Joe Strummer : Know your rights

par Antoine Todo

« Le punk n’a rien à voir avec tes pompes ou la teinture de tes cheveux. On m’a si souvent demandé de le définir que j’y ai effectivement réfléchi pendant au moins deux secondes. (…) En fait, le punk rock c’est TRAITER TOUS LES ÊTRES HUMAINS DE FACON EXEMPLAIRE. Ce n’est pas d’être un fouteur de merde, comme plein de crétins s’imaginent que c’était le cas il y a vingt ans. »

 

 

Hippie hirsute avec les 101’ers, icône du Punk puis père de famille. La vie de Joe Strummer est aussi riche que sa discographie. Le personnage est bien trop complexe pour être expliqué dans un simple article, on essaiera donc de présenter simplement celui qui se faisait appeler « Punk Rock Warlord ».

Leader des Clash, groupe emblématique de la scène Punk de 1976 à 1985, Joe Strummer est souvent considéré comme le père du Punk Rock. Pourtant, par certains aspects, il est à l’opposé de ce qui pourrait être la définition du Punk. Pour lui, le futur n’est pas écrit, mais il existe. « The future is unwritten » remplace ainsi le « No future » des Sex Pistols.

White Riot

Pour les Sex Pistols le punk était une arnaque, pour Joe Strummer il s’agissait d’un outil. Dès leur premier album en 1977, on retrouve chez les Clash les éléments caractéristiques du Punk : un style particulièrement épuré, une voix nasillarde, une image volontairement provocatrice. Le Peace & Love des 101’ers est vite remplacé par le Hate & War des Clash. Cependant, ce qui les distingue du reste de la scène Punk c’est le message véhiculé dans leurs chansons, il ne s’agit pas de l’anarchie au Royaume Uni mais d’un message social bien plus fort.

Strummer incite les jeunes blancs à se rebeller pour une vraie cause, la communauté noire l’ayant déjà fait selon lui. Quand il parle d’ « émeutes blanches », il ne prône pas une guerre raciale comme cela lui a été reproché, mais propose plutôt une véritable action de la part de la jeunesse. Strummer a toujours été proche de la communauté jamaïcaine, c’est d’ailleurs un des aspects les plus particuliers de sa carrière. Sur le premier album du groupe figure une reprise de Police & Thieves, originellement enregistrée par Junior Murvin et produite par Lee Perry. De 1976 à 1985, on retrouve de nombreux morceaux aux sonorités « reggae » dans la discographie des Clash (Police & Thieves, Whiteman in Hammersmith Palais, Rudie can’t fail, The Equaliser…).

C’est avec l’album Sandinista ! en 1980 que les Clash prennent réellement un nouvel élan, le disque anticipe la tendance World Music des années 80’s en mêlant de nombreux genres musicaux. Il s’agit clairement de l’album le plus reggae de l’histoire du Punk. L’artiste jamaïcain Mikey Dread fait ainsi partie de l’équipe de production et certaines chansons sont proposées dans une version Dub qui n’a rien à envier au travail de Lee Perry ou de Mad Professor (The Equaliser par exemple). Les Clash s’essaient également à un genre plus proche du Hip Hop qui en est à ses balbutiements, certains titres comme The Magnificient Seven ne sont pas sans rappeler l’œuvre de Grandmaster Flash.

L’album est extrêmement riche, et ne pourrait être analysé si rapidement, pour comprendre ses nombreuses influences musicales et sa complexité le plus simple reste d’écouter les 36 titres qui le composent.

D’un point de vu musical, l’album est novateur. Dans les textes, c’est un véritable appel à la révolution. Son titre évoque directement la guerre civile au Nicaragua entre les Sandinistes et la dynastie Somoza. L’album est profondément chargé politiquement, Strummer dénonce l’impérialisme de Moscou et de Pékin mais aussi celui des Etats-Unis. Le Hate & War des débuts semble désormais bien loin, remplacé par une dénonciation des Washington Bullets. Le groupe Punk qui chantait Janie Jones devient un groupe engagé qu’on peut difficilement mettre dans une case. Joe Strummer l’avait bien compris. Trop intelligent pour être un chanteur punk ?

« Je ne nous situerais pas dans le top 10 des groupes punk en fait, parce qu’on était plus larges que ça. On a fini par jouer Rock The Casbah, qui est presque du funk. Si on était un vaisseau spatial, on aurait traversé la galaxie en ligne droite. On ne pourrait pas aller de Janie Jones à Sandinista plus rapidement que ça, même en essayant de toutes nos forces. »

En 1982, le groupe sort Combat Rock, son dernier (vrai) album sur lequel figure certains de ses plus gros titres (Rock The Casbah, Should I Stay Or Should I Go, Straight To Hell), un bel adieu pour un groupe qui aura marqué toute une génération. Les départs du batteur Topper Headon (1982) puis du guitariste Mick Jones (1983) marquent la fin du groupe qui disparaît en 1985 après un dernier album médiocre – Cut the Crap (1985).

Redemption Song

 

  

Les Clash ne sont plus, pourtant la carrière de Joe Strummer n’est pas finie. L’artiste peut enfin se détacher totalement du Punk qui lui a servi de moteur pendant 10ans. Père de 3 filles, Strummer peut consacrer ses 15 dernières années à sa vie de famille sans pour autant renoncer à la musique. Ces années sont marquées par trois albums de grande qualité avec le groupe The Mescaleros, un duo avec Johnny Cash sur la chanson Redemption Song et un grand intérêt pour la muique électronique venue de Berlin.

Trop curieux pour se contenter de 3 accords, trop intelligent pour ne pas s’engager, trop passionné pour arrêter, Joe Strummer apparaît comme l’un des plus grands artistes du siècle dernier.

Joe Strummer en 10 dates

Août 1952. Naissance à Ankara, Turquie.

1974. Chante au sein des 101’ers, un groupe de pub rock.

1975. Fonde Clash avec Mick Jones et Paul Simonon.

1976. Sortie du premier album du groupe.

1977. Avec London Calling, les Clash s’ouvrent de nouveaux horizons musicaux.

1978. Séparation du groupe.

1979. Début de la collaboration avec les Mescalero

2002. Décès à Broomfield en Angleterre.

2003. Sortie posthume de l’album Streetcore.