Interview Stéphane Distinguin, président des alumni de ESCP

Stéphan Distinguin, est créateur de nombreuses start-ups et dirigeant de FaberNovel, entreprise en conseil en stratégie numérique et de plus en transition énergétique. Elève de l’ESCP de la promotion 1997, il est élu alumni de l’année en 2014 et élu président de l’association des Alumni en 2018.

Vous qui êtes passionné par l’éducation, qu’avez-vous pensé de votre scolarité à l’ESCP ? Quel souvenir en avez-vous ?

L’Ecole vous choisit et vous finissez par la choisir aussi. Votre question me ramène vers de bons souvenirs mais aussi à une responsabilité du fait de la crise sanitaire, les frais sont beaucoup plus élevés que ce que j’ai pu avoir.

Certains souvenirs d’éducation m’ont beaucoup marqués. Les cours de Patrice Stern sur la négociation me servent encore. La finance, la compta servent vraiment à avoir des bases pour débuter une carrière. L’Ecole apporte une capacité à apprendre, le principal est de toujours continuer à se former.

Vous avez été élu alumni de l’année en 2014, président de l’association des Alumni en 2018, quel est l’objectif de cette association ? Quelle est l’utilité du site pour les étudiants qui sont encore dans leur cursus master ?

Le réseau alumni est une composante importante dans une Ecole. L’enjeu est de se rencontrer et de maintenir le lien. Je le dis fermement, ce n’est pas un réseau fermé, nous avons aussi un devoir de solidarité avec des personnes hors ESCP.

Je le dis fermement, ce n’est pas un réseau fermé, nous avons aussi un devoir de solidarité avec des personnes hors ESCP.

Les promos ont énormément évolué. A mon époque c’était les tout débuts de l’alternance. Avec les multicampus, les durées d’études variables, les stages, cela devient moins évident de créer un sentiment d’appartenance. C’est le premier des enjeux de l’association : nourrir et utiliser pour le bien de chacun, par le réseau, ce sentiment d’appartenance. C’est un peu un SAV.

Les alumni sont ceux qui sont dans la vie active, ils sont dans les entreprises et doivent créer le lien entre les étudiants et l’Ecole de façon à permettre l’insertion dans la vie active. Permettre à l’Ecole d’être la plus pertinente dans la formation dans l’optique d’être familier avec le monde de l’entreprise. Les étudiants d’écoles de commerce sont intéressés par des structures de plus en plus diverses. A mon époque il y avait les premiers à décider de s’investir dans des ONG, à décider d’entreprendre. La carrière en très grande entreprise est moins une évidence qu’avant. Ce qui renforce la nécessité d’avoir un réseau d’alumni impliqués, qui représente cette diversité pour que les étudiants puissent trouver les débouchés qui les intéressent le plus. Quel que soit le métier qui vous intéresse, vous trouverez probablement quelqu’un qui peut vous apporter quelque chose dans le réseau des anciens. Fabien Nury, scénariste de la série Paris Police, le plus gros budget jamais vu en France vient de l’ESCP. Frédéric Salat-Baroux, secrétaire général de l’Elysée, vient de l’ESCP. Je ne dis pas qu’ils vous répondront mais on peut toujours essayer.

L’association pèse aussi sur la gouvernance de l’Ecole. Je siège au CA. Je participe à toutes les instances pour s’assurer que les mesures prises sont respectées.

Vous venez d’une famille d’enseignants, vous n’avez pas forcément eu accès directement à un réseau avantageux pour se faire une place dans le monde des affaires. Quel conseil donneriez-vous aux étudiants dans la même situation que vous aviez eue, LinkedIn ? Le site alumni ?

D’abord je vais vous dire un truc un peu vieux jeu : il faut être curieux et poli, inspirer confiance. Les personnes qui s’adressent à moi poliment qui me demandent quelque chose, quand il y a de la curiosité et un projet, je considère qu’il faut répondre, que la personne vienne ou non de l’ESCP. La confiance c’est des choses simples : répondre aux emails, être là à l’heure. Le deuxième point, c’est les convictions. Qu’est-ce qui vous donne envie de vous lever le matin tous les jours ? Le réseau ça vient en troisième point. Les gens nous aident seulement si on est convaincu et qu’on inspire confiance.

Pour former un réseau il faut sortir, aujourd’hui ça n’est pas possible. Donc il faut identifier les têtes de réseaux qui permettent d’identifier les contacts dont vous avez besoin, d’étendre votre réseau.

Donc il faut identifier les têtes de réseaux qui permettent d’identifier les contacts dont vous avez besoin, d’étendre votre réseau.

Comment un étudiant de l’ESCP peut-il utiliser le réseau des alumni pour trouver un stage, et plus généralement pour avoir une communauté sur laquelle s’appuyer ?

On a prévu une campagne d’appels des anciens vers les étudiants, particulièrement ceux en dernière année dont on considère qu’ils ont eu une expérience particulièrement dégradée. Ils s’apprêtent à être diplômés, il faut voir comment ils vont, et avoir d’autant plus ce sentiment d’appartenance et de solidarité. Plus de 1000 anciens élèves ont répondu volontaires pour appeler les étudiants actuels de l’ESCP. Les gens ont envie de vous aider, ne soyez pas timides et ça se passera bien.

Plus de 1000 anciens élèves ont répondu volontaires pour appeler les étudiants actuels de l’ESCP.

A propos de votre carrière :

En 1997 vous êtes diplômé de l’ESCP et vous rejoignez Deloitte. Pourquoi un cabinet d’audit ? Pourquoi avez-vous arrêté ?

C’étaient les stages les mieux payés. Ceux dont les parents étaient déjà dans le business se sont tournés souvent plus vers les banques d’affaires, le conseil stratégique qui permet plus rapidement d’accéder aux plus hauts postes. Mais peut-être que si j’avais fait ce choix je n’aurais pas eu ensuite l’opportunité de faire de l’entrepreneuriat. Internet est arrivé et il est devenu possible de créer des choses.

Vous êtes le fondateur de FaberNovel, une entreprise de conseil et d’investissement dans le numérique. Je trouve que vous vous êtes lancé très tôt dans ce projet, en 2003 ? On vous a aidé financièrement, on vous a conseillé ? 

J’avais une vocation, celle de créer, plutôt créer une entreprise qu’être artiste. J’ai investi très tôt dans des start-ups, j’en ai créées. Une entreprise c’est assez simple, pendant longtemps ça ressemble beaucoup à des finances personnelles . Il faut comprendre que la facturation est clé : gagner de l’argent et recouvrir ses créances le plus vite possible. C’est aussi important d’avoir des clients fiables. J’ai toujours cherché à avoir des très gros clients très solvables.

Il faut être clair sur le fait qu’entreprendre est un acte très solitaire, surtout dans les années 2000. Aujourd’hui les réseaux sont constitués, des start-ups sont spécialisées, tout ce qu’on appelle l’écosystème s’est très bien développé et organisé. Mais ça demeure un acte solitaire.

Entreprendre est un acte solitaire.

Quand on demande à Elon Musk ce qu’il dirait à quelqu’un qui a besoin d’être motivé, il répond “rien”, ceux qui entreprennent n’ont pas besoin des autres pour être encouragés.

Que diriez-vous à un étudiant qui a une idée innovante, qui voudrait monter un projet ? L’ESCP peut-elle lui être utile ? La Blue-factory ?

Entreprendre c’est une forme d’obsession, c’est un peu comme l’amour. C’est plus que d’avoir une idée. C’est plus que se dire “je veux être chef d’entreprise”. C’est un chemin intérieur, c’est des choses qu’on finit par sentir.

Alors une fois qu’on en est là, il y a les enseignants, l’idée de Google a été initialement pitchée dans un amphi devant quatre enseignants.

Il y a des outils à l’ESCP, notamment la Blue-factory, qui a tout un réseau autour de lui qui permet d’accompagner les idées des projets.

Dans le réseau des anciens il y a forcément quelqu’un qui a entrepris, qui est dans votre région, qui parle votre langue. Je trouve que les étudiants ne se servent pas beaucoup du réseau alumni. Je passe mes journées en tant que chef d’entreprise à recevoir des emails de personnes qui veulent me rencontrer, me vendre des trucs. J’ai plus d’autres choix que de ne plus répondre. Un étudiant qui me demanderait je répondrais oui comme je l’ai fait avec vous.

En 2018 vous avez été chargé avec d’autres de la mission « aide à l’innovation » par Bruno le Maire. Vous avez été membre du conseil national du numérique. Comment répartissez-vous votre quotidien entre vos activités publiques et vos activités privées ? Envisagez-vous de vous investir plus encore dans des activités d’intérêt public comme cela ?

Ce qui m’a porté dans ma carrière c’est le rythme et le sens de l’information. J’ai été préparé au télétravail et à ce nouveau monde. J’ai pas l’impression de travailler parce que j’adore ce que je fais.

Je pense que ma responsabilité est beaucoup dans le rythme des choses. Il faut que je sois en capacité de tenir le rythme et parfois d’accélérer le rythme.

Tu vois les gymnastes chinois qui font tourner des assiettes sur leurs doigts ? Ma journée ça ressemble à ça, je les vois tourner, quand j’en vois une qui a l’air de moins bien tourner je la relance. Parfois je casse des assiettes parfois je les remplace. C’est un muscle qu’il faut développer. C’est plus ça que quelque chose de très linéaire.

Dans une interview du journal de l’ESCP vous vous dites “militant dans le domaine de l’industrie numérique”, que voulez-vous dire par là ?

Il y a des causes où le bien commun est bien plus impacté que d’autres. J’ai commencé ma carrière d’entrepreneur dans les années 2000. On n’existait pas en France, tout se passait en Californie, en Israël. On n’était pas sur cette carte-là. Comment expliquer que Paris n’est pas seulement un bon endroit pour visiter de beaux musées et faire un week-end romantique ?

Je pense qu’en France il faut qu’on réussisse à créer des catégories d’entreprises et de sujets d’entrepreneuriat liées à la culture et au patrimoine. Vivendi et Canal+ s’en sortent plutôt bien mais on a peut-être perdu la possibilité de faire un Netflix français. Ça serait vertueux parce qu’on a de la demande dans ces domaines et les amener dans le domaine de l’innovation serait une façon puissante de produire une nouvelle catégorie d’entreprises. Cela produirait de l’émulation, il faut qu’on trouve notre compétition.

En France, il faut qu’on réussisse à créer des catégories d’entreprises et de sujets d’entrepreneuriat liées à la culture et au patrimoine.

Il faut faire attention avec les start-ups telles qu’on les pratique aujourd’hui. Les meilleures sont à 90% des cas produits par la Silicon Valley. Et je pense que ça sera encore le cas longtemps. C’est important qu’on trouve notre catégorie. Par exemple Spotify est suédois.

 

Cette interview vous est proposée par Antonin Carbiener, membre de Streams.

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