à rêver d’une saison aussi remplie que l’an dernier.