L’Italie et le Football : des histoires de couleurs

 

 

Le 12 janvier dernier le Bologne FC accueillait la Juventus de Turin pour les huitièmes de finale de la coupe d’Italie. Outre la victoire des Bianconeri deux buts à zéro, on pourra retenir les cris racistes scandés en début de match par une partie du public bolonais à l’encontre du jeune attaquant turinois italo-ivoirien Moise Keane. Plus tôt dans la journée, à quelques 300 kilomètres de là, c’est dans l’antre du Stade Olympique de Rome qu’ont été entonnés des chants racistes et antisémites par certains supporters de la Lazio Rome. Cette fois-ci ce n’était pas un joueur en particulier qui était visé mais l’équipe rivale de l’AS Rome qui a pu apprécier être comparée à l’Afrique ou encore de revêtir les couleurs « Jaune, rouge et juif ». Ces incidents sont survenues moins de trois semaines après les injures racistes à l’égard du défenseur franco-sénégalais Kalidou Koulibaly lors du choc Inter Milan – Napoli pour le compte du championnat italien. Pendant 80 minutes le joueur napolitain avait dû supporter les cris de singe lancés par une partie du public milanais avant de perdre son sang froid et d’être exclu du match.

 

 

Des supporters napolitains rendent hommage à Koulibaly après son calvaire à Milan

Photo issue du compte twitter « Senegal Football »

Si le racisme dans le milieu du football n’a rien de nouveau et ne concerne malheureusement pas uniquement l’Italie, il faut cependant admettre que la péninsule est particulièrement talentueuse pour régulièrement se faire remarquer pour ses dérapages xénophobes. A une heure où les instances de football mettent de plus en plus de moyen pour combattre le racisme au sein du sport, l’Italie apparaît plus que jamais rongée par ce fléau. Pourquoi le pays ne parvient-il pas à endiguer ce phénomène ?

 

Des rivalités territoriales exacerbées

Les railleries scandées à l’encontre des supporters ou des joueurs adverses ont toujours et feront toujours partie du spectacle qu’offre un match de foot, n’en déplaisent à ceux qui veulent nous offrir un sport totalement lisse et aseptisé. Dès lors que le principe même du foot repose sur l’affrontement de deux équipes dans un cadre compétitif, cela ne peut qu’aboutir à l’expression d’émotions traduisant une impression de « nous » contre « les autres ». Un match a certes lieu sur le terrain mais un deuxième se déroule également dans les travées du stade où chacun y va de sa voix pour galvaniser son équipe et inférioriser l’adversaire. Les propos injurieux normalement bannis deviennent même un pilier de la construction de la solidarité et de la cohésion de l’équipe. Cependant, force est de constater qu’en Italie ces techniques de rabaissement et d’exclusion symbolique se fondent trop souvent sur des critères ethniques et religieux et dépassent dès lors le cadre sportif.

Les propos injurieux normalement bannis deviennent même un pilier de la construction de la solidarité et de la cohésion de l’équipe.

Aux origines de ces agissements se trouve une rivalité territoriale extrêmement forte. Rappelons que l’Italie est un pays relativement récent, ce n’est qu’avec la proclamation du Royaume d’Italie en 1861 que la myriade d’Etats indépendants qui composaient le pays est unifiée. « L’Italie est faite, il faut maintenant faire les Italiens » disait Massimo d’Azeglio, l’un des unificateurs du pays. Effectivement, la conscience nationale eut du mal à se faire une place. Les dialectes, coutumes et mentalités propres aux régions survécurent, la langue italienne était peu enseignée à l’école. L’échec du fascisme qui voulut imposer par la force une identité nationale aux italiens ne put que renforcer ce sentiment de méfiance envers l’Etat-nation, une majorité d’italiens étant convaincue que le sentiment d’appartenance à une nation est un principe néfaste. Tous ces facteurs favorisèrent l’émergence, ou plutôt le maintien, de nombreuses identités régionales au détriment d’une identité nationale. Rajoutons à cela une disparité grandissante entre un Nord riche et industriel et un Sud bloqué dans la pauvreté, l’avènement de ligues séparatistes dans les années 1980 en Italie du nord et nous avons là tous les ingrédients pour assister à des matchs de football explosifs.

Car les discriminations dans les stades italiens sont au départ le symptôme d’une rivalité inter-italienne, cristallisée notamment dans la fracture territoriale entre le Nord et Sud. Alors que le Nord s’enrichit grâce à son industrie et s’intègre toujours plus à l’Europe rhénane, le Sud est gangréné par la mafia et se vide de ses habitants. Dès lors, les stades de foot offrent aux italiens un merveilleux écran de projection pour leurs ressentiments. Naples qui vit une période sportive faste à la fin des années 1980 devient la cible privilégiée des italiens septentrionaux et la ville en prend pour son grade à chaque déplacement : « La drogue et les culs-terreux sont les plaies de l’Italie », « Sentez cette odeur, les Napolitains arrivent », « Allez le Vésuve ! » et autres tendresses sont visibles sur de nombreuses banderoles dans les stades pour accueillir l’équipe napolitaine. La ville incarne alors ce Sud si diffamé qui fait honte à l’Italie du Nord. En 1989 la Ligue du Nord naît sur une volonté de défense des intérêts des régions padanes (i.e. les régions septentrionales de l’Italie qui recouvrent la Plaine du Pô), fustige l’Etat central et un Sud « pauvre, assisté et mafieux » (petit fun fact : son fondateur Umberto Bossi sera condamné en 2017 à deux ans et trois mois de prison pour détournement de fonds publics). Il n’en fallait pas plus pour les ultras (les supporters les plus fanatiques) septentrionaux pour reprendre ce discours. C’est ainsi que le 22 septembre 1991, lors du match entre Naples et le Torino, certains ultras turinois ont décidé d’inspirer un homme politique américain en déployant une banderole sur laquelle on pouvait lire « La race des infâmes est née avec les Napolitains ! La Ligue ne suffit plus, il faut un mur ».

« La race des infâmes est née avec les Napolitains ! La Ligue ne suffit plus, il faut un mur »

Parallèlement à cela l’Italie vécut un véritable bouleversement migratoire. Au début des années soixante-dix le pays connaît une première vague d’immigration. Alors que l’Italie représentait jusqu’ici un des principaux fournisseurs de main-d’œuvre dans le monde, voilà que des migrants majoritairement africains viennent s’installer dans la péninsule. L’Italie, dont l’identité nationale est récente et demeure fragile, ne s’est pas préparée à cet afflux soudain. L’image d’ « Italiani, brave gente » (« Italiens, braves gens ») qu’aiment se donner les italiens est mise à mal et à partir du milieu des années 1980 les actes racistes et antisémites se multiplient dans le pays. En mars 1990, des membres d’un collectif ultra de la Fiorentina organisent une « chasse aux Marocains » lors du carnaval de Florence. Le visage peint en blanc et armés de barres de fer, les ultras s’improvisent pourfendeurs de l’envahisseur et protecteurs du territoire. Très rapidement les stades italiens sont également touchés par ce rejet de l’étranger. Des banderoles s’attaquant aux joueurs noirs fleurissent dans les tribunes. Le 28 avril 1996, des ultras de Vérone protestent contre la volonté du club de recruter Maickel Ferrier, un joueur néerlandais d’origine surinamienne, en pendant un mannequin noir dans les gradins du stade. En 1998, des ultras de la Lazio Rome, club réputé pour sa proximité avec l’extrême droite, arborent une banderole lors d’un derby contre le club rival de l’AS Rome sur laquelle est marquée « Auschwitz est votre patrie, les fours vos maisons. »

 

Photo issue de « Tribune de Genève »

Des sanctions trop peu coercitives

Face à ces actes l’Italie s’est dotée d’armes juridiques. Naturellement, comme toute démocratie qui se respecte, l’Italie a un panel de lois interdisant toute forme de discrimination. La Constitution interdit la reconstitution du parti fasciste tandis que tout organisme visant à l’incitation à la discrimination ou à la violence pour motif racial, ethnique, national ou religieux est contraire à la loi Mancino de 1993, loi qui interdit aussi d’exhiber les symboles de groupes discriminatoires lors de manifestations sportives.

Depuis 1989 les interdictions de stade peuvent être prononcées et leur champ d’application a été élargi en 2014. Désormais une personne peut se voir interdite d’accès aux stades de façon préventive si dans les cinq années précédentes elle a été accusée ou condamnée pour certains délits, qu’ils soient commis dans ou en dehors des stades.

Dans le cadre du football, les sanctions les plus répandues en Italie sont l’amende et les matchs à huis clos. A la suite des débordements lors du match entre l’Inter Milan et Naples le 26 décembre dernier, l’instance disciplinaire de la ligue de football italien a condamné le club lombard à deux matchs à huis clos. En janvier 2018, le club du Hellas Vérone avait été condamné à une amende de 20 000 € pour des insultes racistes contre notre Matuidi Charo national. Inutile de faire une longue énumération des différentes sanctions car elles se ressemblent toutes : les amendes se limitent toujours à quelques dizaines de milliers d’euros, une somme dérisoire pour un club professionnel, et à quelques matchs à huis clos. Non seulement ces sanctions sont incontestablement trop clémentes, mais de plus nous pouvons nous interroger sur la légitimité des matchs à huis clos. Faut-il vraiment pénaliser les milliers de supporters d’une équipe et l’équipe elle-même pour les agissements d’une minorité ? En termes de lutte contre les discriminations leurs résultats sont plus que discutables. En revanche, en termes de découragement des supporters antiracistes, elles semblent bien performantes comme le montre la lettre ouverte de 100 000 supporters adressée à l’UEFA, instance qui a l’habitude de dégainer les matchs à huis clos à tout va pour punir les clubs mauvais élèves, pour l’inviter à repenser sa politique de lutte contre la discrimination.

Les amendes se limitent toujours à quelques dizaines de milliers d’euros, une somme dérisoire pour un club professionnel

Mais l’Italie est également confrontée à un autre obstacle de taille dans son combat contre le racisme au sein des stades. Cet obstacle est plus propre au pays et concerne la mentalité italienne directement. A l’occasion du rapport de l’UNESCO « Couleur ? Quelle couleur ? » qui aborde la lutte contre la discrimination et le racisme dans le football, des entretiens ont été menées dans divers pays, dont l’Italie. Pour la péninsule il en ressort logiquement, pour les raisons citées ci-dessus, que la rivalité territoriale est considérée comme faisant partie de l’ADN du foot italien. Petits extraits de réponses : « La discrimination territoriale est l’alpha et l’oméga de notre mode de vie. » ; « « La discrimination territoriale existe. Elle fait partie de la culture footballistique et repose sur des rivalités historiques qui n’ont en principe rien à voir avec le football. Elle est inscrite dans les gènes des villes et des régions. » ; « Mettre la discrimination territoriale sur le même plan que le racisme est une idiotie. Provoquer les gens d’une autre région n’a rien d’anormal ; c’est juste un jeu, parce qu’on a besoin de cette confrontation. Tandis que le racisme est un problème important qu’il faut combattre. ». La dernière citation est particulièrement intéressante. Il est effectivement plus que plausible que le racisme ne soit souvent que le reflet de cette rivalité territoriale, et qu’un moyen comme un autre pour déstabiliser psychologiquement l’équipe adverse. C’est ce qui amène certains journalistes à parler d’un « racisme décomplexé » en Italie. En août 2014, Carlo Tavecchio était élu président de l’Association italienne de football alors même qu’il s’était déjà fait remarquer plusieurs fois pour ses frasques. « Opti Poba [Mais qui est ce joueur ?] est arrivé ici et avant il mangeait des bananes. Aujourd’hui il joue titulaire à la Lazio de Rome » déclarait-il juste avant son élection. Lorsque ce racisme décomplexé atteint les plus hautes sphères des instances de football italiennes il devient difficile de concevoir la possibilité de changements radicaux.

Pouvons-nous être optimistes quant à l’avenir ? Gardons à l’esprit que ce qui passe aujourd’hui dans les stades italiens est également le reflet d’une société qui traverse une crise de réfugiés sans précédent. La gestion catastrophique de la crise, la recrudescence de crimes racistes (multipliés par onze en quatre ans) et la nomination en tant que ministre de l’Intérieur de Salvini semblent plutôt révéler une société qui fait marche arrière sur les questions de discrimination. La nouvelle génération de dirigeants du foot italien doit redoubler d’effort pour faire rempart à ce phénomène.

 

« Tout a commencé le jour où un pote du Quatter m’a parlé d’un canard de foot alternatif en train de se lancer, So Foot… »

En plein pic de canicule, Aly Streams est parti à la rencontre de Brieux Férot, ancien étudiant de l’ESCP et actuel directeur du développement du groupe SO PRESS.

Créateur des magazines So Foot, Society, So Film, Dada, Pédale, Tampon, Doolittle, The Running Heroes Society, mais aussi du pôle de production audiovisuel AllSo, d’un label de musique et d’une régie publicitaire, ce média indépendant n’a cessé de se diversifier depuis son lancement en 2002. Le groupe pèse aujourd’hui 18 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Qui a dit que les scepiens étaient prédestinés aux grandes boîtes de marketing, de finance ou de conseil ? Brieux nous montre qu’avec un peu de folie et d’ambition, on peut faire d’une passion sa profession.

 

  •  Etudiant à l’ESCP, aviez-vous déjà l’envie de travailler pour un média ?

Non, je suis entré en prépa puis en école de commerce car je ne savais pas précisément quoi faire comme métier, et que je ne voulais me fermer aucune porte. Une formation généraliste associant chiffres et lettres pouvant déboucher sur à peu près tout, c’est ce qu’il me fallait.

Venant d’un lycée de banlieue et d’une famille où presque personne n’avait son bac, la classe préparatoire à Paris, puis l’ESCP m’ont plongé dans univers complètement nouveau. J’ai pu constater les codes de la vie sociale parisienne et les aspirations qui y étaient liées. « Moi je veux bosser chez Mac Kinsey », me disaient des potes de première année. J’étais fasciné, ne sachant même pas ce qu’était Mac Kinsey et ne comprenant pas comment on pouvait avoir tant de convictions à vingt ans sur un métier qu’ils étaient incapables de m’expliquer dans le détail.

Président du BDS, membre de l’asso de photo Déclic et membre du BDE pendant ma dernière année, je me suis beaucoup investi dans la vie associative. Mon goût pour l’écriture, les médias, les histoires, étaient déjà bien présent et j’ai décidé de crée un magazine BDS, dans lequel on demandait aux chefs d’équipe de nous raconter leurs matchs pour en faire des compte-rendus, pleins d’humour et de mauvaise foi ! On avait aussi créé une société de production de court-métrage. Ce qui est marrant, c’est que la plupart des membres travaillent toujours dans le monde du cinéma aujourd’hui ! Quand on est étudiant, il faut se faire confiance sur ses aspirations, même si ça paraît être tout naze pour les autres !

 

  • Comment avez-vous eu l’idée de vous investir pour So Foot alors que vous n’étiez encore qu’étudiant ?

Un jour, un pote du Quatter m’a parlé d’un canard de foot alternatif en train de se lancer, So Foot. Ils organisaient des premières réunions pour échanger des idées autour du lancement d’un magazine et comme j’étais footeux et que j’aimais écrire, je me suis dit pourquoi pas. Je me suis donc retrouvé dans cette salle de 30m² où étaient réunis 50 personnes, de 19 à 50 ans et aux profils très différents. Parmi eux l’auteur Maylis de Kerangal ou encore l’écrivain et scénariste François Bégaudeau. C’était une ambiance très meute, assez rude, où chacun se levait pour balancer ses idées en essayant de convaincre et de parler le plus fort possible. Après cette rencontre entre bières et pizzas, j’ai décidé d’adhérer et de contribuer régulièrement, sur des petits formats d’une demi-page tous les mois.

Mon intérêt pour le sport, les arts, la société, la politique, a donné du sens à mes études à l’ESCP. Quand j’étais en cours d’Isaac Getz sur le management des idées et de la créativité, je visualisais toute l’organisation des équipes, de sport pro ou de tournage de film. En cours sur les options et produits dérivés, je me demandais alors si les joueurs allaient eux-mêmes devenir des produits dérivés, en statistiques, j’essayais de comprendre sur quels critères les clubs recrutaient. J’ai enfin obtenu la traduction concrète de tout ce qu’on me racontait.

J’ai fait ensuite un Master 2 à l’école des mines en parallèle de l’ESCP puis quand est venu le moment de bosser, je suis parti en conseil en finances et organisations publiques pendant 7 ans. Le soir, le week-end et la nuit, je rédigeais des articles pour So Foot. Je bossais aussi dans une boite de production de documentaire que j’avais créé avec un autre scepien, Simon Rey.

 

  • Quelle était la ligne directrice de So Foot lorsque vous avez commencé à y rédiger des articles ?

La philosophie So Foot, c’était de parler de toutes les histoires autour du foot qui n’étaient racontées par personne d’autre. On a établi a posteriori une règle, celle des 3 H : Humain, Histoire, Humour. On pouvait aussi bien proposer une interview de Platini – encore fallait-il réussir à rentrer en contact avec lui – qu’un dossier sur la seule équipe d’albinos d’Afrique, faire un reportage à Guantanamo ou suivre les femmes de footballeurs de Châteauroux. On racontait des histoires de société qu’on pouvait retrouver dans des magazines de société, si bien que le fan de foot, le non-fan de foot, l’amoureux de culture et le scientifique s’y retrouvaient.

 

  • En tant que journal naissant, le démarrage n’a pas été trop dur ?

Pendant 7 ans, seulement quelques personnes vivaient de So Foot. Tous les autres, nous étions payés à la pige, et avions d’autres boulots à côté. Un imprimeur nous a fait confiance très tôt, nous proposant une avance de 6 mois, avec pour deal « si ça marche je reste votre imprimeur à vie ». C’est ce qui s’est passé. Puis, une dynamique s’est rapidement crée : nous avions d’excellentes plumes, et d’autres qui apprenaient à écrire par le travail à plusieurs, l’entraide, nous produisions des articles à  4-5 personnes, réalisions des études de fond en réunissant parfois les témoignages de 60 joueurs pour un seul article. Le magazine était en kiosques dès le départ ou presque, et nous gagnions environ 4000 nouveaux lecteurs par Coupe du monde et par Euro, si bien qu’en 12 ans, on a atteint les 50 000. Un petit miracle !

 

  • Qu’est-ce qui vous a fait franchir le pas pour travailler à temps plein chez SO PRESS ?

En 2015, on a beaucoup discuté de l’avenir avec Franck Annese, le fondateur de SO PRESS. On était sur le point de créer Society, ce qui allait nous faire passer de 4 à 45 salariés dont je faisais partie. C’était le moment de tous se mobiliser pour passer la vitesse supérieure : de nouveaux titres, un nouveau modèle économique pour le digital, la production audiovisuelle, l’événementielle, l’édition…

On n’a jamais cherché des profils de postes très précis, les gens sont venus d’eux-mêmes vers nous. Des autodidactes pouvaient arriver de l’autre bout de la France sans savoir où dormir mais regorgeant d’envie. On leur répondait « ok dors sur le canapé, écris et on verra ce qui se passe après ».

Pour augmenter les effectifs, il a fallu trouver des financements. Une partie reposait jusqu’alors principalement sur les annonceurs, puis le brand content, des annonceurs nous demandaient de produire des vidéos, des publicités, des séries-fictions, etc.  Mais il nous fallait désormais plus. Nous avions besoin d’investir environ 1,5 millions pour se lancer, avec le risque que tout puisse d’arrêter au bout de six mois. On a donc levé environ la moitié grâce à la BPI, et trouvé l’autre moitié grâce à de nouveaux actionnaires. Ces actionnaires étaient d’un genre nouveau, ils ne recherchaient pas le retour sur investissement mais investit par plaisir aussi : des footballeurs comme Édouard Cissé et Vikash Dhorasoo, Serge Papin (patron de Super U), Patrice Haddad (président du Red Star à Saint-Ouen), ou encore Robin Leproux (ancien patron du PSG). Notre projet, celui d’un média de société avec des journalistes plus jeunes, aux profils très divers, et en phase direct avec le réel a pu se concrétiser. Nous préférions avoir des gens véritablement intéressés par l’aventure que gens blindés mais parfois avec ce que les américains appellent du stupid money, qu’on trouve parfois parmi les héritiers et les rentiers. Comme ça, on restait un média à taille humaine.

 

  • En quoi le modèle de So Press se démarque-t-il de celui des journaux traditionnels ?

D’abord pas la structure hiérarchique, où les idées partent du bas. Nous fonctionnons en moyenne avec deux rédacteurs en chef par canard, et les journalistes écrivent pour le magazine qu’ils veulent. Ils peuvent donc passer de Doolittle à So Foot ou Dada selon leurs envies. Chacun propose ses sujets d’article, on parle et on frictionne beaucoup, mais les projets qui ressortent sont rares, uniques, et parfois géniaux. Lire un exemplaire de Society, c’est quand même une expérience d’information assez unique, très sincèrement. Faites-le test ! Dans les média plus traditionnels à l’organisation verticale, ce sont trop souvent les rédacteurs en chef, plus trop jeunes, qui distribuent les sujets.

Aussi, comme nous ne sommes pas un quotidien, nous n’avons pas l’obligation d’être exhaustifs et ne sommes pas contraints par l’instantanéité de l’info. Dans un quotidien, si la page Politique a besoin d’un article de 2635 signes, il faut se conformer.  Chez SO PRESS, si un jour il y a plus à raconter sur l’économie que sur la culture, on adapte la taille des rubriques. La maquette est revue à chaque numéro.

 

  • Pourquoi continuer à produire sur du journal papier alors qu’on sait tous que celui-ci est en crise ?

Nous ne faisons pas que du papier. Depuis 3 ans on s’est beaucoup développés dans le digital, avec sofoot.com qui propose des articles gratuits, notre page facebook qui a atteint 1,6 millions de likes, nos 200 000 followers twitter mais aussi avec Society toutes les semaines sur Snapshat Discover. La chaîne réunit plus de 900 000 visiteurs par story, c’est un succès.

Mais si nous n’avons pas renversé la table, c’est parce que le papier marche encore. Personne n’est prêt à payer beaucoup pour bénéficier d’un média en ligne aujourd’hui, et c’est pour l’instant assez rare, alors que pour détenir un bel objet, oui. Nos magazines se lisent et se relisent, ils peuvent rester posés aux toilettes et se feuilleter dix fois. Chacun de nos magazines papier est rentable individuellement. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne lutte pas pour défendre la liberté d’information accessible à tous : on a une offre à 9,90€ / mois pour avoir accès à tous les magasines du groupe en digital !

 

  • La couverture du So Foot post coupe du monde a été visible sur tous les abribus cet été. Quelle place accordez-vous à l’image dans vos magazines ?

Bien sûr qu’on y accorde de l’importance. Le kiosque, le Relay, le vendeur de journaux, c’est grâce à lui qu’on a pu grandir. On choisit souvent des photos très humaines : des joueurs en situation d’échec, ou affichant des têtes marrantes, humains, quoi. De la vie ! Jamais on ne choisit de représentation trop glorifiées ou statutaires, comme on peut en trouver dans les autres journaux ou à la télé. L’échec et le ridicule, on le partage tous, et cela rapproche donc le lecteur du joueur. Ce qui a fait la singularité de SoFoot, c’est aussi cet équilibre entre informations très pointues et très bien racontées, et les petites légendes humoristiques sur nos photos, qui permettent de voir le sens de cette grande fête populaire vraiment différemment. Ce n’est qu’un jeu !

 

  • Pour terminer, avez-vous quelques conseils pour les étudiants de l’ESCP qui vous lisent ?

Sortez, discutez, intéressez-vous à tout et surtout à ce que vous n’aimez pas ou qui ne vous intéresse pas a priori. Ne vous mettez pas en position d’être pris à défaut quel que soit le sujet. Et ça ne dépend que de vous ! Et puis, surtout, allez en soirée, très tard, ne négligez personne et aucune conversation, même anodine aux toilettes. Rencontrez du monde et n’ayez pas peur de parler avec des profils différents des vôtres. Donc, là, privilégiez les soirées d’ingénieurs, d’écoles d’arts, les soirées d’universités de sciences humaines aussi, un monde d’avenir pour l’entreprise et pour la société ! Et même si vous ne comprenez rien à ce que vos interlocuteurs vous racontent au bout de 5 minutes, ce sont ce sont ces discussions qui peuvent laisser passer la lumière, et qui feront ressortir avec des idées et qui vous permettront d’avancer lorsque vous serez bloqués dans vos envies, vos projets, vos désirs.

 

Sans la manière mais avec le cœur

Par Joris Largeron

Pour sa reprise le CF ESCP affrontait ENS Paris Saclay, issu de la fusion de ces deux entités. Match comptant pour la deuxième phase du championnat de France universitaire, seul le premier de la poule de 4 pouvant valider son billet pour le tour suivant. Résultat obligatoire pour les bleus ciel qui se voyaient amputés de bon nombre de leurs cadres du S1. Quid de Charles et Douillet partis sur d’autre campus, quid des M2 parti en échange, quid de Musso bléssé etc.

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Guerre et (ESC)P

Par Quentin Predignac

Le 24 novembre 1874, soit il y a 142 ans jour pour jour, un fermier du Middle West américain nommé Joseph Glidden déposait le brevet du fil de fer barbelé. Celui-ci, plus communément appelé barbelé, mot dérivé de l’anglais barbed et bramble (ronce), révolutionna l’agriculture mondiale par son faible coût et la simplicité de son processus de production.

142 ans plus tard, cet objet s’est inscrit durablement dans la culture mondiale, faisant l’objet de détournement argotique tel que « sortir les barbelés », pour qualifier la défense solide d’une équipe de rugby. Mais soyons réaliste, il est plus que probable que ces considérations historiques et culturelles n’étaient pas au cœur de la pensée de Calou, quand à la 60ème minute du match ESCP-Sciences Po, il lançait son sempiternel : « Putaiiiiiiiiiiiin ! Merdeuuuuh ! Sortez les barbelés ! ».

streeee

 

                  Ce match avait tout pour notre XV d’une double revanche : revanche contre nous même tout d’abord, peu fiers de notre prestation dernière face à l’ESTP, mais également revanche contre Sciences Po, qui nous avait volé la victoire l’année dernière sur un arbitrage des plus arbitraires (5 cartons, 10 pénalités et 3 pénaltys). La légende raconte d’ailleurs que Calou nous aurait fait venir au match la veille, 24h avant le match : « Pour réviser un peu la mouette et sentir le terrain ». Apres avoir planté la tente et s’être assuré que tout le monde savait encore faire l’unique combinaison de l’ESCP depuis l’arrivée de Calou, en 52 avant J2, c’est le regard brillant et les mâchoires serrées que nous pouvions nous diriger vers le terrain pour y écouter les discours d’encouragement des capitaines et anciens. Véritable tradition orale digne des sociétés présocratiques, ceux-ci se colorent systématiquement d’un accent du Sud Ouest, même dans la bouche d’un parisien ou d’un normand. Le rugby a ses raisons que la raison ignore.

                  Avant même le coup d’envoi, la foule d’anciens, dont le SCR est supérieur au QI (même quand le premier est négatif), faisait préchauffer la machine à gigue dans les commentaires du live Facebook assuré par le travail formidable de Lucas Halimi. Et selon le théorème dit de Baduel qui veut que chaque action génère un nombre de commentaire multiplié par la nullité de l’action de 1 à en avant de Badu sur coup d’envoi (voir annexe pour plus de détails), les commentaires furent nombreux à défaut d’être spirituels durant les 20 premières minutes du match. En effet, le XV ESCP, pourtant au dessus physiquement (les vrais sauront ce que cette affirmation a de comique en soit), concéda deux pénalités faciles sur des fautes de main dans les rucks.

                  Cependant, un renvoi agressif poussa immédiatement les gauchistes bobos de Sciences Po à la faute, pénalité que Benoit Foulon choisit judicieusement de passer, nous ramenant au score de 3-6. Cette rupture dans les traditions scépiennes ne manqua pas évidemment d’en brusquer plus d’un parmi les anciens, à commencer par Cucu (« 4 ans à l’ESCP, pas une de passé » nous déclarait il, une lueur de fierté dans le regard). Ce peu de considération évident pour tout ce qui fait de l’ESCP une équipe pittoresque devait également s’étendre aux touches, où Louis de Baynast s’estimait apparemment trop important pour honorer la tradition de pizzaiolo des lanceurs à l’instar d’Augustin Madinier. Tout se perd on vous dit.

                  Sur base d’un jeu simple, liant gros qui pètent, trois quarts qui passent et Calou qui gueule, l’ESCP inscrivit son premier essai, après une bataille un peu confuse sur les 5m adverses, creusant un écart qui fut confirmé par une nouvelle pénalité.

sreeeee

                  En seconde période, les 20 kilos de moins moyens de l’adversaire commencèrent à se faire sentir au niveau du cardio, et si Maxime Gros Cheveux Friedman inscrivit un deuxième essai, la plupart de la période se passa dans notre camp, avec un banc de plus en plus clairsemé. Et c’est bien malgré la crampe au poumon droit de Matteo, la cheville en polystyrène de Predi et les neurones morts de solitude de Paquet que les zoulous warrior tinrent bon à 10m de leur ligne pendant de longues minutes. Le match se précipita avec un essai pour chaque camp, superbe contre attaque totalement justifié de 80m terminé par Foulon de notre coté, et un petit essai mesquin et litigieux pour eux, cela va de soi. Désireux de rattraper son trop grand sérieux dans les touches, Louis de Blaynast décida donc rater ce qui aurait été l’essai sur interception de la dernière action. Que les vieux se rassurent, il est bien des nôtres. C’est donc fort d’un score de 27 à 11, et malgré quelques sueurs froides, que le XV ESCP pu entamer son premier zoulou warrior, mené par un Cheveux qui doit son stage probablement plus au piston qu’à son entretien en anglais.

Meilleur commentaire : Bravo à Charles Doscampos, pour son  « Maxime Cheveux, t’es gros et lent. ».

  Annexe : théorème dit du Baduel

                  Partant du principe que seules les actions ratées génèrent des commentaires (à l’exception rares des essais), une action génère un commentaire multiplié par le coefficient de nullité décrit ci-dessous :

  • Baudrier va serrer des mains et tape la conversation avec des anciens du stade pendant le match
  • Cheveux marche jusqu’à l’action d’après
  • Darfeuille laisse le rebond décider de qui aura le ballon au lieu de se mettre à la réception
  • Chiff glisse au moment de taper un dégagement dans nos 22
  • Matteo sort fumer un zdeh sur le bord du terrain
  • Brousse tape une saucisse à la place d’une tomate
  • Un avant tape une saucisse à la place de Brousse qui voulait faire une tomate
  • Predi se prend un cul énorme sur une tentative de plaquage mou
  • Une contre attaque de 80m se termine par une passe à l’aveugle dégueulasse
  • En avant de Badu sur coup d’envoi (marche aussi avec Barnes)

ApoCaloupse Now

Par Quentin Predignac

17 novembre 2016, au fin fond de la jungle (urbaine) de Clamart, le petit détachement de l’ESCP Europe avance, groupé. Dans la grande guerre des écoles parisiennes, ceci n’était censé être qu’une mission de reconnaissance, un déploiement tactique en quelque sorte. Le ventre noué, la plupart, roses et imberbes encore, n’ont jamais vu le feu. Pendant près de 80 minutes, ils tiendront tête à l’ennemi en surnombre (ou plutôt en surpoids), se sacrifiant héroïquement les uns après les autres ; sortes de spartiates des temps modernes, les muscles en moins (#escprotfaillite). Du carnage, pas un n’en réchappa : cet article raconte leur histoire.

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