Le monde d’après

La situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est inédite. Il se pourrait bien que la pandémie du Covid-19 modifie drastiquement notre perception des relations sociales et du monde.

De toute l’histoire de l’humanité, jamais le mot confinement n’avait été autant employé. La prescription d’une telle distanciation sociale paraît aberrante quand on pense aux valeurs que la société s’est toujours efforcée de nous inculquer : la communication est indispensable, elle est au fondement de toute entreprise et de toute réussite. Bien entendu, les technologies actuelles couplées de notre sens de l’organisation nous permettent de poursuivre nos échanges, même à des centaines de kilomètres les uns des autres. Annoncer que nous assistons à l’abolition de toute forme de communication serait donc précipité, et surtout faux, mais nous ne pouvons pas nier que cette épidémie laissera certainement des traces indélébiles en nous conférant de nouvelles habitudes.

 

Une nouvelle organisation économique va-t-elle voir le jour ?

Premièrement, le réagencement de certaines activités pourrait favoriser l’émergence d’une nouvelle organisation économique. Le monde professionnel, par exemple, subit des modifications considérables, telles que la généralisation du télétravail (du moins dans le secteur tertiaire) ou encore l’assouplissement des règles d’embauche et de remplacement. Les secteurs qui se trouvaient en pleine période d’expansion juste avant cette crise, pour ne pas mentionner le transport aérien et l’éducation, devront s’adapter aux dispositions prises. En effet, les personnes malades ou devant s’absenter pour garder leurs enfants, par exemple, doivent être remplacées au pied-levé sans la possibilité d’un long processus de recrutement. En parallèle, la question de la réouverture de écoles est sur toutes les lèvres. Elle apparait comme une priorité, tant les inégalités se creusent entre les élèves pendant cette période de confinement. Depuis des années, beaucoup se plaignent de classes surchargées, avec un travail qui n’est, par conséquent, pas assez individualisé. Aujourd’hui, de petits effectifs ainsi qu’un suivi des élèves seront de mises pour le retour à l’école, et c’est un changement qui peut amener à repenser de façon positive le système éducatif.

L’irruption du Covid-19 a également su mettre en exergue les fragilités de notre système de santé sur lequel la restriction budgétaire exerce une grande pression. Qui sait, peut-être que les réseaux médicaux et hospitaliers pourront désormais bénéficier d’une marge de manœuvre plus importante pour entreprendre leurs recherches. Les obligations en matière d’hygiène seront sans doute renforcées, et les circuits d’approvisionnement réorganisés de manière à ce qu’ils garantissent davantage de sécurité pour la population. De manière générale, on espère surtout une revalorisation des conditions de travail et des salaires pour les métiers dans les hôpitaux. Depuis des années, le personnel hospitalier manifeste pour l’amélioration de leur situation, il faut donc espérer que la crise sanitaire que nous traversons servira de déclic pour que les mesures gouvernementales en leur faveur se concrétisent.

 

Peut-on parler d’une fin de la mondialisation ?

Il est encore trop tôt pour prétendre une avancée de la production locale, mais une volonté d’indépendance par rapport aux autres pays se profile graduellement. La pénurie de médicaments, en effet, nous a fait prendre conscience de la nécessité d’une telle émancipation. On peut espérer que la mentalité des consommateurs évoluera avec la volonté de consommer local pour aider les producteurs français.

D’autre part, n’oublions pas le tourisme de masse, qui constitue en France l’un des secteurs les plus lucratifs. Avec la fermeture des frontières, la notion d’hypermobilité, autrefois si utilisée, est vouée à disparaître. Dans ces domaines, l’économie est à l’arrêt, ce qui représente un immense problème pour les pays attirant le plus de vacanciers. Il sera donc nécessaire de relancer le tourisme intérieur dans les mois à venir. On entend beaucoup parler d’un futur recul de la mondialisation et d’un possible retour du protectionnisme. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin contre le virus, cette hypothèse persistera longtemps.

 

Vers un nouveau monde ?

C’est notre quotidien entier qui va devoir être repensé. La bise et la poignée de main, gestes si fortement ancrées dans la tradition française, subsisteront-ils suite à ce bouleversement ? Le port du masque deviendra-t-il une banalité, alors même que les industries de notre pays avaient totalement délaissé leur fabrication par manque de rentabilité ?  Notons d’ailleurs qu’un grand nombre de réactions ont été suscitées par la découverte d’une vie dénuée de superflu : pour certains, une journée de travail se révèle plus efficace et moins fatigante, et pour d’autres, c’est l’occasion de devenir moins dépensiers. Puisqu’ils se sont passés de tant d’achats pendant le confinement, s’abstenir encore un peu s’avère tout à fait concevable. La consommation de masse sera donc peut-être remise en cause. Sans parler de la réduction de la circulation et des divers trafics qui permet d’apporter une bouffée d’air frais à notre planète. C’est l’occasion pour tout le monde de prendre du recul et de réduire son impact écologique au quotidien. Alors que bon nombre de français s’impatientent à l’idée de sortir de chez eux, il faut espérer qu’ils réfléchiront tout de même à la portée de de leurs actes et changeront au maximum leurs habitudes pour préserver notre planète.

Ce qui est sûr, c’est que tant qu’une solution valable n’aura pas été apportée, cette crise marquera la séparation entre deux mondes : celui d’avant et celui d’après.

 

 

 

 

“La Ligue, on t’enc*le” : quand le football nous interroge sur le sens de nos insultes

Photo : Canal +

 

Insultes fleuries et gestes forts

 

Stop. Je t’arrête tout de suite, ne t’en va pas. Aujourd’hui on ne va parler de football. Enfin si, mais juste un petit peu. Tu verras qu’on peut parler dans un même article du PSG, de liberté d’expression et d’étymologie.

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Je suis un monstre sanguinaire

Préambule : l’opinion exprimée dans cet article ne concerne que son auteur et ne doit pas être assimilée au point de vue de l’ensemble de l’équipe de Streams. La bise.

 

 

9h02, Saône et Loire, un samedi de novembre. Devant une ferme isolée, un groupe d’une vingtaine d’énergumènes, majoritairement masculins, et tous habillés d’un gilet orange, se détachent de la brume. S’agit-il là du second souffle du mouvement des gilets jaunes ? Non, c’est bien pire.

Au fur et à mesure que le spectateur se rapproche, le spectacle se fait plus précis, et plus terrifiant. A l’épaule de ces individus se détache le canon scintillant d’un calibre 12, d’un express, ou d’une carabine à lunette. A leur pied, une meute de chiens s’agite, prête pour la curie. A leur cou, une trompe, futur messager de leur morbide succès. Les visages sont froids, placides, décidés.

Vous l’avez compris, ce groupe mystérieux est constitué de ce que beaucoup considèrent comme l’une des pires engeances de l’humanité, ceux dont le passe-temps consiste en un massacre méthodique d’êtres vivants dont le seul crime est de passer au mauvais endroit, au mauvais moment : les chasseurs.

Vaste sujet que la chasse. Vaste car très méconnu, pour la simple et bonne raison que beaucoup n’ont que très peu envie de la connaître. Pourtant, et malgré le ton faussement moralisateur de ce début d’article, je vais tenter – je dis bien tenter – de m’atteler à l’homérique tâche de défendre cet art (car c’en est bien un).

Pour cela, laissez-moi démonter – ou non – avec vous deux idées reçues qui circulent concernant la chasse. Notez que ma modeste analyse ne s’attaquera pas au domaine à part qu’est la chasse à courre, pour la simple et bonne raison que mes connaissances y sont bien trop limitées. Je laisse les vrais experts nous éclairer s’ils le souhaitent en commentaire de cet article.

Mais trêve de mondanité, il est l’heure de s’attaquer au cœur du problème.

 

« Les chasseurs tuent des animaux innocents »

 

A ce moment précis, tout défenseur de la cause animale qui se respecte se demande comment je vais bien pouvoir discuter cette affirmation qui semble, pour le coup, indiscutable. Alors oui, bien sûr, le gibier tué lors de chasses n’a rien « fait » au chasseur qui l’abat. Il ne s’agit pas ici d’une mort « justifiée » comme pourrait l’être celle d’un soldat sur le champ de bataille (encore que la justification de cette dernière soit également discutable mais c’est un autre débat).

Mais il est important de noter que le chasseur ne tire pas sur « tout ce qui bouge ». En effet, la grande majorité des espèces sont interdites à la chasse. Ne sont autorisées que les espèces considérées comme « nuisibles », c’est-à-dire dont la prolifération serait dangereuse pour l’agriculture, voire pour l’équilibre de l’écosystème.

L’existence « de chasses administratives », c’est-à-dire de chasses demandées par l’Etat et non organisées par les chasseurs eux-mêmes, montrent bien que l’action des chasseurs est nécessaire : la population de certaines espèces, comme les sangliers, nécessite d’être régulée pour perdurer. Allez donc dire au fermier dont les cultures ont été ravagées par une harde de sangliers que les chasseurs sont des monstres. Sa réponse risque de vous étonner.

Ainsi, dans un monde où la chasse n’existerait pas, on peut supposer que ces animaux seraient abattus de manière industrielle.

Enfin, il ne faut pas oublier la sélection effectuée par tout chasseur avant son tir :  il est par exemple interdit de tirer sur une laie « suitée », c’est-à-dire suivie de ses marcassins, puisque sa mort entraînerait automatiquement celle de tous ses petits livrés à eux-mêmes.

 

« Les chasseurs tuent par plaisir »

 

Peut-être l’opinion la plus répandue sur la chasse et les chasseurs. Quel chasseur n’a jamais entendu la sempiternelle « Et ça te fait plaisir de tuer des animaux ? ». Non. C’est un peu plus compliqué que ça.

 

Alors oui, la mort de l’animal constitue la finalité d’une chasse. Mais tout comme un bon soldat respecte son ennemi, un bon chasseur – n’en déplaise aux Inconnus – respecte l’animal. Les vidéos morbides qui circulent sur Facebook ne doivent en aucun cas résumer la manière de faire des chasseurs. En témoigne le vocabulaire utilisé : un animal blessé n’est pas inhumainement laissé à son triste sort, il est « servi » (autrement dit, achevé). De même, l’animal mort se doit d’être « honoré » par le chasseur, qui placera symboliquement des feuilles sur ses yeux. Et l’expérience montre que ce rituel n’est jamais effectué avec « plaisir », bien au contraire.

 

De simples artifices pour masquer l’innommable, me direz-vous ? L’idée est recevable. Mais toujours est-il que la mort de l’animal y est plus respectueuse qu’une simple mise à mort dénue d’émotions dans un abattoir.

Dès lors, s’il est tout à fait logique qu’une personne végétarienne soit révoltée par la chasse (c’est là son droit le plus fondamental, et loin de moi l’idée de vouloir lui ôter), on peut s’interroger sur les critiques faites pas les consommateurs réguliers de viande. Est-il préférable que l’animal qui finira dans votre assiette soit tué dans des conditions parfois inhumaines, et souvent dans d’atroces souffrances (cf l’abattage des poulets), ou bien qu’il le soit par un chasseur qui aura le mérite de respecter l’animal, et d’abréger le plus vite possible ses souffrances ?

 

On ne peut cependant nier l’existence de grands propriétaires terriens ayant une vision bien à eux des règlements et de la pratique de la chasse en général. Cette pratique déraisonnable de la chasse (excès de tireurs, d’animaux tués, etc…) est un danger pour l’équilibre de la biodiversité, et bien souvent pour les chasseurs eux-mêmes. On en revient aux Inconnus : il est primordial de distinguer le bon et le mauvais chasseur.

Heureusement, la réglementation en vigueur est implacable. Les peines en cas d’infraction peuvent ainsi aller jusqu’à 2 ans de prison et 30000 euros d’amende.

 

Ai-je la prétention d’avoir convaincu qui que ce soit avec cet article ? Pas véritablement. La chasse fait partie de ces sujets clivants où le débat est souvent très compromis, voir impossible. La défense de la cause animale revêt pour un grand nombre de personnes une dimension quasi intime, et loin de moi l’idée de dénigrer cet engagement, que je respecte au contraire.

Je ne conteste pas l’idée que l’activité des chasseurs soit haïe en raison de sa dimension meurtrière. Mais l’ambition de cet article est de montrer qu’en plus d’être d’utilité publique, c’est une pratique que ses aficionados élèvent au rang de passion, dans le respect de l’animal et de la nature.