Hommage aux gardiens de la terre

Si je vous demandais de me citer un métier avec un taux de mortalité élevé, quel métier me citeriez-vous spontanément ? Le gendarme, exposé aux armes et à la violence de manière quotidienne ? L’ouvrier de maintenance, à la merci de machines susceptibles de le broyer à tout instant ? Ou encore le pêcheur, confronté aux plus terribles tempêtes ?

Vous auriez sans doute raison en me citant ces métiers ; ou bien d’autres, qui seraient sûrement tout aussi légitimes à figurer dans ces macabres records.

Cependant, combien d’entre vous penseraient aux agriculteurs ?

 

Actuellement au nombre de 400 000, ils ne représentent que 1,5 % de la population active. Et pourtant, c’est sur leurs épaules que repose la lourde tâche de nourrir les quelques bientôt 67 millions de Français, ainsi qu’une partie de l’Europe.

Que représente 1,5 % à l’échelle de la France ? Peu, extrêmement peu. À peine quelques épis dans un champ de blé. C’est pourquoi, malgré leur rôle essentiel dans la société, ils sont souvent oubliés.

Pourtant, la sortie du film Au Nom de la Terre, à l’automne 2019, a rappelé aux Français la situation extrêmement difficile dans laquelle était plongé le monde agricole depuis plusieurs années. Avec justesse, sans jamais verser dans le pathos, le réalisateur (Édouard Bergeon) y retrace la descente aux enfers de son père, éleveur de chevreaux dans la région de Poitiers, qui sombre peu à peu dans le surendettement et la dépression avant de se donner la mort.

Bien loin d’un cas isolé, l’histoire du père du réalisateur est l’histoire de centaines d’agriculteurs qui se suicident chaque année en France. Selon les dernières données de la Mutualité Sociale Agricole, 605 agriculteurs (et agricultrices, car bien que le phénomène touche davantage les hommes, les femmes ne sont malheureusement pas épargnées) se sont ôtés la vie en 2015[1]. Le suicide est devenu un évènement tristement ordinaire dans les campagnes, si bien que Claire Ruault, sociologue[2], déclare qu’« en milieu rural, rares sont les gens qui ne connaissent pas de près ou de loin un cas de suicide ».

Mais comment en arrive-t-on là ? Comment des hommes et des femmes, amoureux de la terre et de leur métier, peuvent-ils en arriver à de telles extrémités ?

 

Très souvent, des difficultés financières sont en cause. Selon les dernières données de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), le salaire moyen des agriculteurs est en effet de 1390 € net par mois. À ces chiffres déjà assez bas s’en rajoutent d’autres plus inquiétants encore : un tiers des agriculteurs touche un salaire inférieur à 1390 € net par mois, tandis qu’un cinquième des agriculteurs ne touche pas de salaire[3]. Il s’agit en général des éleveurs bovins et des producteurs laitiers, qui se voient acheter leurs produits à des prix excessivement bas. Ils ne vivent pas de leur production, mais du RSA. À quoi bon travailler s’ils ne peuvent même pas vivre de leur labeur ? Parfois, eux-mêmes ne savent plus.

Par ailleurs, le prix du matériel agricole s’élevant à plusieurs centaines de milliers d’euros[4], l’endettement est inévitable. Ainsi, l’achat de matériel agricole requiert des prêts engagés sur une durée très longue : un agriculteur ne rembourse parfois qu’à la fin de sa carrière des prêts qu’il a engagés à son installation dans le métier.

 

À ces difficultés financières se superposent des conditions de travail difficiles, voire rudes. Car si les salaires sont faibles, les volumes horaires sont élevés : une exploitation agricole requiert en moyenne 70 heures de travail par semaine. Inutile de dire que les week-ends n’existent pas : la terre ne laisse aucun répit. Cette charge de travail rend ainsi les agriculteurs extrêmement vulnérables au burnout : en 2019, une enquête lancée par la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire[5] révèle que 35,1 % des agriculteurs interrogés sont en risque d’épuisement professionnel.

Et tout ça pour quoi ? Pour un résultat incertain et hypothétique, soumis au caractère aléatoire de la météo, qui peut parfois détruire en quelques jours un travail de plusieurs mois.

Seulement, l’épuisement professionnel dont sont victimes les agriculteurs n’est pas seulement dû à la difficulté de leurs conditions de travail mais également à un mal-être global. L’émission L’amour est dans le pré, si elle peut faire sourire, met en lumière une réalité : celle de la solitude et de l’isolement de certains agriculteurs. Or, cet isolement peut être fatal pour ceux qui, au contraire, auraient besoin d’être entourés pour faire face aux différentes pressions auxquelles ils sont soumis : pression financière bien sûr, mais également pression familiale et pression sociale.

La pression familiale s’exprime particulièrement dans le cadre des relations intergénérationnelles, qui deviennent des lieux de conflits entre un père qui souhaite garder une certaine emprise sur son exploitation et un fils qui aimerait bénéficier d’une marge de manœuvre plus importante. Parfois, la pression est davantage implicite : les exploitations agricoles étant souvent transmises de génération en génération, l’agriculteur se sent investi d’un certain devoir. Devoir de ne pas faire couler l’exploitation à laquelle ses ancêtres ont consacré leurs vies, mais aussi devoir de faire aussi bien que le père, et le grand-père avant lui.

La pression sociale, quant à elle, s’exprime plus largement par un certain dénigrement de la société envers les agriculteurs. Accusés tantôt de « ploucs », tantôt de « pollueurs », ces derniers sont constamment pris en étau entre les exigences contradictoires des consommateurs. Consommateurs qui se permettent parfois de leur enseigner l’agriculture, sans avoir jamais mis un pied dans une exploitation agricole. Sans droit de réponse, ils n’ont d’autre choix que se murer dans le silence, et continuer à nourrir ceux qui les dénigrent.

 

Chaque jour, en moyenne un agriculteur se suicide. Aujourd’hui, un agriculteur s’est suicidé. Et demain, un autre passera à l’acte. Comment peut-on laisser mourir dans l’indifférence générale ceux qui nous nourrissent ? Certes, le métier de paysan a toujours été un métier difficile, exigeant et physique, et personne ne peut rien y changer. Cependant, de la reconnaissance, tout le monde peut en apporter. Et il semblerait que c’est une chose dont les gardiens de la terre ont cruellement besoin.

 

Cet article vous est proposé par Clémence Biergeon, membre de Streams.

 

[1] Ces chiffres comprennent les agriculteurs, les exploitants et les salariés agricoles, et s’appuient sur des données fournies par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Par ailleurs, ces chiffres sont à considérer avec prudence. D’une part, ils sont anciens, car peu d’organismes se sont penchés sur la question du suicide des agriculteurs. D’autre part, ils ne prennent en compte que les personnes ayant été en contact avec le monde médical dans les 2 ans ayant précédé leur passage à l’acte. Ceux pour lesquels ce n’est pas le cas ne figurent donc pas dans les données statistiques relatives au suicide.

[2] Claire Ruault, sociologue spécialisée dans l’évolution du monde agricole au Gerdal (Groupe d’expérimentation et de Recherche : développement et actions localisées) à Angers.

[3] Insee, 2017

[4] À titre indicatif, le prix d’une moissonneuse-batteuse neuve est compris entre 100 000 et 500 000 euros : cela fait relativiser nos frais de scolarité !

[5] Enquête fondée sur les résultats des 427 questionnaires retournés par les agriculteurs du département de Saône-et-Loire.

A transpiration égale, reconnaissance égale

Ou comment le sport de haut niveau ne déroge pas à la règle

Le sport n’est pas épargné par les stéréotypes de genre. Il y aurait même des sports dédiés à certains sexes à en croire les statistiques ! Ou du moins certains qui seraient réservés aux hommes. C’était d’ailleurs la philosophie des Jeux Olympiques modernes à en croire Pierre de Coubertin, président du Comité International Olympique de 1896 à 1925 : « Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs ».

Qui n’a jamais entendu l’expression « tu es forte pour une fille », partant en général d’une volonté de complimenter, mais qui montre un certain mépris du sport féminin, généralisé dans la parole et finalement ancré dans les mentalités. Il est incontestable que les sportives restent dévalorisées par rapport à leurs homologues masculins. Il est difficile de parler d’égalité lorsque plus de 80% de l’antenne sportive est dédiée à la diffusion de sports masculins ou encore que le salaire d’une footballeuse professionnelle est en moyenne 12 fois inférieur à celui d’un footballer. Il est grand temps de remettre les femmes au cœur du jeu en leur attribuant la reconnaissance qu’elles méritent !

Chez les amateurs et amatrices, les inégalités se réduisent avec une augmentation de la proportion de femmes ayant une pratique sportive régulière. Les chiffres du ministère des Sports en attestent : les licences délivrées aux femmes avaient progressé de 13 % quand la progression chez les hommes n’était que de 6% entre 2008 et 2012. S’il y a une féminisation à l’intérieur des fédérations, la féminisation du sport se retrouve peu dans le sport de haut niveau ou dans la gouvernance des instances sportives. En effet, là est le paradoxe : certaines fédérations, comme la Fédération Française d’Equitation, sont majoritairement composées de femmes : elles représentent 8 licenciés sur 10, soit plus de 500 000 licenciés. Mais cette composition ne se retrouve pas dans l’équitation de haut niveau où seulement 25% des athlètes sont des femmes.

Même si les femmes investissent peu à peu les sphères du haut niveau et du sport professionnel, les inégalités sont importantes tant au niveau de la médiatisation, que des Prize Money et autres reconnaissances. La participation à des compétitions officielles internationales de référence permet d’accéder au statut de sportif de haut niveau.  La distinction entre un sportif de haut niveau et un sportif professionnel réside dans le fait que le second vit de la pratique de son sport alors que ce n’est pas nécessairement le cas du premier. Or pour certains sports comme le rugby, le statut de sportif professionnel est inexistant chez les femmes : le rugby féminin est un sport amateur.

Le sport n’est pas un domaine professionnel qui fait exception à la règle : les femmes sont moins bien payées que les hommes. Les inégalités des Prize Money, des contrats de sponsors sont une réalité qui attestent du peu de reconnaissance du sport féminin. Selon un rapport réalisé par la BBC au Royaume-Uni, 30% des sports ne tentent pas d’atteindre l’égalité dans les récompenses sportives. La médiatisation faible des événements sportifs féminins joue en leur défaveur : les sponsors sont par-là moins favorables à signer des contrats avec elles alors que des athlètes masculins leur apporteraient davantage de visibilité. Le tennis est le premier sport à avoir appliqué une égalité dans les Prize Money lors des tournois du grand chelem, mesure adoptée pour la première fois lors de l’Us Open en 1973. Si cette règle ne fait pas consensus et suscite de nombreux débats parmi les tennismen, elle permet aux tenniswomen d’être les sportives les mieux rémunérées au monde (bien qu’aucune d’entre elles ne fasse partie de la liste des 100 sportifs les mieux payés au monde). Cette égalité des Prize Money se retrouve dans le surf où en 2019 la WSL (World Surf League), après une grande campagne en faveur de l’égalité des sexes « Same waves deserve same pay » (les mêmes vagues méritent le même salaire), récompense de manière similaire femmes et hommes autant engagés les uns que les autres dans leurs métiers. A quand un effet boule de neige sur les autres ligues et fédérations sportives ?

La parité est loin d’être atteinte en termes de contenus sportifs proposés par les chaînes et media spécialisés. Moins rapides, moins puissantes, moins spectaculaires, tant d’arguments utilisés pour expliquer la faible médiatisation des événements sportifs féminins. Cependant, il existe effectivement un décalage entre l’offre proposée sur les écrans des téléspectateurs et leurs demandes. Un sondage réalisé par Odoxa en 2019 a révélé que l’audience française souhaitait voir davantage de sports féminins dans les média.  A condition d’une couverture médiatique et de financements plus conséquents, le sport féminin a le potentiel d’attirer un public nombreux. Les coups de projecteurs sur le sport féminin se multiplient comme l’opération « Sport Féminin Toujours » menée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Mais à ces mises en avant temporaires et insuffisantes, une place permanente et juste pour le sport féminin est préférable. La médiatisation d’événements sportifs féminins est une étape clé pour s’orienter vers une égalité dans le sport. En effet, plus les femmes seront visibles dans les média, plus elle seront des références et inciteront d’autres femmes à pratiquer. Cette faible médiatisation n’a-t-elle pas sa part de responsabilité dans les nombreux clichés autour du sport féminin ?

Et si vous doutiez encore des capacités sportives féminines et de leurs exploits, attardons-nous sur Florence Arthaud, vainqueur de la route du Rhum en 1990, mettant dans son sillage les meilleurs marins du moment. Après son sacre le Parisien titrait en première de couverture, « Elle a gagné la Route du Rhum devant tous les hommes : Flo, t’es un vrai mec ! ».  Non, Messieurs, la performance et les exploits sportifs ne vous sont pas exclusivement réservés.

Cet article vous est proposé par Marine Marmey, membre de Streams.

Devenir médecin, à quel prix ?

Fêtards, insomniaques, brillants, épuisés, la réputation des étudiants en médecine est hétérogène. Derrière ces mythes se cache néanmoins une réalité psychologique.

La première année de médecine, anciennement PACES mais renommée PASS en 2021, est connue pour sa difficulté. On y sacrifie son temps, sa vie sociale, ses relations amoureuses, ses hobbies, pour entrer dans le fameux cursus de médecine, de pharmacie ou de maïeutique. De nombreux témoignages ont montré la détresse des étudiants, on a pu voir au cinéma le film Première année réalisé par Thomas Lilti, qui a bouleversé bien des spectateurs en portrayant parfaitement cette année compliquée.

Mais la fin de la première année n’est pas une libération pour tout le monde. La situation des étudiants en médecine en France est loin d’être idéale. Le 13 janvier 2021, Sinega Santhirarajh, étudiante en première année de médecine, se donne la mort suite à ses résultats du premier semestre. Selon une enquête de la Fondation Jean Jaurès, un interne (étudiant de la dernière phase du parcours de médecine, à partir de la fin de la 6ème année) aurait trois fois plus de risque de se suicider qu’un Français du même âge. Dès la deuxième année, les difficultés s’amoncèlent : des centaines de pages de cours par semaine à apprendre, des universités trop peu à l’écoute de leurs étudiants, des examens aux exigences démesurées… A partir de la quatrième année, de nouveaux problèmes arrivent avec l’externat : les étudiants travaillent à l’hôpital tous les matins, pour toucher tout juste 2 euros de l’heure et subir, souvent, les dysfonctionnements des hôpitaux. Je vous défie de trouver un externe n’ayant pas passé plusieurs heures à ranger et trier des dossiers de patients qui avaient été jusque-là négligemment empilés sur un bureau. A l’issue de la sixième année, les fameux ECNi, les concours nationaux qui déterminent la spécialité et la ville où s’effectuera l’internat. Puis, l’internat pendant 3 à 6 ans, au rythme soutenu de 51 à 70 heures de travail par semaine selon une enquête de l’ISNI, pour une rémunération encore très faible et une reconnaissance parfois limitée. En bref, un parcours du combattant autant pour la santé physique et mentale des étudiants.

Alors que nous traversons une pandémie mondiale, il est peut-être temps de leur accorder un peu de visibilité. Les scandales s’enchaînent dans les universités de médecine : l’Université de Paris en tête, résultat de la fusion de deux universités de médecine parisiennes (Diderot et Descartes), qui se retrouve au cœur du mouvement « #MentalBreakUp » dénonçant ses nombreux ratés. La réforme actuelle du deuxième cycle des études de médecine, qui tente d’améliorer la situation en luttant contre le bachotage lié à la préparation des ECNi et en revalorisant l’évaluation des compétences cliniques, est reportée d’un an. C’est donc en premier lieu au niveau de l’administration des universités que les changements doivent s’opérer : il faut prendre en compte les retours des étudiants et de leurs élus pour adapter le format des supports de cours ou des stages. Mais également, au niveau de l’organisation des hôpitaux, qui gagnerait à être optimisée pour permettre d’accorder du temps aux patients tout en laissant les soignants s’accorder du temps pour soi. Enfin, là où vous avez peut-être un rôle à jouer, au niveau personnel : être présent pour vos amis, vos frères et sœurs étudiants en médecine, être à l’écoute de leurs difficultés. Leur plus grande source d’angoisse ? Se sentir oubliés.

Le nucléaire à l’épreuve de l’idéologie ?

Article d’opinion

Longtemps consensuel, avantage comparatif de la France sur le plan européen depuis le plan Mesmer, le nucléaire fait aujourd’hui débat, à l’heure pourtant où la question écologique est au centre des considérations politiques.

Quelques faits

Le procédé utilisé dans le nucléaire civil, s’il met en œuvre des lois physiques complexes et découvertes relativement récemment, est compréhensible par tous. La fission de l’uranium 235 – c’est-à-dire la rupture par un neutron de la fragile stabilité de l’isotope – sera à l’origine d’une rupture de l’atome. En se fissionnant, ce dernier libérera deux neutrons qui permettront de nouvelles fissions : c’est la réaction en chaîne. Ainsi, l’énergie libérée par le changement d’état de l’atome fera chauffer de l’eau qui, évaporée, produira de l’énergie mécanique à travers une turbine.

Le nucléaire civil, s’il est mal appliqué, représente toutefois des dangers. L’arrêt du refroidissement du cœur d’une centrale nucléaire provoque des réactions en chaîne anarchiques et incontrôlées, qui risquent de provoquer une fusion du cœur du réacteur. Les funestes exemples de Tchernobyl et Fukushima montrent qu’en cas de fusion du cœur, la quantité d’éléments radioactifs libérés dans l’atmosphère est mortelle non seulement à court, mais également à long terme. Les avancées technologiques permettent aujourd’hui de limiter très largement la possibilité de tels événements.

Par ailleurs, le traitement des déchets issus des centrales nucléaires est complexe, et ceux-là restent radioactifs longtemps. Cependant, la quantité de déchets produite, comparée aux autres énergies, s’avère dérisoire. En effet, la quantité de déchets à vie longue (i.e dont la radioactivité dure plus de 31 ans), rejetée dans la production d’un MWh d’électricité – à savoir la consommation mensuelle de deux ménages français – est de 1,1g. Ainsi, sur une année, deux ménages français de quatre personnes produiraient en moyenne un peu plus de 13g de déchets nucléaires par an, ce qui reviendrait à 1,65g de déchets par personne et par an.

Tableau comparatif des différentes ressources et de leur valeur en énergie actuellement.
(SFEN/RGN)

Concernant les résultats du nucléaire civil, ils sont aujourd’hui clairement chiffrés et reconnus. Au niveau des émissions de gaz à effet de serre, le nucléaire se révèle être l’énergie la plus propre. En médiane, le nucléaire civil rejette 6 grammes de CO2 par KWh d’électricité produite. À titre de comparaison, le photovoltaïque en rejette 8 fois plus (55g/KWh), le gaz 70 fois plus (418g/KWh) et le charbon 175 fois plus (1060g/KWh). Le transport de la matière première, à savoir l’isotope 235 de l’uranium pour la plupart des centrales, est facile d’acheminement. Si les mines ne sont pas présentes partout, les positions européennes, et notamment française à travers le Niger permettent à l’Europe de ne pas s’inquiéter de son approvisionnement pendant au moins 50 ans.

Le nucléaire et la politique, amours et désamours.

Pourtant, malgré le rôle majeur qu’a joué le nucléaire dans l’indépendance énergétique de la France, son utilisation fait aujourd’hui débat. Un petit tour d’horizon des opinions politiques sur le sujet.

D’une part, nous avons l’extrême gauche représentée par Jean-Luc Mélenchon, qui annonçait début novembre vouloir sortir la France du nucléaire d’ici 2050 pour avoir un mix énergétique 100% intermittent constitué d’éolienne et de solaire. Avec lui sont les communistes, force ouvrière et les mouvements marginaux comme le nouveau parti anticapitaliste.

Du côté de la droite, Les Républicains sont sur des positions pro nucléaires. Considérant que c’est l’honneur et l’avenir de la France, ils défendent un mix énergétique semblable à aujourd’hui, fondé sur l’atome. On compte à leurs côtés notamment la droite modérée (UDI).

Le mouvement écologiste est séparé en deux parties. D’une part Europe Écologie – Les Verts, le principal parti se revendiquant comme écologiste, est défavorable au maintien des centrales nucléaires et dénonce notamment leur supposée vétusté, contredite par les autorités compétentes. Ils ont notamment demandé la fermeture de la centrale de Fessenheim. D’autre part, des écologistes solitaires comme Jean-Marc Jancovici – Polytechnicien, président de Carbone 4 et du Shift Project- continuent d’œuvrer en faveurdu nucléaire. Ces derniers ne prennent que peu la parole dans le débat politique et travaillent plutôt dans les revues scientifiques. Les écologistes anti-nucléaire considèrent que les dangers du nucléaire sont trop grands pour que cette énergie soit utilisée, tandis que les pro-nucléaire jugent les normes actuelles assez contraignantes pour assurer la sécurité du pays.

Enfin, le camp du parti présidentiel est partagé. Les volontés électoralistes de la majorité présidentielle conduisent à des décisions anti-nucléaires (fermeture de Fessenheim), mais des voix dans la majorité s’élèvent pour protester contre de telles mesures. Barbara Pompilli, l’actuelle ministre de l’écologie, se prononce quant à elle en défaveur de l’atome, quitte à assumer que, cet hiver, certains français puissent connaître des coupures d’électricité en raison du manque de production électrique de la France, pourtant autrefois exportateur.

Faire du feu, c’est tuer un arbre.

Mais comment expliquer un tel désamour du nucléaire dans la classe politique française ? Les réponses sont nombreuses et complexes.

Une grande partie de la classe politique qui se prononce contre la puissance de l’atome le fait pour des raisons électorales. En effet, des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron ont effectué un changement total de ligne avant certaines élections. Cela est dû à la place croissante qu’ont les partis écologistes dans le débat public. Malgré des résultats médiocres dans des élections de grande ampleur (parlementaire ; présidentielle), c’est bien une vague verte qui a été constatée lors des dernières élections européennes. Vague qui laisse penser que tous les électeurs ayant voté pour les Verts aux européennes partageraient toutes leurs opinions. Cette proposition est pourtant deux fois fausse. Fausse une première fois en raison du ras-le-bol français de la classe politique qui, de plus en plus, fait savoir son mécontentement par une abstention ou un vote blanc, et qui a trouvé dans la proposition écologique un exutoire anti-système. Fausse une deuxième fois parce que les élections européennes ne mobilisent pas le même électorat que les élections importantes sur le plan intérieur.

Mais une question demeure : pourquoi les écologistes sont-ils défavorables au nucléaire ? L’objectif affiché par les Verts est la réduction de l’émission de gaz à effet de serre. Leur opinion sur le nucléaire est donc à questionner quand elle est mise en face des faits. Le monde a pu constater que, en raison de l’intermittence de la production des énergies renouvelables, l’Allemagne a très vite été obligée pour ne pas couper le courant d’une partie de sa population les nuits sans vent, d’ouvrir des centrales à charbon, infiniment plus polluantes. En France, depuis la fermeture de Fessenheim – défendue par les écologistes -, le manque à gagner en électricité a dû être produit par des centrales à gaz et à charbon :  quel bénéfice pour la planète ?

Une explication à cela pourrait être axiomatique. Les écologistes français semblent en réalité n’avoir pas pour axiome fondamental la protection de la planète, mais bien le refus de la conception prométhéenne de l’action humaine en tant que telle, accompagnée d’une conception finaliste de la nature. Si l’homme, par la technique, pouvait s’émanciper de la nature sans la détruire, il ne le devrait pas faire car la nature mérite en elle-même d’être protégée en tant qu’entité essentialisée et individuelle. Ainsi, contrairement à l’idée issue des Lumières, des courants utilitaristes anglais du XIXè, et du positivisme, l’homme n’aurait aucun droit sur la nature qui serait une entité considérée comme telle, et devrait se contenter d’une vie sobre énergétiquement, en accord avec la nature, même si la technique permettait autre chose, et en dépit des libertés fondamentales.
Bien des déclarations de personnages politiques écologistes vont dans le sens de cette analyse. Ainsi, Pierre Hurmic (EELV), nouveau maire de Bordeaux, déclarait en septembre que le sapin de Noël était une mauvaise tradition car elle impliquait un « arbre mort » et qu’il fallait, pour lui, instaurer « un règlement de protection des arbres, une charte des droits de l’arbre ». Plusieurs hommes politiques d’EELV ont également opté en faveur d’une décroissance générale imposée par l’État – en réduisant les libertés, donc- sans se soucier de l’augmentation de la pauvreté qui s’ensuivra nécessairement. La technique, quelle  qu’elle soit, est donc à bannir. Une fois cet axiome compris par l’opinion publique- et surtout par les classes populaires, premières cibles de cette idéologie -, qui sait si les « écologistes » enflammeront encore les foules.

Cet article a été écrit par Samuel Vrignon, membre de Streams.

Violer une loi

Le 14 octobre 2020, la Cour de Cassation s’est prononcée dans une décision qui départageait viol et agression sexuelle. L’affaire mettait en cause une jeune fille de 19 ans, cible depuis ses 13 ans des attouchements de son beau-père. Celui-ci avait « pris l’habitude de lui imposer de se déshabiller, lui caressant le vagin et les fesses, se frottant contre elle et lui léchant le sexe, sous prétexte de prétendues punitions destinées à la corriger »1. La jeune fille ayant porté plainte contre son beau-père pour agression sexuelle et viol, l’affaire fut renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le droit français dresse une frontière très claire entre un viol et une agression sexuelle. Cette frontière est la pénétration. D’après l’article 222-23 du code pénal, le viol est « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise »2. Le terme « de quelque nature qu’il soit » désignant l’acte de pénétration insiste sur le fait que, qu’elle soit commise avec un doigt, un pénis, une langue, ou un objet, sur un vagin, un anus, ou une bouche, une pénétration forcée est toujours considérée comme un viol. Ce dernier est un crime puni de quinze ans de réclusion criminelle.

De même, depuis la loi Schiappa de 2018, l’agression sexuelle peut être considérée comme un viol, et ce que la personne pénétrée soit la victime ou l’agresseur. Un agresseur qui force la victime à le pénétrer (par exemple avec un objet) est ainsi considéré comme un violeur.

La Cour de Cassation a jugé dans l’affaire de la jeune fille victime de son beau-père que celui-ci, lui ayant léché le vagin de force, ne l’avait pas pénétrée, sa langue étant restée « à l’orée de son vagin » et que le viol n’était ainsi pas caractérisé. Le beau-père est donc inculpé non pas pour viol, mais pour agression sexuelle. Tandis que le viol est un crime, l’agression sexuelle est un délit. Le viol est passible de minimum quinze ans de prison, avec 20 ans à perpétuité dans le cas de circonstances aggravantes. L’agression sexuelle est passible de seulement 5 ans de prison, maximum 7 en cas de circonstances aggravantes.

En l’espèce, la victime étant mineure, la relation incestueuse et l’agresseur ayant autorité sur la victime, les circonstances aggravantes sont très clairement caractérisées. L’agresseur risque donc 7 ans d’incarcération, contre entre 20 ans et la perpétuité si l’acte avait été qualifié comme un viol.

Mais pourquoi un cunnilingus forcé est-il considéré comme une simple agression sexuelle ? Aujourd’hui, les sexualités se libèrent. Le sexe oral fait partie intégrante de l’acte sexuel et la pénétration est incessamment désacralisée. Le fait de ranger des caresses bucco-sexuelles forcées dans la catégorie des agressions sexuelles (qui contiennent pêle-mêle : main aux fesses, embrasser de force, toucher les seins, peloter, etc..) est incessamment remis en question, puisque l’acte fait aujourd’hui partie intégrante d’une relation sexuelle.

Il est logique de penser que mettre en contact sa langue avec la vulve d’une personne n’est pas un acte de la même gravité qu’une main aux fesses ; qu’il s’agit d’un acte hautement intime, un dépassement plus aggravé de la sphère personnelle, et qui fait partie intégrante de l’acte sexuel. Aujourd’hui, un échange de caresses bucco-génitales est une relation sexuelle à part entière.

De plus, avant la loi Schiappa, un jeune garçon ayant reçu une fellation forcée n’aurait pas été considéré comme violé, puisque « le pénétré » aurait ici été l’agresseur. Mais depuis 2018, ce garçon est considéré comme victime d’un viol. Pourquoi une jeune fille recevant une caresse bucco-génitale forcée ne pourrait-elle pas se considérer comme victime d’un viol également ?

Encore une fois, le droit est-il mal proportionné face à la réalité des choses ? Soyons honnêtes : rares sont les jeunes filles qui portent plainte après une main aux fesses. Le délit d’agression sexuelle n’est souvent prononcé que lorsque des actes plus graves ont lieu, mais que le viol en lui-même n’est pas caractérisé. De ce fait, l’agression sexuelle apparaît comme un délit prononcé seulement de manière compensatoire, pour reconnaître l’état de victime à celles et ceux qui n’ont pas réussi à faire constater un viol sur leur personne.

Comme le montre la loi Schiappa, ce qui pouvait être considéré comme une agression sexuelle hier peut aujourd’hui être considéré comme un viol. La question se pose sur la frontière que constitue la pénétration, de plus en plus remise en question par l’évolution des sexualités. Mais cette dernière constitue, de fait, un élément vérifiable sur examen gynécologique, ce que le sexe oral n’est pas. La disparition du critère de pénétration pour faire constater un viol ne risque-t-il ainsi pas d’affaiblir la capacité de la justice à faire reconnaître ledit viol, et ainsi ouvrir le champ des contestations face à des peines aussi lourdes que la prison à perpétuité ?

Depuis l’article 331 du code napoléonien de 18043, volontairement flou, qui ne considérait comme viol que la pénétration forcée et violente du sexe d’une femme par le sexe d’un homme, et seulement dans le cadre hors mariage (pas de viol possible d’un mari sur son épouse); les textes ont énormément évolué. Sensible aux mœurs, le droit évolue sans cesse, s’adaptant aux sociétés qu’il régit. Si le critère de la pénétration est « pratique » pour constater un viol, puisque médicalement vérifiable, il est incessamment remis en question par certains juristes, qui au nom de l’évolution des mœurs et mentalités, demandent sa suppression.

 

 

 

: Source : Cour de cassation, criminelle, Chambre criminelle, 14 octobre 2020, 20-83.273, Inédit. Décision consultable sur https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000042464424?tab_selection=juri&searchField=ALL&query=viol&searchType=ALL&typePagination=DEFAULT&sortValue=DATE_DESC&pageSize=10&page=1&tab_selection=juri

2 : article 222-23 du code pénal à retrouver sur https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000037289535/2018-08-06/

3 : « Quiconque aura commis le crime de viol, ou sera coupable de tout autre attentat à la pudeur, consommé ou tenté avec violence contre des individus de l’un ou de l’autre sexe, sera puni de la réclusion »

Le monde d’après

La situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est inédite. Il se pourrait bien que la pandémie du Covid-19 modifie drastiquement notre perception des relations sociales et du monde.

De toute l’histoire de l’humanité, jamais le mot confinement n’avait été autant employé. La prescription d’une telle distanciation sociale paraît aberrante quand on pense aux valeurs que la société s’est toujours efforcée de nous inculquer : la communication est indispensable, elle est au fondement de toute entreprise et de toute réussite. Bien entendu, les technologies actuelles couplées de notre sens de l’organisation nous permettent de poursuivre nos échanges, même à des centaines de kilomètres les uns des autres. Annoncer que nous assistons à l’abolition de toute forme de communication serait donc précipité, et surtout faux, mais nous ne pouvons pas nier que cette épidémie laissera certainement des traces indélébiles en nous conférant de nouvelles habitudes.

 

Une nouvelle organisation économique va-t-elle voir le jour ?

Premièrement, le réagencement de certaines activités pourrait favoriser l’émergence d’une nouvelle organisation économique. Le monde professionnel, par exemple, subit des modifications considérables, telles que la généralisation du télétravail (du moins dans le secteur tertiaire) ou encore l’assouplissement des règles d’embauche et de remplacement. Les secteurs qui se trouvaient en pleine période d’expansion juste avant cette crise, pour ne pas mentionner le transport aérien et l’éducation, devront s’adapter aux dispositions prises. En effet, les personnes malades ou devant s’absenter pour garder leurs enfants, par exemple, doivent être remplacées au pied-levé sans la possibilité d’un long processus de recrutement. En parallèle, la question de la réouverture de écoles est sur toutes les lèvres. Elle apparait comme une priorité, tant les inégalités se creusent entre les élèves pendant cette période de confinement. Depuis des années, beaucoup se plaignent de classes surchargées, avec un travail qui n’est, par conséquent, pas assez individualisé. Aujourd’hui, de petits effectifs ainsi qu’un suivi des élèves seront de mises pour le retour à l’école, et c’est un changement qui peut amener à repenser de façon positive le système éducatif.

L’irruption du Covid-19 a également su mettre en exergue les fragilités de notre système de santé sur lequel la restriction budgétaire exerce une grande pression. Qui sait, peut-être que les réseaux médicaux et hospitaliers pourront désormais bénéficier d’une marge de manœuvre plus importante pour entreprendre leurs recherches. Les obligations en matière d’hygiène seront sans doute renforcées, et les circuits d’approvisionnement réorganisés de manière à ce qu’ils garantissent davantage de sécurité pour la population. De manière générale, on espère surtout une revalorisation des conditions de travail et des salaires pour les métiers dans les hôpitaux. Depuis des années, le personnel hospitalier manifeste pour l’amélioration de leur situation, il faut donc espérer que la crise sanitaire que nous traversons servira de déclic pour que les mesures gouvernementales en leur faveur se concrétisent.

 

Peut-on parler d’une fin de la mondialisation ?

Il est encore trop tôt pour prétendre une avancée de la production locale, mais une volonté d’indépendance par rapport aux autres pays se profile graduellement. La pénurie de médicaments, en effet, nous a fait prendre conscience de la nécessité d’une telle émancipation. On peut espérer que la mentalité des consommateurs évoluera avec la volonté de consommer local pour aider les producteurs français.

D’autre part, n’oublions pas le tourisme de masse, qui constitue en France l’un des secteurs les plus lucratifs. Avec la fermeture des frontières, la notion d’hypermobilité, autrefois si utilisée, est vouée à disparaître. Dans ces domaines, l’économie est à l’arrêt, ce qui représente un immense problème pour les pays attirant le plus de vacanciers. Il sera donc nécessaire de relancer le tourisme intérieur dans les mois à venir. On entend beaucoup parler d’un futur recul de la mondialisation et d’un possible retour du protectionnisme. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin contre le virus, cette hypothèse persistera longtemps.

 

Vers un nouveau monde ?

C’est notre quotidien entier qui va devoir être repensé. La bise et la poignée de main, gestes si fortement ancrées dans la tradition française, subsisteront-ils suite à ce bouleversement ? Le port du masque deviendra-t-il une banalité, alors même que les industries de notre pays avaient totalement délaissé leur fabrication par manque de rentabilité ?  Notons d’ailleurs qu’un grand nombre de réactions ont été suscitées par la découverte d’une vie dénuée de superflu : pour certains, une journée de travail se révèle plus efficace et moins fatigante, et pour d’autres, c’est l’occasion de devenir moins dépensiers. Puisqu’ils se sont passés de tant d’achats pendant le confinement, s’abstenir encore un peu s’avère tout à fait concevable. La consommation de masse sera donc peut-être remise en cause. Sans parler de la réduction de la circulation et des divers trafics qui permet d’apporter une bouffée d’air frais à notre planète. C’est l’occasion pour tout le monde de prendre du recul et de réduire son impact écologique au quotidien. Alors que bon nombre de français s’impatientent à l’idée de sortir de chez eux, il faut espérer qu’ils réfléchiront tout de même à la portée de de leurs actes et changeront au maximum leurs habitudes pour préserver notre planète.

Ce qui est sûr, c’est que tant qu’une solution valable n’aura pas été apportée, cette crise marquera la séparation entre deux mondes : celui d’avant et celui d’après.

 

 

 

 

“La Ligue, on t’enc*le” : quand le football nous interroge sur le sens de nos insultes

Photo : Canal +

 

Insultes fleuries et gestes forts

 

Stop. Je t’arrête tout de suite, ne t’en va pas. Aujourd’hui on ne va parler de football. Enfin si, mais juste un petit peu. Tu verras qu’on peut parler dans un même article du PSG, de liberté d’expression et d’étymologie.

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Je suis un monstre sanguinaire

Préambule : l’opinion exprimée dans cet article ne concerne que son auteur et ne doit pas être assimilée au point de vue de l’ensemble de l’équipe de Streams. La bise.

 

 

9h02, Saône et Loire, un samedi de novembre. Devant une ferme isolée, un groupe d’une vingtaine d’énergumènes, majoritairement masculins, et tous habillés d’un gilet orange, se détachent de la brume. S’agit-il là du second souffle du mouvement des gilets jaunes ? Non, c’est bien pire.

Au fur et à mesure que le spectateur se rapproche, le spectacle se fait plus précis, et plus terrifiant. A l’épaule de ces individus se détache le canon scintillant d’un calibre 12, d’un express, ou d’une carabine à lunette. A leur pied, une meute de chiens s’agite, prête pour la curie. A leur cou, une trompe, futur messager de leur morbide succès. Les visages sont froids, placides, décidés.

Vous l’avez compris, ce groupe mystérieux est constitué de ce que beaucoup considèrent comme l’une des pires engeances de l’humanité, ceux dont le passe-temps consiste en un massacre méthodique d’êtres vivants dont le seul crime est de passer au mauvais endroit, au mauvais moment : les chasseurs.

Vaste sujet que la chasse. Vaste car très méconnu, pour la simple et bonne raison que beaucoup n’ont que très peu envie de la connaître. Pourtant, et malgré le ton faussement moralisateur de ce début d’article, je vais tenter – je dis bien tenter – de m’atteler à l’homérique tâche de défendre cet art (car c’en est bien un).

Pour cela, laissez-moi démonter – ou non – avec vous deux idées reçues qui circulent concernant la chasse. Notez que ma modeste analyse ne s’attaquera pas au domaine à part qu’est la chasse à courre, pour la simple et bonne raison que mes connaissances y sont bien trop limitées. Je laisse les vrais experts nous éclairer s’ils le souhaitent en commentaire de cet article.

Mais trêve de mondanité, il est l’heure de s’attaquer au cœur du problème.

 

« Les chasseurs tuent des animaux innocents »

 

A ce moment précis, tout défenseur de la cause animale qui se respecte se demande comment je vais bien pouvoir discuter cette affirmation qui semble, pour le coup, indiscutable. Alors oui, bien sûr, le gibier tué lors de chasses n’a rien « fait » au chasseur qui l’abat. Il ne s’agit pas ici d’une mort « justifiée » comme pourrait l’être celle d’un soldat sur le champ de bataille (encore que la justification de cette dernière soit également discutable mais c’est un autre débat).

Mais il est important de noter que le chasseur ne tire pas sur « tout ce qui bouge ». En effet, la grande majorité des espèces sont interdites à la chasse. Ne sont autorisées que les espèces considérées comme « nuisibles », c’est-à-dire dont la prolifération serait dangereuse pour l’agriculture, voire pour l’équilibre de l’écosystème.

L’existence « de chasses administratives », c’est-à-dire de chasses demandées par l’Etat et non organisées par les chasseurs eux-mêmes, montrent bien que l’action des chasseurs est nécessaire : la population de certaines espèces, comme les sangliers, nécessite d’être régulée pour perdurer. Allez donc dire au fermier dont les cultures ont été ravagées par une harde de sangliers que les chasseurs sont des monstres. Sa réponse risque de vous étonner.

Ainsi, dans un monde où la chasse n’existerait pas, on peut supposer que ces animaux seraient abattus de manière industrielle.

Enfin, il ne faut pas oublier la sélection effectuée par tout chasseur avant son tir :  il est par exemple interdit de tirer sur une laie « suitée », c’est-à-dire suivie de ses marcassins, puisque sa mort entraînerait automatiquement celle de tous ses petits livrés à eux-mêmes.

 

« Les chasseurs tuent par plaisir »

 

Peut-être l’opinion la plus répandue sur la chasse et les chasseurs. Quel chasseur n’a jamais entendu la sempiternelle « Et ça te fait plaisir de tuer des animaux ? ». Non. C’est un peu plus compliqué que ça.

 

Alors oui, la mort de l’animal constitue la finalité d’une chasse. Mais tout comme un bon soldat respecte son ennemi, un bon chasseur – n’en déplaise aux Inconnus – respecte l’animal. Les vidéos morbides qui circulent sur Facebook ne doivent en aucun cas résumer la manière de faire des chasseurs. En témoigne le vocabulaire utilisé : un animal blessé n’est pas inhumainement laissé à son triste sort, il est « servi » (autrement dit, achevé). De même, l’animal mort se doit d’être « honoré » par le chasseur, qui placera symboliquement des feuilles sur ses yeux. Et l’expérience montre que ce rituel n’est jamais effectué avec « plaisir », bien au contraire.

 

De simples artifices pour masquer l’innommable, me direz-vous ? L’idée est recevable. Mais toujours est-il que la mort de l’animal y est plus respectueuse qu’une simple mise à mort dénue d’émotions dans un abattoir.

Dès lors, s’il est tout à fait logique qu’une personne végétarienne soit révoltée par la chasse (c’est là son droit le plus fondamental, et loin de moi l’idée de vouloir lui ôter), on peut s’interroger sur les critiques faites pas les consommateurs réguliers de viande. Est-il préférable que l’animal qui finira dans votre assiette soit tué dans des conditions parfois inhumaines, et souvent dans d’atroces souffrances (cf l’abattage des poulets), ou bien qu’il le soit par un chasseur qui aura le mérite de respecter l’animal, et d’abréger le plus vite possible ses souffrances ?

 

On ne peut cependant nier l’existence de grands propriétaires terriens ayant une vision bien à eux des règlements et de la pratique de la chasse en général. Cette pratique déraisonnable de la chasse (excès de tireurs, d’animaux tués, etc…) est un danger pour l’équilibre de la biodiversité, et bien souvent pour les chasseurs eux-mêmes. On en revient aux Inconnus : il est primordial de distinguer le bon et le mauvais chasseur.

Heureusement, la réglementation en vigueur est implacable. Les peines en cas d’infraction peuvent ainsi aller jusqu’à 2 ans de prison et 30000 euros d’amende.

 

Ai-je la prétention d’avoir convaincu qui que ce soit avec cet article ? Pas véritablement. La chasse fait partie de ces sujets clivants où le débat est souvent très compromis, voir impossible. La défense de la cause animale revêt pour un grand nombre de personnes une dimension quasi intime, et loin de moi l’idée de dénigrer cet engagement, que je respecte au contraire.

Je ne conteste pas l’idée que l’activité des chasseurs soit haïe en raison de sa dimension meurtrière. Mais l’ambition de cet article est de montrer qu’en plus d’être d’utilité publique, c’est une pratique que ses aficionados élèvent au rang de passion, dans le respect de l’animal et de la nature.