Malcom et Marie : Je t’aime, je te déteste

« N’oublie pas ceci : c’est que souvent l’amour meurt parce qu’on ne fait pas, pour le conserver, tout ce qu’on avait fait pour l’inspirer. » (Alfred de Musset)

Malcom et Marie est la première sortie importante de Netflix en ce début d’année 2021 et a été tournée pendant le confinement en 2020. Réalisé par le brillant Sam Levinson (co-réalisateur de la série phénomène Euphoria), ce drame romantique raconte la violente dispute d’un couple formé par Malcom et Marie, au retour de l’avant-première du film réalisé par Malcom.

 

Le choix du huis-clos permet d’offrir au film une dimension très intimiste et sensuelle, pour une meilleure immersion dans le tourbillon d’émotions des personnages. De plus, choisir une soirée comme seule unité de temps pour l’action avec une mise en scène fluide (et de nombreux plans séquences), permet d’accentuer le réalisme et le choc de la confrontation.

La force du long-métrage repose en grande partie sur les dialogues et les éclats émotifs des personnages. Il trouve son rythme dans la qualité d’écriture des personnages et dans la vivacité de leurs échanges, tant dans leur violence que dans leur tendresse.

La photographie relève d’un parti pris intéressant puisque tout le film est en noir et blanc tout en se déroulant de nos jours. Ceci lui donne un effet à la fois rétro-vintage (accentué par la musique jazzy) et très moderne tout en conférant une dimension encore plus symbolique au récit.

L’élément le plus marquant du film reste toutefois la performance incontournable des deux acteurs. John David Washington (Tenet) révèle de nombreuses facettes encore inconnues, mais prometteuses, de son talent (shout out à son incroyable scène de danse en plan séquence au début du long-métrage).

Zendaya, quant à elle, illumine le récit par sa prestation. Même si elle reste assez proche de son personnage de Rue dans Euphoria, avec ses côtés dépressifs et bipolaires et son addiction aux drogues, l’actrice sait aussi apporter une nouvelle fraîcheur à ce type de protagoniste. Il en résulte la dualité du personnage de Marie, tendre et cynique, empathique et manipulatrice, amoureuse et méprisante. C’est donc Zendaya qui donne le ton et domine la relation entre les personnages, pour notre plus grand plaisir.

 

Le film aborde de nombreuses thématiques liées à l’amour : la rupture, l’effritement des sentiments et des espoirs, ou encore, et surtout, le bonheur et la douleur d’être amoureux. « Malcom & Marie » a toutefois l’humilité de susciter plus de questionnements que de réponses apportées. Qu’est-ce que le sentiment d’amour ? Quelles sont les interactions entre sexe, sentiments et vie commune ? Qu’est-ce qui fait perdurer ou sombrer le couple ? Comment l’amour peut-il se corrompre, jusqu’à se transformer en dégoût ?

 

A ces propos, s’ajoutent plusieurs réflexions sous-jacentes mais tout aussi intéressantes sur le racisme dans le milieu du cinéma, sur les conséquences du succès et sur la création artistique (notamment au-travers de la figure de l’égérie).

Selon moi, la thématique la plus intéressante du film reste la question de la communication au sein des relations humaines, de l’importance du dialogue ouvert et transparent, et du pouvoir destructeur du non-dit. Tous les dialogues du film reposent sur cette asymétrie dans les échanges entre ce qui est dit et ce qui ne l’est pas, entre ce qui aurait dû être dit et ce qui n’aurait pas dû l’être. Ainsi tous les non-dits, stockés dans le fort intérieur des protagonistes pendant des années, deviennent comme des bombes prêtes à exploser, la tension est permanente car on sait que le point de rupture peut survenir à chaque instant. Sam Levinson joue très bien de ce climat en parvenant constamment à désamorcer les situations tendues pour repousser le moment fatal pour ce couple tuméfié. Cette idée de sclérose, de pourrissement de la communication dans les relations amoureuses, n’est pas sans rappeler l’atmosphère du film « Le Mépris » de Jean-Luc Godard, dans la haine et le mépris se substituent à l’amour au sein d’un couple.

« C’est là, dans le va-et-vient des jours et le fouillis des non-dits, que la vie perd le sens des choses profondes et se réfugie dans le superficiel et le faux-semblant. » (Boualem Sansal)

En définitive, le film est très émouvant et plutôt puissant par les thématiques qu’il aborde, par les choix de mise en scène et par les performances des acteurs. Il retient le spectateur en haleine tout au long de la dispute, celui-ci ne sachant pas à quel personnage donner raison ou donner tort. On s’attache à ce couple pour le meilleur et pour le pire. On souffre avec eux dans leur bouillonnement d’émotions et dans leurs peines de cœur que l’on a aussi vécues personnellement. On prend conscience de la fragilité des structures, comme celle du couple, basées sur les émotions humaines. Tout peut s’effondrer plus rapidement que cela s’est construit. On ressort de ce film, en se demandant s’il vaut mieux vivre dans l’illusion d’être aimé ou se confronter à la torturante réalité de ne pas l’être.

« Les effets du poison de la vérité sont d’abord douloureux, on songe avec nostalgie à la douceur perdue des rêves d’avenir qu’on ne fera plus jamais, aux délices du mensonge et de l’illusion dont on ne supporte plus la puanteur après s’être si longuement enivré de leur parfum délicat, aux promesses d’amour auxquelles on ne peut plus croire, mais quelques mois plus tard, quand le poison a desséché jusqu’à la racine de la vie, il n’y a plus de nostalgie, plus de souffrance, seulement l’incomparable quiétude du désespoir. » (Jérôme Ferrari)

Cet article vous est proposé par Alexandre Marc, membre de VO.

Les cinémas mettent en danger l’humanité, heureusement que le gouvernement nous en protège

Le jeudi 7 janvier dernier, notre premier ministre Jean Castex a annoncé prolonger plusieurs mesures mises en place pour enrayer la propagation du Covid-19 parmi la population française. Maintenant que mon titre racoleur a su (j’espère !) capter votre attention, laissez-moi vous faire part de mon dépit concernant l’une d’entre elles : le maintien de la fermeture des cinémas jusqu’à la fin du mois de janvier. Cette mesure, tout comme la fermeture des théâtres et celle des musées, est non seulement incohérente d’un point de vue sanitaire mais illustre un manque de considération désolant pour ce secteur qui aura de graves conséquences sur son avenir.

 

La fermeture des salles de cinéma est-elle justifiée d’un point de vue sanitaire ?

                Il n’y a pas eu d’études réalisées avec des tests massifs pour déterminer si les salles de cinéma étaient, ou non, des lieux de contamination. Dans la mesure où ce sont des lieux clos qui peuvent accueillir plusieurs milliers de spectateurs par salle et par séance, pour les plus grands complexes, la question est légitime. Dans le contexte d’une salle de cinéma, on peut identifier deux manières pour le virus de se propager entre les individus.

               Premièrement, la contamination indirecte. Les personnes porteuses du virus peuvent laisser des gouttelettes infectieuses lorsqu’elles éternuent, toussent ou touchent des objets ou des surfaces, comme les fauteuils, les poignées de porte et les rampes. On peut alors être infecté par le virus si l’on touche ces surfaces contaminées puis que l’on se touche les yeux, le nez ou la bouche avant de s’être lavé les mains. Ce risque caractéristique des lieux clos peut cependant être réduit par des mesures sanitaires classiques : solution hydroalcoolique obligatoire à l’entrée de la salle, interdiction de vente de nourriture (pop-corn, bonbons, etc.) et de boissons, associée au port du masque afin d’éviter les contacts entre les mains et la bouche, éventuellement complétée par une décontamination des sièges entre les séances.

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