De Pythagore au Lundi Vert : une brève histoire du végétarisme

Chaque année, la Veggie Pride, sorte de marche pour assumer pleinement et fièrement son opposition à l’exploitation animale, est organisée en France et réunit quelques milliers de Français, assurément ultra-privilégiés, bobo-gaucho-écolos si nous en croyons nos préjugés profondément ancrés. Certains diront qu’ils cherchent seulement à se différencier, à se donner du caractère, « un genre », en s’opposant à l’alimentation omnivore, à tendance parfois carnivore, bien française et bien enracinée dans nos traditions les plus lointaines. Pourtant, notre culture gréco-romaine, que tant d’amoureux de la viande chérissent ardemment, a très tôt été imprégnée d’idées végétariennes, et notamment par les plus sages d’entre eux. Essayons donc de découvrir l’histoire du végétarisme pas si brève et récente que ça et d’en tirer (peut-être) quelques leçons.

Rendons d’abord visite au plus sage d’entre nous, au père de la philosophie (celui qui en créa d’ailleurs le mot), Pythagore. Ce génie des mathématiques et grand philosophe fut aussi le précurseur du mouvement végétarien qui envahit le monde développé actuel. Ses raisons pour un changement si drastique de consommation furent autant d’ordre éthique et moral par respect pour l’animal ; que d’ordre doctrinaire puisqu’il était un fervent croyant de la métempsychose, c’est-à-dire de la transmission de l’âme suite à la mort que ce soit dans un corps humain ou animal. Il était ainsi végétarien, voire végan puisqu’il refusait de porter tout habit de laine ou de cuir, et enseignait ces mêmes principes à ses étudiants qui les perpétuèrent. De ce fait, Plutarque et Sénèque avaient adopté ce régime, bien que ce dernier dû l’abandonner de peur de représailles de la part de Tibère car, qui dit végétalien, dit opposant au sacrifice animal et donc à la religion. Finalement, Platon, dans La République, idéalise une société parfaite qui serait végétarienne (déjà à cette époque) puisqu’elle permettrait de ne pas gaspiller des végétaux en nourrissant du bétail alors que cette nourriture pourrait directement nourrir l’homme ; et maintiendrait l’homme modeste et humble dans sa consommation. Platon, ce visionnaire, avait déjà prévu des violences et des guerres pour les pâturages qui nourrissent les bêtes, trop gourmandes de légumes et céréales. En bref, être végétarien en Antiquité était un acte de rébellion assumé, animé par une volonté de respect de la vie animale, des croyances et le désir de pouvoir nourrir chacun, dans un climat de paix ; autant de considérations qui résonnent tout particulièrement aujourd’hui.

Durant quelques siècles ensuite, le végétarisme fut contenu par le Christianisme en Europe. En effet, cette religion s’est très rapidement opposée à ce régime, Saint Augustin plaidait ainsi que le végétarisme n’était qu’une superstition, toute chose terrestre étant créée par Dieu pour l’Homme ; de plus, comment condamner la consommation de viande alors que Jésus lui-même mangeait du poisson ou du mouton ? D’un ordre plus sociologique, cette religion se prévalait d’une foi universelle et donc sans restriction alimentaire aucune, pour ne pas aller à l’encontre de traditions culturelles de certaines parties du monde.

Heureusement, les Lumières nous ont éclairé, Voltaire s’est levé et a soulevé la question de la moralité sous-jacente à l’exploitation animale. De fait, il démontra la fausseté de l’idée de la chaîne alimentaire qui place l’homme au sommet alors que ce devrait être l’ours et le requin, affirmant ainsi que notre manière de nous alimenter n’est que culturelle. De plus, il soutient que tout être vivant a une âme, la seule altérité entre celle humaine et animale ne tiendrait qu’à un degré différent de développement. Rousseau affirme de même que la consommation de viande n’est que culturelle, en s’appuyant sur des études scientifiques, et que, à l’opposé, la compassion que ressent l’homme envers les animaux est bien naturelle. Il devient ainsi le premier théoricien du droit animalier, droit nécessaire puisque la bête éprouve aussi du plaisir et de la violence. L’universalisme des Lumières n’a donc aucune limite, les grands philosophes de l’époque sont profondément animalistes, au-delà de tout égoïsme humain encore présent dans l’idée de réincarnation de Pythagore, de peur de ne pas être respecté en tant qu’animal après transmission de son âme.

L’époque moderne ouvre une révolution dans notre production et dans notre consommation avec l’essor de l’industrie, fini les produits de proximité, bienvenu à la consommation de masse. Parallèlement, la pollution grimpe dangereusement, les sols s’assèchent, l’eau se raréfie, etc. Pourtant, l’homme arrive toujours à produire plus pour nourrir une population en constante croissance et uniformise l’alimentation autour du régime occidental omnivore, mais à quel prix ? En effet, 78% des émissions de gaz à effet de serre agricoles proviennent directement de l’élevage des animaux, Einstein avait d’ailleurs compris très tôt l’enjeu écologique de la consommation de viande, expliquant ainsi : « Rien ne peut être aussi bénéfique à la santé humaine et augmenter les chances de survie de la vie sur terre que d’opter pour une diète végétarienne. »

Entre autres scientifiques, Darwin s’est aussi différencié par ses idées végétariennes fondées sur des recherches scientifiques, montrant que la consommation de viande n’était qu’un fait culturel, puisque l’homme ressemblait plus à un animal frugivore qu’à un carnivore, avec ses petites canines et sa faible mâchoire.

Marguerite Yourcenar amène un argument contemporain sociologique en faisant un lien des plus intéressants entre la cruelle exploitation que l’homme orchestre sur les animaux qui l’amène à faire de même sur ses semblables : « Rappelons-nous, s’il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu’il y aurait moins d’enfants martyrs s’il y avait moins d’animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n’avions pris l’habitude des fourgons où les bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en attendant l’abattoir. » Lévi-Strauss ose même aller plus loin en faisant un parallèle entre le racisme et l’exploitation brutale des bêtes : « Depuis une quinzaine d’années, l’ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l’homme et les autres espèces vivantes ; et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s’attaquait pas aussi à lui sur l’autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses pareils n’est qu’un cas particulier du respect qu’il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie. »

Enfin, au-delà du parallèle entre homme et animal, certains défendent simplement le respect des animaux et par conséquent souvent le végétarisme, car ils sont des êtres vivants et bien souvent d’une faiblesse funèbre, comme le souligne Zola. De même, comme le soutient Gandhi : « La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés de la manière dont elle traite les animaux. »

Finalement, nous pourrions continuer à vous citer indéfiniment de bonnes raisons rationnelles de devenir végétarien, appuyées de toujours plus d’exemples de cerveaux brillants ; mais cela ne changerait pas le fait qu’être végétarien est un engagement bien personnel qui ne peut être pris et tenu que par vous-mêmes, mais n’oubliez pas qu’avant de devenir végétarien voire végétalien, il existe des étapes intermédiaires (comme vous pourrez le lire dans le second article de cette journée). Ah, et pour finir, loin de moi la volonté de dire que les végétariens sont des êtres supérieurs, mais les exemples sont quand même bien nombreux : Pythagore, Socrate, Platon, Sénèque, Plutarque, Léonard de Vinci, Lamartine, Voltaire, Rousseau, Montaigne, Charlotte Brontë, Percy Bysshe Shelley, Zola, Darwin, Newton, Edison, Einstein, Tesla, Gandhi, Tolstoï, Aldous Huxley, Marguerite Yourcenar, Peter Singer, Lévi-Strauss, Paul McCartney, Steve Jobs, Bill Clinton (depuis 2010), Al Gore (flexitarien), Jane Goodall, Rajendra Pachauri, etc. (tous ayant été végétariens durant une période de leur vie) et j’en passe beaucoup.

Pour conclure, je dirai seulement : « Je ne suis pas végétarien parce que j’aime les animaux, mais parce que je déteste les végétaux. », merci à A. Whitney Brown pour cela.

Cet article vous est proposé par Nolwenn Magdelaine, du Noise ESCP.

Flexitarien, végétarien, octo-vg… quelles différences ?

On commence tous à le savoir, réduire sa consommation de viande est plutôt bénéfique, et ce à plusieurs égards. Environnement, santé, éthique… (économique aussi, on reste des étudiants!). Mais quelle qu’en soit la raison, moins manger de viande (ou moins consommer de produits d’origine animale) c’est clairement pas simple ! Si l’humain a toujours tendance à vouloir tout catégoriser, cela n’en reste pas moins compliqué de s’y retrouver dans tous les différents régimes existants. C’est bien ce qu’on va tenter de clarifier ici. 

Que ce soit le traditionnel végétarisme, les moins célèbres végétalisme et flexitarisme, les dérivés oco-végétarien et lacto-végétarien, les plus originaux frugivores ou sproutarianisme, on s’y perd un peu… 

Allez, allons-y, descendons dans cet univers ! Mais allons-y crescendo, pas question de vous choquer dès le début en vous retirant directement les œufs et le fromage.

 

Si, comme beaucoup d’autres, les enjeux éthiques et environnementaux vous touchent, vous pouvez d’abord décider de modifier votre manière de consommer sans  pour autant écarter certains aliments. C’est-à-dire réduire votre consommation de viande en privilégiant la nourriture labélisée et de proximité ; réduire doucement sa consommation de produits d’origine animale, sans la supprimer ; rester omnivore tout en s’engageant, en participant à un effort collectif en cours, préférer la qualité à la quantité, etc. De plus en plus de personnes se disent de ce régime. Vous l’aurez reconnu, (ou non), il s’agit du flexitarisme. Des gens vraiment flex ; au restaurant, chez des amis ou pour un petit plaisir solitaire, le retour ponctuel à la viande n’est pas un problème !

Vous voulez passer à l’étape suivante ? Devenez pesco-végétarien ! C’est lorsque l’on choisit d’exclure la viande rouge de son alimentation (qui favoriserait les maladies cardiovasculaires et les cancers) et la viande blanche (au choix, il faut savoir que la viande blanche est moins mauvaise pour la santé), tout en pouvant encore profiter des produits de la mer ainsi que des oeufs, du lait et de leur dérivés (on vous comprend, la raclette, ça reste chouette). 

Bannissez toutes les viandes de votre alimentation. Félicitations ! Vous êtes devenu végétarien ! Votre nourriture est désormais constituée de fruits, de légumes, de céréales, de féculents, d’œufs et de lait (oui… le poisson et les crustacés sont bien considérés comme des viandes… ne les discriminez pas svp).

Vous décidez de bannir les œufs ? Vous êtes désormais lacto-végétarien. Si vous bannissez le lait mais pas les oeufs, vous êtes alors octo-végétarien !

Vous ne souhaitez plus rien ingérer qui proviennent d’un quelconque être vivant ? Privilégiez alors le régime végétalien, régime qui bannit toute nourriture d’origine animale : miel, lait, oeuf.. 

Une forme plus stricte du végétalisme est le véganisme ; plus qu’un régime alimentaire, c’est un autre mode de consommation dans le respect accru de l’éthique et la morale. Il bannit les produits de consommation d’origine animale (cuir, produits cosmétiques… etc). C’est un mode de consommation qui est basé sur le refus de l’exploitation animale sous toutes ses formes. 

 

Mais en vérité, tout ça, c’est pas vraiment original, du coup je vous propose quelques régimes qui sortent du lot :

  • Le crudivore, adepte du crudivorisme, ne mange que des aliments crus (en vrai courage).
  • Le frugivore ne se nourrit que de fruits (courage aussi franchement).
  • Le sproutarien est un animal aquatique nocturne, bébé du célèbre wqt… Je déconne, c’est un adepte du sproutarianisme, régime qui consiste à ne consommer uniquement des graines germées. 

 

Bon au fond, ça reste juste des noms donnés à des régimes pour catégoriser les choses et s’y retrouver un peu, mais ce n’est pas très important. Vous voulez réduire votre consommation de viande ? Que ce soit pour l’environnement, pour votre santé, pour des raisons économiques ou pour des raisons éthiques… allez-y ! 

Une chose est sûre, il n’y a pas besoin de connaître tous les noms des pratiques alimentaires ni d’en arborer une spécifique pour adhérer à ses propres valeurs !

 

Cet article vous est proposé par un membre du Noise.

30 propositions pour une RSE systémique en France – Cercle de Giverny

Le vendredi 1er septembre, le NOISE était invité au Forum de Giverny, qui prenait place au Musée des impressionismes de Giverny. Cette journée était dédiée à la présentation des travaux du Cercle de Giverny commencés en Novembre 2019 et consacrés à la systématisation de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) dans les entreprises françaises. Ce cercle a été lancé auprès du ministère de l’Économie et des Finances, il est constitué d’entreprises françaises (44%), d’associations (17%), d’universités (15%), de think tanks et experts (14%), de syndicats (6%) et d’institutions publiques (4%). Le forum a été organisé par le cabinet de conseil RM Conseil, dont le directeur Romain Mouton, également président du Cercle, souhaitait engager en profondeur les entreprises et autres organisations sur les questions de RSE.

A chaque rentrée, de nombreuses rencontres comme celle-ci sont organisées afin de rassembler les entreprises et faire émerger des propositions ambitieuses. Les universités du MEDEF les 26 et 27 août étaient intitulées « Renaissance des Entreprises Françaises » et consacrées entièrement aux enjeux écologiques, sociaux et sociétaux afin d’engager une transition au sein les grandes entreprises françaises. L’année dernière, le viseur était placé sur les questions climat. D’autres réseaux, porteurs d’un nouveau modèle se réunissent aussi à cette période. C’est le cas des Universités d’Été de l’économie de demain qui ont eu lieu aux mêmes dates, organisées par le mouvement #Noussommesdemain initié par le MOUVES (Mouvement des Entrepreneurs Sociaux) et dont les co-fondateurs sont Eva Sadoun (Lita.co) et Jean Moraux (Phénix), à la tête de deux jeunes entreprises florissantes proposant un modèle économique innovant et durable.

Le Cercle de Giverny a travaillé sur 6 thématiques majeures pour une transformation écologique et sociale profonde de la France : mobilités soutenables, territoires innovants, finance responsable, marque positive, économie numérique, citoyenneté d’entreprise. Il a retenu les 30 propositions les plus essentielles, que nous allons désormais présenter.

La ligne directrice du groupe de travail sur les Mobilités soutenables est « déployer une réponse multimodale et inclusive afin d’accélérer la décarbonation des mobilités des employeurs ». Les deux personnes en charge de ce groupe étaient Edward Arkwright, Directeur général exécutif du Groupe ADP, et Laura Foglia, Cheffe des projets Mobilité du think tank The Shift Project (créé par Jean-Marc Jancovici).

  1. Conditionner l’implantation de tout employeur à un Plan de mobilité (PDM) permettant l’utilisation majoritaire de transports décarbonés.
  2. Renforcer le rôle des PDM employeur dans la poursuite de la stratégie bas carbone1 en rendant obligatoire l’évaluation de son impact annuel sur les émissions et l’élargissement de son champ d’action au stationnement en entreprise.
  3. Instaurer pour tous les employeurs un compte carbone2 qui évalue l’empreinte de chaque salarié dans ses déplacements professionnels.
  4. Supprimer les avantages fiscaux sur les voitures de fonction et limite leur octroi uniquement aux salariés qui peuvent démontrer qu’ils n’ont pas d’autre moyen de transport pour leurs déplacements domicile-travail.
  5. Aligner le barème d’indemnité kilométrique pour les voitures et les deux-roues motorisés sur le barème inférieur (véhicules moins lourds).

Le second groupe de travail est dédié aux Territoires innovants, et les co-présidents sont Olivier Bogillot, Président de Sanofi France, et Patricia Savin, Présidente d’ORÉE (Organisation pour le Respect de l’Environnement dans l’Entreprise). Le but est d’« encourager l’ancrage local de l’entreprise auprès de son proche environnement en valorisant l’innovation territoriale et l’économie circulaire3 ».

  1. Favoriser la rencontre des parties prenantes locales pour échanger sur les enjeux de développement économique local et d’ancrage de compétences stratégiques.
  2. Encourager le dialogue intra-territorial et l’expérimentation locale afin de partager les savoirs spécifiques aux enjeux d’un territoire.
  3. Élaborer une grille d’analyse régionale à destination des entreprises afin de s’inscrire dans une démarche de pérennité vertueuse d’ancrage local et de valorisation de ses actions.
  4. Accélérer le déploiement de l’économie circulaire dans les territoires.

La troisième thématique est celle de la Finance responsable. Le groupe de travail est co-présidé par Marie-Claire Daveu, Directrice du Développement Durable et des Relations institutionnelles internationales chez Kering, et Virginie Chapron-du-Jeu, Directrice des Finances à la Caisse des Dépôts. Il a pour but d’« orienter la performance financière vers la résolution de l’urgence écologique et sociale ».

  1. Inciter, sur le principe du « comply or explain »4, les investisseurs institutionnels dits « responsables » à aligner leurs portefeuilles d’investissements sur des trajectoires de neutralité carbone5 d’ici 2050.
  2. Rendre obligatoire la publication du bilan carbone tous les 2 ans (sur toute la chaîne de valeur, les scopes 1, 2, 36) pour toutes les entreprises de plus de 250 salariés et dont le chiffre d’affaires dépasse 50 millions d’euros.
  3. Associer l’attribution des subventions adressées aux entreprises et collectivités territoriales (au niveau français et européen) à l’élaboration d’une trajectoire d’alignement avec des scénarii de soutenabilité à moyen terme de l’entreprise, notamment la neutralité carbone5 à horizon 2050.
  4. Inciter les entreprises et institutions financières à mettre en place une structure de rémunération plus incitative et inclure des objectifs extra-financiers dans l’évaluation des managers et des collaborateurs (y compris dans le cadre des évaluations à 360).
  5. Demander aux investisseurs institutionnels de définir une cible en termes de part « verte » de leurs financements, compatible avec la taxonomie verte européenne7, progressant dans le temps
  6. Intégrer les critères de préservation des écosystèmes (qualité des sols, impact sur artificialisation, etc.) dans les grilles d’analyse ESG8 des investisseurs en fonds propres et dans la définition des investissements se réclamants « verts » ou « durables ».

Le quatrième groupe de travail, sur la Marque positive, se concentre à « dépasser les logiques d’intention et de moyens pour engager des obligations de résultats répondant à des impératifs de transparence ». Il est co-présidé par Alexandra Palt, Directrice générale de la RSE chez l’Oréal, et Paul Duan, Président de Bayes Impact.

  1. Nommer systématiquement un Directeur RSE au comité exécutif pour mener la transformation sociale et écologique au sein de l’entreprise.
  2. Développer la coopération entre territoires en développant les réseaux à impacts.
  3. Créer un poste de Directeur de la Responsabilité Sociale et Écologique de l’État, en charge de la commande publique.
  4. Porter un projet de réforme au niveau européen afin de moderniser la politique de l’Union européenne en matière de commande publique.
  5. Dans un contexte de juste relance, instituer un plan de soutien financier et institutionnel des TPE/PME engagées dans une reconversion de leur modèle écologique et social.
  6. Évaluer annuellement l’atteinte par l’État de ses objectifs écologiques et sociaux dans sa commande publique.

La cinquième thématique est celle de l’Économie numérique, le groupe de travail co-dirigé par Olivier Girard, Président France et Benelux d’Accenture, et Agathe Wautier, co-fondatrice de The Galion Project, réfléchit à « concilier forces vives du numérique et impératifs sociétaux pour une transition verte et inclusive ».

  1. Conditionner systématiquement le financement et l’accompagnement public des projets IT / numériques à leur performance en termes d’inclusion et/ou de réduction des impacts environnementaux, à travers l’atteinte d’un seuil minimal lors d’une Analyse de cycle de vie (ACV)9.
  2. Organiser une campagne d’envergue de sensibilisation du grand public au numérique responsable et inclusif, accolée à des programmes spécifiques de formation tout au long du parcours scolaire et en entreprise.
  3. Instaurer une Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) réduite sur la réparation et le reconditionnement de produits et assortir une valeur de consigne aux prix de vente des équipements électroniques neufs.
  4. Créer une directive européenne « réemploi » pour maximiser le nombre d’équipements réemployés et permettre d’assurer la traçabilité des équipements tout au long de leur vie et de comptabiliser le flux « réemploi » en parallèle du flux « déchets ».
  5. Dynamiser l’économie circulaire3, l’accessibilité et la sobriété numérique par un renforcement de la transparence et de l’inclusivité dans l’entreprise, de l’exemplarité de l’État et par une gestion durable de l’ensemble du cycle de vie9 des équipements numériques.

Le dernier groupe de travail se focalise sur la Citoyenneté d’Entreprise pour « impliquer les parties prenantes dans la stratégie durable de l’entreprise au sein de la gouvernance et de son déploiement opérationnel ». Les co-présidents sont Christian Schmidt de La Brélie, Directeur Général de Klesia, et Hélène Valade, Président de l’ORSE (Observatoire de la Responsabilité Sociale des Entreprises).

  1. Présentation annuelle de la stratégie RSE, par le directeur concerné, aux instances dirigeantes de l’entreprise : conseil d’administration, assemblée générale et comité social et économique (CSE).
  2. Indexer 50 % de la rémunération variable des dirigeants sur des objectifs mesurables de la RSE.
  3. Insérer de manière explicite dans les accords d’intéressement des objectifs d’inclusivité et de développement durable.
  4. Intégrer la RSE au cœur des programmes de formation obligatoires par l’entreprise.

 

Pour présenter ces 30 propositions, une table ronde était dédiée à chaque thématique, animée par les deux co-présidents du groupe de travail et deux autres personnes expertes en la matière. Le but étant de discuter de l’importance de chacune des mesures, mais aussi de les questionner voire d’émettre des pistes d’amélioration.

Les 30 propositions devraient d’ici 2021-2022 faire l’objet de projets de loi, afin de systématiser la RSE et la transformation écologique et sociale de la France, à la fois en généralisant des pratiques locales et en en développant de nouvelles.

D’autres interventions ont lieu lors de ce forum pour enrichir les discussions sur l’accélération de la transformation écologique et sociale des entreprises en France. Parmi eux, Jean Jouzel, glaciologue, membre du GIEC et porte-parole du Pacte Finance Climat. En tant qu’expert des sujets climat, il soulignait le fait que la communauté scientifique appelle à l’action depuis de nombreuses années et se trouvait heureux de voir que les entreprises et le gouvernement réfléchissent de plus en plus à la transition de notre économie. Surtout il disait admirer la jeunesse et lui faire confiance pour porter le changement nécessaire à mettre en œuvre. Du côté des scientifiques, le forum invitait aussi Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du GIEC. Elle insistait sur la gravité du réchauffement climatique et des autres enjeux environnementaux comme la perte de biodiversité, mais aussi et surtout de l’urgence d’une réponse systémique. Les rapports du GIEC, aussi alarmants soient-ils, ne suffisent pas pour que les dirigeants prennent des décisions responsables et ambitieuses. Toute la société doit ensemble construire un modèle économique soutenable.

Des membres du gouvernement étaient également présents. Bruno Lemaire, Ministre de l’Économie et des Finances soulignait l’importance de la transformation de notre modèle économique et de notre façon de créer de la valeur. Olivia Grégoire, Secrétaire d’État chargée de l’Économie Sociale, Solidaire et Responsable, insistait notamment sur la vertu et le potentiel de l’ESS10, qui doit absolument se développer plus amplement. La Ministre de la Transition Écologique, Barbara Pompilli, a quant à elle tenu le discours d’ouverture.

Nous avons aussi eu l’honneur d’entendre François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, qui parlait plus spécifiquement des sujets financiers. Il mentionnait que tout au long de sa carrière, il n’avait connu aucun changement de si grande ampleur que ceux actuellement en œuvre dans la sphère financière. Il y a à peine 5 ans, la notion de finance responsable était considérée comme utopique. Pourtant, aujourd’hui, tant au niveau macro- que microéconomique, on assiste à des avancées majeures. L’Union Européenne a publié la première version de la taxonomie8 qui vise à définir un cadre pour les investissements dits « verts ». Et les travaux du Network for Greening the Financial System (NGFS)11, lancé en 2017, permettront dans les années qui suivent des progrès ambitieux au niveau de la régulation micro- et macroprudentielle, et de l’intégration des risques climatiques.

Enfin, le forum laissait place aux étudiants par le biais d’un défi. L’objectif était de proposer une solution innovante pour répondre à l’une des 6 thématiques. Parmi les 3 lauréats, se trouvait le NOISE Dauphine qui proposait EnR Cloud, une solution responsable pour les serveurs de calcul et de stockage de données : le traitement des données est effectué quand les serveurs sont alimentés par de l’électricité provenant d’énergies renouvelable et locale.

Pour conclure, le Cercle de Giverny, et le forum qui s’en est suivi, permettent alors de poser les bases nécessaires à la transformation effective de notre économie. Si les 6 thématiques évoquées, les 30 propositions émises ne sont évidemment pas exhaustives, elles témoignent des acteurs économiques et sociaux une volonté sincère de se tourner vers un modèle plus résilient.

Définitions :

1 Stratégie bas carbone : en alignement avec les Accords de Paris pris lors de la COP21 limitant un réchauffement climatique à +2 degrés maximum.

2 Compte carbone ou bilan carbone : outil de comptabilisation des émissions carbones, développé par l’ADEME. Plus d’informations sur : https://youmatter.world/fr/definition/definition-bilan-carbone/

3 Économie circulaire : “L’économie circulaire est un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en permettant le bien-être des individus.” (Définition de l’ADEME). Plus d’informations sur : https://www.ecologie.gouv.fr/leconomie-circulaire

4 Principe du « comply or explain » : ce principe impose aux sociétés côtées qui se réfèrent à un code de gouvernance d’appliquer les règles, ou d’exposer le cas écheant leurs raisons d’y déroger. Ce principe est inscrit dans le Code du Commerce (articles L.225-37 al. 7 et L. 225-68 al. 8)

5 Neutralité carbone : les émissions totales de carbone s’équilibrent avec l’absorption du carbone de l’atmosphère par les puits de carbone.

6 Scopes 1, 2, 3 : le scope 1 correspond aux émissions directes de gaz à effet de serre (GES) liés à la fabrication d’un produit, le scope 2 correspond au scope 1 additionné des émissions indirectes de GES liées aux consommations d’énergie nécessaires à la fabrication du produit, enfin le scope 3 correspond au scope 1 et 2 additionnés de toutes les autres émissions indirectes de GES c’est-à-dire toutes celles émises lors du cycle de vie entier du produit. Plus d’informations sur les sites de YouMatter et de l’ADEME : https://youmatter.world/fr/definition/scope-1-2-3-definition et https://www.bilans-ges.ademe.fr/fr/accueil/contenu/index/page/categorie/siGras/0

7 Taxonomie européenne : outil de classification des investissements dits « verts » et « non verts » dans tous les secteurs d’activités et basé sur 6 critères environnementaux (lutte contre le réchauffement climatique, adaptation au changement climatique, ressources en eau, économie circulaire, pollution, écosystèmes). Globalement un investissement est dit vert s’il contribue positivement à l’un des 6 critères sans avoir d’impact négatif sur l’un des 5 autres (principe du « do no significant harm »). Rapport du Groupe Technique d’experts sur le financement durable (TEG) de la Commission Européenne : https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/200309-sustainable-finance-teg-final-report-taxonomy_en.pdf

8 ESG : critères Environnement, Social et de Gouvernance, utilisés pour la notation extra-financière des entreprises en plus des critères financiers. Ils permettent notamment de faire de l’ISR (Investissement Socialement Responsable) pour tous les titres financiers côtés. Plus d’informations sur le site Label ISR : https://www.lelabelisr.fr/anstyq/criteres-esg/

9 Analyse du cycle de vie (ACV) : elle recense et quantifie, tout au long de la vie des produits, les flux physiques de matière et d’énergie associés aux activités humaines, son but est d’évaluer de manière globale et multicritère les impacts environnementaux. Plus d’informations sur le site de l’ADEME : https://www.ademe.fr/expertises/consommer-autrement/passer-a-laction/dossier/lanalyse-cycle-vie/quest-lacv

10 Économie Sociale et Solidaire (ESS) : egroupe un ensemble de structures qui reposent sur des valeurs et des principes communs : utilité sociale, coopération, ancrage local adapté aux nécessités de chaque territoire et de ses habitants. Leurs activités ne visent pas l’enrichissement personnel mais le partage et la solidarité pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement (Définition du Labo de l’ESS). Plus d’informations sur les sites : http://www.lelabo-ess.org/+-ess-+.html et https://www.economie.gouv.fr/cedef/economie-sociale-et-solidaire

11 Network for Greening the Financial System (NGFS) : réseau des banques centrales et des superviseurs visant, de manière volontaire, à partager les meilleures pratiques et à contribuer au développement de la gestion du risque climatique et environnemental dans la sphère financière et à mobiliser la finance classique pour mener la transition vers une économie plus durable. Plus d’informations sur le site dédié : https://www.ngfs.net/en

 

Cet article a été réalisé par Léa Faucheux, présidente du Noise ESCP,  et publié dans le cadre de la première édition de la Semaine étudiante du développement durable.