A transpiration égale, reconnaissance égale

Ou comment le sport de haut niveau ne déroge pas à la règle

Le sport n’est pas épargné par les stéréotypes de genre. Il y aurait même des sports dédiés à certains sexes à en croire les statistiques ! Ou du moins certains qui seraient réservés aux hommes. C’était d’ailleurs la philosophie des Jeux Olympiques modernes à en croire Pierre de Coubertin, président du Comité International Olympique de 1896 à 1925 : « Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs ».

Qui n’a jamais entendu l’expression « tu es forte pour une fille », partant en général d’une volonté de complimenter, mais qui montre un certain mépris du sport féminin, généralisé dans la parole et finalement ancré dans les mentalités. Il est incontestable que les sportives restent dévalorisées par rapport à leurs homologues masculins. Il est difficile de parler d’égalité lorsque plus de 80% de l’antenne sportive est dédiée à la diffusion de sports masculins ou encore que le salaire d’une footballeuse professionnelle est en moyenne 12 fois inférieur à celui d’un footballer. Il est grand temps de remettre les femmes au cœur du jeu en leur attribuant la reconnaissance qu’elles méritent !

Chez les amateurs et amatrices, les inégalités se réduisent avec une augmentation de la proportion de femmes ayant une pratique sportive régulière. Les chiffres du ministère des Sports en attestent : les licences délivrées aux femmes avaient progressé de 13 % quand la progression chez les hommes n’était que de 6% entre 2008 et 2012. S’il y a une féminisation à l’intérieur des fédérations, la féminisation du sport se retrouve peu dans le sport de haut niveau ou dans la gouvernance des instances sportives. En effet, là est le paradoxe : certaines fédérations, comme la Fédération Française d’Equitation, sont majoritairement composées de femmes : elles représentent 8 licenciés sur 10, soit plus de 500 000 licenciés. Mais cette composition ne se retrouve pas dans l’équitation de haut niveau où seulement 25% des athlètes sont des femmes.

Même si les femmes investissent peu à peu les sphères du haut niveau et du sport professionnel, les inégalités sont importantes tant au niveau de la médiatisation, que des Prize Money et autres reconnaissances. La participation à des compétitions officielles internationales de référence permet d’accéder au statut de sportif de haut niveau.  La distinction entre un sportif de haut niveau et un sportif professionnel réside dans le fait que le second vit de la pratique de son sport alors que ce n’est pas nécessairement le cas du premier. Or pour certains sports comme le rugby, le statut de sportif professionnel est inexistant chez les femmes : le rugby féminin est un sport amateur.

Le sport n’est pas un domaine professionnel qui fait exception à la règle : les femmes sont moins bien payées que les hommes. Les inégalités des Prize Money, des contrats de sponsors sont une réalité qui attestent du peu de reconnaissance du sport féminin. Selon un rapport réalisé par la BBC au Royaume-Uni, 30% des sports ne tentent pas d’atteindre l’égalité dans les récompenses sportives. La médiatisation faible des événements sportifs féminins joue en leur défaveur : les sponsors sont par-là moins favorables à signer des contrats avec elles alors que des athlètes masculins leur apporteraient davantage de visibilité. Le tennis est le premier sport à avoir appliqué une égalité dans les Prize Money lors des tournois du grand chelem, mesure adoptée pour la première fois lors de l’Us Open en 1973. Si cette règle ne fait pas consensus et suscite de nombreux débats parmi les tennismen, elle permet aux tenniswomen d’être les sportives les mieux rémunérées au monde (bien qu’aucune d’entre elles ne fasse partie de la liste des 100 sportifs les mieux payés au monde). Cette égalité des Prize Money se retrouve dans le surf où en 2019 la WSL (World Surf League), après une grande campagne en faveur de l’égalité des sexes « Same waves deserve same pay » (les mêmes vagues méritent le même salaire), récompense de manière similaire femmes et hommes autant engagés les uns que les autres dans leurs métiers. A quand un effet boule de neige sur les autres ligues et fédérations sportives ?

La parité est loin d’être atteinte en termes de contenus sportifs proposés par les chaînes et media spécialisés. Moins rapides, moins puissantes, moins spectaculaires, tant d’arguments utilisés pour expliquer la faible médiatisation des événements sportifs féminins. Cependant, il existe effectivement un décalage entre l’offre proposée sur les écrans des téléspectateurs et leurs demandes. Un sondage réalisé par Odoxa en 2019 a révélé que l’audience française souhaitait voir davantage de sports féminins dans les média.  A condition d’une couverture médiatique et de financements plus conséquents, le sport féminin a le potentiel d’attirer un public nombreux. Les coups de projecteurs sur le sport féminin se multiplient comme l’opération « Sport Féminin Toujours » menée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Mais à ces mises en avant temporaires et insuffisantes, une place permanente et juste pour le sport féminin est préférable. La médiatisation d’événements sportifs féminins est une étape clé pour s’orienter vers une égalité dans le sport. En effet, plus les femmes seront visibles dans les média, plus elle seront des références et inciteront d’autres femmes à pratiquer. Cette faible médiatisation n’a-t-elle pas sa part de responsabilité dans les nombreux clichés autour du sport féminin ?

Et si vous doutiez encore des capacités sportives féminines et de leurs exploits, attardons-nous sur Florence Arthaud, vainqueur de la route du Rhum en 1990, mettant dans son sillage les meilleurs marins du moment. Après son sacre le Parisien titrait en première de couverture, « Elle a gagné la Route du Rhum devant tous les hommes : Flo, t’es un vrai mec ! ».  Non, Messieurs, la performance et les exploits sportifs ne vous sont pas exclusivement réservés.

Cet article vous est proposé par Marine Marmey, membre de Streams.