Loup y es tu ?

Nombre d’entre nous furent alarmés, à l’époque, par le sort dramatique qu’avait connu la chèvre de monsieur Seguin. En effet, après s’être vaillamment battue contre le loup toute une nuit durant, la mort de la petite Blanquette avait suscité l’émotion. Un autre fait divers, la fin brutale qu’avaient connue le Petit Chaperon Rouge et sa mère-grand, avait de nouveau entamé la réputation des loups français. Mais leur triste renommée remonte à bien plus loin. En 1615, Agrippa d’Aubigné s’indignait déjà contre la cruauté de ladite communauté : « Les ours à nez percé, les loups emmuselés : / Tout s’élève contre eux : les beautés de Nature, / Que leur rage troubla de venin et d’ordure, / Se confrontent en mire et se lèvent contre eux ». Leurs homologues russes ne sont pas mieux considérés : le petit Pierre avait chanté sa victoire contre le loup dans un conte musical éponyme, « Pierre et le Loup », et suscité l’admiration pour sa vaillance contre celui qui s’impose, alors, comme le Prédateur par excellence…

Inutile de dire que les Loups ont fait couler beaucoup d’encre. De leur côté, les moutons terrorisés montent au créneau à chaque nouvelle attaque de troupeau. Des années de brimade les ont rendus plus combatifs que jamais. Leurs syndicats ont progressivement obtenu l’organisation de « battues administratives » encadrées par des lois de lutte contre la prédation, à l’œuvre aujourd’hui.

Mais la législation n’a fait qu’encadrer une politique d’extermination de l’animal qui existait déjà depuis de longues années : en 813, Charlemagne crée un corps de louveterie qui perdure jusqu’à la Révolution avant d’être réhabilité par Napoléon ; après la Révolution, un cadavre de loup rapporte, pour un ouvrier agricole, une prime d’un mois de salaire. Au XIXe siècle, les méthodes s’intensifient et le poison s’impose comme arme de destruction massive (la noix vomique fait alors des ravages …). Mais ce n’est qu’en 1937 que le camp des éleveurs français crie à la victoire : le « dernier loup » aurait été abattu dans le Limousin. L’événement sonne le gong d’une disparition officielle… qui ne dure qu’un temps.

La brimade est-elle allée trop loin ? Selon certaines associations de défense du loup, il semblerait que la réponse soit tristement affirmative. Si l’insécurité à laquelle ont été confrontées des générations de troupeaux français est véridique, la population lupine, de son côté, a parfois été accusée pour des attaques qu’elle n’a jamais commises. Et quand le mythe prend le pas sur la réalité, les conséquences peuvent être dramatiques … Pour ne citer qu’un exemple, les loups français ne se sont jamais remis de la peur générée par l’affaire de la « bête de Gévaudan », au XVIIIe siècle. A l’époque, la « bête » en question sème la terreur dans la région pendant plus de trois mois, tuant jeunes femmes, enfants, éleveurs … Aujourd’hui, on sait que la bête n’était autre qu’un chien dressé à l’attaque par des individus malveillants.

 

A l’heure actuelle, la situation est dans une tragique impasse : le gouvernement continue de fixer des quotas annuels de tirs, supporté qu’il est par les communautés ovines, bovines et caprines. De leur côté, les loups accusent des mesures excessives et injustifiées, ainsi qu’une victimisation médiatique complotiste qui joue en leur défaveur. Et de lancer la patate chaude à leurs cousins allemands, les Loups-Garous, qu’ils qualifient – imprudemment peut-être – de « nocturnes sanguinaires » …

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