Morale et moralisation. Le billet d’humeur d’Ange

Par Ange Santoni

On nous parle de moralisation de la vie publique. Loi emblématique du début de ce quinquennat, force est de constater que les paradoxes l’attaquent. Lutte parlementaire aux prémices houleux, puisque son porteur initial, le tout nouveau ex-ministre de la Justice François Bayrou, aura posé sa démission au titre de l’enquête des emplois fictifs de son parti au parlement européen. N’est pas moralisateur qui veut. Je ne jouerai pas la mauvaise presse en moquant la tourmente du ministre de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand, soupçonné d’avoir favorisé sa compagne. Paradoxalement, en l’absence de loi, on en appelle à la morale, alors que cette dernière n’a pas toujours bonne presse. Pour mieux asseoir le règne des libertés individuelles, les siècles du libéralisme et de l’individualisme nous avaient pourtant affranchis de cette nécessité de règles stables et harmonieuses qu’est la morale. C’est donc sous les noms de la justice et de la démocratie que sera porté ce projet législatif. Après tout, ne s’agit-il pas de valeurs universelles ?

Pourtant, si l’on brocarde l’universalité de la morale, que faisons-nous de la relativité des mœurs ? On ne peut que déplorer ce strabisme gouvernemental, de parlementaires plus prompts à s’occuper de leur propre virginité, plutôt qu’à élaborer une morale sociétale. Car si le désenchantement du monde hégélien a signifié la fin d’une morale universelle, nos sociétés post-Lumières, dites éclairées, ont été incapables de définir un semblant d’éthique. Après tout quel beau mot que celui d’éthique. Il appelle à la noblesse de l’âme, et s’affranchit des contraintes que toute morale impose. Le rigorisme du nouveau gouvernement est digne de celui d’un ayatollah, puisqu’il ne mâche pas son vocabulaire : la moralisation ne serait plus un gros mot. Il n’en avait pourtant pas appelé à la morale lorsque le Comité consultatif national d’éthique s’est déclaré favorable à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Peut-être que la marchandisation ne relève que des mœurs…

Alors que la doxa médiatique a déchaîné la tempête du Penelopegate, que penser de la nouvelle discrimination à l’emploi érigée par cette loi ? A une époque où le mariage relève de la simple contractualisation, on s’émeut des emplois familiaux. On en oublie tous les projets que porte une union maritale, et on en vient à revendiquer une pseudo-égalité qui n’existera jamais. Quel sort réserver alors aux chefs d’entreprises qui embauchent leurs conjoints, aux artisans qui initient leurs enfants aux ressorts de leur savoir-faire, aux agriculteurs qui comptent sur la famille au moment des récoltes ? C’est peut-être que la définition du mot famille dépasse le simple cadre législatif. Mais là n’est pas le débat.

Que les parlementaires lavent leur linge sale en famille. Leur universalité de surplomb surprend d’autant plus alors qu’on avait loué l’entrée de la société civile dans l’Assemblée. C’est peut-être que tout va à vau-l’eau aussi bien dans les couloirs du Palais Bourbon que dans les mœurs du « meilleur des mondes ». La société individualiste d’Aldous Huxley est bien celle de la fuite en avant. Le détachement aux vassalisations idéologiques paraît certes moins contraignant, l’alibi de la démocratie ne permettra pas d’établir une morale moderne. Rendez l’argent, et la morale avec ! D’autant plus que ce n’est pas avec l’argent de la suppression de la réserve parlementaire (de 146 millions d’euros en 2016) que Neymar est venu à Paris.

 


Image d’accueil : Affiches électorales à La Clusaz, France, 2017. © Wikimedia Commons / David R Jenkins.

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