Récap’ #16

Info nationale : Ce dimanche 9 mai, le secrétaire national du Parti Communiste Français Fabien Roussel a été officiellement investi candidat de son parti à la présidentielle de 2022. Cette candidature met fin à quinze ans d’absence du PCF aux présidentielles, représenté pour la dernière fois en 2007 par Marie-George Buffet qui avait été créditée d’1.93% des voix au premier tour.

Info culturelle : Pour son édition 2022, le Petit Larousse illustré se verra enrichi de 170 nouveaux mots et expressions. Au programme, de nombreux néologismes qui reflètent les péripéties de l’année 2020, tels que “confinement”, “cluster” ou “télétravailler”. Les linguistes ont également été amenés à prendre en compte les bouleversements sociaux de cette année si particulière. Ainsi, le terme “racisé” fera son entrée dans le dictionnaire, entrant en écho avec les manifestations contre le racisme qui ont secoué les États-Unis suite à la mort de George Floyd. 

Info sportive : Les handballeuses  féminines de Nantes se sont distinguées ce dimanche en gagnant la Ligue européenne de handball. Elles ont défait l’équipe des Hongroises de Siofok avec un score de 36 à 31. Ce titre est une première pour une équipe nantaise qui se dévoue au sport collectif. 

Info internationale : Forts de leur victoire aux élections législatives locales, les indépendantistes écossais réclament un nouveau référendum pour l’indépendance de l’Écosse vis-à-vis du Royaume-Uni. Un pas de plus vers l’indépendance de l’Écosse ? Il est encore trop tôt pour le dire, car la tenue d’un tel référendum est conditionnée à l’accord du Premier Ministre britannique, Boris Johnson. Or, pour ce dernier, organiser un tel référendum est “irresponsable” : la seule priorité des Britanniques doit être la reprise économique d’après-crise. 

Info scientifique : Sans surprise, ce sont les nations les plus riches qui comptent le plus de vaccinés contre le covid dans le monde. Moins de la moitié de la population nord-américaine a déjà reçu les deux doses nécessaires tandis que des régions nettement plus pauvres, comme l’Afrique, sont loin derrière. Seules 17 millions de doses (première et seconde injections comprises) ont été administrées sur le continent pour une population totale de 1,3 milliards.

Nerval et le symbolisme

Symbole et symbolisme dans Les Chimères de Gérard de Nerval : la mise en abyme du symbole au service de l’évocation contre l’expérience phénoménologique.

Nerval, souvent connu pour Aurélia ou Les Filles du feu est également un auteur de poésie. Dans les Chimères – dont le nom laisse deviner au lecteur l’atmosphère onirique qui l’attend – Nerval présente des poèmes ésotériques, aux nombreux symboles enchevêtrés sur des thèmes divers. Qu’est-ce qu’un symbole ? Issu de la notion de σύμβολον, mot grec désignant un morceau de poterie permettant de reconnaître un allié (ou un débiteur), le symbole est donc ce qui permet de faire apparaitre l’absent et d’incarner dans un objet sensible une idée intelligible – l’autre qui n’est pas là. Ainsi, le symbole est une représentation imagée qui transmet du sens. Le symbolisme, courant issu de cette notion de symbole est un courant artistique et particulièrement poétique considérant que l’accès à la vérité passe par la représentation symbolique. Le symbolisme tente de faire passer l’idée intelligible dans le monde sensible à travers l’image. Alors, les Chimères semblent être un recueil définitivement symboliste, pourtant, nous verrons qu’il se distingue du reste du courant – et notamment de Baudelaire dont le concept de correspondances demeure une référence de l’idée symboliste – par une utilisation double du symbole.

 

En effet, les Chimères sont caractérisées par un symbolisme à 2 étages. Nerval tente un dépassement de l’esthétique symboliste par une utilisation du symbole dans la structure du poème – le poème raconte une histoire qui doit être analysée de manière symbolique et qui porte du sens uniquement dans cette manière – et une utilisation du symbole au sein du poème : Nerval utilise des symboles qui rejoignent l’idée générale et qui l’appuient. Nous nous appuierons ici sur tous les poèmes des Chimères sauf « Le christ aux oliviers » et « Vers Dorés » qui, en raison de leur nature « narrative », ne s’inscrivent pas dans la démarche multi-symbolique.

 

 

« El Desdichado » (le déshérité, son poème le plus célèbre) est celui qui porte plus que tous les autres cette exigence multi-symbolique. Nerval crée d’abord une ambiance évocatrice en prenant pour personnage symbolique un homme sombre, abandonné et seul face à la mort (l’inconsolé, ce personnage qui vit dans le souvenir de l’être aimé, porte en lui toute la vérité du malheur et de la noirceur d’une âme humaine). Mais Nerval ne s’arrête pas là : les personnages, les lieux et les scènes utilisés ont tous un poids symbolique et traitent des mêmes thèmes que le poème lui-même. Ainsi, le prince d’Aquitaine – aussi appelé le prince Noir – était-il connu pour sa noirceur d’âme ; l’oxymore « soleil noir » – avec une majuscule à Soleil qui devient donc une figure apollinienne – parle d’elle-même ; le Pausillipe renferme la sépulture de l’auteur de l’Énéide ; le front « rouge encor du baiser » porte l’idée d’absence de l’être aimé qui demeure dans le souvenir comme dans la chair ; Orphée, parfait symbole de la perte de l’être aimé dans sa recherche d’Eurydice dans l’Hadès. Je ne poursuivrai pas – et ce n’est pas une prétérition – la liste des symboles utilisés dans « El Desdichado » car cet article n’est pas un commentaire composé des Chimères. « El Desdichado » est simplement le parangon de la mise en abyme symbolique, mise en abyme que l’on retrouve, nous le verrons, dans le reste du recueil.

Dans « Horus », mélange des symboles (c’est l’enfant bien aimé d’hermès et d’Osiris) qui fait naitre Kneph, le principe créateur. Le mélange du symbole est porteur de vérité et de naissance d’un nouveau moyen d’accès à la vérité. Isis, déesse porteuse de sagesse et de puissance, a revêtu pour créer la vérité que porte Kneph « la robe de Cybèle », Cybèle représentant la nature, considérée comme la gardienne des savoirs.

Dans « Antéros » – une étude de la défiance envers Dieu – Nerval utilise l’histoire du poème pour parler de la haine. Mais il ne s’arrête pas là : dans le récit vengeur du narrateur, chaque personnage symbolise la haine de l’homme envers Dieu (Caïn dont le caractère théophobe n’est plus à démontrer, Dagon qui est un dieu païen que Dieu casse dans le livre de Samuel, Amalécyte, antiques ennemis du peuple élu et Antéros, anti-éros symbole de la haine)

Dans « Delfica », le poème porte un sens général qui est que même si la prophétie voudrait que le temps enlève l’Oracle, l’Oracle est toujours là donc que la prophétie ne se réalise pas. Il utilise pour cela le symbolisme du prophète (l’oracle) et fait lui-même une prophétie. Cette répétition de la notion de prophétie (liée en plus à la mythologie de Daphnée qui contre la prophétie car elle a choisi son destin en demandant à son père de la transformer en laurier) permet une étude en profondeur de la notion de prophète et de prophétie. Les thèmes sont imbriqués les uns dans les autres à travers de personnages choisis pour leur puissance.

« Myrtho » et « Artémis » ne dérogent pas à la règle mais je ne veux pas allonger plus ici ma démonstration.

 

Alors, nous l’avons vu, ce symbolisme à deux étages présent dans les Chimères a pour objectif de créer une double puissance symbolique capable de dépasser le symbolisme traditionnel. Peut-on considérer que Nerval réussit son pari de dépassement de l’esthétique symboliste par la multiplication des symboles ? L’expérience phénoménologique vécue par le lecteur, si elle est indéniablement différente devant les Chimères que devant d’autres recueils de poèmes, ne permet pas d’affirmer une réussite totale.

D’abord, la multiplication des symboles rend l’étude symbolique beaucoup plus difficile pour le lecteur. Chaque vers doit être le lieu d’une grande concentration, et ne permet pas de se laisser porter – comme cela devrait être d’habitude – par le poème. Au lieu de l’augmenter directement, la multiplication des objets symboliques à étudier réduit la puissance évocatrice générale.

Par ailleurs, et il faut bien l’avouer, n’importe quel lecteur n’ayant pas son master 2 en mythologie antique aura bien du mal à déceler l’ensemble des références, et ainsi à en comprendre leur portée symbolique. Tout symbole nécessite initiation au symbole – si nous montrons à un homme qui n’a jamais lu la Bible, une image représentant un agneau en majesté, il lui sera impossible de lier cet agneau à la figure christique. Si certaines références sont connues du grand public et évidentes (Orphée, Caïn, Daphnée), d’autres le sont clairement moins (Dagon, le Prince d’Aquitaine, dents du dragon). Ainsi, cette barrière de l’érudition rend difficile l’évocation dans certains cas, et tout particulièrement lors de la première lecture.

Mais il ne faut pas se faire pleinement contempteur de la tentative nervalienne. Si les symboles utilisés au sein du poème sont complexes et rendent la lecture difficile, il n’en est aucun qui ne résiste à quelque recherche ou quelque relecture. Il ne faut également pas oublier que malgré la complexité du texte, le travail des sonorités rend les poèmes des Chimères doux et homogènes, et que, malgré leur apparent ésotérisme, ils portent une valeur d’universalité que tous reconnaissent. Savoir ce qu’est le Pausilippe, la mer d’Italie, Biron, Lusignon, Phébus n’est pas nécessaire pour s’émouvoir devant « El Desdichado ».

 

Nerval, entre tradition et modernité, revisite l’esthétique symboliste pour lui apporter un nouveau sens, dans toute sa complexité.

 

Pour aller plus loin :

Lien vers le recueil de Nerval : http://parolesdesjours.free.fr/chimeres.pdf

Le rôle de la poésie symboliste dans l’histoire de la poésie : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-radio-ecrit-l-histoire-50-ans-d-histoire-poetique-du

 

Cet article vous est proposé par Samuel Vrignon, membre de Streams.

Récap’ #15 – Spécial Rattrapages

Streams t’assure la réussite de tes rattrapages du S1 grâce à ces infos de qualité !

Info Statistiques : L’ACP est une méthode d’analyse multivariée descriptive (i.e impliquant plusieurs variables) : elle permet de décrire un ensemble d’individus par un ensemble de variables quantitatives. La lecture du tableau des données (par exemple la température, la qualité de vie selon les villes) permet 1: d’établir un bilan des ressemblances entre les individus (les villes) et 2: d’étudier la relation existante entre ces variables, si elles sont corrélées ou non (y a-t-il un lien entre la température et la qualité de vie ?).  L’objectif de cette méthode est de résumer l’information contenue dans le tableau des données par un petit nombre de variables composites, c’est-à-dire de dégager la structure des données au travers des dimensions les plus pertinentes. Par exemple, en analysant la matrice des corrélations (qu’on vous donne), vous voyez que deux variables quantitatives (accessibilité à une ville et la qualité de ses infrastructures) sont fortement corrélées, elles varient dans le même sens. A partir de là, on construit une nouvelle variable, dite composante principale qui « résume » ces informations redondantes : les deux variables nous apprennent que la ville est bien desservie.

Info Droit : La question prioritaire de constitutionnalité (QPC) est une procédure de contrôle a posteriori des lois déjà promulguées. La QPC peut être posée par tout justiciable estimant qu’une disposition législative applicable à son litige « porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution ». La QPC doit présenter un caractère sérieux, porter sur une disposition législative n’ayant pas été déjà déclarée comme conforme à la Constitution par le Conseil Constitutionnel et qui est applicable au litige. Si la QPC est recevable, le Conseil Constitutionnel, saisi par le Conseil d’Etat ou la cour de Cassation, a 3 mois pour déclarer la disposition conforme ou contraire à la Constitution, et dans ce cas abroger la disposition législative.

Info Excel : VLOOKUP/RECHERCHEV est sans doute la commande Excel la plus utile en partiel. Elle permet de récupérer un élément dans un tableau par rapport à un autre élément. Pour ce faire, on rentre d’abord le premier élément, puis la table de valeur, puis le numéro de colonne du 2ème élément que l’on veut récupérer, et finalement TRUE si on raisonne en intervalle et FALSE si on veut la valeur exacte. Pour résumer : RECHERCHEV (valeur, tableau, numéro de colonne, TRUE ou FALSE). RECHERCHEH/HLOOKUP fonctionne de la même manière mais par ligne au lieu des colonnes.

Info Compta : Les exercices comptables prennent en compte la sortie des stocks. Or, celle-ci, ainsi que l’entrée des stocks dans les tableaux comptables, peut être indiquée en suivant trois méthodes différentes. La première méthode, le FIFO (soit first in, first out), est une méthode couramment utilisée car c’est cette méthode qui valorise le plus le stock final (en sortant les stocks entrés en premier au bilan, et qui sont généralement plus cher que les stocks de produits entrés par la suite). Ensuite, le CMP (coût moyen pondéré) fait tout simplement la moyenne des différents coûts de valorisation des stocks pour calculer les nouvelles sorties de stocks. Enfin, le LIFO (last in, first out), est une méthode interdite en France ; elle consiste à d’abord retirer des stocks les produits entrés au dernier, et dont les coûts de production ou d’achat sont généralement plus élevés que le stock initial. 

Info Humanités et Management : Le management peut être interprété de diverses manières : certains le voient comme une technique, comme une science de gestion, et d’autres lui préfèrent sa dimension éthique. Dans Qu’est-ce que le management responsable ? Yves Michaud remet en cause la mythologie du manager compétent qui serait dans le contrôle absolu. Le bon manager est une personne capable de discernement. Il ne maîtrise pas tout, mais contrôle suffisamment pour éviter les contradictions. 

Info Marketing : L’économie des plateformes est une économie fondée sur des intermédiaires créateurs de marché. Une plateforme rassemble des groupes et favorise les échanges économiques et sociaux. De plus en plus d’entreprises et de notamment de start-ups choisissent ce format qui leur permet de développer un marché important sans investir dans du matériel physique ou dans le constitution de capital de connaissance. Elles se rémunèrent en captant une partie plus ou moins importante de la valeur de la transaction. Exemple : Airbnb, Uber, etc.

Info Economie : Pourquoi la croissance progresse-t-elle bien plus rapidement dans certains pays que dans d’autres ? La réponse se trouve dans l’hypothèse de rendements marginaux des facteurs décroissants, selon laquelle la croissance n’est pas illimitée si elle est due à l’accumulation d’un seul facteur de production. Ainsi, un pays qui accumule seulement du capital physique connaîtra une croissance fulgurante au départ mais limitée sur le long terme. En effet, au fur et à mesure que ce pays accumulera du capital physique, il verra sa croissance s’essouffler : il s’agit du modèle de croissance de Solow. C’est pourquoi les pays les plus développés, qui ont déjà accumulé une certaine quantité de capital physique, croissent plus lentement que les pays en développement, qui possèdent quant à eux très peu de capital physique. Ce phénomène est appelé la convergence économique.

La réforme de la haute fonction publique : la fin de l’ENA ?

Emmanuel Macron a officialisé le 8 avril dernier la suppression de l’École Nationale d’Administration (ENA) et son remplacement par l’Institut du Service Public (ISP). Défini en 1945, le mode de fonctionnement de l’ENA a très peu évolué depuis plus de soixante-dix ans. C’est pourquoi celle-ci peine désormais à s’adapter aux nombreux défis sociaux, économiques et environnementaux auxquels notre société est confrontée. Or, à travers sa réforme de la haute fonction publique, Emmanuel Macron souhaite précisément remédier à ce problème majeur et dévastateur pour la fonction publique française. En effet, loin de se cantonner à renommer l’institution qu’est l’ENA, cette réforme vise réellement à transformer en profondeur la formation, le recrutement et le parcours des hauts fonctionnaires.

 

Actuellement, la formation des hauts fonctionnaires ne prend que très peu en compte les différents enjeux prégnants du XXIe siècle, comme la transition écologique, la révolution du numérique, la laïcité ou encore le rapport à la science. C’est pourquoi sera créé, au sein de l’ISP, un tronc commun qui leur sera consacré: tous les hauts fonctionnaires, sans exception, recevront une formation solide sur ces défis que va devoir relever la France durant les décennies à venir. Emmanuel Macron a également annoncé que l’ISP devra entretenir des relations privilégiées avec les universités, grâce à la mise en place de partenariats. Le nouvel Institut s’appuiera ainsi sur un enseignement d’excellence faisant intervenir des profils plus variés dans la formation des hauts fonctionnaires avec, à la clé, une formation délivrant des diplômes mieux reconnus à l’étranger, à la hauteur des meilleurs standards internationaux.

 

La disparition de l’ENA intervient aussi dans un contexte de défiance vis-à-vis de l’École. L’ENA est en effet aujourd’hui largement critiquée à cause de son mode de recrutement, qui tend à favoriser les élèves issus des catégories socio-professionnelles les plus aisées, et d’un nombre très restreint de formations : en 2019, 80% des admis avaient suivi une formation à Sciences Po Paris. Or la création de l’ISP a justement pour vocation d’élargir le périmètre social et géographique du recrutement des futurs hauts fonctionnaires. Celui-ci va regrouper en un même institut 13 écoles de service public et ce faisant, élargir le nombre d’étudiants pouvant prétendre à devenir haut fonctionnaire. Anciennement limitées à 80 étudiants dans le cadre de l’ENA, les nouvelles promotions de l’ISP accueilleront jusqu’à 1000 étudiants. Une autre évolution concernera les formations d’origine de ces étudiants, car ces 13 écoles recrutent de nombreux étudiants issus d’universités situées sur l’ensemble du territoire français et dont les origines sociales sont beaucoup plus variées qu’au sein des grandes écoles comme Sciences Po. Enfin, de nombreuses passerelles seront envisageables entre ces différentes écoles, et celles-ci seront d’ailleurs facilitées par la mise en place du tronc commun prévu dans la nouvelle formation des hauts fonctionnaires.

Parallèlement, l’idée de réduire l’incidence de la culture générale au sein des concours de recrutement des futurs hauts fonctionnaires de l’État, qui avantageait de fait les étudiants les plus favorisés, s’inscrit aussi dans la dynamique républicaine de l’égalité des chances. Néanmoins, le recrutement des hauts fonctionnaires doit également être préparé en amont des concours de la fonction publique, pour que celui-ci s’ouvre véritablement à des jeunes issus de tous les milieux sociaux et de l’ensemble du territoire. La réforme que nous portons aujourd’hui se place donc dans la continuité du dispositif Talent, annoncé par Emmanuel Macron le 11 février dernier à Nantes, qui a pour objectif d’attirer des jeunes issus de l’ensemble du territoire et de toutes les classes sociales vers la haute fonction publique en les informant d’une part sur ses métiers, ses modalités et ses voies d’accès et, d’autre part, en luttant contre une auto censure trop souvent pratiquée dans les milieux défavorisés.

 

L’ENA, c’est aussi -ou du moins c’était- une école qui permet à des jeunes de 25 ans d’accéder aux grands corps de la fonction publique comme le Conseil d’État, la Cour des Comptes ou les inspections, sans jamais avoir eu aucune expérience sur le terrain, c’est-à-dire au plus près des Françaises et des Français, au sein d’une administration décentralisée, qui se doit d’accompagner notre quotidien. Ce trou béant dans le cursus de nos hauts fonctionnaires a insidieusement contribué à une large déconnexion entre la fonction publique et les attentes concrètes des Français. Pour mettre un terme à cet éloignement, la réforme engagée par le gouvernement rendra obligatoire cette expérience de terrain, essentielle pour renforcer l’efficacité et la légitimité de la fonction publique française.

Enfin, cette réforme, si elle ne mettra pas fin à l’emploi à vie, pourra de fait mettre fin à l’emploi à vie sans aucun contrôle, car elle doit instaurer un système d’évaluation des hauts fonctionnaires tout au long de leur carrière au service de l’État. Elle permettra également plus de mobilité entre les différentes instances de la haute fonction publique, comme les grands corps ou les ministères. En effet, il était profondément injuste que des fonctionnaires compétents et dévoués se voient refuser tel poste ou telle perspective d’évolution professionnelle seulement en raison de leur classement à un concours qui a scellé leur destin à l’âge de 25 ans. Cette réforme a donc pour objectif de dire non au déterminisme qui dessert actuellement et depuis trop longtemps la haute fonction publique française.

 

Cet article vous est proposé par un élève anonyme de l’ESCP. 

 

Récap’ #14

Info internationale : La Maison Blanche a publié samedi un communiqué où le président Biden reconnaît officiellement le génocide arménien qui aurait coûté la vie à 1,5 millions de personnes en 1916. C’est une première historique compte tenu de l’intérêt stratégique qu’a la Turquie pour les Etats-Unis en Europe comme au Moyen-Orient. 

Info économique/ scientifiqu: Le vendredi 24 Avril, 4 astronautes dont le Français Thomas Pesquet s’envolent à bord de la capsule Space X pour rejoindre la Station Spatiale Internationale. Le séjour devrait durer 6 mois et serait le dernier à bord de la Station: il semblerait que ce projet de coopération entre Américains, Européens, Russes et Japonais touche à sa fin. 

Info culturelle : La 93ème édition des Oscars restera dans les annales par le caractère inclusif de son palmarès. L’Oscar du meilleur film et la meilleure réalisation ont été attribués à Chloé Zao pour “Nomadland”, qui devient ainsi la première femme chinoise à rafler cette récompense. La diversité du palmarès fait notamment suite au slogan lancé il y a 6 ans #OscarsSoWhite.

Info sportive : Au final, Dijon ne parviendra pas à rester en Ligue 1 pour la prochaine saison. Ce dimanche, l’équipe a été terrassée par Rennes (1-5), ce qui détermine son sort. Dijon n’a plus de possibilité de rester en Ligue 1, et devra tenter de briller à nouveau en Ligue 2.

Vers l’idéal ?

Souvent a-politiques, les étudiants de l’ESCP – et des ESC en général – seraient pourtant les meilleures recrues de la vie politique. Formés à la fois en philosophie et en géopolitique (ou en économie), ils ont une vision du monde allant de l’abstrait au concret, du théorique au pratique. Je cherche ici à leur montrer qu’il n’est pas trop tard pour s’engager, et à mettre en valeur toutes les choses qui mériteraient d’être traitées et pensées par des cerveaux formés à l’Idée – et qui, dans notre environnement ultra bourgeois privilégié ne sont peut-être pas visibles.  Ainsi pose toi la question, cher camarade et cher lecteur. Le monde d’aujourd’hui, est-il ton idéal ?

 

Les principes républicains sont bafoués un peu plus chaque jour. Chaque jour, en France, moins de personnes croient que chaque homme est libre et capable de s’auto-déterminer en faisant fi de sa race, de sa religion, de son sexe, de sa culture d’origine. Des rôles sont assignés aux citoyens, considérant que s’ils ont telle caractéristique physique ou ethnique, ils ne peuvent penser différemment du reste de leur communauté. Est-ce là notre idéal ?

 

Les libertés fondamentales sont toujours plus réduites sur le postulat que le citoyen n’est pas assez raisonnable pour s’administrer lui-même. L’État tente de donner une illusion de sécurité en cachant des pratiques réelles sous des interdictions légales vides qui ne seront pas respectées.  Est-ce là notre idéal ?

 

Des dizaines de territoires, en France, ne sont plus soumis à la loi commune qu’en théorie, et non plus en pratique. L’égalité devant la loi est rompue car la police n’a plus les moyens de faire appliquer les lois de la République à certains quartiers. Comme le dit Rousseau dans sa 8ème lettre depuis la montagne : « si un est au-dessus des lois, personne n’est libre ».  Est-ce là notre idéal ?

 

La défiance dans la politique, dans les institutions, dans la réussite scolaire et sociale considérée comme bourgeoise est telle que trop peu de Français – un peu moins chaque jour qui passe – considèrent leurs concitoyens comme leurs frères. La fraternité n’est plus pour beaucoup qu’un mot perdu et mal compris sur le fronton de quelques bâtiments dont ils récusent la légitimité et l’autorité. Est-ce là notre idéal ?

 

Depuis des dizaines d’années, l’idéal républicain de formation de chaque Français est mort dans la baisse du niveau des programmes. Nos concitoyens ne croient plus dans le pouvoir de la raison, défient la science et l’expérience au profit de croyances toujours plus folles. Chacun n’étant plus correctement formé, les choses de la raison sont de plus en plus réservées aux plus riches. Est-ce là notre idéal ?

 

Le travail et ses valeurs sont de plus en plus méprisés, refusés, considérés comme inutiles. Se dépasser, intellectuellement et physiquement n’a plus de sens pour beaucoup. Cette culture de l’excellence et de la rigueur qui faisait la grandeur de la République disparaît chaque jour un peu plus. Est-ce là notre idéal ?

 

La sécurité n’est pour beaucoup de nos concitoyens qu’un mot abstrait. Combien de femmes ont la peur au ventre en sortant dans certains quartiers de Paris ? Combien d’hommes craignent d’être poignardés pour un mauvais regard ou pour avoir voulu éviter un lynchage ? Est-ce là notre idéal ?

 

L’économie est dévastée, les différentes crises de ces deux dernières années, combinées à la désindustrialisation post croissance des NPIA (Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie), ont mis des millions de personnes au chômage, sans qu’ils aient d’autres formations qui leur permettent de vivre dignement de leur travail. Combien de commerçants demain, de petits entrepreneurs, d’employés de petits magasins ou d’ouvriers devront faire appel aux aides sociales, en ayant tout de même la peur au ventre de ne pas pouvoir nourrir leurs enfants entre le 27 et le 30 du mois ? Est-ce là notre idéal ?

 

Pour ceux, courageux, qui voudraient encore entreprendre, le parcours sera difficile. Les milliers de normes, de règles, de textes de lois perdent le citoyen lambda qui n’est pas accoutumé à l’abominable langage administratif. Trop peu de citoyens peuvent aujourd’hui se targuer de comprendre toutes les normes auxquelles ils sont pourtant soumis. Est-ce là notre idéal ?

 

Les gardiens de la paix civile, en sous nombre, sont tous les jours violentés, lynchés, assaillis, assassinés par des gens qui n’ont foi en aucune loi et en aucun peuple. Et cela à tel point que, à bout, certains policiers en viennent à passer leurs nerfs de manière inacceptable sur d’innocents citoyens. Est-ce là notre idéal ?

 

Défiant toute raison, toute connaissance, toute expérience, des pseudos écologistes font fermer des centrales nucléaires, facteur de puissance et de renommée scientifique pour la République, et amènent indubitablement à ouvrir des centrales à charbon. L’idéologie a pris le pas sur l’écologie. Est-ce là notre idéal ?

 

Si seulement les problèmes n’étaient qu’intérieurs, peut-être que certains pourraient vouloir quitter ce pays et espérer s’en sortir.

 

Et pourtant. La montée en puissance de la Chine au niveau politique déstabilise et affaiblit l’ordre mondial d’après-guerre. Par des investissements agressifs et du chantage politique et géopolitique, la Chine prend peu à peu le contrôle des institutions internationales. La France, dont l’article 55 de la Vème République contraint à obéir aux traités internationaux, pourrait donc se retrouver vite en fort mauvaise posture. Est-ce là ce que nous voulons pour le monde ?

 

Par des traités politiques et économiques bilatéraux, ce même empire du milieu vise à briser la concorde européenne, seul moyen pour la France d’étendre suffisamment sa puissance pour peser de manière majeure au niveau mondial. L’Europe brisée, notre liberté et notre souveraineté le seront aussi, et le monde perdra la seule puissance qui ne se veut pas être un empire. Est-ce là ce que nous voulons pour le monde ?

 

L’Europe, par le tournant technocratique qu’elle a pris après l’échec du traité instituant une constitution pour l’Europe, est devenu un monstre froid et liberticide, à réformer de fond en comble. On ne peut faire une fédération de pays s’ils n’y ont pas consenti. Cette civilisation européenne est en train de se briser sous le poids de ces divergences. Est-ce là ce que nous voulons pour le monde ?

 

L’urgence écologique n’est prise en main par personne en raison du manque de volonté politique. Aucune réflexion n’est faite sur les thèmes de la décroissance, de la croissance verte ou de la bonne manière de combiner fin de la pauvreté et respect des écosystèmes. Est-ce là ce que nous voulons pour le monde ?

 

Ultra-politisation et fanatisme des peuples du Moyen-Orient, guerres sans fin et sécessions africaines, pertes de vitesse (vieillissement japonais, faiblesse technologique coréenne, enclavement taïwanais, rétrocession hongkongaise) de nos alliés asiatiques qui défendent les libertés, retour de politiques autoritaires en Amérique Latine. Est-ce là que nous voulons pour le monde ?

 

On me rétorquera probablement que je suis un idéaliste, que mes volontés sont pures mais que je comprends mal le monde d’aujourd’hui. À ceux-là je leur dis : je ne le comprends que trop bien. Tous les sujets énoncés, avec du calme, de la réflexion, du travail – beaucoup de travail – et de la volonté peuvent être traités.

 

Que vous faut-il de plus ? Que nous faut-il de plus ?

 

Cet article vous est proposé par un étudiant anonyme de l’ESCP qui a souhaité être surnommé Charlemagne

 

 

 

 

 

Récap’ #13

Info éco : Après l’épisode de gel de ces deux dernières semaines qui a eu un impact lourd sur l’agriculture française, Jean Castex annonce la mise en place d’un fonds de solidarité d’un milliard d’euros pour venir en aide aux agriculteurs. Le gel est responsable de la destruction de près de 50% de la production des fruits, ce qui représente une perte d’1,5 milliard d’euros pour les agriculteurs concernés.

Info nationale : Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, a annoncé le lancement d’États généraux de la laïcité. Ces “États généraux” impliquent entre autres la consultation de 50 000 jeunes sur le sujet. Ils commenceront dès demain avec une conférence au Conservatoire national des arts et métiers réunissant notamment Barbara Cassin, Caroline Fourest et Gaspard Koenig. 

Info internationale : Lueur d’espoir pour le climat ! Dans un communiqué du samedi 17 avril, les États-Unis et la Chine ont affirmé “leur intention de développer” une stratégie à long terme pour atteindre la neutralité carbone d’ici la COP26. La coopération des deux géants, jusque-là opposés, pourrait changer la donne dans la lutte contre le changement climatique.

Info culture : L’actrice britannique Helen McCrory, connue pour avoir joué Polly Gray dans Peaky Blinders et Narcissa Malfoy dans Harry Potter, est décédée d’un cancer. Elle avait 52 ans.

Info sport : Pour la première fois depuis 2016, Lyon perd son titre de vainqueur de la ligue des champions féminine de football. Le PSG s’est imposé 2 à 1 lors des quarts de finale contre les Lyonnaises, ce dimanche 18 avril. On retrouvera les Parisiennes sur le terrain pour les demi-finales dimanche 24 avril, face au FC Barcelone.

 

Liberté ou Égalité ? Pourquoi pas les deux ?

La devise française « Liberté Egalité Fraternité », qui apparaît pour la première fois dans le Discours sur l’organisation des gardes nationales écrit par Robespierre en 1790, a fait l’objet de nombreuses interrogations quant à son applicabilité et de bon nombre d’interprétations philosophico-politiques. Pourtant aujourd’hui, un constat semble s’être imposé dans l’inconscient collectif à son propos : la liberté et l’égalité seraient contradictoires, et la fraternité serait la tierce valeur qui permettrait de surpasser cette contradiction. Mais liberté et égalité sont-elles vraiment si antagonistes ? 

 

La définition contemporaine la plus répandue de la liberté est le fait de pouvoir agir sans contrainte. Or, cela semble immédiatement contradictoire avec un désir d’égalité. Prenons comme exemple le revenu : soit l’on permet aux individus de s’enrichir « librement », c’est-à-dire sans contrainte, et il y aura très probablement des riches et des pauvres ; soit l’on impose à tous d’avoir des revenus égaux et les individus ne seront plus libres de s’enrichir comme ils le souhaitent, car chacun d’entre eux sera contraint de ne pas gagner plus que les autres. Pire, augmenter l’égalité semble diminuer de manière proportionnelle la liberté et vice versa, car plus je souhaite redistribuer les richesses des plus riches vers les plus pauvres, pour me rapprocher de l’égalité, plus je rends difficile pour les individus de s’enrichir (au-delà d’un certain seuil) i.e. plus je les prive de la liberté de s’enrichir. 

 

Cette supposée incompatibilité entre liberté et égalité trouve sa source dans le fait que l’endroit où la liberté semble être la plus absolue – la nature, car étant soumise uniquement aux lois de la physique – est aussi celui qui est le plus inégalitaire (il y a des petits et des gros, des forts et des faibles, des bruns et des blonds, etc.). Dès lors, toute tentative de rapprocher une société de l’égalité ne semble pouvoir se faire qu’en allant à l’encontre de la nature, en contraignant cette dernière et donc en diminuant la liberté qui s’y exerce (empêcher le fort d’utiliser sa force par exemple). 

 

Mais alors, Robespierre nous aurait-il légué une devise contradictoire en elle-même ? Nous aurait-il légué des valeurs impossibles à concilier ? Evidemment que non, en vérité c’est la définition de la liberté qui a changé au fil du temps. Si aujourd’hui elle signifie le pouvoir d’agir sans contrainte (de s’enrichir sans contrainte, d’entreprendre sans contrainte, d’utiliser ses forces ou ses richesses sans contrainte), eh bien elle n’a pas toujours eu ce sens. En tout cas, ce ne fut pas toujours son sens premier. 

 

Car quand Robespierre écrit la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » dans son texte, il faut se rappeler que la France est encore un pays esclavagiste, un pays où la noblesse et le clergé ont encore des « privilèges féodaux », un pays où les seigneurs pratiquent encore le « droit (NDLR : ou plutôt fait) de cuissage », un pays où règnent les enfermements arbitraires. Bref, à l’époque, quand on entend « liberté », on pense avant tout à l’esclave affranchi, au prisonnier libéré ou au paysan qui arrête d’être opprimé par son seigneur, si bien que la définition de la liberté à l’époque est d’abord la situation d’une personne qui n’est pas dépendante de quelqu’un, qui n’est pas dominée par quelqu’un.

Ainsi, l’apparente contradiction entre Liberté et Égalité provient du fait que la modernité a, par un procédé qui pourrait s’apparenter à de la novlangue, substitué à la définition première de liberté, qui était « ne pas être dominé », celle de « pouvoir agir (et donc en particulier dominer) sans contrainte ». La liberté qui était lors de l’écriture de la devise avant tout celle de ne pas être dominé (enfermé, exploité etc.) est devenue celle de pouvoir dominer (accumuler, exploiter des gens, etc.). 

 

Mais en revenant à la définition initiale de la liberté, la contradiction entre liberté et égalité n’existe plus, au contraire : l’une va de pair avec l’autre ! En effet, il n’y a de dominés que s’il y a des dominants, donc en luttant pour la liberté de ne pas être dominé, je lutte pour qu’il n’y ait plus de dominés et par conséquent, si je réussis, alors il n’y aura plus non plus de dominants. De sorte qu’en luttant pour la liberté, je lutte également pour l’égalité. Et vice versa : lutter pour l’égalité signifie lutter pour qu’il n’y ait plus ni dominants ni dominés et donc pour la liberté de ne pas être dominé.

 

La fraternité n’est alors qu’une boussole supplémentaire pour nous indiquer le même but : agissons comme si nous étions tous des frères. Certes, les frères ne sont pas totalement égaux entre eux (certains sont blonds, d’autres bruns, d’autres grands, d’autres petits…), mais ils sont au même rang familial ! Il ne doit pas y avoir de citoyens « parents » qui dominent des citoyens « enfants » mais uniquement des frères, aussi libres les uns que les autres, qui s’entraident ! C’est en tout cas le message originel de la devise française.

Cet article vous est proposé par Florian Werlé, membre de Streams.

Récap’ #12

Info culture : La législation concernant le piratage audiovisuel avance petit à petit. Ce jeudi 8 avril, le projet de loi pour contrer tel piratage a été soumis au conseil des ministres. Ce texte, qui vise principalement à empêcher le piratage des programmes sportifs et liés à la culture, devrait continuer à être complété cet été.

Info nationale : Ce jeudi Emmanuel Macron a annoncé la suppression de l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) qui sera remplacée par un nouvel Institut du Service Public (ISP). Cette réforme de la haute fonction publique a pour objectif de « sélectionner des profils moins déterminés socialement » selon le président de la République.

Info internationale : Le prince Philip Mountbatten, époux de la reine d’Angleterre depuis des décennies, s’est éteint peu avant ses 100 ans le 9 avril. Le Royaume-Uni est endeuillé ; le premier ministre a par ailleurs annoncé qu’il ne serait pas présent pour les funérailles du monarque. Les mesures sanitaires ne permettent qu’à trente personnes d’être présentes, et Boris Johnson a choisi de laisser ces places pour la famille proche.

Info économique : Boeing fait de nouveau face à l’embarras. Cette fois-ci, ce sont ses 737 MAX qui semblent subir des défaillances techniques. Certains des clients de l’entreprise ont ainsi reçu la demande d’arrêter provisoirement de faire voler ces appareils, potentiellement défectueux.

Info sport : Le Clasico, match opposant le Real Madrid au FC Barcelone, évènement très attendu du Championnat d’Espagne, a vu la victoire du Real Madrid (2-1) avec les buts de Benzema et de Kroos samedi dernier. Cette victoire permet aux Madrilènes de prendre la tête du classement de la Liga.

Interview Andreas Kaplan, nouveau dean de Paris

Bonjour, vous allez devenir le dean du campus de Paris, avant toute chose, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pourriez-vous nous parler de votre parcours ? Comment – et pourquoi – en arrive-t-on à faire l’ENA pour ensuite devenir professeur et avoir des responsabilités administratives dans une école de commerce ?

J’ai fait moi-même l’ESCP, à l’époque, c’était un programme en 3 ans, comme vous en post prépa. Pour les internationaux aussi c’était en 3 ans. J’ai fait une année à Paris, une année à Oxford (le campus n’était pas encore à Londres) et une à Berlin. Après ces 3 années je ne savais pas quoi faire et on m’a dit d’aller faire du conseil. Mais ça ne m’intéressait pas. J’ai fait un an de petits jobs à Rome et à Madrid après l’ESCP pour réfléchir à ce que je voulais faire. Alors j’ai fait un doctorat à l’université de Cologne pour prolonger mes études. Plus j’arrivais à la fin de ma thèse, plus il devenait urgent pour moi de savoir ce que j’allais faire de ma vie. J’ai toujours été très intéressé par l’Europe, donc j’ai candidaté pour travailler à la commission européenne, ils m’ont refusé.
J’ai appris qu’il y avait une bourse pour les Allemands qui préparaient l’ÉNA. J’étais parti avec peu de confiance mais j’ai été admis à l’ÉNA. J’ai appris beaucoup de choses sur la France la bas. J’ai fait un stage à la préfecture de Tours, et j’ai compris que l’administration n’était pas parfaitement ce qui me convenait. En parallèle de l’ÉNA je donnais des cours à Sciences po, et j’ai beaucoup aimé ça. J’ai donc décidé de devenir professeur, d’abord à l’ESSEC puis à l’ESCP. Par un certain hasard, j’ai commencé à prendre des responsabilités à l’ESCP. Depuis 4 ans je dirige le campus de Berlin et maintenant depuis quelques mois je suis directeur de l’ESCP à Paris.

Vous êtes dean du campus de Paris, quelle légitimité aurez-vous ? Cette fonction sera-t-elle un remplacement des deans des deux campus ?

Non, ce n’est pas un remplacement stricto sensu. Les directeurs du campus de Paris, avant moi, avaient surtout des responsabilités administratives. Frank Bournois a souhaité, avec ma nomination, rajouter des dossiers académiques à la fonction. Je ne remplace pas Frank Bournois qui est notre directeur général et qui est mon patron. Je m’occupe simplement des dossiers plutôt Parisiens à sa place, ceux qu’il gérait auparavant en direct en plus de la coordination de tous les autres campus. Depuis quelques années, l’école vit une croissance importante; les autres campus que Paris, notamment, ont une croissance exponentielle. Une coordination et une harmonisation plus poussée des différents campus est devenue nécessaire. Avec ma nomination Frank Bournois ainsi que son management board auront plus de temps pour s’occuper de cela.

Quelle relation aurez vous avec Frank Bournois ? On dit qu’il s’est longtemps opposé à la nomination d’un dean de Paris.

Effectivement c’est une question qui date de plusieurs années : le dean doit-il, ou non, être un professeur. C’est quand même un dossier qui demande du travail car il y a plein d’équipes qui travaillent pour le campus de Paris et simultanément au niveau groupe, c’est- à-dire pour la coordination des différents campus. De décortiquer qui fait quoi, demande pas mal de réflexions. C’est une des raisons pour lesquelles ce dossier a été retardé. C’est peut être aussi mon égo qui parle mais pour faire ces changements il fallait peut-être avoir quelqu’un qui a déjà eu cette double expérience à la fois au niveau du groupe ainsi qu’au niveau campus. J’étais avant directeur académique et directeur de communication, les deux postes au niveau du groupe. Depuis quatre ans j’ai cette expérience de diriger un autre campus que Paris (Berlin). Mais Frank Bournois reste et demeure mon patron, je fais ce qu’il me dit de faire.

Quelle est votre vision pour l’ESCP ? Quels projets avez-vous pour le futur ?

Écoutez, je vais vous expliquer ce que j’ai fait à Berlin parce que je pense que c’est à peu près là où je pourrais être utile. On s’est concentré sur 3 domaines spécifiques car on peut pas tout faire. Le premier c’est la digitialisation. Quatre ans plus tard, on se rend compte en effet, à quel point il était important de travailler sur la numérisation des cours et penser la relation entre les cours en présentiel et les cours à distance etc.
Le second c’est le développement durable. Plein de dossiers à faire côté Développement Durable on avance et on a encore pas mal de progrès à faire. Après si on veut être cohérent il faudrait au moins se poser la question sur la nourriture qui est proposé dans la restauration à l’escp. Parce que je peux vous dire qu’à Berlin j’ai quand même commencé par l’angle des évents payés /organisés par l’école que le buffet était complètement végétarien. Si vous voulez me tuer, écrivez “plus de viande à l’ESCP”, ça marchera très bien.
Le 3ème, c’est favoriser l’entreprenariat. Ce sont les trois domaines où je pense avoir une valeur ajoutée aussi à Paris même si chaque campus a sa spécificité. On a eu pas mal de succès à Berlin sur ces 3 domaines car on a su travailler en équipe et c’est aussi ce que je compte développer en ici en faisant adhérer les gens à ce projet.
Autre chose : pour moi la Business School du futur s’intéresse beaucoup au “community building” car il y a de plus en plus de concurrence au niveau mondial. Avant la digitalisation, Harvard n’était pas un concurrent car on ne visait pas le même marché, maintenant ça l’est. La concurrence est devenue plus importante, les exigences des accréditeurs et des classements est devenue plus exigeante. La notion de communauté, elle, est plus difficile à digitaliser, je crois qu’il faut se concentrer là-dessus et bcp plus travailler cet esprit de communauté avec les parties intéressées. J’aurais pu parler de réseau, mais je préfère le terme communauté car il y a “commun”, c’est moins individuel.

Y a-t-il des projets qui vous tiennent à cœur par rapport à la diversité sociale à l’ESCP ?

Oui, le programme « Talent Spring » (auparavant appelé Double Ascension) notamment, qui a déjà été mise en place dans le master in management; il y a justement un concours un peu atypique pour les admis directs qui ont eu des difficultés dans leurs vies et n’ont pas les résultats suffisants par rapport aux autres mais ont montré une résilience, ont montré qu’il ont fait des jobs pour financer leurs familles et ont un fort potentiel. C’est un concours qui est complètement différent qui consiste plutôt en des mises en situation.
De surcroît,c’est une chance pour les autres de découvrir ce que peut être la vraie vie, car plein d’étudiants de l’escp n’étaient pas au contact de ces problématiques-là. Les mettre en contact avec ce monde fait écho à ce que je disais avec l’ouverture d’esprit. Je pense que ça ne peut être que bénéfique si on pouvait améliorer ça.

Quelle place tiennent les élèves issus de classe prépa dans votre vision de l’ESCP ? Bien des gens parlent d’une mise en commun des cours des bachelors et des post prépa, cette rumeur est-elle fondée ?

Je commence en disant que ce n’est pas ma décision à moi, donc vous êtes en sécurité. J’ai effectivement eu cette idée de fusionner quelques cours (quelques !) de prémaster avec le bachelor quand j’étais le directeur académique, car je trouve ça dommage qu’on promette aux étudiants post-prépa d’aller dans une école européenne et internationale alors qu’on arrive en prémaster et on se retrouve à 90-95% entre classes prépas/ entre français. Je pensais qu’en mélangeant bachelor et prémaster sur 1 ou 2 cours ça donne un peu plus d’international dès le départ. C’était le but. J’entends parfois aussi que le bachelor doit intégrer le mim et là je suis complètement contre, car le MiM et le bachelor sont selon moi 2 programmes généralistes A mon avis les enchainer l’un après l’autre n’est pas le chemin idéal. Ca peut exceptionnellement faire du sens si un bachelor est tombé amoureux à l’école et veut faire le MiM pour un double diplôme avec centrale mais franchement c’est exceptionnel. Pour moi un bachelor doit faire un Master Spécialisé après ou travailler ou le faire dans une autre école que l’ESCP car on veut quad même que chaque étudiant de chez nous ait le meilleur cv possible. C’est peut-être mieux d’avoir deux marques sur le CV plutôt qu’une.

Ne craignez-vous pas que ce mélange des genres sur certains cours pourrait faire peur à certains prépas qui voudraient moins aller à l’ESCP ?

Personnellement, je n’avais pas cette crainte, d’autres beaucoup plus apparemment. Ensuite comme d’habitude il y a une peur du changement mais je suis convaincu que s’il y avait ce mélange, les post prépas auraient vu que ça allait ensemble. Je trouve ça dommage qu’on ait maintenant 7000 étudiants dans l’école mais que la communauté se fasse qu’entre certains groupes et pas entre les 7000. Je pense aussi que plus d’autres populations d’étudiants pourront profiter de la vie associative, le plus ça renforcera la communauté et le mieux ce sera.

En un mot : quid du couloir des assos ?

Actuellement, le couloir des assos est fermé pour des raisons de covid-19. C’est normal c’est comme ça. C’est un cas de force majeur. Après moi j’aime bien le couloir des assos parce que justement ça donne aussi un peu plus d’intérêt à la vie associative. Après je suis aussi convaincu que quelques associations auraient aussi intérêt à ne pas être du couloir des assos pour être plus visibles dans le bâtiment. Je pense notamment à la JE qui gagnerait à être proche de l’endroit des relations entreprises de l’école. Car il y a souvent des malentendus qui pourraient peut-être être évités de la sorte. Je n’en sais rien. Il y a peut-être d’autres exemples. Je pense que d’autres pourraient être dans le couloir plutôt qu’ailleurs comme Shuffle. Après je comprends que les étudiants internationaux n’ oseraient peut-être pas aller dans le couloir des assos mais en même temps je trouve ça dommage que l’asso qui a comme objectif de mélanger les populations françaises et non françaises soit la seule association qui n’ait pas un local dans le couloir.

Question que nous posons à tous les intervenants : quel est votre idéal ?

Mon idéal est de ne pas s’enfermer dans ce qu’on a vécu auparavant. Je ne veux pas que ça donne l’impression que je parle uniquement aux prépas, que je leur demande uniquement à eux d’élargir leur vision car ça compte pour tout le monde, il y a plein de bachelors qui ont vécu dans différents pays car ils ont des parents diplomates ou autres et à eux aussi je dis que peut-être il faut regarder ailleurs. Moi j’ai toujours bénéficié du fait de regarder dans différents monde, d’apprendre de différents mondes.

Cette interview vous est proposée par Samuel Vrignon et Florian Werlé, membres de Streams.