47 400 euros, vraiment ?

47 400 euros. Soit 15 800 euros multipliés par 3 pour le prémaster, le M1 puis le M2. Ce sont bien les prix d’un Master in Management à l’ESCP Europe, deuxième école aux tarifs les plus élevés après l’EM Lyon depuis la rentrée 2018.

Et oui, les écoles de commerce sont onéreuses et leur prix monte d’autant plus que l’on se rapproche du haut du classement. Aucun préparationnaire excédé de deux années d’acharnement ne renoncerait à une école du top 3 pour économiser 2000 euros, chose dont les établissements sont conscients : le prestige passe en premier, quel qu’en soit le coût. Si bien que le prix annuel moyen d’une école du top 5 s’élève à 15 000 euros, là où celui d’une école au-delà du top 10 revient plutôt à 10 000 euros. Et la tendance ne fait que progresser d’année en année : les frais de scolarité des écoles de commerce ont augmenté de 15 à 20% en 4 ans et ont été multipliés par 2,5 en 20 ans selon Les Echos.

Mais qu’est-ce qui explique une telle hausse des frais de scolarité ?

Au risque de vous décevoir, cela n’est pas lié à une amélioration de la qualité des cours ou des infrastructures, ni à l’ajout d’une croisière aux Caraïbes dans votre emploi du temps. Les principales raisons sont en réalité une baisse des dotations des chambres de commerce et d’industrie (CCI) ainsi qu’un impératif de développement à l’international.

En effet, les CCI baissent d’années en années leurs subventions aux écoles de commerce. Cela s’est empiré de nouveau cette année suite à la décision de Bercy de réduire les financements alloués aux CCI, limitant donc leurs moyens pour financer les écoles. Or, de nombreuses grandes écoles de commerce comme HEC, l’ESSEC, l’ESCP Europe ou Toulouse Business School étaient jusqu’alors dépendantes des CCI. En 2007, la subvention versée par la chambre à ESCP Europe représentait 24% du budget global de l’école. Dix ans après, celle-ci n’en constituait plus que 10%. En 2020, elle aura atteint les 0%. D’où la nécessité pour les écoles de développer ses fonds propres. Pour faire face à cette baisse de moyens, certaines d’entre elles dont l’ESCP ont décidé de revoir leur statut en devenant des établissements d’enseignement supérieur consulaire (EESC), une sorte de société anonyme dont les actionnaires ne reçoivent pas de dividendes et dont la CCI doit détenir au moins 51% du capital. « Notre finalité n’est évidemment pas d’engranger des bénéfices mais une école à l’ambition telle que la nôtre doit avoir de la visibilité à moyen terme pour investir et se développer. Les statuts de l’EESC sont, de ce point de vue, particulièrement bien conçus en interdisant la distribution des dividendes. » confirme Léon Laulusa, directeur général adjoint de l’école.

Aussi, afin de figurer au top des classements internationaux de Business School et d’étendre leur public, les écoles de commerce ont opté pour une stratégie d’internationalisation. Cela passe par l’implantation de campus à l’étranger (comme l’ESSEC et Skema à Singapour, l’EM Lyon en Chine ou l’ESCP avec ses 6 campus européens), par l’intégration d’étrangers dans les promos (à l’ESCP, 55% des diplômés du Master in Management sont non français), par l’instauration de partenariats avec des universités étrangères ou par l’imposition de stages à réaliser à l’étranger. Vous l’aurez compris, tout cela a un prix, impactant directement les frais de scolarité.

Vous devez toujours vous demander pourquoi l’ESCP est la deuxième école de commerce la plus chère pour un programme de Master In Management

La direction justifie ces frais record par le coût élevé de l’entretien des 6 campus ainsi que des deux sites présents dans Paris intramuros. Par ailleurs, la scolarité d’un élève de pré-master comprend 450 heures de cours quand celle d’un élève d’HEC en comprendrait moins de 300. Et oui, ça coûte cher de bosser. Enfin, le ratio étudiants/professeurs d’ESCP Europe est l’un des plus importants des écoles du top 10. Tous ces éléments font que le coût annuel moyen d’un élève à ESCP Europe est de 20 000€ pour un budget global de 100 Millions d’euros. En comparaison à l’université française, un étudiant coûte 14 000 euros par an. La seule différence, c’est que dans un cas les frais sont payés par l’étudiant, dans l’autre ils sont assumés par l’Etat.

Stop aux médisances !

Alors que dire de ces prix exorbitants ? Discrimination financière, entrave à la mixité sociale ? Non. Des solutions pour payer son école sans rogner sur l’épargne retraite de ses parents ni sans contracter une dette à l’américaine existent. Première solution, les bourses. Sur l’année scolaire 2017-2018, 196 étudiants de l’ESCP ont eu une bourse sur critères sociaux et parmi eux, 66 étudiants ont eu une exonération à 100% de leur frais de scolarité. Pas mal pour un cursus de « gosses de riches », d’autant plus que des organismes parallèles, tels que le Crous, peuvent également attribuer des bourses en complément.

Seconde issue, les prêts étudiants. Les banques se disputent le marché estudiantin et s’adonnent à une surenchère de taux avantageux pour leur proposer des prêts. Or, si on prend le salaire moyen d’un étudiant à la sortie de l’école, on peut calculer qu’il gagnera en 10,5 mois l’équivalent de la totalité de ses frais de scolarité.

Troisième possibilité, l’alternance. Environ 150 étudiants ont opté pour cette voie en 2018, leur permettant d’étudier aux frais d’entreprises comme Accenture, IBM, la Caisse des Dépôts ou Wavestone tout en gagnant un salaire et en embellissant leur CV.

Contrainte géographique des provinciaux ? Biais d’information entre étudiants de grands et petits lycées ? Autocensure de ceux dont la famille est étrangère à ce milieu ? Si les frais de scolarité ne sont pas la cause de l’homogénéité sociale en école, on peut envisager d’autres pistes.

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