« Bonjour, Sylvie Heurteau à l’appareil, votre conseillère LCL »

Nous, la minorité fauchée de l’ESCP

Par Louise Husson

Fin 2013, l’OVE (observatoire de la vie étudiante) révélait son enquête selon laquelle 54% des étudiants français interrogés reconnaissaient être en difficulté financière.

Quel pourrait être ce pourcentage si cette investigation était réduite au seul champ de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris ?

Il va de soi que pour l’opinion commune, les étudiants de l’ESCP représentent, en grande majorité, une classe assez aisée de la population française. Les frais de scolarité étant élevés, on imagine que la majorité des étudiants de l’ESCP sont épargnés par ces problèmes financiers, même si de nombreuses aides sont proposées.

Pourtant ils sont bien là : les étudiants fauchés, trop souvent oubliés. Sans chercher à calculer un pourcentage, nombreux sont ceux qui ont du voler de leurs propres ailes une fois la prépa terminée. Fini l’argent de poche, le frigo plein et les repas amoureusement préparés. Place aux 10 mètres carrés, lavomatiques et pâtes à tous les repas. « Sois autonome ».

Streams a donc décidé s’intéresser à ces étudiants fauchés de l’ESCP.

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Fraichement installé et à la suite d’un été dépensier, nous avions tous reconnu vouloir épargner. Le besoin de s’assumer était devenu pressant pour certains. La motivation était plus que renforcée à la découverte de cet emploi du temps si léger. C’est alors qu’a débuté la course au boulot le mieux payé, chacun échangeant sur sa plus belle trouvaille : des cours particuliers à des collégiens, payés 40€ de l’heure, un boulot à mi-temps dans un restau ou encore sortir tous les chiens du quartier.

Malheureusement, l’euphorie du début d’année est vite retombée

« Je me persuade d’être à découvert même quand ce n’est pas le cas, je me prive et me restreins afin d’éviter la catastrophe … » Clément M.

Les préparationnaires arrivés de Province s’étaient promis de se fondre dans les us et coutumes des Parisiens et de faire de Paris leur foyer. Musées, expo, théâtres, tout devait y passer. Pourtant, le mois d’Octobre terminé, la cadence s’est vue réfrénée, la faute à un porte monnaie bien plus léger. S’enfuir à la moindre prononciation du mot « café » faisait parti de leur quotidien d’étudiants fauchés.

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Les cours particuliers qui occupaient toutes nos soirées se sont vite arrêtés, nos élèves n’ayant jamais rappelé lorsqu’ils ont constaté notre incapacité à les aider que ce soit en anglais ou en culture gé. La joie qui nous saisissait à l’approche des soirées au Q nous a vite abandonné quand nous avons réalisé que nous avions déjà testé toutes les applications de chauffeurs privés, n’arrivant jamais à tenir notre promesse de rentrer tôt. La Junior Entreprise et Challenge nous laissaient entrevoir une vie étudiante riche et douce, mais après avoir tenté de shotguner toutes les missions sans succès ou d’en avoir fait une dans le froid et d’avoir été payé 3 mois après, nous regrettons notre cotisation car rien que cette modique somme, aurait pu renflouer nos caisses. Nous nous imaginions grands cuisto’, les diners presque parfaits devenant un rituel hebdomadaire de nos chères collocs, le retour à la réalité nous a encore frappé, c’est à peine si nous pouvons nous payer les cours de cuisine à 3€ de Déliscep.

« Je dois reconnaître qu’être à découvert me procure un certain plaisir, vivre sous la pression d’un appel de mon banquier, vivre une vie risquée… » Séfana A.

 

Ainsi, nous nous n’échapperons pas à la vie de l’étudiant fauché, la situation que nous voulions à tout prix éviter cette année…

Dorénavant, nous réalisons que sortir avec des étudiants qui ne savent même pas ce qu’est un découvert nous est impossible. Pour les rares fois où nous finissons par céder, nous nous rendons à l’évidence : ça sera salade verte et café. En boîte de nuit, plus question d’arriver après 1 heure du matin et payer, d’autant plus que nous avons déniché tous les bons plans soirées. Plus question de faire de nouvelles rencontres car après avoir effectué une rapide analyse de coût d’opportunité, le célibat présente plus d’avantages pour nous. Semaine après semaine, nous nous rendons compte que nos paiements en carte bleue sont à chaque fois un pari risqué.

A tel point « qu’au domac j’essaie ma carte sur l’automat’ car j’ai trop peur d’m’afficher à la caisse » Hugo TSR

Enfin, à l’approche du stage d’été, plus question pour nous d’accepter un stage non rémunéré, sans oublier que nous avons bien évidemment laissé tomber depuis longtemps les quelques missions humanitaires dans lesquelles nous nous étions engagés.

« Mon seuil de rentabilité est à 0, quelque soit mon budget. Ma fonction de décision est à l’équilibre car je n’ai qu’une devise : dépenser c’est vivre » Luc B.

Après ces quelques lignes ironiques dépeignant un quotidien léger et compliqué, nous devons quand même le signaler : étudiants fauchés certes, mais étudiants comblés.