Interview de Matthieu Leclercq, directeur du cabinet de Katia Julienne au Ministère des Solidarités et de la Santé

Bonjour Matthieu, merci d’avoir accepté cet interview. Pour commencer, peux-tu nous décrire ton parcours jusqu’ici ?

Après une prépa scientifique j’ai fait le double diplôme Centrale-ESCP que j’ai finalement obtenu en 2012. Pour être honnête, j’ai intégré Centrale en première école ; l’ESCP est en réalité mon école d’adoption.

J’ai commencé ma carrière dans le Conseil, chez Capgemini pour être précis. J’y ai effectué des missions pour le secteur public en général avant de me spécialiser dans le milieu hospitalier. Je participais à la création et à la mise en place de plans stratégiques qui pouvaient tout aussi bien concerner l’offre de soin que la transition numérique des hôpitaux.

Après cela, j’ai rejoint l’ARS Ile-de-France (Agence Régionale de Santé) afin de prendre en charge le pilotage financier des hôpitaux de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Deux ans plus tard, j’ai fait mes valises pour l’Institut Gustave Roussy, le plus grand centre de lutte contre le cancer d’Europe. J’avais alors la responsabilité des finances de l’institut. A l’époque, cela me tenait à cœur d’expérimenter « le terrain » et c’est la raison pour laquelle j’ai accepté ce poste qui me permettait de travailler aux côtés de véritables opérationnels. Cette expérience d’environ un an m’a permis de comprendre les enjeux concrets des chefs de service et du personnel hospitalier de manière générale.

Depuis mars 2019, j’exerce au Ministère des Solidarités et de la Santé et tout est allé très vite depuis mon arrivée : j’ai déjà changé 3 fois de poste ! J’ai d’abord travaillé à l’évolution de l’offre de soin et à l’accompagnement des hôpitaux et des ARS, puis j’ai rejoint, en novembre dernier, le cabinet Agnès Buzyn sur des sujets hospitaliers , l’avancement des réformes dans le monde de la santé mais aussi la crise sanitaire liée au coronavirus. J’ai ensuite accompagné Olivier Véran sur ces mêmes sujets lorsqu’il a pris la relève en février. Cet été, j’ai également travaillé sur le Ségur de la Santé qui prévoit une hausse historique des rémunérations des soignants.

J’ai enfin changé de poste il y a quelques semaines en prenant la direction du cabinet de Katia Julienne, directrice générale de l’offre de soins. Je suis grosso modo son bras droit.

Comment t’es venue cette volonté de travailler dans le secteur de la Santé ? Etait-ce une idée de longue date ?

Lorsque j’étudiais à Centrale, je m’étais spécialisé dans la Supply Chain alors autant dire qu’à cette époque, je n’avais pas idée que la Santé deviendrait mon créneau. En réalité, c’est venu au fur-et-à-mesure des expériences, des projets. C’est vrai que j’ai toujours eu une grande admiration pour les soignants et je trouve que, de manière générale, la Santé est un secteur qui a beaucoup de sens. C’est un monde qui, à mon sens, mériterait d’être davantage diversifié au niveau des profils car les managers et les ingénieurs peuvent aussi apporter beaucoup de choses à ce secteur ! Je me rappelle d’Agnès Buzyn disant lors de mon entretien de recrutement « on manque d’ingénieurs en Santé » et c’est tellement vrai ! Les compétences en numérique et en management pourraient être d’une grande aide aux soignants. Créer des synergies entre les compétences pourrait se révéler extrêmement profitable !

C’est dommage que les étudiants de Grandes Ecoles soient si peu attirés par le secteur public et en particulier par la Santé. C’est sûr que ce n’est pas forcément le secteur le plus attractif d’un point de vue salarial comparé à la finance par exemple mais cela en vaut la peine si l’on cherche à donner du sens à sa carrière. Les enjeux managériaux des milieux hospitaliers sont riches et multiples ! Pour moi, un bloc opératoire, c’est comme une pièce de théâtre dans laquelle différents acteurs doivent se coordonner ensemble dans un même lieu et dans le même temps autour d’un but commun. Et, comme au théâtre, on y a besoin de metteurs en scène ou plutôt de chefs de projets dont la vision globale permet de faire fonctionner le tout de manière optimale pour les patients.

Tout ça pour dire que les opportunités de carrières dans la Santé, que ce soit pour les managers ou les ingénieurs, sont multiples et qu’elles mériteraient d’être davantage mises en avant.

Si tu devais donner un conseil à un étudiant qui se pose des questions sur son avenir professionnel, que dirais-tu ?

Je pense que rien ne sert de vouloir tout anticiper. Je n’avais pas de plan de carrière et finalement, c’est peut-être mieux car cela m’a aidé à garder l’esprit ouvert et à rester attentif aux opportunités.

A l’heure actuelle, les étapes du parcours se raccourcissent. On peut changer de job très rapidement et c’est donc l’occasion de s’essayer à différents postes, à différents secteurs, d’aller sur le terrain, etc. Pour moi, il ne faut pas hésiter à tester car chaque expérience est une source d’apprentissage. Ce n’est pas grave de ne pas savoir ce que l’on veut faire en école, l’important c’est d’essayer plein de choses et de ne pas se mettre de barrières sous prétexte de ne pas être « expert » en la matière. Tout s’apprend et on peut facilement se découvrir une passion pour un secteur que l’on ne considérait même pas au premier abord.

Je crois aussi au « réseau » même si je trouve que le mot est un peu galvaudé. J’ai personnellement suivi les personnes avec lesquelles j’avais apprécié travailler et je pense que c’est une bonne source d’inspiration.

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