Quand le spectateur devient comédien

Jeudi dernier, 21 heures, devant une ancienne usine du Vème arrondissement. Les derniers retardataires se pressent à la porte du théâtre Le Secret. Ils ont rendez-vous avec Hamlet, Horatio, Ophélie et les autres habitants du château d’Helsingor, où se déroule la célèbre pièce de Shakespeare. Ce soir néanmoins, pas question d’écouter passivement les tirades du grand dramaturge. « Chaussures confortables recommandées » précisait le billet.

 

Les spectateurs embarquent donc dans un voyage dans le temps et se retrouvent projetés au Danemark en pleine tragédie shakespearienne. Libres d’évoluer à leur guise dans les différentes pièces du château, ils tombent nez à nez avec Ophélie folle amoureuse, interceptent un complot ou se font alpaguer par Hamlet en furie. Les groupes d’amis étant intentionnellement séparés dès leur arrivée au théâtre et les portables confisqués, chacun est immédiatement plongé dans l’univers d’Helsingor, loin de la trépidante vie parisienne.

 

Si ce concept est particulièrement inédit à Paris, le théâtre immersif connaît un franc succès à Londres depuis plusieurs années, où la compagnie Punchdrunk a par exemple créé l’événement dans le monde théâtral avec sa création The Drowned Man qui réunissait 40 acteurs durant trois heures dans plusieurs milliers de mètres carrés. La prolongation d’Helsingor à Paris et les succès londoniens parlent d’eux-mêmes, le théâtre immersif a de beaux jours devant lui. Alors que le théâtre est parfois perçu comme élitiste, voire ésotérique, ce nouveau genre attire un public jeune pas forcément littéraire mais surtout en quête de nouvelles sensations.

 

Dans un entretien avec L’Express, le metteur en scène d’Helsingor inscrit le théâtre immersif dans la lignée de l’escape game, soit deux activités culturelles où le joueur/spectateur participe et devient acteur de son divertissement. Le théâtre prend vie sous ses yeux et l’incite à prendre des initiatives pour vivre la pièce à sa façon. De la sorte, personne ne ressort du théâtre avec la même expérience en tête, puisque chacun choisit de suivre certains personnages et pas d’autres ou de quitter une salle pour revenir dans une autre.

Finalement, ce nouveau genre rejoint peut-être la tendance qu’a notre génération à tout personnaliser, ici pour obtenir un théâtre sur-mesure.

 

 

Jusqu’au 31 octobre, vous pouvez aller voir Helsingor au théâtre Le Secret, 18 rue Larrey, 75005.

Les Tontons Trinqueurs : ce que la Comu nous réserve

Avis à tous les futurs stagiaires qui pleurent leurs vacances d’été perdues : la Comu vous fera traverser l’Atlantique et remonter le temps pour quelques heures magiques. Streams a eu la chance d’effectuer le voyage en avant-première : compte rendu.

Chicago, 1933. Alors que la Prohibition s’acharne à brider la liberté des buveurs, la Mafia endosse le rôle de fournisseur d’alcool de la ville, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur, car la Mafia constitue une famille unie contre l’autorité publique pour chacun de ses membres, mais aussi pour le pire lorsque la mort de leur Parrain révèle les ambitions et la noirceur de chacun des personnages. C’est donc au cœur des jeux de pouvoir et des trahisons qu’est transporté le spectateur. Amour naissant, secrets de famille, rêves de gloire et nostalgie du temps passé sont convoqués dans cette réalisation originale, écrite par cinq auteurs comusards pour l’occasion. Alternant entre burlesque et gravité, se jouant des codes et de l’actualité, la Comu fait retentir les éclats de rire et monter le suspense, jusqu’à un tableau final grandiose.

Dans un tourbillon d’émotions et de péripéties, chorégraphies, scènes de jeu et chansons se suivent et se mêlent, respectant une mise en scène millimétrée dans laquelle aucun détail n’est laissé au hasard : cigarette de la sulfureuse tenancière du bar, bougies lors de l’enterrement du Parrain, ou encore combinaisons oranges des prisonniers fédéraux … Les Comusards vous entraînent d’un univers à l’autre – cathédrale, prison, bar douteux – et vous font voyager dans un monde où l’on peut se rêver président, Marraine de Chicago tout entier ou encore Commissaire au flair infaillible le temps de quelques heures. La scène est leur terrain de jeu, et leurs jeux s’enchaînent dans un rythme endiablé, arbitrés avec talent par leur metteur en scène Jean-Claude Longo depuis de nombreuses années.

Ce résultat inclassable n’est rendu possible que par la synergie existant entre les membres de la troupe. Les musiciens subliment le jeu des comédiens et intensifient élégamment l’intrigue, tandis que les danseurs virevoltent sur scène, entraînant les chanteurs dans la danse, et le spectateur dans la magie de leur spectacle. Sur les planches, nul ne s’en tient au pôle auquel il appartient, les danseurs deviennent comédiens, les musiciens deviennent chanteurs et tous les talents se révèlent. Du prologue à la dernière note de musique, chacun se donne entièrement à la scène, et se dégage une prodigieuse énergie, caractéristique de l’alchimie qui unit les artistes autour de leur représentation.

Cette troupe hétéroclite riche de la différence de ses talents séduit par la générosité des acteurs, chanteurs, danseurs et bien sûr musiciens qui depuis plusieurs mois travaillent d’arrache-pied à la réalisation de ce projet fou. Le plaisir qu’ils éprouvent sur scène se transmet au spectateur qui n’a qu’une envie, rejoindre la Mafia de Chicago.

Alors, n’hésitez plus, ça se passe le 3, 4, 5 mai au Théâtre Déjazet.

Ce qu’on ne nous a pas dit sur les Roms

Par Lucie Renard

Satu Mare, ville moyenne du Nord-Ouest de la Roumanie. La foule s’agglutine devant le cinéma. Dracula Untold, le dernier blockbuster américain, vient de sortir et rencontre un franc succès dans la région d’origine du vampire. Je séjourne à ce moment-là dans une association visant à la réinsertion des Roms de la ville. Nous avons décidé d’organiser à cette occasion une sortie avec un groupe de bénéficiaires de l’association, enchantés de découvrir cette nouvelle version de la légende roumaine. Notre arrivée devant le cinéma provoque des regards désapprobateurs, le départ de certains et surtout l’arrivée immédiate de la sécurité. Rien d’étonnant si l’on se réfère à la réputation avilissante des Roms en Europe et particulièrement en Roumanie.

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Typologie d’une classe de PMY

Par Lucie Renard

Cela fait maintenant quatre petits mois que tu arpentes les couloirs de l’ESCP d’un pas de plus en plus assuré et tu connais désormais suffisamment de gens pour ne pas avoir besoin de prévoir tous les jours avec qui tu déjeuneras à la cantine. Tu as noué des relations dans tes assos, tes sports, mais aussi dans ta classe. Ta classe … ce groupe d’une vingtaine de prémas qui abrite en son sein des profils divers et variés, pour le meilleur et pour le pire.

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