C’est arrivé un 5 mars : la naissance du Che

Che Guevara apparaît furtivement à la tribune castriste, l’instant sera immortel

5 mars 1960. La Havane. Au sein de « la ville aux Mille Colonnes » se déroule l’enterrement des victimes de l’explosion du cargo français La Coubre. La veille, ce navire transportant des munitions belges avait volé en éclats dans le port havanais. 75 morts, plusieurs centaines de blessés. Si Cuba a accusé la CIA d’avoir fomenté ce drame, les Etats-Unis ont toujours privilégié la thèse de l’accident.

Durant la cérémonie, Fidel Castro tient un discours enflammé. À ses côtés se trouvent Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre ainsi qu’Ernesto Guevara de la Serna, plus connu sous le nom de Che Guevara. Ce dernier demeure cependant plus en retrait et le Leica d’Alberto Korda immortalise avant tout l’éloquente prestation du Líder Máximo. Soudain, « le Che s’avance pour embrasser du regard la foule amassée sur des kilomètres ». L’ancien photographe de mode reconverti dans les portraits de Barbudos a juste eu « le temps de prendre une photo horizontale, puis une verticale, avec un objectif 90mm. Ensuite, le Che s’est retiré ». Korda n’oubliera « jamais son regard, où se mêlaient la détermination et la souffrance ». En effet, dans l’expression du célèbre guérillero cubain, cheveux en bataille, semble se dégager une indicible force, un idéal extraordinaire. 

Le Che de Fitzpatrick, célèbre reproduction de la photo d’Alberto Korda 

Pourtant, la photo tombe alors rapidement dans l’anonymat et demeure étonnamment inconnue pendant plusieurs années. En 1967, la mort du Che la fait renaître au grand jour. La fin d’un homme, le commencement de la légende. Grâce à cette photo, un visage net se pose sur ce nom encore flou en Occident. Mai 1968. Warhol et Fitzpatrick. La jeunesse et les médias s’en emparent. Elle devient l’icône même d’un certain lyrisme révolutionnaire. Toujours consommée, jamais consumée. La liste de la surexploitation sera longue : T-shirts, posters, tags, cendriers, porte-clés… La photo unique devient simple cliché, encore décliné et loin de décliner. Si le régime se meurt, la figure du Che demeure. Le rêve castriste étant déchu, le Guerrillero Heroico ne représente pas l’image du pouvoir, mais bel et bien le pouvoir de l’image.

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