Je suis un monstre sanguinaire

Préambule : l’opinion exprimée dans cet article ne concerne que son auteur et ne doit pas être assimilée au point de vue de l’ensemble de l’équipe de Streams. La bise.

 

 

9h02, Saône et Loire, un samedi de novembre. Devant une ferme isolée, un groupe d’une vingtaine d’énergumènes, majoritairement masculins, et tous habillés d’un gilet orange, se détachent de la brume. S’agit-il là du second souffle du mouvement des gilets jaunes ? Non, c’est bien pire.

Au fur et à mesure que le spectateur se rapproche, le spectacle se fait plus précis, et plus terrifiant. A l’épaule de ces individus se détache le canon scintillant d’un calibre 12, d’un express, ou d’une carabine à lunette. A leur pied, une meute de chiens s’agite, prête pour la curie. A leur cou, une trompe, futur messager de leur morbide succès. Les visages sont froids, placides, décidés.

Vous l’avez compris, ce groupe mystérieux est constitué de ce que beaucoup considèrent comme l’une des pires engeances de l’humanité, ceux dont le passe-temps consiste en un massacre méthodique d’êtres vivants dont le seul crime est de passer au mauvais endroit, au mauvais moment : les chasseurs.

Vaste sujet que la chasse. Vaste car très méconnu, pour la simple et bonne raison que beaucoup n’ont que très peu envie de la connaître. Pourtant, et malgré le ton faussement moralisateur de ce début d’article, je vais tenter – je dis bien tenter – de m’atteler à l’homérique tâche de défendre cet art (car c’en est bien un).

Pour cela, laissez-moi démonter – ou non – avec vous deux idées reçues qui circulent concernant la chasse. Notez que ma modeste analyse ne s’attaquera pas au domaine à part qu’est la chasse à courre, pour la simple et bonne raison que mes connaissances y sont bien trop limitées. Je laisse les vrais experts nous éclairer s’ils le souhaitent en commentaire de cet article.

Mais trêve de mondanité, il est l’heure de s’attaquer au cœur du problème.

 

« Les chasseurs tuent des animaux innocents »

 

A ce moment précis, tout défenseur de la cause animale qui se respecte se demande comment je vais bien pouvoir discuter cette affirmation qui semble, pour le coup, indiscutable. Alors oui, bien sûr, le gibier tué lors de chasses n’a rien « fait » au chasseur qui l’abat. Il ne s’agit pas ici d’une mort « justifiée » comme pourrait l’être celle d’un soldat sur le champ de bataille (encore que la justification de cette dernière soit également discutable mais c’est un autre débat).

Mais il est important de noter que le chasseur ne tire pas sur « tout ce qui bouge ». En effet, la grande majorité des espèces sont interdites à la chasse. Ne sont autorisées que les espèces considérées comme « nuisibles », c’est-à-dire dont la prolifération serait dangereuse pour l’agriculture, voire pour l’équilibre de l’écosystème.

L’existence « de chasses administratives », c’est-à-dire de chasses demandées par l’Etat et non organisées par les chasseurs eux-mêmes, montrent bien que l’action des chasseurs est nécessaire : la population de certaines espèces, comme les sangliers, nécessite d’être régulée pour perdurer. Allez donc dire au fermier dont les cultures ont été ravagées par une harde de sangliers que les chasseurs sont des monstres. Sa réponse risque de vous étonner.

Ainsi, dans un monde où la chasse n’existerait pas, on peut supposer que ces animaux seraient abattus de manière industrielle.

Enfin, il ne faut pas oublier la sélection effectuée par tout chasseur avant son tir :  il est par exemple interdit de tirer sur une laie « suitée », c’est-à-dire suivie de ses marcassins, puisque sa mort entraînerait automatiquement celle de tous ses petits livrés à eux-mêmes.

 

« Les chasseurs tuent par plaisir »

 

Peut-être l’opinion la plus répandue sur la chasse et les chasseurs. Quel chasseur n’a jamais entendu la sempiternelle « Et ça te fait plaisir de tuer des animaux ? ». Non. C’est un peu plus compliqué que ça.

 

Alors oui, la mort de l’animal constitue la finalité d’une chasse. Mais tout comme un bon soldat respecte son ennemi, un bon chasseur – n’en déplaise aux Inconnus – respecte l’animal. Les vidéos morbides qui circulent sur Facebook ne doivent en aucun cas résumer la manière de faire des chasseurs. En témoigne le vocabulaire utilisé : un animal blessé n’est pas inhumainement laissé à son triste sort, il est « servi » (autrement dit, achevé). De même, l’animal mort se doit d’être « honoré » par le chasseur, qui placera symboliquement des feuilles sur ses yeux. Et l’expérience montre que ce rituel n’est jamais effectué avec « plaisir », bien au contraire.

 

De simples artifices pour masquer l’innommable, me direz-vous ? L’idée est recevable. Mais toujours est-il que la mort de l’animal y est plus respectueuse qu’une simple mise à mort dénue d’émotions dans un abattoir.

Dès lors, s’il est tout à fait logique qu’une personne végétarienne soit révoltée par la chasse (c’est là son droit le plus fondamental, et loin de moi l’idée de vouloir lui ôter), on peut s’interroger sur les critiques faites pas les consommateurs réguliers de viande. Est-il préférable que l’animal qui finira dans votre assiette soit tué dans des conditions parfois inhumaines, et souvent dans d’atroces souffrances (cf l’abattage des poulets), ou bien qu’il le soit par un chasseur qui aura le mérite de respecter l’animal, et d’abréger le plus vite possible ses souffrances ?

 

On ne peut cependant nier l’existence de grands propriétaires terriens ayant une vision bien à eux des règlements et de la pratique de la chasse en général. Cette pratique déraisonnable de la chasse (excès de tireurs, d’animaux tués, etc…) est un danger pour l’équilibre de la biodiversité, et bien souvent pour les chasseurs eux-mêmes. On en revient aux Inconnus : il est primordial de distinguer le bon et le mauvais chasseur.

Heureusement, la réglementation en vigueur est implacable. Les peines en cas d’infraction peuvent ainsi aller jusqu’à 2 ans de prison et 30000 euros d’amende.

 

Ai-je la prétention d’avoir convaincu qui que ce soit avec cet article ? Pas véritablement. La chasse fait partie de ces sujets clivants où le débat est souvent très compromis, voir impossible. La défense de la cause animale revêt pour un grand nombre de personnes une dimension quasi intime, et loin de moi l’idée de dénigrer cet engagement, que je respecte au contraire.

Je ne conteste pas l’idée que l’activité des chasseurs soit haïe en raison de sa dimension meurtrière. Mais l’ambition de cet article est de montrer qu’en plus d’être d’utilité publique, c’est une pratique que ses aficionados élèvent au rang de passion, dans le respect de l’animal et de la nature.