Interview Andreas Kaplan, nouveau dean de Paris

Bonjour, vous allez devenir le dean du campus de Paris, avant toute chose, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pourriez-vous nous parler de votre parcours ? Comment – et pourquoi – en arrive-t-on à faire l’ENA pour ensuite devenir professeur et avoir des responsabilités administratives dans une école de commerce ?

J’ai fait moi-même l’ESCP, à l’époque, c’était un programme en 3 ans, comme vous en post prépa. Pour les internationaux aussi c’était en 3 ans. J’ai fait une année à Paris, une année à Oxford (le campus n’était pas encore à Londres) et une à Berlin. Après ces 3 années je ne savais pas quoi faire et on m’a dit d’aller faire du conseil. Mais ça ne m’intéressait pas. J’ai fait un an de petits jobs à Rome et à Madrid après l’ESCP pour réfléchir à ce que je voulais faire. Alors j’ai fait un doctorat à l’université de Cologne pour prolonger mes études. Plus j’arrivais à la fin de ma thèse, plus il devenait urgent pour moi de savoir ce que j’allais faire de ma vie. J’ai toujours été très intéressé par l’Europe, donc j’ai candidaté pour travailler à la commission européenne, ils m’ont refusé.
J’ai appris qu’il y avait une bourse pour les Allemands qui préparaient l’ÉNA. J’étais parti avec peu de confiance mais j’ai été admis à l’ÉNA. J’ai appris beaucoup de choses sur la France la bas. J’ai fait un stage à la préfecture de Tours, et j’ai compris que l’administration n’était pas parfaitement ce qui me convenait. En parallèle de l’ÉNA je donnais des cours à Sciences po, et j’ai beaucoup aimé ça. J’ai donc décidé de devenir professeur, d’abord à l’ESSEC puis à l’ESCP. Par un certain hasard, j’ai commencé à prendre des responsabilités à l’ESCP. Depuis 4 ans je dirige le campus de Berlin et maintenant depuis quelques mois je suis directeur de l’ESCP à Paris.

Vous êtes dean du campus de Paris, quelle légitimité aurez-vous ? Cette fonction sera-t-elle un remplacement des deans des deux campus ?

Non, ce n’est pas un remplacement stricto sensu. Les directeurs du campus de Paris, avant moi, avaient surtout des responsabilités administratives. Frank Bournois a souhaité, avec ma nomination, rajouter des dossiers académiques à la fonction. Je ne remplace pas Frank Bournois qui est notre directeur général et qui est mon patron. Je m’occupe simplement des dossiers plutôt Parisiens à sa place, ceux qu’il gérait auparavant en direct en plus de la coordination de tous les autres campus. Depuis quelques années, l’école vit une croissance importante; les autres campus que Paris, notamment, ont une croissance exponentielle. Une coordination et une harmonisation plus poussée des différents campus est devenue nécessaire. Avec ma nomination Frank Bournois ainsi que son management board auront plus de temps pour s’occuper de cela.

Quelle relation aurez vous avec Frank Bournois ? On dit qu’il s’est longtemps opposé à la nomination d’un dean de Paris.

Effectivement c’est une question qui date de plusieurs années : le dean doit-il, ou non, être un professeur. C’est quand même un dossier qui demande du travail car il y a plein d’équipes qui travaillent pour le campus de Paris et simultanément au niveau groupe, c’est- à-dire pour la coordination des différents campus. De décortiquer qui fait quoi, demande pas mal de réflexions. C’est une des raisons pour lesquelles ce dossier a été retardé. C’est peut être aussi mon égo qui parle mais pour faire ces changements il fallait peut-être avoir quelqu’un qui a déjà eu cette double expérience à la fois au niveau du groupe ainsi qu’au niveau campus. J’étais avant directeur académique et directeur de communication, les deux postes au niveau du groupe. Depuis quatre ans j’ai cette expérience de diriger un autre campus que Paris (Berlin). Mais Frank Bournois reste et demeure mon patron, je fais ce qu’il me dit de faire.

Quelle est votre vision pour l’ESCP ? Quels projets avez-vous pour le futur ?

Écoutez, je vais vous expliquer ce que j’ai fait à Berlin parce que je pense que c’est à peu près là où je pourrais être utile. On s’est concentré sur 3 domaines spécifiques car on peut pas tout faire. Le premier c’est la digitialisation. Quatre ans plus tard, on se rend compte en effet, à quel point il était important de travailler sur la numérisation des cours et penser la relation entre les cours en présentiel et les cours à distance etc.
Le second c’est le développement durable. Plein de dossiers à faire côté Développement Durable on avance et on a encore pas mal de progrès à faire. Après si on veut être cohérent il faudrait au moins se poser la question sur la nourriture qui est proposé dans la restauration à l’escp. Parce que je peux vous dire qu’à Berlin j’ai quand même commencé par l’angle des évents payés /organisés par l’école que le buffet était complètement végétarien. Si vous voulez me tuer, écrivez “plus de viande à l’ESCP”, ça marchera très bien.
Le 3ème, c’est favoriser l’entreprenariat. Ce sont les trois domaines où je pense avoir une valeur ajoutée aussi à Paris même si chaque campus a sa spécificité. On a eu pas mal de succès à Berlin sur ces 3 domaines car on a su travailler en équipe et c’est aussi ce que je compte développer en ici en faisant adhérer les gens à ce projet.
Autre chose : pour moi la Business School du futur s’intéresse beaucoup au “community building” car il y a de plus en plus de concurrence au niveau mondial. Avant la digitalisation, Harvard n’était pas un concurrent car on ne visait pas le même marché, maintenant ça l’est. La concurrence est devenue plus importante, les exigences des accréditeurs et des classements est devenue plus exigeante. La notion de communauté, elle, est plus difficile à digitaliser, je crois qu’il faut se concentrer là-dessus et bcp plus travailler cet esprit de communauté avec les parties intéressées. J’aurais pu parler de réseau, mais je préfère le terme communauté car il y a “commun”, c’est moins individuel.

Y a-t-il des projets qui vous tiennent à cœur par rapport à la diversité sociale à l’ESCP ?

Oui, le programme « Talent Spring » (auparavant appelé Double Ascension) notamment, qui a déjà été mise en place dans le master in management; il y a justement un concours un peu atypique pour les admis directs qui ont eu des difficultés dans leurs vies et n’ont pas les résultats suffisants par rapport aux autres mais ont montré une résilience, ont montré qu’il ont fait des jobs pour financer leurs familles et ont un fort potentiel. C’est un concours qui est complètement différent qui consiste plutôt en des mises en situation.
De surcroît,c’est une chance pour les autres de découvrir ce que peut être la vraie vie, car plein d’étudiants de l’escp n’étaient pas au contact de ces problématiques-là. Les mettre en contact avec ce monde fait écho à ce que je disais avec l’ouverture d’esprit. Je pense que ça ne peut être que bénéfique si on pouvait améliorer ça.

Quelle place tiennent les élèves issus de classe prépa dans votre vision de l’ESCP ? Bien des gens parlent d’une mise en commun des cours des bachelors et des post prépa, cette rumeur est-elle fondée ?

Je commence en disant que ce n’est pas ma décision à moi, donc vous êtes en sécurité. J’ai effectivement eu cette idée de fusionner quelques cours (quelques !) de prémaster avec le bachelor quand j’étais le directeur académique, car je trouve ça dommage qu’on promette aux étudiants post-prépa d’aller dans une école européenne et internationale alors qu’on arrive en prémaster et on se retrouve à 90-95% entre classes prépas/ entre français. Je pensais qu’en mélangeant bachelor et prémaster sur 1 ou 2 cours ça donne un peu plus d’international dès le départ. C’était le but. J’entends parfois aussi que le bachelor doit intégrer le mim et là je suis complètement contre, car le MiM et le bachelor sont selon moi 2 programmes généralistes A mon avis les enchainer l’un après l’autre n’est pas le chemin idéal. Ca peut exceptionnellement faire du sens si un bachelor est tombé amoureux à l’école et veut faire le MiM pour un double diplôme avec centrale mais franchement c’est exceptionnel. Pour moi un bachelor doit faire un Master Spécialisé après ou travailler ou le faire dans une autre école que l’ESCP car on veut quad même que chaque étudiant de chez nous ait le meilleur cv possible. C’est peut-être mieux d’avoir deux marques sur le CV plutôt qu’une.

Ne craignez-vous pas que ce mélange des genres sur certains cours pourrait faire peur à certains prépas qui voudraient moins aller à l’ESCP ?

Personnellement, je n’avais pas cette crainte, d’autres beaucoup plus apparemment. Ensuite comme d’habitude il y a une peur du changement mais je suis convaincu que s’il y avait ce mélange, les post prépas auraient vu que ça allait ensemble. Je trouve ça dommage qu’on ait maintenant 7000 étudiants dans l’école mais que la communauté se fasse qu’entre certains groupes et pas entre les 7000. Je pense aussi que plus d’autres populations d’étudiants pourront profiter de la vie associative, le plus ça renforcera la communauté et le mieux ce sera.

En un mot : quid du couloir des assos ?

Actuellement, le couloir des assos est fermé pour des raisons de covid-19. C’est normal c’est comme ça. C’est un cas de force majeur. Après moi j’aime bien le couloir des assos parce que justement ça donne aussi un peu plus d’intérêt à la vie associative. Après je suis aussi convaincu que quelques associations auraient aussi intérêt à ne pas être du couloir des assos pour être plus visibles dans le bâtiment. Je pense notamment à la JE qui gagnerait à être proche de l’endroit des relations entreprises de l’école. Car il y a souvent des malentendus qui pourraient peut-être être évités de la sorte. Je n’en sais rien. Il y a peut-être d’autres exemples. Je pense que d’autres pourraient être dans le couloir plutôt qu’ailleurs comme Shuffle. Après je comprends que les étudiants internationaux n’ oseraient peut-être pas aller dans le couloir des assos mais en même temps je trouve ça dommage que l’asso qui a comme objectif de mélanger les populations françaises et non françaises soit la seule association qui n’ait pas un local dans le couloir.

Question que nous posons à tous les intervenants : quel est votre idéal ?

Mon idéal est de ne pas s’enfermer dans ce qu’on a vécu auparavant. Je ne veux pas que ça donne l’impression que je parle uniquement aux prépas, que je leur demande uniquement à eux d’élargir leur vision car ça compte pour tout le monde, il y a plein de bachelors qui ont vécu dans différents pays car ils ont des parents diplomates ou autres et à eux aussi je dis que peut-être il faut regarder ailleurs. Moi j’ai toujours bénéficié du fait de regarder dans différents monde, d’apprendre de différents mondes.

Cette interview vous est proposée par Samuel Vrignon et Florian Werlé, membres de Streams.

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