L’AST, une espèce en voie de disparition ?

Moi, AST

par Marine Caillet

Chaque année, plusieurs personnes réussissent à faire leur entrée à l’ESCP sans être passées par la case prépa (enfin pour la plupart). Douilleurs du système français, ingés, branleurs ne voulant pas commencer à travailler après leur M2, étudiants asiatiques ou européens… Ils ont en commun d’arriver un an après tout le monde. Pour beaucoup, ce sont des gens assez sectaires, qui sortent peu ou qui ouvrent un peu trop leurs gueules dans ce cours si nul qu’est Orga et Management. C’est du moins ce que dit l’adage. Mais c’est quoi vraiment, être fAfST ?

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« Le problème des AST, c’est qu’ils restent tout le temps entre eux »

Les AST ont surtout commencé l’année par trois semaines de pré-rentrée an août pour rattraper des matières de pré-master. C’est ensemble qu’ils ont fait face à Joelle Le Vourch 4h par jour, tous les jours, à l’entendre répéter qu’il y a un peu trop de dauphinois dans cette promo (50% quand même), et qu’on n’a pas intérêt à se la ramener parce que contrairement aux étudiants chinois, il y a toujours des dauphinois qui ratent.

La plupart des AST (les français du moins) ont aussi passé l’intégralité de leurs week ends de l’an dernier dans les locaux glauques de la même prépa spécialisée en admissions parallèles, histoire de réapprendre à faire des disserts de 4h et de s’ingurgiter des programmes d’éco un peu bancals les dimanches matins, avec un prof en éternelle gueule de bois.

« Pourquoi les AST se chauffent pas pour la vie associative ? »

Les premiers partiels sont tombés juste après le WEI ce qui a empêché les moins téméraires (c’est-à-dire la quasi totalité) de venir.

Vient donc une des choses dont les AST aiment bien se plaindre : la difficulté à obtenir ce qu’ils veulent dans la vie scepienne.

Les plus râleurs ne se sont par exemple pas remis d’avoir dû attendre un semestre pour être acceptés sur le bon mur de promo (le BDE aurait perdu les codes de la promo 2017), ou de ne rien avoir gagné aux tirages aux sort de House of Cash.

Les plus blasés se sont dit que de toutes façons, la vie étudiante c’était marrant quand ça avait commencé en 2008, mais que maintenant c’était fini et qu’il était temps de passer son temps libre à regarder à quoi ressemblent les locaux de Rothschild sur Google Maps.

Ceux qui voulaient le plus s’intégrer ont flippé que telle ou telle asso ait une politique anti-AST. Mais en vrai, à l’ESCP c’est plutôt cool. Il y a des endroits bien pires (genre l’EDHEC, paraît-il).

Pourtant, certains événements auront quand même fait angoisser les AST, comme le shotgun de la Croisière Toussaint, pendant laquelle un seul bateau de 8 leur était réservé (compréhensible, en soi), ce qui a mis une sale ambiance dans la promo. La composition de l’équipage final s’est finalement réglée dans la trahison, le sang, les larmes, et le tirage au sort. Mais au moins, à part s’être fait vicos par des lancers d’œufs du Skloub, ils n’auront pas pris trop cher. Pas de départs, pas de police.

« Le problème des AST c’est qu’ils sont un peu trop chauds en cours »

Là encore, ça dépend des AST. D’abord, il y a ceux qui n’ont jamais cours parce qu’ils ont réussi à faire jouer toutes les exemptions possibles : « non, j’ai toujours pas GRH cette semaine, je l’avais fait à Dauphine. Comme market. Comme finance… En vrai je sais pas pourquoi je suis là ». Il y a aussi ceux qui galèrent parce que ils n’ont pas fait de maths depuis 10 ans.

Mais je n’avais jamais vraiment remarqué le problème de ces gens excessivement chauds avant d’aller en Business Law. Pendant un semestre, sur une classe de 30, 3 personnes seulement ont répondu à l’intégralité des questions posées en cours. Comme par hasard, elles avaient fait beaucoup, beaucoup de droit avant. En effet, certains AST ne se sont pas contentés d’obtenir une licence à l’arrache en bossant les concours en parallèle, certains ont déjà fini un cursus et ne sont clairement plus là pour coller des gommettes. Il en faut bien quelque part. On passe aussi sur les étudiants chinois qui se servent de l’intercours pour poser des questions hors programme sur la fiscalité française.

« Mais ta gueule »

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Le cours qui a le plus contribué à poser des questions existentielles sur la place de l’AST a été celui d’Orga et Management. Pêtre étaist-ce dû aux éternelles discussions imposées par groupe de 3-4 sur nos parcours et nos motivations pour rentrer. Ou encore aux propos appuyés de la prof sur le fait que les AST ne pouvaient pas lister JE et n’avaient donc définitivement pas les mêmes opportunités de vie que les autres. Bref, ce cours aura quand même fait connaître certains AST, pour le meilleur ou pour le pire, après un certain nombre de leurs monologues ou remarques au ton aigu, se soldant la plupart du temps par un « ta gueule » général.

« Du coup t’étais où en prépa ? »

Quand on est AST, la discrimination peut commencer très tôt. Par exemple quand on l’annonce à sa famille et qu’on reçoit un « ah ouais c’est cool, mais bon tu rentres par la petite porte quand même… » de la part de sa sœur qui a raté sa prépa quelques années auparavant.

En général les réactions ne sont pas les mêmes pour ceux qui ont fait un truc bateau avant, genre fac parisienne, ou pour ceux qui ont un profil plus exotique (bachelor à la LSE, championnats du monde de planche à voile…). Mais être présenté avec un : « Elle ? C’est une AST » n’est pas toujours cool. Du coup quand on en a marre d’assumer après une série de l’éternelle question « alors, t’étais où en prépa ? », vient souvent la stratégie du mensonge : « mais dis que tu as fait une prépa toi aussi, genre dis que tu as été à Grandchamp – Mais c’est grillé ils viennent tous de Grandchamp – Trouve une prépa que les gens ne connaissent pas alors ». D’où d’improbables « Moi ? J’ai fait ECS à Chateaubriand, à Rennes ». Testé, mais pas forcément facile à tenir quand on ne connaît pas de détails sur Rennes.

« Même à Nanterre l’administration était plus efficace »

S’il y a pour autant quelque chose qui lie l’AST au reste de l’ESCP c’est une grosse incompréhension par rapport à l’administration. Que ce soit les Supélec, dont on a essayé de changer le programme du double diplôme au début de l’année. Que ce soit les AST français qui « à cause d’un problème informatique » n’ont pu faire leurs choix de campus qu’en octobre, quand il n’y avait plus de places à Berlin. Que ce soit tous ceux concernés par cette réforme incompréhensible sur la césure, et par le manque de communication de l’administration (et pourtant, il y en a qui viennent de Nanterre).

Mais surtout, les AST français sont en voie de disparition à l’ESCP. D’après Franck Bournois, ce sont les étudiants asiatiques qui font remonter l’école dans les classements. Le nombre de places françaises pour l’an prochain est donc réduit à 25 (contre 50 cette année) et la procédure est rendue opaque : recrutement « sur dossier » et non plus sur concours. Une méthode déjà adoptée par HEC l’an dernier et qui s’est soldée par une promo AST de 8 personnes, tous premiers de classe.